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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 12:18

 

Nous l'avions annoncé sur ce blog à la fin du mois de septembre : Nicolas Sarkozy s'est rendu en Arménie le 6 octobre 2011 en compagnie de Patrick Devedjian et Charles Aznavour.

 

 

 

Objectif de l'opération : faire oublier aux électeurs de la communauté arménienne française (estimée à 500 000 personnes) sa précédente promesse de campagne en 2007 où il s'était engagé à soutenir le vote d'une loi réprimant spécifiquement la négation du génocide de 1915.

L'exercice aurait du être difficile, voire impossible. C'est sans compter cependant sur l'opération minutieuse d'oubliance des promesses non-tenues du candidat Sarkozy-2007. En voici un petit récapitulatif :

 

1. Une promesse écrite : la lettre à Alexis Govciyan, président du Conseil des Organisations Arméniennes de France (CCAF)

Le 24 avril 2007, à quelques jours de l'échéance présidentielle, le candidat écrit une lettre dans laquelle il s'engage fermement à condamner le négationnisme du génocide arménien :

"Je partage pleinement votre volonté que la France s’oppose au négationnisme d’État, à une propagande qui vous meurtrit, une propagande indigne. Et la France doit non seulement condamner le négationnisme par la loi, mais ne jamais accepter une quelconque propagande d’État.

C’est au Parlement, aux représentants de la Nation, de donner à notre pays ses lois. Il lui appartient de tracer la frontière entre l’acceptable et l’inacceptable. Et il peut, à ce titre décider que la négation du génocide est un acte qui franchit cette frontière. Au-delà de l’insulte à la mémoire des victimes et à leurs descendants, la négation porte atteinte à l’ensemble de la société. La liberté d’expression, ce n’est pas celle de manipuler l’histoire ni celle de nier les évidences historiques.

Je suis pour la liberté d’expression individuelle, pour la liberté de pensée des historiens et chercheurs, même si la réalité du génocide est indéniable. Par contre, je n’accepte pas que les Arméniens de France soient menacés ou empêcher de dénoncer le négationnisme en France.

[...] Si je suis élu, je m’emploierai à promouvoir, les relations entre l’Arménie et la France dans tous les domaines. Je m’engagerai aussi dans la recherche d’une solution aux conflits dans le Caucase. Je m’attacherai enfin à lutter, en France, contre toute approche négationniste à l’égard du génocide arménien."

 

2. Un déni non-assumé ? Les révélations de Wikileaks

Les belles promesses du candidat en campagne ont été visiblement vite rattrapées par d'autres priorités diplomatiques et économiques. Selon certains documents diplomatiques publiés ensuite par Wikileaks, le 29 mai 2007, soit seulement quelques jours après l'élection présidentielle, Jean-David LEVITTE (conseiller diplomatique de l'Elysée) se rendait à Ankara pour rassurer la Turquie. Il aurait alors affirmé à ses interlocuteurs que le Président s'asurerait en personne que le projet de loi français pénalisant le négationnisme arménien serait enterré au moment de son vote au Parlement.

 

3. Le rapport Accoyer ou comment justifier un retournement de situation

Au mois de décembre 2008, le gouvernement a finalement pris clairement position contre la proposition de loi qui sanctionne la négation du génocide arménien. Adopté par les députés en octobre 2006, ce texte n'a pas été transmis au Sénat.

Pour justifier ce retournement de situation, le gouvernement a avancé un rapport sur les lois mémorielles intitulé «Rassembler la nation autour d'une mémoire partagée» (librement consultabe à cette adresse). Issu d'une mission créée au printemps 2008 par le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, ce rapport stipule que le rôle du Parlement "n'est pas d'adopter des lois qualifiant ou portant une appréciation sur des faits historiques, a fortiori quand elles s'accompagnent de sanctions pénales". 

Au passage, ce rapport précise également que le Parlement ne doit pas prescrire le contenu des manuels scolaires tout en réaffirmant l'attachement des députés à l'enseignement obligatoire de l'histoire (décidément, les dernières décisions en la matière nous montre que le gouvernement n'est plus à une contradition près).

 

4. La loi refusée au Sénat : indépendance législative ou pression exécutive ?

Essayant de passer outre cette décision gouvernementale, l'affaire rebondie au mois de mai 2011. Une exception d'irrecevabilité à la proposition de loi est cependant présentée au Sénat le 4 mai 2011 par le député UMP Jean-Jacques Hyest. Au final, la proposition de loi est donc enterrée et ficelée jusqu'aux prochaines élections présidentielles et législatives.

 

Les lecteurs réguliers de ce blog savent qu'une telle décision me réjouit. Je fais partie de ces historiens qui considèrent les lois mémorielles comme inutiles, voire dangereuses dans certains cas.

Néanmoins, je reste perplexe sur la méthode. Comment le président Sarkozy peut-il encore décemment se présenter en Arménie, y recevoir un accueil aussi chaleureux, et réitérer ses promesses non-tenues de 2007 sans que personne ne s'en offusque ? Comment peut-on assumer un tel affront envers la communauté arménienne après avoir déployé autant d'énergie à nier ses engagements ? 

Que le président se rende en Arménie pour soutenir leurs revendications, soit. Qu'il prononce un discours en hommage aux victimes du génocide arménien, soit. Je serais même prêt à le soutenir lorsqu'il invite la Turquie a "revisiter son histoire" puisque cette remarque ne dépasse pas le cadre légal.  Mais pourquoi s'obstiner à renouveler sa promesse d'une loi réprimant la négation du génocide arménien en France ? Pense-t-il vraiment que cette décision sera de taille à infléchir la position turque qui n'a pas dérivé un seul instant jusqu'à présent ?

 

L'échéance présidentielle qui s'annonce risque donc d'être particulièrement active sur le plan historique et mémoriel (et pas seulement sur le dossier arménien). Le blog Histoire, Mémoire & Sociétés va créer pour l'occasion une nouvelle rubrique consacrée aux présidentielles 2012 et compte sur ses lecteurs pour lui relayer toutes les informations susceptibles de l'intéresser dans les discours, interviews et programmes des candidats.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et politique
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