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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
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  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 08:08

 

En publiant non seulement le discours de François Hollande, mais aussi celui d'Angela Merkel,  le site officiel de l'Elysée nous invite à une démarche plutôt originale. Il nous est en effet permis de comparer dans le texte deux lectures mémorielles nationales d'un même évènement historique portées par les dirigeants. 

 

Hollande-et-Merkel-a-Reims.jpg

 

Sur la forme tout d'abord, outre cette nouveauté intéressante de publier le discours de l'invité, nous devons noter la lenteur inhabituelle des services de l'Elysée pour la mise en ligne des discours. Bien qu'il soit indiqué que ces textes ont été publiés le 8 juillet 2012, nous avons pu vérifier qu'ils n'étaient pas disponibles en début de semaine au moment où nous avons voulu les consulter.

De plus, on peut regretter que ces documents ne fassent pas l'objet d'une relecture plus minutieuse de la part des services officiels. Cela aurait peut-être permis d'éviter des fautes dans le nom du ministre des Affaires Etrangères Gustav STRESEMANN (et non pas Gustave STRESELMANN) qui avait été à l'origine avec Aristide Briand des premiers pas du rapprochement franco-allemand dans l'entre-deux-guerres.

Enfin, nous regrettons que les vidéos des discours ne soient plus systématiquement joints à la transcription écrite. Cela permettait souvent de repérer quelques différences substantielles et toujours intéressantes entre le texte rédigé par un conseiller puis transmis par les services de communication et les espaces de liberté du chef de l'Etat laissant libre cours à son interprétation personnelle.

 

Sur le fond maintenant, le parallélisme de structure est assez surprenant entre le discours de François Hollande et Angela Merkel. Tous les deux commencent par évoquer l'évènement commémoré (la rencontre De Gaulle / Adenauer), puis le passé conflictuel des deux pays depuis la fin du XIXe siècle, avant de s'adresser plus précisément aux jeunes générations porteuses d'avenir et d'évoquer brièvement les difficultés actuelles à surmonter dans la construction européenne.

 

Ces ressemblances laissent cependant apparaître des différences symptomatiques de constructions mémorielles différentes dans les références invoquées.

Ainsi, alors que François Hollande s'attache à la symbolique de Reims ("ville-martyre"), tout en rappelant la place particulière de sa cathédrale ("celle des sacres des rois de France, (qui) reçut plusieurs centaines d'obus tout au long de la Grande Guerre"), Angela Merkel insiste sur le caractère religieux de la rencontre : "Cela fait 50 ans aujourd'hui que le président Charles de Gaulle prononçait les paroles suivantes devant l'archevêque de Reims et je cite : « Excellence, le Chancelier Adenauer et moi-même venons dans votre cathédrale, sceller la réconciliation de la France et de l'Allemagne »". Et d'ajouter un peu plus loin : "Profondément touchés par ce moment historique, l'un parlait de miracle, l'autre de don du ciel". C'est dans ce genre de comparaison frontale que l'on peut comprendre l'originalité de la laïcité à la française.


C'est ensuite sur le terrain des responsabilités que les discours se distinguent. Le propos de François Hollande est en effet plutôt neutre, parlant certes de batailles "meurtrières" qui ont laissé "dans les mémoires collectives de l'Allemagne et de la France des traces profondes" mais en se gardant bien d'évoquer une quelconque responsabilité d'un des deux belligérants. A l'inverse, Angela Merkel n'hésite pas à insister lourdement sur les fautes commises par son pays. Elle rappelle donc successivement que ce sont bien les soldats allemands qui ont bombardé la cathédrale de Reims, que c'est bien l'Allemagne qui a déclenché la Seconde Guerre mondiale qui "a apporté des souffrances incommensurables à nos peuples, à l'Europe, au monde entier. Barbarie, humiliations, privation de droits, exploitation et anéantissement, effondrement de la civilisation avec la Shoah". Elle va même jusqu'à justifier l'occupation de son pays par la France après la guerre en expliquant que "plus jamais l'Allemagne ne devait troubler la paix mondiale". 

Ces différences sont révélatrices de constructions mémorielles radicalement différentes entre les deux pays voisins : alors qu'en France, beaucoup réfutent cette démarche de contrition face aux erreurs du passé (ce que d'aucuns appellent la repentance), l'Allemagne adopte une position strictement inverse en insistant sur ses responsabilités sans même s'interroger dans le cadre de ce discours sur la nature transitoire ou exceptionnelle du IIIe Reich. Lorsqu'Angela Merkel parle des horreurs de la Seconde Guerre mondiale, elle ne dit pas "la parenthèse du Reich", ni même "l'Allemagne nazie", mais bien l'Allemagne ! 

 

Le discours d'Angela Merkel est en revanche beaucoup plus flou sur d'autres points, sans que l'on puisse vraiment savoir s'il s'agit de défauts de traduction, de dénominations en vigueur dans l'historigraphie allemande ou de réelles approximations. Elle évoque ainsi la "poignée de main" entre le président Mitterrand et le chancelier Kohl en faisant probablement référence à la célèbre photographie des commémorations à Verdun en 1984 sur laquelle on peut voir les deux hommes se tenir par la main. Probablement fait-elle aussi référence à Verdun quand elle évoque "la bataille de 1916".

 

mitterrand-kohl.jpg

 

Le seul élément que les deux dirigeants se sont refusés de commenter sont les profanations des tombes de soldats allemands dans un cimetière militaire des Ardennes quelques heures avant la cérémonie de commémoration.

Bien que l'enquête n'ait pour l'instant pas donné de résultats (c'est d'ailleurs rarement le cas dans ce genre d'affaire), on peut s'interroger sur le sens d'un tel acte qui n'est pas anodin dans une telle temporalité. Doit-on comprendre que pour une partie de la population française, les plaies mémorielles des guerres franco-allemandes ne sont toujours pas refermées ? Ou bien s'agit-il d'un acte résolument politique de la part de ceux qui considèrent que plusieurs décennies après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne tente à nouveau de prendre le contrôle de l'Europe par des moyens plus modernes et sournois ?

Dans tous les cas, c'est encore par le prisme mémoriel que le message est exprimé.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et politique
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