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  • : Histoire, Mémoire et Société
  • Histoire, Mémoire et Société
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs.
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.

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Mémoires et commémorations

Dimanche 8 juillet 2012 7 08 /07 /Juil /2012 14:26

 

Le vendredi 21 septembre 2012 marquera le 220e anniversaire de l’abolition de la monarchie française par la Convention nationale. Á cette occasion, plusieurs universités et laboratoires de recherche, ainsi que la Société des études Robespierristes ont uni leurs forces pour organiser un colloque scientifique intitulé " 1792, entrer en république".

En parallèle à cette manifestation scientifique, la Société des études Robespierristes a "pensé que l’état présent  de notre République méritait que nous fassions un geste public pour en rappeler les origines". C'est pourquoi elle propose d'organiser un hommage collectif "à l'oeuvre émancipatrice de la Convention nationale, devant le groupe monumental de Germain Sicard, dans la nef du Panthéon" le vendredi 21 septembre à 17h. (Michel Biard , Président de la Société des études robespierristes).

 

Sicard-autel-a-la-Nation-Pantheon.jpg

L'appel de Michel Biard contient vraisemblablement une erreur : le lieu de mémoire qu'il mentionne est probablement l'autel à la gloire de la Convention Nationale de François-Léon Sicard en 1920.

 

L'organisation d'un tel évènement scientifique montre que les commémorations sont désormais un vecteur important de l'écriture de l'histoire. Ainsi, ai-je récemment entendu dire qu'il fallait organiser tel colloque à telle date car les financements seront plus importants si l'évènement est associé à une date commémorative. De même, tel éditeur repousse la sortie d'un livre terminé depuis deux mois car il se vendra potentiellement mieux s'il est lié à une commémoration lui permettant de bénéficier d'une couverture médiatique. J'ai même discuté récemment avec un étudiant plutôt malin m'expliquant qu'il avait choisi son sujet de Master en calculant la date de la fin de son travail et les évènements susceptibles de bénéficier d'une opération commémorative.

Il ne s'agit pas de nier ici une réalité évidente et bien utile dans le succès même de la science historique en France. Cette situation ne doit cependant pas empêcher de mener une réflexion sur les dérives qui pourraient résulter de cette tendance. Nous avons souvent signalé sur ce blog consacré aux questions mémorielles les colloques, les livres et les projets de numérisation d'archives lancés à l'occasion d'un anniversaire commémoratif. Trop souvent cependant, nous avons pu aussi constater que passée la frénésie mémorielle, l'annonce est rarement suivie d'effets et l'attention se porte quelques semaines, voire quelques jours plus tard, vers d'autres commémorations.

Sans prétendre apporter de solutions définitives à cette tendance, nous pensons qu'elle mériterait une attention soutenue de la part de la communauté historienne réfléchissant sur les pratiques et l'avenir de la discipline.

 

D'autant plus que les pressions et surenchères sont nombreuses et importantes dans ce domaine. Peut-on en effet envisager que les historiens restent en dehors des cérémonies commémoratives au prétexte qu'elles constituent une orientation trop dangereuse pour leurs travaux ?

Si nous restons sur la simple question de l'abolition de la monarchie par la Convention nationale, les motifs ne manquent pas. Par exemple, pourquoi la Société d'études Robespierristes a-t-elle choisi de commémorer l'abolition de la monarchie et non pas l'émergence de l'idée république ? N'est-il pas possible de lier cette orientation au  succès grandissant et polémique des thèses de Laurant Deutsch qui, depuis plusieurs mois, déchaîne les passions avec ses travaux consacrés à Paris sous l'Ancien Régime ? Succès de librairie transformé en succès télévisuel, le Métronome de l'acteur qui se voulait historien a tantôt reçu les lauriers de certaines écoles qui l'ont invité à participer à des conférences, et tantôt subit les foudres d'autres qui relèvent avec intransigeance les innombrables erreurs et approximations de l'ouvrage, véhiculant surtout une dimension idéologique favorable à la monarchie, à l'Ancien Régime et à la religion catholique.

 

Aussi surprenant que cela puisse paraître, nous risquons donc de voir surgir à la rentrée des débats assez surréalistes sur la postérité de la monarchie dans l'identité nationale française. Pour l'instant, l'avantage est dans le camp des monarchistes qui ont posé leurs jalons dans les milieux médiatiques, éditoriaux, et même parfois politiques et universitaires.

Deux cent vingt ans après l'oeuvre de la Convention nationale, la bataille entre monarchie et république risque de se rejouer sur le terrain de la mémoire !

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoires et commémorations - Communauté : Les blogs républicains
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Jeudi 1 mars 2012 4 01 /03 /Mars /2012 16:26

 

L'Assemblée Nationale se pique décidément d'histoire en cette fin de législature. Après avoir pris  position sur le génocide arménien (et finalement s'être fait  retoquer par le conseil constitutionnel), un groupe de députés a déposé une loi "relative à la réhabilitation collective des fusillés pour l’exemple de la guerre de 1914-1918". 

 

Cette proposition de loi déposée le 24 janvier 2012 est notamment portée par Jean-Jacques Candelier, député du Nord et secrétaire de la commission de la défense nationale et des forces armées (Gauche démocrate et républicaine), qui  s'était opposé à la tribune au projet présidentiel de transformation des cérémonies du 11 novembre en une journée de commémoration de l'ensemble des morts pour la France. 

 

Le texte est simple et court :

Les « Fusillés pour l’exemple » de la Première Guerre mondiale font l’objet d’une réhabilitation générale et collective et, en conséquence, la Nation exprime officiellement sa demande de pardon à leurs familles et à la population du pays tout entier. Leurs noms sont portés sur les monuments aux morts de la guerre 1914-1918 et la mention « Mort pour la France » leur est accordée.

fusille-pour-l-exemple.jpg Exécution à Verdun lors des mutineries

 

Cette loi entend répondre à une revendication ancienne et légitime, mais elle soulève néanmoins de nombreuses difficultés.

 

1. Ce que le texte ne dit pas , c'est comment la République va pouvoir trancher entre les soldats fusillés pour l'exemple et ceux qui auraient pu l'être pour des motifs considérés comme "légitimes" à l'époque. Une commission historique va-t-elle être réunie afin d'étudier chaque dossier ? Aura-t-elle pour mission de définir le principe de "fusillé pour l'exemple" sur des critères précis ? 

 

2. La loi peut-elle se permettre de casser les décisions d'une justice certes improvisée et sommaire en temps de guerre, mais d'une justice censée néanmoins demeurer souveraine dans un régime démocratique ? Par cette incursion du pouvoir législatif dans le pouvoir judiciaire, les députés ne remettent-ils pas en cause le principe de la séparation des pouvoirs ?

 

3. Cette réhabilitation générale sera-t-elle également appliquée aux exécutions sommaires sur les champs de bataille, et dans quelles conditions ? A partir de quelles sources ?

 

Bref, cette loi répond certes à une demande ancienne et légitime, mais elle nécessite d'être précisée sur ses moyens et ses conséquences.

Le problème essentiel repose à notre avis sur une volonté louable mais peu réaliste à vouloir réhabiliter individuellement chaque fusillé en procédant à l'inscription de son nom sur les monuments aux morts pour la France. Plus de quatre-vingt dix ans après les faits, cette décision a-t-elle encore du sens ? N'était-il pas possible d'envisager plutôt une réhabilitation collective et symbolique, évitant ainsi de froisser certaines familles qui ne manqueront pas de venir défendre le dossier de leurs aïeux ?

 

Le dossier risque de devenir explosif à l'approche des commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale.

 

 

Actualisation du 25 mars 2012 :

Les questions soulevées par cet article ont été soumises au député Jean-Jacques CANDELIER. Voici les éléments de réponse transmis par l'équipe de Jean-Jacques CANDELIER que nous remercions pour sa réaction rapide et attentive : 

 

Sur les "bons" et "mauvais" fusillés, voici la discussion sur l'amendement défendu par M. Candelier, qui reprend sa proposition de loi :  cliquez sur le lien suivant

=> On y trouve notamment la réponse de Marc LAFFINEUR, secrétaire d'Etat aux Anciens Combattants qui confirme que le problème des fusillés pour l'exemple a été évoqué "par le Président de la République à Douaumont en 2008" et que "M. Zimet a été chargé de rédiger un rapport en vue de l’élaboration de propositions". "Une commission, composée notamment d’historiens et de membres d’associations, va être mise en place afin d’examiner les situations au cas par cas, car on ne peut pas faire une loi réhabilitant tous les fusillés. Pour ce qui est des soldats tirés au sort alors qu’ils n’avaient rien à se reprocher, la République devra tirer les conséquences de l’injustice du traitement qui leur a été réservé, en réhabilitant ces soldats et leurs familles".

 

Par ailleurs, un débat est organisé ce soir à Lewarde : cliquez sur le lien suivant

 

S'agissant de la séparation des pouvoirs, principe constitutionnel, il revient au Conseil constitutionnel de décider le cas échéant si la loi est conforme ou non à la Constitution. Il ne revient pas aux élus de s'autocensurer. Vous noterez que des lois d'amnistie existent.

 

Sur les champs de bataille : pourquoi les traiter différemment ?

 

Sur la possible contradiction du dispositif ("les « Fusillés pour l’exemple » de la Première Guerre mondiale font l’objet d’une réhabilitation générale et collective et, en conséquence, la Nation exprime officiellement sa demande de pardon à leurs familles et à la population du pays tout entier. Leurs noms sont portés sur les monuments aux morts de la guerre 1914-1918 et la mention « Mort pour la France » leur est accordée."), je n'en vois pas car il pose le principe (ou le commandement, l'impératif) de réhabilitation, puis le principe de l'inscription des noms et de l'octroi de la mention "mort pour la France". Ainsi, la loi ne dit pas quels noms doivent être inscrits. Si la loi se propose effectivement de rentrer dans le détail, mais il ne revient pas au législateur de le faire.

 

 

Actualisation du 26 avril 2012 :

Le député Jean-Jacques CANDELIER n'est pas le seul à militer pour la réhabilitation des "fusillés pour l'exemple".

Eric VIOT, membre d’une association de recherches et études historiques sur la vie des Bretons pendant la grande guerre, a réalisé des recherches approfondies et milité pour la réhabilitation des fusillés de la Première Guerre mondiale. Son engagement a notamment permis l'inscription de trois fusillés sur les monuments de leurs communes.

Ses travaux et actions de militance mémorielle sont régulièrement relayées sur son blog.

 

 

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoires et commémorations - Communauté : Ne pas oublier de se souvenir.
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Mercredi 8 février 2012 3 08 /02 /Fév /2012 13:49

 

Le 1er janvier 1942, au milieu de la Seconde Guerre mondiale, 26 Etats s'engageaient à combattre ensemble les forces de l'Axe. Cet évènement est trop souvent oublié au profit de la conférence de San Francisco en 1945 qui symbolise plus généralement l'acte de naissance de l'Organisation des Nations Unies actuelles. 

 

L'ONU se propose néanmoins de commémorer modestement cette date par l'organisation d'une table ronde le jeudi 16 février 2012. Parmi les interventions, nous retiendrons plus particulièrement celle de Georges ABI-SAAB sur le défi que représente l'évolution de l'institution formée au départ des bélligérants, puis des vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, pour aboutir finalement à une ambition d'universalité (voir le programme ci-dessous)

 

Cet aspect est particulièrement intéressant car il permet de s'interroger sur le rôle de l'ONU dans la construction mémorielle de la Seconde Guerre mondiale. Ne peut-on pas en effet considérer que l'institution internationale a influencé certaines lectures du passé au profit du camp dans lequel elle a émergé, puis dans le cadre des missions de pacification et de développement qui sont les siennes ?

Les interventions des différents intervenants permettront peut-être de fournir quelques réponses.

 

anniversaire-ONU-2.png

 

Anniversaire-ONU-3.png

 

Anniversaire-ONU-4.png

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoires et commémorations - Communauté : VOTRE ACTUALITE A LA UNE !
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Lundi 30 janvier 2012 1 30 /01 /Jan /2012 13:49

 

 Nous avions déjà évoqué cette question sur ce blog : en 2011, à l'occasion de l'année de l'Outre-Mer, l'opération "Jardin en Outre-Mer" avait pour ambition de rassembler différentes populations ultra-marines au jardin d'acclimatation.

Seul hic : personne ne semblait s'être inquiété parmi les organisateurs d'une incontestable faute de goût à organiser un tel évènement dans un lieu utilisé jadis et pendant plusieurs décennies pour des exhibitions ethnographiques dégradantes et humiliantes. 

Seule l'indignation d'un collectif de chercheurs avait pu alerter l'opinion publique et faire enfin réagir les autorités publiques, dont la Ministre chargée de l'Outre-Mer, Marie-Luce PENCHARD, qui a confié une mission d'étude à Françoise VERGES, Présidente du Comité pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage.

 

Ce rapport a été rendu en novembre 2011 et il est désormais librement accessible sur notre blog :

 

Memoire-des-expositions-ethnographiques-et-coloniales.jpg

Cliquez sur l'image pour ouvrir le rapport

 

Les plus courageux et passionnés pourront s'attarder sur l'ensemble du rapport.

Pour les plus pressés, voici un résumé des conclusions et préconisations de la mission (avec quelques remarques et réflexions de votre serviteur) :

   1. Installation d'un mémorial au Jardin d'Acclimatation, par exemple sous la forme totem kanak, et le soutien à l'inauguration d'un monument honorant "l'histoire et la résistance des peuples amérindiens" en Guyane (annoncée pour le 9 décembre 2011). 

=> En somme, les crispations politiques conduisent à une inflation des lieux d'une mémoire dite "de pierre". Ceci est d'autant plus visible que les auteurs du rapport précisent qu'ils soutiennent l'opération en Guyane "d'où est partie la polémique". Bref, des monuments en échange d'une accalmie.

Cependant, l'inauguration annoncée du monument est passée bien inaperçue et elle a été présentée par les médias locaux comme un évènement commémorant l'abolition de l'esclavage et non pas la résistance des amérindiens.

 

monument-aux-victimes-de-l-esclavage.jpg

Monument aux victimes de l'esclavage et des traites négrières inaugurée en Guyane le 9 décembre 2011

 

   2.Signalisation dans l'espace public des lieux liés à l'histoire ultramarine et coloniale

Le Comité précise néanmoins qu'il ne souhaite pas encourager l'inflation de lieux mémoriels. Il propose donc d'élaborer une signalétique spécifique et des outils traditionnels et modernes permettant à chacun de s'approprier une sorte de circuit touristique des lieux de mémoire liés à l'esclavage, aux traites négrières et au colonialisme.

=> Nous sommes cependant surpris que cette préconisation soit limitée à l'espace parisien. Doit-on considérer que la seule la capitale a une histoire coloniale à revendiquer ?

 

   3. Valorisation des archives (guide des sources, numérisation, dossier Gallica...)

=> On reconnaît ici la trace des historiens qui, fort heureusement, défendent leur pain quotidien. On ne peut en effet qu'encourager une telle démarche tout en regrettant que les historiens soient contraints d'en arriver à rappeler à la République que la préservation des archives est une mission essentielle dans la construction et la préservation de l'identité nationale.

 

    4. Mise en place d'un programme de collecte des mémoires orales

 

   5. Élaboration d'une doctrine et d'un code de bonnes pratiques sur la question de l’identification et de la restitution éventuelle des restes humains des collections patrimoniales

=> Il s'agit d'une question brûlante actuellement et la France s'est engagée récemment dans une restitution systématique de ces "restes humains"  telles que les têtes Maories rendues récemment à la Nouvelle-Zélande

 

   6. Protection de la diversité des populations dans les Outre-mer et en particulier des populations autochtones et tribales

=> Cette préconisation est particulièrement intéressante car elle permet de faire glisser la polémique mémorielle vers le domaine anthropologique. Derrière cette protestation à l'encontre des "maladresses" de la commémoration nationale, on peut finalement saisir une crainte de l'oubli, voire de la disparition, pour certains peuples.

 

   7. Actions à moyen terme dans les domaines de la culture, de l'éducation et de la recherche

=> Tout comme pour la préconisation numéro 3, ce voeux pieu est attendu et presque de pure forme. On s'interroge néanmoins sur la redondance avec la loi Taubira qui affiche le même principe et qui, à mes yeux de simple observateur, a déjà eu des effets non négligeables. 

 

J'ai été particulièrement frappé à la lecture de ce rapport par la proximité des remarques et projets proposés avec  le rapport de Joseph ZIMET sur la Première Guerre mondiale. Sur le fond, les deux auteurs ont fait un travail remarquable et leurs propositions sont utiles et de grande qualité. Je m'interroge en revanche davantage sur la forme : doit-on considérer que les travaux des historiens devront nécessairement passer par la voie mémorielle pour trouver des financements et débouchées ? Doit-on attendre qu'une commémoration ou une polémique s'organise pour obtenir l'accès, la numérisation et l'exploitation des archives ? Doit-on finalement considérer que l'histoire va devenir, comme d'autres disciplines, une science soumise aux règles du marché et des lobbys ? 

 

Actualisation du 25 mai 2012

Anthropologue, chargé de recherche au CNRS, Gérard Collomb a récemment livré pour La Vie des Idées un magnifique article dans lequel il revient sur "L'affaire du Jardin".

Il explique notamment que la réponse à haute dimension mémorielle apportée par l'Etat à la suite de cette polémique est en décalage avec l'interpelation initiale. En effet, selon l'anthropologue, les sociétés amérindiennes n'ont pas un grand intérêt pour le passé "et n’attachent pas à la transmission d’une mémoire collective la même importance que d’autres, comme par exemple les sociétés d’ascendance africaine". Au contraire "elles ont développé des formes d’effacement de la mémoire, qui peuvent se lire par exemple chez les Kali’na dans le traitement réservé aux défunts. Le souvenir des disparus fait l’objet d’un traitement particulier lors du grand rituel d’epekotono que l’on organise un an ou deux après le décès. La cérémonie permet le retour à une vie normale des proches portant le deuil, mais elle organise aussi une séparation radicale entre les vivants et le mort, qui protègera des émotions nées du souvenir".

A vouloir réparer trop rapidement une maladresse, on en aurait commis une nouvelle. L'ethnocentrisme s'applique ici aussi dans le domaine mémoriel.

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoires et commémorations - Communauté : Histoire du monde.
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Samedi 7 janvier 2012 6 07 /01 /Jan /2012 14:56

 

C'est devenu un marronier sur ce blog : la mémoire de Philippe Pétain n'en finit plus de rebondir et de se développer en France. Parmi les initiatives récentes, nous venons de prendre connaissance d'une messe célébrée le 10 novembre 2011 dans la chapelle de l'Ossuaire de Douaumont dans la Meuse... réitérant ainsi une pratique en vigueur depuis 60 ans ! 

Les commanditaires de cet hommage religieux ne sont pas a priori les membres de la famille du défunt maréchal mais les membres d'une Association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain (ADMP)  qui possède un site Internet pour diffuser leurs idées (ce dernier ne semble cependant pas être mis à jour depuis 2009).

 

Messe-pour-Petain-copie-1.jpg

 

Si cette association n'est pas très active sur la toile (quoiqu'elle possède aussi un compte Facebook), elle semble plus efficace dans les milieux catholiques puisqu'une autre messe est également célébrée le 24 avril de chaque année à Cauchy-à-la-Tour (Pas-de-Calais), ville natale de Philippe Pétain en 1856. Il faut néanmoins préciser que le contexte de cette manifestation est tout à fait particulier puisque, selon les journalistes de  La Voix Du Nord, la messe est célébrée en latin et en présence d'un conseiller régional Front National.

Hubert MASSOL, le Président de l'ADMP profite toujours de cet évènement pour rappeler les revendications de son association :

   - révision du procès de 1945 (permettant, par l'intermédiaire de la réhabilitation de Pétain, d'engager un processus plus général de réhabilitation de l'extrême droite vis-à-vis de la collaboration).

   - transfert de la dépouille de Philippe Pétain de l'île d'Yeu à Douaumont.

 

Avec un porte-parole aussi actif et ambitieux, on risque d'entendre parler encore régulièrement du maréchal.

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoires et commémorations - Communauté : 39-45
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