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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 11:14

 

Dans l’attente de mon propre séjour dans la capitale britannique, je remercie mes fidèles correspondants étrangers qui me transmettent régulièrement des informations sur l’histoire et la mémoire des villes européennes.

Aujourd’hui, je vous propose une étape dans le Londres mémoriel. Nous avons déjà régulièrement évoqué dans les pages de ce blog l’importance que revêt la mémoire des rues. Noyée dans le quotidien des usagers, elle est pourtant celle qui demeure probablement la plus enracinée, gravée dans la pierre, parfois sculptée dans le marbre.

Londres ne déroge pas à cette règle mais elle présente quelques particularités sur lesquelles il est intéressant de s’arrêter.

 

The women of World War II

Le premier monument est consacré aux femmes durant la Seconde Guerre mondiale. A priori, rien d’exceptionnel. Et pourtant… 

monument femmes Seconde Guerre mondiale 

Où sont les monuments en l’honneur des femmes en France ? C’est finalement dans ce type de démarche comparative que le particularisme de l’unité républicaine française s’illustre encore le mieux.  On s’aperçoit ainsi que les « communautarismes » utilisés comme un épouvantail dans le discours politique français ne sont pas toujours aussi dangereux et méprisables qu’on voudrait bien nous le faire croire. Ils peuvent parfois être une source de réflexion sur la diversité des engagements autour d’une même cause.

D’ailleurs, le communautarisme n’est pas toujours là où l’on pourrait le croire. Aucune mention n’est faite en effet sur cette sculpture londonienne au statut de ces femmes et à leur rôle dans la guerre. Nulle n’est victime, nulle n’est héroïne. Nous ne saurons donc pas si ce sont les femmes déportés, les femmes infirmières, les femmes soldats ou les femmes ayant perdu leurs maris au combat qui sont honorées en cet endroit.

 

Le second aspect remarquable de ce monument est sa situation dans la ville de Londres. Tout d’abord, à l’échelle de la ville, on ne peut qu’être surpris de trouver ce monument à seulement quelques centaines de mètres de la célèbre adresse « 10 Downing Streeet », c’est-à-dire la résidence et le lieu de travail du Premier ministre britannique. Le touriste français remarquera au passage avec étonnement une autre particularité de la géographie politique londonienne : la proximité des lieux de pouvoir (ministère de la Défense, de la Santé, du Travail…) qui entraîne vraisemblablement une réelle économie d’échelle.

Plan de Londres 

Les lieux de pouvoir côtoient donc quotidiennement les lieux de mémoire et leurs symboliques mutuelles se nourrissent par cette proximité. Ainsi, à chacun de ses déplacements, le ministre, et a fortiori le chef de gouvernement, est invité à se remémorer les heures sombres et les épisodes glorieux de son pays dans l’espoir que cette mémoire puisse inspirer son action politique par pondération des dorures du ministère.

 

On trouve aussi, à proximité du monument consacré aux femmes, un cénotaphe qui confirme l’aspect mémoriel dédié à ce quartier particulier de la ville de Londres.

Cenotaphe Londres 

A l’échelle plus fine de l’espace urbain, ces deux lieux de mémoire étonnent également par leur insertion discrète mais monumentale dans le paysage urbain. La mémoire n’est pas sacralisée. Elle n’est pas non plus dramatisée. Elle s’insère dans le quotidien pour permettre à chaque usager de l’espace public de se confronter directement à la mémoire de son pays, sans avoir à franchir le seuil parfois solennel d’un portail fièrement gardé par les forces de l’ordre ou, pire encore, d’un silence voulu respectueux et qui a en fait pour principale conséquence d’éloigner les badauds qui n’osent briser ce cercle qui semble réservé à une élite convenue.

Le touriste français sera donc probablement troublé par cette mise en scène dénuée de toute formalité. Cet étonnement est encore une fois révélateur d’approches différenciées face au travail de mémoire. Et encore une fois, je ne suis pas certain que le communautarisme soit à rechercher dans la culture anglo-saxonne, en ce qui concerne la question mémorielle en tout cas.

 

 

The field of Remembrance

La découverte du Londres mémoriel réserve également d’autres surprises telles qu’une promenade dans un « champ du souvenir ».

Champ du souvenir 

Ce lieu de mémoire éphémère est particulièrement émouvant car il est le résultat d’une réelle volonté populaire et repose sur un modèle participatif. Ainsi, chaque famille et ami peut venir proposer au mois de novembre de planter une petite croix ornée d’un coquelicot en hommage à tous ceux qui sont disparus en servant dans les forces armées de leur pays.

 

Cette pratique totalement inconnue en France me paraît également intéressante.

D’une part, elle permet à la mémoire d’exercer sa capacité de rassemblement. Ainsi, chaque individu est honoré au sein du groupe par l’intermédiaire d’une démarche d’intégration. Ce n’est donc pas exclusivement l’Etat qui contrôle une mémoire dont les contours seraient fixés dans une œuvre ou un monument à la symbolique prédéfinie. Ici, ce sont les individus qui se raccrochent à la communauté et qui lui donnent toute sa signification. Ainsi, on voit apparaître sporadiquement des étoiles de David et des croissants de lune qui se mélangent naturellement aux croix chrétiennes.

Field of remembrance champ du souvenir 

 

Rien à voir donc avec les stèles qui ont été difficilement concédées par l’Etat devant l’ossuaire de Douaumont pour rendre enfin hommage aux soldats musulmans morts pour la France durant la Première Guerre mondiale. Or, quand je compare rapidement les taux de fréquentation des cérémonies commémoratives en France et le nombre de croix qui sont plantées volontairement par les britanniques à l’occasion de cette cérémonie éphémère, je ne peux m’empêcher de penser qu’une pratique mémorielle est plus efficace que l’autre…

musulmans ossuaire douaumont 

L’intégration n’est cependant pas strictement citoyenne. Elle est, d’autre part,  historique et permet véritablement d’articuler la mémoire à l’histoire en dépassant les bornes parfois un peu rigides des découpages temporels. Ainsi, dans un même lieu, les anciens combattants de la Première Guerre mondiale, de la Seconde Guerre mondiale, mais aussi de la guerre récente et toujours active en Afghanistan sont honorés pour leur engagement similaire dans les forces armées du pays. Cette initiative mémorielle ne se soumet donc pas aux effets du temps qui conduisent chaque époque de retenir des conflits qui devraient être davantage remémorés tandis que d’autres seraient oubliés.

 

La symbolique présente enfin des caractéristiques qui dépasseraient les frontières nationales si elles n’étaient pas confrontées aux communautarismes mémorielles nationaux. L’usage du coquelicot autour de ces lieux de mémoire britanniques s’inscrit en effet dans une perspective universelle. Cette fleur s’impose comme le symbole du souvenir dans les années 1920 sous la volonté de Moina Michael, membre du personnel du American Overseas YMCA, puis de la française Anna Guérin et de son organisme : l'American and French Children's League. Son usage ne parvient pourtant pas à s’étendre durablement ailleurs qu’en Grande-Bretagne et au Canada. David Cameron en a d’ailleurs fait les frais lors d’un déplacement en Chine au mois de novembre 2010. Faisant preuve d’un patriotisme de rigueur pour un chef d’Etat, il arborait son joli coquelicot au revers de sa veste en hommage aux soldats morts aux combats. Il a alors provoqué la colère des diplomates chinois qui y ont vu une référence à la guerre de l’opium qui, au XIXe siècle, a vu s’affronter les forces britanniques et chinoises qui avaient alors été humiliées.

 

Décidément, la mémoire mondiale ne semble pas vraiment d’actualité dans un monde qui a pourtant déjà traversé deux guerres mondiales. Certains pays auraient pourtant tout intérêt à s’inspirer de réalisations internationales pour nourrir leurs réflexions sur une mémoire qui, de l’avis général, ne parvient plus à rassembler la communauté nationale.  

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Lieux de mémoire
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commentaires

Chauveau Mike 21/12/2010 13:52



Très intéressant. Merci de nous faire partager.



Mickaël BERTRAND 21/12/2010 13:55



Merci à toi Mike.


A bientôt