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  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs.
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.

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Mémoires et Guerre d'Algérie

Jeudi 27 décembre 2012 4 27 /12 /Déc /2012 10:11

 

 

Le 20 décembre 2012, le président de la République française François Hollande a prononcé un discours important devant le Parlement algérien. Après la loi du 23 février 2005 proposant que « les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord » (article 4, alinéa 2), puis les atermoiements de Nicolas Sarkozy jouant régulièrement entre refus de la repentance et déclarations électoralistes, le chef d'Etat était attendu de pied ferme en territoire algérien.

Sa déclaration était d'autant plus attendue que l'ancien premier secrétaire du Parti Socialiste, puis  candidat à la présidentielle, avait multiplié les gestes d'apaisement dans ce conflit des mémoires qui mine les relations franco-algériennes depuis plusieurs décennies. En 2006,  il avait notamment déclaré au journaliste Edwy Plenel : "S’il faut que, sur 1956 et les pouvoirs spéciaux, je sois plus explicite, je le fais ici, au nom du Parti socialiste aujourd’hui. Nous sommes comptables du passé et responsables de l’avenir. La SFIO a perdu son âme dans la guerre d’Algérie. Elle a ses justifications mais nous devons encore des excuses au peuple algérien".

Le lendemain de sa victoire aux primaires socialistes, le candidat officiel du Parti Socialiste s'était également rendu à une cérémonie de commémoration du 17 octobre 1961.

D'aucuns ont pensé que cette posture du candidat engagerait les actes du Président. La réponse de l'intéressé au JT de France 2 fut cinglante et étrange d'un point de vue politique : "Moi, je suis président de la République, j'engage la France, je n'engage pas un parti". D'un côté, on comprend que le chef de l'Etat rappelle sa mission de représentant de la Nation, et non pas seulement d'un parti ; d'un autre côté, on s'étonne cependant que l'élu affirme aussi directement que les postures adoptées par l'homme durant sa carrière et sa campagne électorale ne l'engagent pas en tant que président de la République. 

 

C'est dans ce contexte que François Hollande est monté à la tribune du Parlement algérien pour se poser cette question : "Sommes-nous capables d’écrire ensemble une nouvelle page de notre histoire ?".

Et de continuer en réponse à cette question rhétorique : "Cette vérité, nous la devons à tous ceux qui par leur histoire, par leur histoire douloureuse, blessés, veulent ouvrir une nouvelle page (...) Et la vérité je vais la dire ici, devant vous". 

A ce stade introductif, la plupart des historiens ont déjà décroché : ainsi, François Hollande détiendrait LA vérité ! Non pas une vérité, non pas sa vérité, mais bien LA vérité ! A l'exception de quelques collègues ayant séché les cours d'épistémologie de l'histoire, rares seront ceux qui oseront assumer un ton aussi péremptoire. Voilà Kant, Hegel et Thomas Kuhn balayés d'un coup. Visiblement, l'Histoire de France pour les Nuls  que lisait assidument le premier secrétaire du Parti Socialiste ne contenait pas cette célèbre citation de Maurice Sartre : « La vérité en histoire, dont on conviendra aisément qu’elle relève de l’utopie ».

 

Le ton utilisé par le chef d'Etat a au moins le mérite de créer un horizon d'attente insoutenable et de maintenir en haleine un auditoire ainsi préparé à une déclaration fracassante : "Pendant 132 ans, l’Algérie a été soumise à un système profondément injuste et brutal, ce système a un nom, c’est la colonisation, et je reconnais ici les souffrances que la colonisation a infligées au peuple algérien. Parmi ces souffrances, il y a eu les massacres de Sétif, de Guelma, de Kherrata, qui, je sais, demeurent ancrés dans la conscience des Algériens, mais aussi des Français. Parce qu’à Sétif, le 8 mai 1945, le jour même où le monde triomphait de la barbarie, la France manquait à ses valeurs universelles. La vérité, elle doit être dite aussi sur les circonstances dans lesquelles l’Algérie s’est délivrée du système colonial, sur cette guerre qui, longtemps, n’a pas dit son nom en France, la guerre d’Algérie".

Et de continuer par un "voilà", comme s'il venait d'accomplir une oeuvre titanesque, comme s'il venait, en quelques phrases, de débloquer des décennies d'affrontement mémoriel entre les deux pays.

 

Nous ne savons pas vraiment ce qu'en ont pensé les Algériens, mais l'effet stylistique a très bien fonctionné auprès des journalistes français qui n'ont cessé depuis de répéter en boucle ces quelques mots qui, selon des sources algériennes, porterait "la touche de Benjamin Stora", longuement reçu à l'Elysée. Si tel est vraiment le cas, l'intéressé ne manque pas d'humour car il a déclaré lors d'une interview que l'essentiel à retenir de la visite de François Hollande en Algérie "sera la qualité du discours" !

Un portrait dans Paris-Match confirme que Benjamin Stora mérite l'appelation d'"historien du président", bien qu'il semble entretenir une relation plus distante que celle qu'occupait Henri Guaino avec Nicolas Sarkozy. S'il faisait bien partie des invités de la délégation officielle accompagnant François Hollande, son influence est apparemment restée minime dans le cadre de cette visite où l'histoire a finalement été réduite à un stade symbolique. On aurait pourtant été en droit d'attendre des négociations utiles sur l'accès aux archives et une coopération intellectuelle portée par le discours présidentiel. Visiblement, le sujet était trop compliqué à caser entre les négociations économiques de la RATP et celles de France Telecom...

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoires et Guerre d'Algérie - Communauté : Histoire, mémoire et société
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Jeudi 18 octobre 2012 4 18 /10 /Oct /2012 10:04

 

C'est fait. Le 17 octobre 2012, François Hollande a pu cocher une nouvelle case sur la liste des promesses de campagne qu'il envisage d'honorer.

 

Celle-ci avait une importance toute particulière car c'était la première et elle était mémorielle ! En effet, dès le lendemain de sa victoire aux primaires socialistes, il s'était rendu à Asnières en compagnie de Benjamin Stora pour assister au dévoilement d’une plaque commémorative. Il avait alors déclaré : "Il faut que la vérité soit dite. Sans repentance, ni mise en accusation particulière. Reconnaitre ce qui s’est produit. Aujourd’hui je le fais en tant que socialiste. Ensuite, ce sera sans doute à la République de la faire…". 

L'anniversaire du cinquantenaire de ce tragique évènement avait donné lieu à une inflation médiatique que nous avions relaté à l'époque  sur ce blog, mais aussi dans le cadre d'un dossier plus fouillé à l'intention des enseignants d'histoire-géographie qui peuvent désormais travailler avec leurs élèves de Terminale sur  les mémoires de la Guerre d'Algérie.

 

Or, le moins que l'on puisse dire, c'est que François Hollande a fourni le service minimum. Pas de déplacement officiel, pas de discours, pas de monument : la reconnaissance est venue d'un simple communiqué publié par l'Elysée et que l'on peut reproduire intégralement :

"Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l'indépendance ont été tués lors d'une sanglante répression.

La République reconnaît avec lucidité ces faits.

Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes".

 

On s'attendait à un peu plus de panache. On aurait souhaité que le président de la République prononce un discours du niveau de Jacques Chirac en 1995 concernant la rafle du Vel d'Hiv. On aurait aimé qu'il développe un peu la dimension mémorielle de son projet politique. Rien. 

Même l'historien Gilles Manceron considère que si la date est importante, elle ne marque finalement que  le "début d'un processus" qu'il convient de poursuivre et d'approfondir.

 

N'oublions pas non plus que François Hollande a fait une deuxième promesse dans le domaine mémoriel : celle de  la pénalisation de la négation du génocide arménien. Or, cette fois-ci, le président de la République ne pourra pas se contenter d'un simple communiqué.

 

PS : Vous êtes chaque jour de plus en plus nombreux à visiter ce site et je voulais vous en remercier. Je rappelle à ceux qui ne l'ont pas encore fait qu'il est possible de vous inscrire à la newsletter du site pour recevoir une notification lors de la publication d'un nouvel article. A bientôt.

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoires et Guerre d'Algérie - Communauté : Ne pas oublier de se souvenir.
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Mercredi 3 octobre 2012 3 03 /10 /Oct /2012 16:03

 

Présenté comme une fresque historique de l'Algérie française à la veille de la décolonisation, Ce que le jour doit à la nuit est le dernier film d'Alexandre Arcady actuellement en salle.

 

Ce-que-le-jour-doit-a-la-nuit.jpg

 

"Tous les horizons du monde deviennent notre mémoire !".

Avec une phrase d'accroche aussi ambitieuse, on aurait pu s'attendre à une profonde réflexion sur les mémoires croisées, conflictuelles ou complémentaires de la Guerre d'Algérie. Il n'en est rien.

De cette histoire tournée comme une saga d'été, on ne retient finalement que la tragique histoire d'amour entre Younes/Jonas (jeune algérien déchiré entre ses racines familiales et ses amitiés européennes) et Emilie (française petite bourgeoise dont la famille possède d'immenses propriétés en Algérie).

Le contexte ne joue qu'un rôle de prétexte dans ce film qui constitue l'adaptation cinématographique du roman de Yasmina Kadra. La présence coloniale est résumée à des contrôles policiers abusifs ainsi qu'aux mauvais traitements infligés aux employés algériens par de jeunes Européens à la richesse aussi ostentatoire que leur insouciance. Certes, Younes est accepté dans le groupe, mais c'est au détriment de son prénom transformé en Jonas et au profit de son oncle pharmacien dont l'argent permet d'entretenir un mode de vie européen.

La caricature disneylandisée se transforme en chef d'oeuvre du genre au moment où la guerre explose : les jeunes Européens se désolent alors de devoir quitter la bonbonnière dans laquelle ils ont grandi, quand les Algériens exultent de joie à leurs côtés, sans qu'on ait présenté à aucun moment les enjeux de l'émergence d'une revendication nationale.

Quelques scènes témoignent certes de la violence historique du conflit, mais c'est pour mieux entretenir le pathos de l'histoire romancée. Les propos politiques sont quasiment inexistants dans le film, comme si le réalisateur avait eu peur de prendre position ou bien de perdre une partie des spectateurs.

L'apothéose est finalement atteinte au dénouement lorsque la bande d'amis se retrouve bien des années plus tard, dépassant ainsi les conflits entre les Algériens restés au pays et les Européens (qu'ils aient défendu l'Algérie française ou l'indépendance). Le pardon est alors présenté comme le remède à la rancoeur et toute cette bien-pensance n'est jamais très loin de soulever le coeur.

Le pari semble néanmoins rempli lorsque la lumière se rallume et qu'autour de moi, j'aperçois les chaudes larmes des spectateurs âgés et visiblement bouleversés d'avoir revu les horizons qu'ils ont jadis parcouru et que leur mémoire semble avoir idéalisé au point de regretter qu'un tel monde ne soit plus.

C'est seulement à ce moment que j'ai vraiment compris le sens de la première phrase du film...

 

 

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoires et Guerre d'Algérie - Communauté : VOTRE ACTUALITE A LA UNE !
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Mardi 1 mai 2012 2 01 /05 /Mai /2012 10:30

 

Dans le cadre de notre analyse filée des mémoires de la Guerre d'Algérie, nous avons pu remarquer que l'aspect politique des commémorations a été plutôt minime dans l'attente des échéances électorales, à gauche comme à droite.

Cette affirmation doit néanmoins être nuancée sur un point : celui des harkis qui ont été largement courtisés par la droite et l'extrême-droit depuis le début de l'année.

 

Rappelons tout d'abord ce que nous entendons par "harkis". D'un point de vue administratif, il s'agit de supplétifs engagés dans l'armée française durant la Guerre d'Algérie. Ces derniers ont d'ailleurs obtenu le statut d'ancien combattant par la  loi du 9 décembre 1974. Plus largement, ce terme permet de désigner aujourd'hui toutes les personnes arabes et berbères qui ont adopté une position pro-française durant la Guerre d'Algérie et qui ont ensuite été contraintes de rejoindre le territoire hexagonal à la fin du conflit en obtenant la nationalité française.

Les harkis se sont dès lors regroupés en communauté, généralement dans le sud de la France, et constituent aujourd'hui encore un groupe de pression structuré par un tissu associatif. Une simple recherche avec l'entrée "harki" sur Internet permet d'ailleurs de constater qu'il existe un véritable réseau très actif.

 

Cette disposition militante a été particulièrement efficace dans l'entretien de la mémoire harkie et l'obtention d'une reconnaissance par la République française.

    - La loi du 9 décembre 1974 a permis d'obtenir le statut d'ancien combattant,

   - Vingt ans plus tard, la  loi n° 94-488 du 11 juin 1994 permet d'actualiser et de compléter la précédente. Elle précise dans son article premier : "La République française témoigne sa reconnaissance envers les rapatriés anciens membres des formations supplétives et assimilés ou victimes de la captivité en Algérie pour les sacrifices qu'ils ont consentis. Elle leur ouvre, en outre, droit au bénéfice des mesures prévues par la présente loi".

   - Le 31 mars 2003, la gratitude exprimée dans la loi ne suffit plus. Par l'intermédiaire d'un décret du président Jacques Chirac, elle s'accompagne désormais d'une Journée nationale d'hommage aux harkis et autres membres des formations supplétives. Cette décision permet d'organiser chaque année des cérémonies officielles autour des plaques et monuments qui se sont multipliés sur le territoire.

 

memorial-harkis.jpg

Stèle en mémoire des harkis le long du camp de Rivesaltes

qui a servi à leur hébergement après les Accord d'Evian en 1962

 

Depuis, de nombreuses associations de harkis militent pour une meilleure reconnaissance individuelle  (certains dossiers d'indemnisation sont semble-t-il encore en souffrance) et collective des harkis. Après avoir obtenu une reconnaissance officielle, après l'institution d'une journée nationale du souvenir, les harkis souhaitent que la République reconnaisse officiellement la responsabilité de la France dans leurs souffrances et leur abandon. En effet, certaines associations considèrent que la France a perpétué un véritable " crime contre l'humanité" conduisant à un " génocide" en désarmant les supplétifs et en les abandonnant après les Accords d'Evian.

Le 31 mars 2007,  le candidat Nicolas Sarkozy avait pris cet engagement dans un discours prononcé à l’occasion de sa rencontre avec les représentants de la communauté Harkis.

Les promesses n'engageant que ceux qui veulent bien y croire, une fois élu, Nicolas Sarkozy s'était finalement rétracté à l'occasion de son  discours du 5 décembre 2007 dans lequel il concède que "pour la France, il s'agit aujourd'hui d'une question d'honneur : il faut réparer les fautes qui ont été commises car pendant très longtemps les harkis n'ont pas bénéficié des mesures qui auraient permis d'assurer dignement leur insertion au sein de la communauté nationale". Malgré la longueur du discours et les nouvelles promesses de réparation, aucune trace cependant d'une quelconque responsabilité de la France : cela aurait été contraire au principe de non-repentance martelé par le chef de l'Etat.  Cette ambivalence des propos n'avait vraiment été du goût des harkis.

 

Les élections présidentielles approchant, il fallait cependant remédier à cette ambiguïté.  Tout comme pour les Arméniens, on a l'impression que l'agenda mémoriel du président a été calculé dans une logique électoraliste à deux mandats : d'abord promettre à l'aube du premier mandat, puis entretenir le suspens pendant cinq ans, avant de donner satisfaction juste avant la nouvelle échéance.

 

Cette réponse aux revendications des harkis s'est d'ailleurs déroulée en deux temps :

   - Le 27 février 2012, le Parlement français a voté une loi visant à pénaliser les injures envers les harkis. Cette nouvelle disposition législative plutôt surprenante (puisqu'elle s'adresse à un groupe très précis) est en fait la réaction un peu tardive aux propos de l'ancien président du Conseil régional du Languedoc-Roussillon Georges Frèche qui s'était illustré en 2006 par des propos particulièrement insultants à l'encontre des harkis.

   - Neuf jours avant le premier tour des élections présidentielles, le président-candidat Sarkozy s'est rendu lui-même à Rivesates et, à la surprise générale, s'est fendu d'un discours beaucoup plus clair que celui de 2007 : "Je suis venu ici pour parler de la responsabilité de la France dans un drame français (...). La France se devait de protéger les harkis de l'Histoire. Elle ne l'a pas fait. C'est cette responsabilité que je suis venu reconnaître". Certains n'ont pas hésité à rappeler que cette déclaration intervenait un peu tard mais, globalement, les associations ont été satisfaites.

 

Et maintenant, quelle sera la prochaine étape ? Peut-on vraiment croire que les revendications mémorielles vont s'arrêter après cette déclaration ? Rien n'est moins sûr. La question d'une reconnaissance d'un "génocide des harkis" est désormais régulièrement évoquée et risque de réapparaître bien plus tôt qu'on ne le pense. Dans le cadre des prochaines élections législatives, le candidat FN Louis Alliot remue déjà les braises incandescentes de la mémoire. Hors de question de se faire voler par la droite les voix harkies dans une circonscription où le Front national pourrait avoir des chances de remporter un siège à l'Assemblée. A l'occasion d'un meeting organisé le jour même de la visite de Nicolas Sarkozy, il a déjà promis une  "grande loi-cadre" sur les génocides intégrant le cas des harkis.

 

La surenchère mémorielle ne fait que commencer !

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoires et Guerre d'Algérie - Communauté : Les blogs citoyens
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Mardi 24 avril 2012 2 24 /04 /Avr /2012 10:59

 

C'est une initiative pour le moins originale et intéressante. Le 19 mars 2012, à l'occasion du cinquantième anniversaire des accords d’Evian, le site Internet  OWNI et le quotidien  El Watan ont inauguré un site Internet que nous pourrions considérer comme un centre d'archives numérique :  Mémoires d'Algérie

 

Memoires-d-Algerie-2.jpg

Le principe est relativement simple : ce site Internet a pour ambition de rassembler et de publier des témoignages et des archives inédites relatives à la Guerre d'Algérie.

 

Dans les faits, cette initiative soulève cependant des interrogations.

 

1. Pourquoi un centre d'archives numérique ?

La création d'un tel lieu répond à un constat que de nombreux historiens déplorent depuis plusieurs années : les archives de la Guerre d'Algérie sont difficiles, voire impossibles, d'accès en France et en Algérie. Dans ces conditions, il est difficile de mener à bien une sereine historicisation du conflit permettant de pacifier sur le long terme des mémoires encore vives et parfois violentes.

 

2. Quelles sont les règles de publication ?

La communicabilité et la diffusion des archives est réglementée par la loi en France et en Algérie. Ce site entend visiblement les dépasser (voire les enfreindre) en faisant appel aux soutiens des lecteurs susceptibles de livrer leurs témoignages, leurs archives personnelles... mais aussi visiblement des copies de comptes-rendus d'opération et des notes de renseignement.

Si les administrateurs du site prennent des précautions en anonymisant certains noms dans les documents et en invitant les lecteurs "à la plus grande prudence", rien ne permet sur le site de vérifier la validité scientifique d'une telle entreprise. Quid par exemple d'un éventuel comité scientifique. A l'inverse, le site fait appel au mécénat sans en préciser les règles. Dès lors, qui vérifie la validité des documents et la l'intégrité de la ligne éditoriale ?

 

Malgré ces quelques zones de flou qui devront être éclaircies, le site constitue un formidable outil de travail qui ouvre d'intéressantes perspectives. 

 

Le projet en lui-même s'inscrit dans la continuité de plusieurs entreprises qui se multiplient depuis quelques mois sur la toile. Impulsés par le modèle de Wikileaks, la publication et la diffusion en ligne des archives ne pouvait que se développer. Les États ont certes fait preuve de volontarisme dans ce domaine (plusieurs projets en cours promettent la numérisation prochaine des archives de la Première Guerre mondiale et du passé colonial) mais le mouvement n'est visiblement pas assez rapide et il donc relayé par des initiatives privées ou associatives.

Le titre du site est donc particulièrement bien pensé puisqu'il ne prétend pas réellement construire une histoire de la Guerre d'Algérie mais bien une compilation de documents permettant d'étudier LES différentes mémoires du conflit. La coopération entre deux médias, l'un français et l'autre algérien, est également à souligner.

 

Les antécédents sont d'ailleurs visibles autour ce projet. La qualité de la mise en page et la simplicité de lecture sont un atout non négligeable. En seulement quelques clics, il est possible de sélectionner un lieu (sur une carte) ou une date (sur une frise chronologique) afin de consulter tous les documents relatifs à un évènement précis.

Les archives sont ensuite introduites par une notice très détaillée présentant un résumé, l'auteur, la source, le type de document, le pays d'origine, les villes, les dates et les noms cités ainsi qu'une liste de mots-clefs permettant d'étendre la recherche.

On retrouve dans cet outil le professionnalisme des contributeurs d'OWNI qui est un spécialiste du datajournalism utilisant à profit les compétences "des développeurs, des designers et des “best practice” du web social".

La forme ne dissimule cependant pas quelques limites de fond. Ainsi, l'historien sera surpris de lire que la source indiquée dans la notice du bulletin interne de la Wilaya III (unité territoriale militaire) est "archive militaire". Où est-elle physiquement archivée ? Dans quel centre ? A quelle référence ? Rien de tout ceci n'est indiqué et empêche le lecteur érudit d'aller vérifier lui-même la source.

 

Dernier point qui pose question : la présentation du site indique que "de nouveaux documents seront régulièrement ajoutés jusqu’au 5 juillet, date de l’Indépendance algérienne". Doit-on dès lors comprendre qu'une entreprise aussi ambitieuse prendra fin dans seulement quelques semaines ? Pourquoi ne pourrait-elle pas perdurer dans le temps, justement nécessaire à la collecte sérieuse et abondante de documents ? Doit-on y voir les limites d'un projet privé qui, s'il permet de répondre rapidement et efficacement à une demande sociale, disparaît aussi vite des écrans que l'actualité (et les recettes publicitaires) ne l'imposent.

Le temps médiatique n'est décidément pas celui de l'histoire...

 

Pour plus d'informations sur la philosophie du projet, lire l'article des Dernières Nouvelles d'Algérie.

 

Actualisation du 30 avril 2012 :

Une initiative similaire aux ambitions bien plus larges vient d'apparaître sur la toile : HistoGraphe.

Encore une fois, les mêmes limites apparaissent : certes, le site répond à une volonté d'édition et de diffusion louable des ressources archivistiques. Cependant, quid des règles déontologiques de fonctionnement du site ; quid des questions dinancières... alors que ce site propose une inscription "Premium" à 60 euros l'année !!!

Après le patrimoine culturel architectural, n'assiste-t-on pas à une véritable offensive marchande sur le patrimoine archivistique ?

 

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoires et Guerre d'Algérie - Communauté : Histoire
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