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  • : Histoire, Mémoire et Société
  • Histoire, Mémoire et Société
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs.
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.

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Mémoires et médias

Mardi 10 juillet 2012 2 10 /07 /Juil /2012 09:10

 

L'historienne Susann Mauss a fait une découverte exceptionnelle au cours de ses recherches. Le genre de découverte qui justifie les heures passées dans des centres d'archives obscures à consulter des liasses de papier.  Adolf Hitler a momentanément protégé un ancien camarade juif.

Ernst Hess a en effet bénéficié pendant quelques années d'un document émanant des services d'Heinrich Himmler spécifiant que selon les souhaits du Führer en personne, il ne devait pas être importuné en raison de sa judéïté .

Le motif de cette exceptionnelle indulgence repose sur le fait que les deux hommes aient combattu dans le même régiment durant la Première Guerre mondiale. Ils n'étaient pas pour autant amis et au contraire, la fille d'Ernst Hess rapporte la surprise de son père et de ses camarades de combat lorsqu'ils apprennent en 1934 que l'homme fort du Reich a combattu à leurs côtés pendant la Grande Guerre tant il était discret, voire asocial à cette époque. 

La protection sera cependant de courte durée car le précieux document lui est retiré en juin 1941. Ernst Hess devient alors un juif comme les autres et, à ce titre, déporté. Malgré cette expérience traumatisante, il survit et poursuit ensuite une carrière dans les chemins de fer.

 

La découverte est certes intéressante, mais son traitement médiatique l'est peut-être plus encore. Dans la bouche ou sous la plume de certains journalistes, la découverte de cette archive a quasiment détrôné celle du potentiel Boson de Higgs quelques jours plus tôt (il faut dire que la plupart des journalistes avaient alors l'impression de mieux la comprendre). La monstruosité d'Hitler était alors remise en cause. Celui que l'on considère souvent comme l'essence du Mal aurait présenté des failles.

 

C'est à ce titre que nous pouvons considérer que cette découverte est beaucoup plus intéressante d'un point de vue mémoriel qu'historique.

Les innombrables biographies consacrées à Hitler ont très souvent montré (parfois même à outrance dans des exercices de psychologie historique douteux) la face "humaine" du dictateur. Pour rester dans le même domaine, nous savons qu'Hitler avait accordé sa protection personnelle à un autre juif, Eduard Bloch, qui était son médecin de famille. Cet exemple est d'ailleurs beaucoup plus révélateur que celui d'Ernst Hess car Eduard Bloch a réellement entretenu une relation presque amicale avec le jeune Adolf Hitler qui n'a eu de cesse de lui prouver sa gratitude après que le médecin ait accompagné sa mère vers la mort en 1907.

Dans le cas d'Ernst Hess, à l'exception de ce document retrouvé par Susann Mauss, rien ne précise exactement la nature et les circonstances de cette protection. Etait-ce strictement individuel ou collectif ? Hitler avait-il accordé sa protection à tous les soldats du régiment ? Avait-il vraiment précisé les modalités concernant de potentiels militaires juifs ? En avait-il vraiment conscience ou s'agit-il d'une interprétation d'un subordonné ? Rien n'est moins sûr.

En revanche, la réaction des médias est révélatrice de la place qu'occupe encore Hitler dans l'inconscient collectif. Alors que la théorie du point Godwin délaie cette information dans des références multiples et souvent polémiques, la découverte de cette nouvelle archive illustre à quel point Hitler s'est imposé comme un personnage à part dans l'histoire et la mémoire de l'humanité, comme une référence culturelle commune et quasiment universelle censée représenter le Mal. Dès lors, toute nouvelle information biographique signalant une once d'humanité sera considérée comme une faille, un défaut dans la construction mémorielle de son image.

Hitler avait-il lui-même anticipé cette entreprise mémorielle ? Avait-il conscience de sa postérité ? Voilà des questions qui constitueraient une très belle étude historienne sur les mémoires.

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoires et médias - Communauté : Histoire, mémoire et société
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Vendredi 29 juin 2012 5 29 /06 /Juin /2012 13:38

 

Le philosophe Roger Garaudy est décédé le mercredi 13 juin 2012 à l’âge de 98 ans. Déporté dans les camps vichystes d’Afrique du Nord durant la Seconde Guerre mondiale, député puis sénateur PCF avant d'être exclu du Parti, il est aussi l'auteur en 1995 d'un ouvrage polémique intitulé Mythes fondateurs de la politique israélienne dans lequel il développe sa pensée négationniste du génocide des juifs d'Europe par les Nazis. Il a d'ailleurs été condamné en 1998 pour contestation de crimes contre l’humanité, diffamation raciale et provocation à la haine raciale à la suite de la polémique autour de ce livre.

 

Pour signaler sa disparition souvent évoquée par une simple dépêche de l'AFP dans la plupart des médias français, un certain Robert Paulisson (qui a l'usage taquin du pseudonyme puisque personne n'aura échappé à l'évocation implicite de Robert Faurisson) s'est livré à un exercice journalistique particulièrement réussi : la négation de la disparition du négationniste ( lire l'article ici). En usant des méthodes traditionnelles du négationnisme, le journaliste rend ainsi hommage à sa façon en contestant la thèse officielle du décès de Roger Garaudy.

 

Au-delà du clin d'oeil journalistique, cet article est aussi un moyen de lutter contre le négationnisme en utilisant l'ironie et l'humour politiquement incorrect. Peut-être l'auteur a-t-il également considéré qu'il était possible par ce moyen de rendre justice à la mémoire des milliers de victimes du génocide des juifs en infligeant à celle de leur bourreau le châtiment qu'il a lui-même utilisé quelques années auparavant.

 

Bref, un exercice de style réussi et intéressant !

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoires et médias - Communauté : 39-45
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Samedi 10 septembre 2011 6 10 /09 /Sep /2011 09:46

 

World-trade-center-au-trocadero.jpg

 

A la veille d'une opération de commémorationite aiguë, une modeste contribution visant à apporter quelques éclairages historiens et mémoriels autour du 11 septembre 2001. 

Actualité oblige, cet article a été publié sur LePLus du Nouvel Obs ici.

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoires et médias - Communauté : VOTRE ACTUALITE A LA UNE !
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Mardi 28 juin 2011 2 28 /06 /Juin /2011 13:56

 

Les expériences liées à la mémoire n’en finissent d’étonner tant elles sont riches et diverses. Memoro n’est cependant pas une action supplémentaire qui viendrait s’ajouter aux projets déjà bien nombreux d’histoire orale liés à la Seconde Guerre mondiale. Cette initiative mise sur la participation active et volontaire des internautes qui s’emparent de cet outil.

 

Memoro-copie-2.png Page d'accueil du site Memoro.org : cliquez sur l'image

 

 

Un projet participatif

Le projet est né en 2008 à Turin par l’initiative de quatre jeunes Italiens particulièrement dynamiques et entreprenants. Valentina Vaio, Luca Novarino, Lorenzo Fenoglio et Franco Nicola ont décidé de réactualiser la pratique ancienne et initiatique du parcours de la mémoire auprès des anciens.

Son principe est simple : pourquoi conserver dans notre seule mémoire individuelle (et faillible) les histoires de nos grands-parents alors que les évolutions technologiques permettent désormais de les mettre en valeur, les conserver et les partager avec la planète entière tout en contribuant modestement à l’écriture d’une histoire mondiale ?

Il ne s’agit donc pas d’une activité strictement liée à un évènement ou une période historique précise, financée par des organismes à la philanthropie sélective. Sur Memoro, ce sont les acteurs et les utilisateurs qui décident de la valeur d’un témoignage et de son utilisation. La seule contrainte temporelle consiste à ne sélectionner (pour l’instant) que des témoignages de personnes nées avant 1950.

 

Une mémoire internationale

L’une des autres richesses de ce projet repose sur la croyance en une valeur universelle de la mémoire. Dès lors, la dimension internationale s’est rapidement imposée et des liens ont été tissés entre les chasseurs de mémoire d’Italie et d’autres passionnés en Allemagne, Espagne, France, Royaume-Uni, Argentine, Puerto Rico, Venezuela, États-Unis, Japon et enfin au Cameroun. Cette liste déjà impressionnante est appelée à s’étendre encore davantage dans les prochains mois (en Suisse, Belgique, Pologne, Grèce, Maroc, Namibie, Malawi, Suède, Australie, Chine). Elle témoigne pourtant déjà d’une diversité intéressante qui contourne les limites d’une mémoire souvent strictement nationale, voire locale ou communautaire.

On peut cependant regretter que le site ne permette pas encore d’effectuer une recherche sur l’ensemble des réseaux nationaux à partir d’un mot-clef tapé en anglais. Ce sera peut-être l’une des évolutions à proposer dans les années à venir.

 

Une réflexion profonde et sérieuse sur l’histoire et la mémoire

Autre aspect très pratique de Memoro : le format très court et thématique des vidéos mises en ligne. Sur ce site, pas de discours fleuves et de témoignages filés. Les intervenants acceptent de relater un souvenir précis de leur vie, quitte ensuite à multiplier pour un seul témoin les vidéos qui lui permettront de recenser tous les évènements importants qu’il souhaite partager.

Certes, nos amis sociologues avanceront probablement les limites et les failles d’une telle procédure, et ils auront raison. Un bon témoignage n’est exploitable que lorsqu’il est placé dans son contexte d’élocution et de mémoration. Néanmoins, malgré toutes ces précautions méthodologiques, un souvenir n’en devient jamais pour autant infaillible. Ce cadre est parfaitement assumé par les concepteurs du site qui ne prétendent pas faire œuvre d’histoire et se spécialisent sans regret dans une entreprise de mémoire.

Ce choix ne signifie pas pourtant que Memoro est une réalisation d’amateurs nostalgiques. Au contraire, les choix méthodologiques et scientifiques sont mûrement réfléchis en amont. L’organisation du site est sérieuse et répond aux exigences du projet et des utilisateurs. Enfin, les concepteurs et participants ont le souci de diffuser et de rendre utiles leurs travaux. Progressivement, des partenariats sont donc passés avec des entreprises, des institutions, des médias, voire des universités pour enrichir le projet, le perpétuer, et surtout, rendre disponible ses milliers d’heures de témoignages à tous ceux qui veulent s’en emparer.

 

Vers une nouvelle forme de tourisme mémoriel

Enfin, Memoro ne se contente de collecter et de collectionner les mémoires comme le ferait un lépidoptérophile en épinglant ses papillons sur un mur de liège. Par l’intermédiaire de ce projet, ces initiateurs ne veulent pas seulement donner de la matière aux historiens. Ils croient aussi fermement dans la possibilité de rapprocher les hommes par la mémoire.

A l’échelle internationale tout d’abord, on ne peut que constater que la mémoire d’un soldat italien engagé dans l’armée mussolinienne, mobilisé dans l’occupation du sud de la France durant la Seconde Guerre mondiale, avant d’être fait prisonnier par les Nazis, permet de relativiser l’écriture d’une histoire bien trop souvent nationale.

A l’échelle nationale ensuite, la rencontre d’un reporter et du témoin permet également de créer une alchimie intéressante entre les générations qui prennent conscience, le temps d’une interview, d’être les outils d’une mémoire qui se transmet. Le public scolaire pourra donc trouver sur ce site non seulement des ressources pour apprendre, mais aussi des activités pédagogiques à placer sous le signe de la mémoire et de l’histoire.

Enfin, à l’échelle locale, Memoro permet l’organisation de véritables « tours de la mémoire » durant lesquels des équipes partent pendant quelques jours à la rencontre des témoins d’une région. Encore une fois, le site innove en proposant une nouvelle forme de tourisme mémoriel, participatif et citoyen.

 

Rendez-vous à l’adresse suivante : http://www.memoro.org/

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoires et médias - Communauté : VOTRE ACTUALITE A LA UNE !
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Samedi 2 avril 2011 6 02 /04 /Avr /2011 15:42

 

Régulièrement, les médias nous refont le coup du devoir de mémoire.

L’expression est tellement usée depuis plusieurs années qu’elle en devient presque agaçante et répulsive.

Quelle est donc en effet cette injonction lancinante à se souvenir de choses qu’il n’est même pas permis de comprendre ? Pourquoi le citoyen devrait-il se rendre chaque année en pèlerinage au mémorial de la Shoah alors qu’il n’est plus autorisé qu’à apprendre par pointillés l’histoire de ce drame lors d’une scolarité lycéenne en série S ?

 

Cette semaine, à l’occasion de la sortie d’un DVD de témoignages des rescapés réalisé par l’Union des déportés d’Auschwitz, les journaux se sont surpassés en poncifs, déclarations bienveillantes et autres bonnes intentions dénuées de réflexion critique.

Comme à chaque anniversaire et commémoration depuis vingt ans, la même rengaine est déclamée avec force de conviction : Comment allons-nous pouvoir enseigner la Shoah quand tous les survivants auront disparu ? Comment allons-nous pouvoir lutter contre les attaques négationnistes sans avoir un témoin à leur mettre sous le nez ?

 

La langue et les doigts commencent généralement à me démanger à ce moment de la discussion quand j’entends ce genre d’absurdités car elles représentent justement à mon avis le principal danger face aux arguments des négationnistes. Comment donner l’impression en effet d’adopter une position ferme, scientifique et indéniable si l’on tremble par avance de ne pas pouvoir la soutenir en l’absence d’une voix frêle, hésitante et parfois gâteuse en fond sonore ?

J’ajouterai qu’on fait bien peu confiance à l’Histoire également si l’on se persuade que l’absence de témoins vivants permet n’importe quelle dérive. Que pensez alors de nos collègues antiquisants, médiévistes et modernistes qui ont eu l’imprudence de laisser disparaître Périclès, Charlemagne et Louis XIV sans dégainer leurs dictaphones et caméras ? Décidément, les chaires universitaires et les salles de classe seraient peuplées de charlatans !  Que fait la police des mémoires ?

 

Il serait bon également de préciser aux défenseurs de la société protectrice des témoins que nous n’avons jamais accumulé plus de témoignages que pour la Seconde Guerre mondiale. Le Centre de Recherche d’Histoire Quantitative vient d’ailleurs de lancer un programme de recension des récits de guerre tellement les publications sont nombreuses et éparses. Une telle initiative pourrait d’ailleurs être élargie ensuite autour des documentaires, des interviews médiatiques, voire des interventions publiques tant les témoins ont été invités à s’exprimer (certes, tardivement...). Il faut également ajouter à ces diverses interventions les différents projets d’enregistrement qui ont été mis en place, notamment par l’USC Shoah Foundation Institute, la fondation créée par Steven Spielberg avec les bénéfices de son film, La Liste de Schindler.

 

Dans cette cacophonie mémorielle, il faut absolument lire l’interview de Georges Bensoussan et Sophie Ernst dans Libération . Leur propos est limpide et instructif. Parmi les meilleurs morceaux, on retiendra la réponse de Georges Bensoussan à propos des voyages scolaires à Auschwitz : « Je suis très sceptique. La plupart du temps, ce sont des voyages éclair d’une journée. Or, comme il ne reste plus grand-chose, si on n’en sait pas déjà beaucoup, on ne voit rien. On est alors dans l’émotionnel, le compassionnel et le devoir de mémoire, avec des collégiens qui ne comprennent pas la portée de ce qu’ils voient ».

 

On ne le répètera donc jamais assez : Vive le devoir d’histoire !!! (même pour les Terminales Scientifiques) et haro sur le devoir de mémoire.

 

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoires et médias - Communauté : Histoire, mémoire et société
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