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  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs.
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.

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Mémoires, lois et justice

Mardi 26 février 2013 2 26 /02 /Fév /2013 09:37

 

Les initiatives se succèdent et se ressemblent.

Cette fois-ci, c'est au tour de nos voisins belges de voter le 24 janvier 2013 une résolution mémorielle  visant à reconnaître  la responsabilité de l'Etat dans la persécution des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale 

 

Senat_Belgique.jpg

Le texte adopté à l'unanimité par le Sénat s'appuie en introduction sur un  rapport du Centre d'Études et de Documentation Guerre et Sociétés contemporaines (CEGES), intitulé « La Belgique docile. Les autorités belges et la persécution des Juifs en Belgique pendant la Seconde Guerre mondiale ».

Ce document publié en février 2007 à la demande du Sénat témoigne d'une forte volonté politique initiale qui utilise l'histoire comme un gage mais ne semble pas s'en contenter puisqu'il est rappelé en introduction de la résolution que "malgré les ouvrages d'historiens qui ont ouvert la voie à une appréciation plus critique de cette période, cette page sombre de l'histoire de la Belgique reste méconnue et n'a pas fait l'objet d'une reconnaissance officielle, contrairement à ce qui s'est produit en France".

 

La résolution belge a cette particularité d'être particulièrement claire et honnête sur ses objectifs mémoriels.

Les auteurs parlent ainsi de "leçon" à tirer de l'histoire, "une leçon qui nous semble toujours pertinente si on l'applique à des situations plus récentes comme la purification ethnique en Bosnie ou le génocide des tutsis de 1994 qui a eu lieu au Rwanda".

A l'échelle nationale également, les sénateurs rappellent que "le devoir de mémoire est nécessaire. Certains faits récents nous rappellent à quel point l'enseignement de la Shoah, de ses causes et de ses conséquences est essentiel pour combattre le fanatisme et les idées d'extrême droite. Dernièrement, un sondage a mis en évidence que 43 % des Belges estiment que le nazisme « comportait des idées intéressantes ». Ce même sondage relève que plus de 50 % des moins de 25 ans ignorent que l'antisémitisme était un des fondements de l'idéologie nazie et que seuls 26 % savent que le principe d'une prétendue race aryenne supérieure la constituait. Enfin, l'ouverture récente d'une section du groupe néo-nazi « Blood and Honour » en Wallonie montre que l'idéologie nazie continue d'exister dans notre pays et que le combat contre les idées d'extrême droite n'est pas terminé".

 

Le message est donc limpide : face à la résurgence de l'antisémitisme en Europe, il faut réveiller la mémoire du génocide des Juifs d'Europe !  

Ce que le texte ne dit pas cependant, c'est comment une telle résolution mémorielle pourrait permettre de lutter contre l'antisémitisme. Des recommandations sont certes formulées sur l'enseignement de la Shoah, sur la reconnaissance du statut de déporté racial ainsi que celui d'orphelin de la Shoah, sur les éventuelles réparations et pensions, sur l'encouragement et la diffusion des recherches historiques et sur la préservation des archives dans ce domaine... mais où sont les études qui permettent de démontrer que de telles mesures seront efficaces pour répondre aux objectifs auxquels elles sont censées répondre ? 


Que le pouvoir politique s'empare régulièrement de l'histoire n'est pas une idée neuve. Au contraire, les dizaines d'articles de ce blog témoignent des multiples facettes d'une relation presque fusionnelle entre le politique et l'histoire.

En revanche, l'idée récurrente selon laquelle une loi ou une résolution mémorielle pourrait régler un problème publique demeure une aberration. En France, la loi Gayssot n'a guère empêché les thèses négationnistes de se propager et a encore moins stoppé l'ascension vertigineuse de l'extrême-droite aux élections. Si les Sénateurs belges s'inquiètent de l'apparition de groupes néo-nazi en Wallonie, pourquoi ne réfléchissent-ils pas à une loi permettant de les interdire ou à des mesures économiques et sociales visant contrer leur terreau idéologique plutôt qu'une résolution sur la reconnaissance de la persécution des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale qui a objectivement peu de chance d'ébranler leurs certitudes ?

A moins qu'il ne s'agisse tout simplement de répondre à une revendication mémorielle... ce qui est bien plus probable mais moins avouable.

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoires, lois et justice - Communauté : 39-45
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Mardi 17 juillet 2012 2 17 /07 /Juil /2012 10:25

 

Lundi 16 juillet 2012, jour de la commémoration du soixante-dixième anniversaire de la rafle du Vel d'Hiv',  des reporters du quotidien britannique The Sun ont annoncé avoir retrouvé la trace à Budapest de Laszlo Csatary, ancien chef de la police au ghetto juif de la ville slovaque de Kosice où 15.700 Juifs furent assassinés ou déportés vers le camp d'extermination nazi d'Auschwitz. 

 

Lazlo-Csatary.jpg

 

Cet homme avait été placé en tête de la liste des criminels de guerre nazis les plus recherchés au monde (édition 2012) par le centre Simon Wiesenthal qui s'est fait une spécialité depuis quelques années de traquer les nazis encore vivants afin de les déferer devant la justice avant qu'ils ne meurent. Cette chasse à l'homme s'est d'ailleurs intensifiée depuis 2002 dans le cadre d'un programme appelé "Opération dernière chance". 

 

A défaut de pouvoir rencontrer des représentants du centre Simon Wiesenthal, ou bien d'obtenir une interview exclusive de l'intéressé, les journalistes français se sont tournés vers Serge Klarsfeld qui symbolise aux yeux de beaucoup l'archétype du chasseur de nazis pour commenter cette information. Encore plus surprenant, d'autres sont allés à la rencontre de son fils Arno Klarsfeld...

Les deux hommes ont essentiellement relativisé cette nouvelle identification qui, pour le moment, ne s'est pas concrétisée par une arrestation bien que l'homme ait déjà été condamné à mort par contumace en 1948 par un tribunal tchécoslovaque. Une enquête serait en cours depuis septembre 2011 au parquet de Budapest...

 

Comme pour le cas de  John Dumjanjuk en 2009, je persiste à voir une grande indécence dans cette traque acharnée contre d'anciens nazis.

Tout d'abord parce que la méthode du Centre Simon Wiesenthal est contestable. En 2009, il avait déjà placé John Dumjanjuk à la tête de sa liste des criminels de guerre nazis pour faire pression sur la justice américaine afin qu'elle accepte son extradition en Allemagne. Cette fois-ci encore, on s'aperçoit que Laszlo Csatary a été placé en tête de liste quelques semaines avant l'annonce de sa localisation. Cette coïncidence induit le doute sur la logique de ce document qui ne semble pas classer les criminels en fonction de leurs actes, mais plutôt en fonction de la potentialité d'organisation d'un procès.

 

Le cheminement médiatique est ensuite parfaitement rodé visant à criminaliser à outrance l'accusé, quitte à enfreindre régulièrement la présomption d'innocence en vigueur dans plusieurs pays. A ce titre, la couverture du Sun reproduite ci-dessus est révélatrice. L'homme est qualifié de "monstre" ayant envoyé 15 700 personnes à la mort. L'erreur commise par le journal Le Monde sur le prénom de Dumjanjuk dans son article du 16 juillet 2012 est tout aussi porteuse de sens. En l'appelant Ivan et non pas John, le journal reproduit une légende qui voulait que Dumjanjuk soit le sanguinaire "Ivan le Terrible" de Treblinka... ce que la justice n'a pas pu confirmer !

On peut d'ailleurs s'interroger sur le fait que ce soit un tabloïd qui révèle la localisation de Laszlo Csatary en partenariat avec le centre Simon Wiesenthal. N'existait-il pas d'autres journaux plus sérieux et modérés susceptibles de mener une telle enquête ?

 

Enfin, à quoi va bien pouvoir servir un tel procès ? Les familles des victimes (qui restent étrangement silencieuses dans les médias pour le moment) tiennent-elles vraiment à une telle mise en scène dont l'émotion et les rebondissements vont irrémédiablement conduire ce vieil homme à la mort d'ici quelques mois ? Après Nuremberg, après Eichmann et après Barbie en France, que retiendra-t-on de ce procès sinon une vague agitation médiatique ?

Ne serait-il pas plus utile de recueillir ses mémoires ? A l'exception de Rudolf Höss qui a rédigé son témoignage lors de son procès afin d'essayer d'expliquer sa version des faits à la justice, rares sont les nazis qui ont accepté de s'expliquer et de fournir leur lecture sincère et personnelle à l'occasion d'un procès. Prisonniers d'une démarche judiciaire et de la stratégie d'une myriade d'avocats, ils délivrent le plus souvent un discours froid et inutile alors que leur témoignage serait souvent très utile aux historiens et à la société pour comprendre la montée du nazisme, l'adhésion de milliers d'individus à une idéologie raciste et xénophobe, ainsi que la construction compliquée d'une mémoire individuelle universellement condamnée. 

 

Soixante-dix ans après les faits, il serait peut-être temps d'atténuer la condamnation et d'encourager la compréhension pour qu'une telle tragédie ne puisse jamais plus se reproduire.

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoires, lois et justice - Communauté : Histoire, mémoire et société
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Samedi 11 février 2012 6 11 /02 /Fév /2012 15:50

 

Vendredi 3 février 2012, Kaing Guek Eav, alias "Douch", ancien directeur de la prison de Tuol Sleng (plus connue sous le nom de S21 sous le régime des Khmers rouges) a été condamné en appel à la perpétuité.

 

Douch-condamne.jpg

Douch a été condamné à la prison à perpétuité

 

Nous nous interrogions dans un précédent article sur  le sens et l'utilité de ces tribunaux internationaux dans l'écriture de l'histoire et l'apaisement des mémoires. Les reportages sur le jugement et les témoignages de nombreuses victimes rescapées nous permettent désormais d'apporter quelques éléments de réponse.

 

Une couverture médiatique  gigantesque

Le procès, et son jugement final, ont fait l'objet d'une couverture médiatique nationale et internationale sans précédent.

Dim Sovannarom, le chef de la section des affaires publiques, a orchestré une véritable campagne de communication composée de spots radios et télévisés, d'encarts dans les journaux locaux, d'émissions spéciales, de retransmission en direct sur la principale chaîne de télévision nationale...

Selon son témoignage recueilli par  Anne-Laure Porée, il s'agit d'une volonté de pédagogie : "Notre rôle c’est d’expliquer ce qu’est un procès équitable, pourquoi la participation du public est importante, pourquoi témoigner est important. Le public cambodgien n’a jamais vu ça et se pose beaucoup de questions : pourquoi l’accusé parle comme il le fait, pourquoi il a tant d’avocats, pourquoi la justice est-elle si longue… Nous expliquons que les crimes ont eu lieu au Cambodge et que le tribunal travaille au Cambodge pour qu’ils comprennent leur histoire".

Nous ne pouvons cependant pas totalement éclipser la volonté gouvernementale de justifier un procès longtemps contesté et qui a mis plusieurs années avant d'imposer sa légitimité.

La pédagogie a d'ailleurs été poussée à son extrême : 111 000 Cambogiens auraient participé au procès... mais personne ne précise s'ils l'ont fait de leur plein gré ou s'ils y ont été fortement encouragés. Visiblement, ce sont des ONG (Organisations non gouvernementales) puis la Cour de justice elle-même qui ont organisé l'acheminement du public vers les salles du procès afin de justifier son organisation.

 

Public-au-proces-de-Douch.jpg

Public assistant au procès de Douch

 

Une présence politique symbolique mais problématique

Lors du jugement, les principaux représentants politiques du pays étaient attendus : des députés, des sénateurs, le Secrétaire d’Etat à l’information et surtout Sok An, vice Premier ministre.

Cette présence a une valeur symbolique : elle illustre l'importance de l'évènement et entend contribuer à une forme de catharsis du pouvoir qui a longtemps protégé les anciens tortionnaires. Par l'intermédiaire de ce procès, il s'agit de montrer à la population et au monde que le Cambodge a tourné certaines pages de la corruption et qu'il se dirige vers de nouvelles valeurs plus démocratiques. 

Mais le batage médiatique et la présence politique entend également porter ce jugement à une forme d'apothéose. Le tribunal international a en effet coûté très cher au pays et aux contributeurs/donateurs internationaux. Nombreux sont donc ceux qui voudraient faire du jugement un symbole final permettant de clôturer définitivement l'épisode Khmer rouge. C'est sans compter sur la population civile qui s'est visiblement passionné pour ce procès et qui appelle désormais de ses voeux le jugement des véritables responsables politiques encore vivants, et non plus seulement un simple gardien de prison.

Crée au départ pour contribuer à la réconciliation nationale, ce tribunal risquerait fort dans les prochains mois de susciter de nouvelles divisions autour de frustrations.

 

Un procès qui réécrit l'histoire

Avant même la fin de la procédure, le jugement de Douch a déjà eu des conséquences importantes sur l'écriture de l'histoire et la gestion de la mémoire des Khmers rouges au sein de la société cambodgienne : la parole s'est libérée, le sujet a dépassé le tabou et les programmes d'histoire ont été revisités afin d'intégrer cet épisode sombre de l'histoire nationale. 

Ce procès n'en demeure pas moins qu'une étape dans la réconciliation nationale. Chum Mey, rescapé de S21 et président de l’association de victimes Ksaeum Ksan, est lucide sur ce point : "Mon but maintenant c’est de travailler à la réconciliation entre les bourreaux et les victimes". Il propose notamment d'élever une stèle sur laquelle le nom des milliers de victimes serait gravé afin de transmettre leurs mémoires à l'histoire et aux générations futures.

 

Chum Mey n'évoque cependant pas impunément cette question de la mémoire des victimes. Si le jugement a été sans concession pour le bourreau, il n'a réservé qu'une place minime aux victimes qui ne reçoivent aucune réparation matérielle, symbolique ou morale. En somme, les parties civiles verront leur nom inscrit dans le jugement et une compilation des excuses et des déclarations de Duch reconnaissant sa culpabilité sera diffusée. Pas de journée nationale du souvenir, pas de bâtiments et de rues aux noms des victimes... La justice a jeté ce dossier brûlant entre les mains du gouvernement qui attend davantage de ce procès un moyen de tourner la page de l'histoire plutôt que d'entretenir la mémoire.

Mémoire judiciaire puis mémoire de pierre : la transmission ne connaîtrait-elle que ces vecteurs traditionnels ? Ou s'agit-il encore d'un effet de la globalisation appliquée aux domaines de l'esprit ?

Quoiqu'il en soit, si le procès de Douch peut être considéré comme terminé, ce n'est pas le cas de celui de la période Khmer. D'autres étapes sont attendues dans la construction mémorielle de cet évènement tragique.

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoires, lois et justice - Communauté : Histoire du monde.
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Jeudi 26 janvier 2012 4 26 /01 /Jan /2012 16:20

 

Après le procès de l'Apartheid en Afrique du Sud et le procès de la dictature chilienne, le procès des Khmers rouges au Cambodge constitue une nouvelle étape importante dans la mobilisation judiciaire visant à rechercher la réconciliation nationale.

Après la condamnation de "Douch" à la suite d'un très long procès ( dont nous avions relaté l'organisation en août 2009 sur ces pages), c'est au tour des cadres dirigeants du régime khmer d'être installés sur le banc des accusés. Un nouveau procès a donc été ouvert le 21 novembre 2011 à Phnom Penh afin de juger l'idéologue du régime Nuon Chea, l'ex-ministre des Affaires étrangères Ieng Sary et le président du "Kampuchea démocratique" Khieu Samphan. L'ancienne ministre des Affaires sociales et "première dame" Ieng Thirith a été épargnée en raison d'une probable maladie d'Alzheimer qui altère ses capacités mentales et mémorielles.

 

nuon-chea.jpg

Nuon Chea

 

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Ieng Sary

 

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Khieu Samphan

 

Je suis attentivement les étapes de ce procès par l'intermédiaire des médias traditionnels mais aussi  grâce au formidable blog de la journaliste Anne-Laure Porée qui offre un regard bien plus efficace que les coupures de presse et communiqués qui s'accumulent. Néanmoins, une question demeure autour de ces prétoires théâtralisés qui attirent deux fois par an les caméras du monde entier venues filmer l'acharnement d'une justice d'autant plus sévère qu'elle est tardive : la réconciliation nationale recherchée est-elle atteinte ? Le pays est-il apaisé par ces mises en scène juridiques médiatisées ? 

 

Dans le contexte de la récente loi condamnant le négationnisme du génocide arménien, on a beaucoup parlé de la judiciarisation de l'histoire.  Les prises de position de Robert Badinter par exemple ont été particulièrement éclairantes d'un point de vue législatif.

A-t-on pour autant jamais essayé de dresser un bilan objectif de ces actions entreprises en justice ? Les procès Papon et Barbie ont-ils permis de réconcilier une quelconque partie de la population française avec l'histoire nationale ? Les Chiliens et les Africains du Sud ont-ils enterré leurs rancoeurs au fond d'une geôle ? Le jugement symbolique se traduit-il par un apaisement populaire ?

 

Les lecteurs les plus attentifs de ce blog auront compris que j'ai quelques doutes à ce sujet. Je ne suis pourtant pas borné  sur cette position et je souhaiterais surtout que des études sérieuses permettent de dresser un bilan objectif de ces expériences qui se multiplient à l'échelle internationale. N'est-il pas possible d'envisager que des étudiants réactualisent les réflexions d'Henri Rousso et Robert Paxton sur la judiciarisation de l'histoire, de la mémoire et des historiens ? Le sujet est certes ambitieux, mais passionnant et surtout nécessaire dans le débat publique !

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoires, lois et justice - Communauté : Histoire du monde.
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Mercredi 21 décembre 2011 3 21 /12 /Déc /2011 14:21

 

Lundi 5 décembre 2011, la police allemande a effectué des perquisitions chez six octogénaires soupçonnés d'avoir participé  au massacre du village français d'Oradour-sur-Glane, dont des habitants ont été tués par les nazis le 10 juin 1944.

Selon un communiqué de l'AFP, les suspects ont tous entre 85 et 86 ans et appartenaient à la 3e compagnie du 1er bataillon du régiment Der Führer de la division blindée SS Das Reich, qui a orchestré ce carnage faisant au moins six cent quarante-deux victimes, dont deux cent quarante-sept enfants.

 

Oradour.jpg

Oradour sur Glane en 1945 (source : Service Historique de la Défense)

 

Pour l'heure, aucun document ne permet d'affirmer que les six hommes aient une responsabilité directe dans ces massacres. Agés d'environ 19 ans au moment des faits, il est guère probable que l'un d'entre eux ait exercé des fonctions de commandement. D'ailleurs, les intéressés se défendent pour le moment d'avoir pris part aux exactions. 

 

Outre cet évènement ponctuel, il est intéressant de constater qu'il existe toujours en Allemagne un office fédéral chargé de l'élucidation des crimes nazis

Sur le plan moral, il est tout à fait légitime qu'un tel organisme existe. L'ampleur des exactions et des victimes justifie des dispositifs exceptionnels visant non seulement à rendre la justice, mais aussi à jouer un rôle pédagogique pour une Allemagne qui a longtemps cherché à comprendre et à tirer un bilan de cette période sombre pour son histoire et celle du monde. 

Cependant, ne pourrait-on pas imaginer aujourd'hui, près de soixante-dix ans après les évènements, que cette page puisse être tournée sereinement ? L'Etat et le peuple allemand n'ont-ils pas fournis suffisamment de gages de leur repentance ? A quoi peut-il bien servir d'aller traquer ces vieillards qui ont probablement été hantés toute leur vie par des souvenirs terribles ? A vouloir réveiller sans cesse une mémoire douloureuse, ne fait-on finalement pas plus de mal que de bien ? Est-ce d'ailleurs vraiment le souhait des victimes ?

 

Ces questions sont difficiles et je ne prétends pas apporter une réponse définitive.

D'un côté, il y a la justice et l'histoire qui doivent s'exercer et dont les jugements et conclusions respectives constituent en soi une forme de reconnaissance et de réparation symbolique.

De l'autre, il y a la mémoire, la politique, le temps qui passe. Aux enjeux d'hier, pétris d'un souvenir douloureux, se substituent de nouvelles problématiques, des reconstructions et un avenir à consolider. 

Entre les deux, il devrait être possible de pouvoir respecter les victimes sans trop accabler des bourreaux qui, en l'état actuel de nos connaissances, n'ont guère le profil de tortionnaires, mais plutôt celui de jeunes hommes piégés par la folie d'un siècle sanguinaire.

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoires, lois et justice - Communauté : Histoire, mémoire et société
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