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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 12:22

C’est une petite bombe qui risque d’être lancée sur nos écrans d’ici quelques jours. Projeté en avant-première depuis plusieurs semaines, ce film-documentaire réalisé par Gilles Perret propose de suivre le quotidien de Walter Bassan, ancien déporté à Dachau, aujourd’hui âgé de 82 ans, et qui continue en 2009 à défendre des idéaux hérités de la Résistance.

 

 

Il ne s’agit pas pour l’heure d’en faire une analyse critique puisque je n’ai pas encore eu la chance de le visionner. C’est donc pour l’instant sur le principe même du film et sur les réactions qu’il provoque déjà que je souhaiterais proposer quelques éléments de réflexion.

 

Un film d’histoire

Tout d’abord, sans préjuger du contenu, l’idée initiale me semble intéressante, presque pédagogique. Il s’agit en effet de rappeler non seulement le destin tragique des déportés mais aussi, et surtout dans cette entreprise, les actions qui ont été menées collectivement par les Anciens Combattants de la Seconde Guerre mondiale. Qu’ils soient issus des forces vives de la Résistance extérieure (autour de la figure du Général De Gaulle) ou bien de la Résistance intérieure (dans le maquis ou dans les camps), des milliers d’hommes ont prolongé leur engagement au-delà du 8 mai 1945. Ils se sont notamment retrouvés autour du Conseil national de la Résistance fondé en 1943 par Jean Moulin et qui se proposait de réunir les représentants de mouvements de Résistance, de partis politiques et d’organisations syndicales. Dès 1944, cette coalition publie un programme politique, économique et social qui inspire largement les réformes menées après la Libération.

Ce document d’une grande valeur historique contient des passages particulièrement importants qui sont encore au fondement de notre système sociétal. Au-delà des grandes déclarations de principe sur la liberté et les droits de l’homme, il évoque des points très précis dont il faut citer quelques exemples :

Sur le plan économique : « Le retour à la Nation des grands moyens de production monopolisés, fruit du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurance et des grandes banques ».

Sur le plan social : « Un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’Etat » ou encore « une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ».

Dans les faits, ces idées se concrétisent dès 1945 par une vague de nationalisations : les usines Renault d’abord parce que leur patron avait largement collaboré avec l’occupant, puis de nombreuses banques dont la Société Générale, quelques compagnies d’assurance, puis les secteurs énergétiques du gaz et de l’électricité. Concernant le volet social, la Sécurité sociale française est créée par les ordonnances des 4 et 19 octobre 1945.

 

Un film de mémoire

Ce que ce film interroge finalement, c’est cet héritage de la Résistance en 2009, à une époque où les privatisations sont aussi nombreuses et rapides que les nationalisations décidées en 1945. Les réformes actuelles des retraites et de la Sécurité sociale posent également de lourdes questions sur le nouveau système de société qui est en cours de construction au détriment de celui que nous connaissons depuis plus de soixante ans.

C’est sur ce point que le film peut être considéré comme une œuvre de mémoire. En utilisant le récit autobiographique, Gilles Perret introduit une notion de subjectivité et d’émotivité dans sa démonstration. Il nous montre en fait que la société française tourne une page importante de son Histoire qui va la conduire à changer de chapitre.

Fait symptomatique de cette évolution : lorsque le Ministère de l’Education nationale a instauré la liste des documents patrimoniaux présentés comme des outils nécessaires à la formation commune des citoyens, le discours du 17 juin 1940 de Philippe Pétain a été conservé, l’appel du 18 juin également… mais pas le programme du CNR !

Du coup, c’est aussi tout un volet de l’histoire politique qui se referme. Dès la fin de la Première Guerre mondiale, on a parlé de chambre « bleu horizon » pour signaler la forte présence des Anciens Combattants à la chambre des députés. Trente ans plus tard, ils étaient relayés par les Déportés et Résistants de la Seconde Guerre mondiale. C’est pourquoi le Ministère des Anciens Combattants a toujours été un lieu important de la République française qui s’est maintenu jusqu’en 1999 avant d’être finalement réuni au Ministère de la Défense et de devenir un secrétariat d’Etat. Aujourd’hui, nous sommes forcés de constater que l’importance symbolique de ce Ministère diminue d’autant que le nombre de disparitions des Déportés et Résistants augmente.

 

Un film d’actualité

Dans la bande annonce du film, on peut voir Bernard Accoyer, actuel président de l’Assemblée nationale, réagir avec agacement à la projection. Ces mots se font même menaçants lorsqu’il déclare qu’en cas de tentative d’amalgame entre la Résistance et un débat politicien contemporain : « ça se passera pas bien. Vous avez compris, hein ! Je ne laisserai rien passer ». Selon le site officiel du film qui recense différentes réactions à la suite des projections, le président de l’Assemblée nationale aurait également affirmé : « Les méthodes utilisées par Gilles Perret sont scandaleuses. Il fait un amalgame entre deux périodes qui n’ont rien à voir. Ce sont des procédés d’idéologues, les mêmes qu’utilisaient les staliniens. Je me sens profondément choqué et trahi ».

Loin d’y voir un séisme politique et une incitation à la guerre civile comme ont pu l’affirmer certains commentateurs, je me contenterai d’y voir une « rupture » (eh oui, encore une ! on nous l’avait promis) de la droite française avec une partie de son électorat traditionnel qui ne semblait plus suffisamment nombreux et influent pour imposer sa voix dans la cacophonie politicienne actuelle.

A mon sens, ce film est un dernier cri de désespoir qui peine à se faire entendre…

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et cinéma
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