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  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 07:10

 

L'historienne Susann Mauss a fait une découverte exceptionnelle au cours de ses recherches. Le genre de découverte qui justifie les heures passées dans des centres d'archives obscures à consulter des liasses de papier.  Adolf Hitler a momentanément protégé un ancien camarade juif.

Ernst Hess a en effet bénéficié pendant quelques années d'un document émanant des services d'Heinrich Himmler spécifiant que selon les souhaits du Führer en personne, il ne devait pas être importuné en raison de sa judéïté .

Le motif de cette exceptionnelle indulgence repose sur le fait que les deux hommes aient combattu dans le même régiment durant la Première Guerre mondiale. Ils n'étaient pas pour autant amis et au contraire, la fille d'Ernst Hess rapporte la surprise de son père et de ses camarades de combat lorsqu'ils apprennent en 1934 que l'homme fort du Reich a combattu à leurs côtés pendant la Grande Guerre tant il était discret, voire asocial à cette époque. 

La protection sera cependant de courte durée car le précieux document lui est retiré en juin 1941. Ernst Hess devient alors un juif comme les autres et, à ce titre, déporté. Malgré cette expérience traumatisante, il survit et poursuit ensuite une carrière dans les chemins de fer.

 

La découverte est certes intéressante, mais son traitement médiatique l'est peut-être plus encore. Dans la bouche ou sous la plume de certains journalistes, la découverte de cette archive a quasiment détrôné celle du potentiel Boson de Higgs quelques jours plus tôt (il faut dire que la plupart des journalistes avaient alors l'impression de mieux la comprendre). La monstruosité d'Hitler était alors remise en cause. Celui que l'on considère souvent comme l'essence du Mal aurait présenté des failles.

 

C'est à ce titre que nous pouvons considérer que cette découverte est beaucoup plus intéressante d'un point de vue mémoriel qu'historique.

Les innombrables biographies consacrées à Hitler ont très souvent montré (parfois même à outrance dans des exercices de psychologie historique douteux) la face "humaine" du dictateur. Pour rester dans le même domaine, nous savons qu'Hitler avait accordé sa protection personnelle à un autre juif, Eduard Bloch, qui était son médecin de famille. Cet exemple est d'ailleurs beaucoup plus révélateur que celui d'Ernst Hess car Eduard Bloch a réellement entretenu une relation presque amicale avec le jeune Adolf Hitler qui n'a eu de cesse de lui prouver sa gratitude après que le médecin ait accompagné sa mère vers la mort en 1907.

Dans le cas d'Ernst Hess, à l'exception de ce document retrouvé par Susann Mauss, rien ne précise exactement la nature et les circonstances de cette protection. Etait-ce strictement individuel ou collectif ? Hitler avait-il accordé sa protection à tous les soldats du régiment ? Avait-il vraiment précisé les modalités concernant de potentiels militaires juifs ? En avait-il vraiment conscience ou s'agit-il d'une interprétation d'un subordonné ? Rien n'est moins sûr.

En revanche, la réaction des médias est révélatrice de la place qu'occupe encore Hitler dans l'inconscient collectif. Alors que la théorie du point Godwin délaie cette information dans des références multiples et souvent polémiques, la découverte de cette nouvelle archive illustre à quel point Hitler s'est imposé comme un personnage à part dans l'histoire et la mémoire de l'humanité, comme une référence culturelle commune et quasiment universelle censée représenter le Mal. Dès lors, toute nouvelle information biographique signalant une once d'humanité sera considérée comme une faille, un défaut dans la construction mémorielle de son image.

Hitler avait-il lui-même anticipé cette entreprise mémorielle ? Avait-il conscience de sa postérité ? Voilà des questions qui constitueraient une très belle étude historienne sur les mémoires.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et médias
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8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 12:26

 

Le vendredi 21 septembre 2012 marquera le 220e anniversaire de l’abolition de la monarchie française par la Convention nationale. Á cette occasion, plusieurs universités et laboratoires de recherche, ainsi que la Société des études Robespierristes ont uni leurs forces pour organiser un colloque scientifique intitulé " 1792, entrer en république".

En parallèle à cette manifestation scientifique, la Société des études Robespierristes a "pensé que l’état présent  de notre République méritait que nous fassions un geste public pour en rappeler les origines". C'est pourquoi elle propose d'organiser un hommage collectif "à l'oeuvre émancipatrice de la Convention nationale, devant le groupe monumental de Germain Sicard, dans la nef du Panthéon" le vendredi 21 septembre à 17h. (Michel Biard , Président de la Société des études robespierristes).

 

Sicard-autel-a-la-Nation-Pantheon.jpg

L'appel de Michel Biard contient vraisemblablement une erreur : le lieu de mémoire qu'il mentionne est probablement l'autel à la gloire de la Convention Nationale de François-Léon Sicard en 1920.

 

L'organisation d'un tel évènement scientifique montre que les commémorations sont désormais un vecteur important de l'écriture de l'histoire. Ainsi, ai-je récemment entendu dire qu'il fallait organiser tel colloque à telle date car les financements seront plus importants si l'évènement est associé à une date commémorative. De même, tel éditeur repousse la sortie d'un livre terminé depuis deux mois car il se vendra potentiellement mieux s'il est lié à une commémoration lui permettant de bénéficier d'une couverture médiatique. J'ai même discuté récemment avec un étudiant plutôt malin m'expliquant qu'il avait choisi son sujet de Master en calculant la date de la fin de son travail et les évènements susceptibles de bénéficier d'une opération commémorative.

Il ne s'agit pas de nier ici une réalité évidente et bien utile dans le succès même de la science historique en France. Cette situation ne doit cependant pas empêcher de mener une réflexion sur les dérives qui pourraient résulter de cette tendance. Nous avons souvent signalé sur ce blog consacré aux questions mémorielles les colloques, les livres et les projets de numérisation d'archives lancés à l'occasion d'un anniversaire commémoratif. Trop souvent cependant, nous avons pu aussi constater que passée la frénésie mémorielle, l'annonce est rarement suivie d'effets et l'attention se porte quelques semaines, voire quelques jours plus tard, vers d'autres commémorations.

Sans prétendre apporter de solutions définitives à cette tendance, nous pensons qu'elle mériterait une attention soutenue de la part de la communauté historienne réfléchissant sur les pratiques et l'avenir de la discipline.

 

D'autant plus que les pressions et surenchères sont nombreuses et importantes dans ce domaine. Peut-on en effet envisager que les historiens restent en dehors des cérémonies commémoratives au prétexte qu'elles constituent une orientation trop dangereuse pour leurs travaux ?

Si nous restons sur la simple question de l'abolition de la monarchie par la Convention nationale, les motifs ne manquent pas. Par exemple, pourquoi la Société d'études Robespierristes a-t-elle choisi de commémorer l'abolition de la monarchie et non pas l'émergence de l'idée république ? N'est-il pas possible de lier cette orientation au  succès grandissant et polémique des thèses de Laurant Deutsch qui, depuis plusieurs mois, déchaîne les passions avec ses travaux consacrés à Paris sous l'Ancien Régime ? Succès de librairie transformé en succès télévisuel, le Métronome de l'acteur qui se voulait historien a tantôt reçu les lauriers de certaines écoles qui l'ont invité à participer à des conférences, et tantôt subit les foudres d'autres qui relèvent avec intransigeance les innombrables erreurs et approximations de l'ouvrage, véhiculant surtout une dimension idéologique favorable à la monarchie, à l'Ancien Régime et à la religion catholique.

 

Aussi surprenant que cela puisse paraître, nous risquons donc de voir surgir à la rentrée des débats assez surréalistes sur la postérité de la monarchie dans l'identité nationale française. Pour l'instant, l'avantage est dans le camp des monarchistes qui ont posé leurs jalons dans les milieux médiatiques, éditoriaux, et même parfois politiques et universitaires.

Deux cent vingt ans après l'oeuvre de la Convention nationale, la bataille entre monarchie et république risque de se rejouer sur le terrain de la mémoire !

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et commémorations
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6 juillet 2012 5 06 /07 /juillet /2012 08:46

 

Histoire-des-Justes-en-France.jpg

Patrick Cabanel, Histoire des Justes en France, Paris, Armand Colin, 2012

 

"Le titre de "Juste parmi les nations" récompense, après collecte de témoignages de Juifs, toute personne non juive qui, au péril de sa vie et sans contrepartie, a sauvé au moins un Juif au cours des années 1940. Il s'agit de la plus haute distinction civile décernée par l'Etat d'Israël, depuis 1963".

 

C'est par ces mots simples mais précis que Patrick Cabanel introduit son histoire des Justes en France. Au fil des pages, il ne se contente pourtant pas seulement de dresser une liste exhaustive des Français reconnus comme Justes par l'Etat d'Israël. Son analyse le conduit irrémédiablement à s'interroger sur les mémoires de ces individus dont la reconnaissance officielle repose justement sur des témoignages qui se sont manifestés plus ou moins rapidement. En ce sens, cet ouvrage est un formidable outil de réflexion sur les mémoires qui ont été un vecteur d'action durant la Seconde Guerre mondiale, puis un prisme de reconnaissance de l'engagement à la suite du conflit, avant de devenir désormais une clef de lecture pour l'avenir.

 

Au commencement... une loi mémorielle !

Aussi surprenant que cela puisse paraître, c'est bien un loi qui est à l'origine des commémorations des Justes. Bien que le projet d'un mémorial des martyrs appelé Yad Vashem est évoqué dès 1942, c'est le gouvernement israélien qui formalise cette idée en mars 1953 par l'intermédiaire d'une proposition de loi "sur la commémoration des Martyrs et des Héros". Au cours des débats à la Knesset, le terme de "Justes parmi les nations" fait son apparition et la loi votée à l'unanimité le 19 août 1953 fixe durablement les modalités de leur désignation et de la commémoration.

Patrick Cabanel rappelle d'ailleurs que le processus de nomination des Justes témoigne dès le départ d'une véritable forme de judiciarisation de la mémoire puisque les Justes doivent être proposés par des Juifs sauvés qui présentent au minimum deux documents (pièces à conviction) permettant d'attester le bien-fondé de leur requête auprès d'une commission (tribunal) présidée par un juge, un représentant du ministère des Affaires étrangères, un représentant du Congrès juif mondiale, six membres des associations de déportés et rescapés, et cinq juges ou avocats.

La plupart des documents fournis pour ce procès en mémoire étant constitués de témoignages, nous pouvons dès lors considérer que ce sont des mémoires individuelles qui sont à l'origine des mémoires des Justes. Dans les deux cas, victimes et héros sortent de l'anonymat par une sorte de pacte mémoriel.

 

Une construction mémorielle progressive et tardive

A la lecture du travail de Patrick Cabanel, on s'étonne du caractère inédit de cet ouvrage, révélateur d'une mémoire qui s'est construite très progressivement. Alors que l'Etat d'Israël honore les premiers Justes dès 1963, l'action héroïque de ces Français est restée relativement discrète en France jusqu'au début des années 2000, et plus particulièrement en 2007 lorsqu'une cérémonie a symbolisé l'entrée de l'ensemble des Justes français au Panthéon.

Comme souvent pour les évènements de la Seconde Guerre mondiale, la mémoire s'est construite autour d'oeuvres cinématographiques qui ont contribué à la démocratisation d'un sujet jusqu'alors connu uniquement des spécialistes. C'est le cas notamment d'Au revoir les enfants de Louis Malle (1987), La liste de Schindler de Steven Spielberg (1993), Amen de Costa-Gavras (2002) et La Rafle de Roselyne Bosch (2010). Nul doute que ces films ont contribué à l'émergence d'une demande sociale d'histoire autour des Justes qui s'est ensuite transformée en reconnaissance officielle et politique.

Cette liste est révélatrice d'une temporalité plutôt poussive dans un premier temps, qui s'est ensuite accélérée à la fin du XXe siècle et au début du XXi siècle, "comme s'il fallait sauver la mémoire avant qu'il ne soit trop tard, et comme si la pression se faisait telle qu'il a fallu ouvrir plus largement les tables de marbre aux noms gravés". Cette remarque est intéressante car elle introduit une nuance dans la chronologie mémorielle du génocide des Juifs d'Europe. Longtemps, les années 1970 ont été considérées comme un moment de rupture permettant l'émergence d'une mémoire brimée. Or, les travaux de Patrick Cabanel,  comme d'autres, montrent que nous devons aujourd'hui réviser cette temporalité. L'historien propose en fait de distinguer clairement la mémoire israélienne, de la mémoire française. Nous pourrions ajouter à cette distinction la nécessité de différencier également les mémoires officielles des mémoires familiales, les mémoires nationales des mémoires locales.

L'exemple de Jean-Séverin Lemaire est particulièrement révélateur de cette mémoire chaotique : déporté à Mauthausen et Dachau, l'Etat l'a décoré de la Croix de guerre puis de la légion d'honneur en 1957 pour ses activités de résistance sans qu'il ne soit fait mention de son action en faveur des Juifs... alors qu'il est aujourd'hui surtout connu pour ses activités de sauvetage qui lui ont permis d'être distingué comme Juste. 

 

Parmi les éléments alternatifs permettant de comprendre cette révision chronologique, Patrick Cabanel propose de s'intéresser notamment au phénomène d' "héroïsation" qu'il croit identifier depuis le début des années 1980 par la multiplication des entrées au Panthéon, des distributions de Prix, mais aussi des béatifications et canonisations. En manque de "re(pères)", notre société chercherait ainsi des références en distinguant des modèles à suivre.

A cela s'ajoute pour la France la volonté d'équilibrer sa place dans l'histoire du génocide des Juifs d'Europe et d'apaiser en quelque sort un sentiment latent de culpabilité. Il n'est d'ailleurs pas anodin de constater que la présidence de Jacques Chirac témoigne d'une entreprise mémorielle complète : quelques jours après son accession au pouvoir, le 16 juillet 1995, il avait reconnu pour la première fois à ce niveau de l'Etat la responsabilité de la France dans la Shoah ; en 2007, avant de quitter l'Elysée, son hommage aux Justes de France permettait de montrer qu'une autre France s'était illustrée pendant la Seconde Guerre mondiale. Entre ces deux dates, la loi du 10 juillet 2000 a fixé au dimanche suivant le 16 juillet une "Journée nationale à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français et d'honneur aux "Justes" de France". On s'aperçoit alors que la république français laïque a repris à son compte sans modification l'expression israélienne et religieusement connotée de "Juste".

 

Une multitude de manifestations mémorielles

Dès l'instauration de cette reconnaissance officielle, la volonté d'entretenir la mémoire de ces héros aux côté de celle des victimes s'est manifestée. Cette entreprise s'est illustrée sous différentes formes successives ou concomitantes.

Dans un premier temps, chaque Juste (ou ses descendants en cas d'hommage posthume) était invité à planter un arbre à son nom dans l'Allée des Justes au Mémorial de Yad Vashem à Jérusalem. Cette action symbolique est cependant rapidement devenue impossible en raison du nombre grandissants d'individus recevant cet honneur (23 788 au 1er janvier 2011, dont 3 331 Français).

A défaut de pouvoir créer une véritable "forêt de la mémoire", il a finalement été décidé que les noms des Justes seraient progressivement gravés sur un mur, permettant ainsi d'envisager une accumulation plus aisée.

C'est d'ailleurs cette stratégie d'une "mémoire de pierre" qui a été adoptée par le Mémorial de la Shoah à Paris depuis 2006. 

 

Mur-des-Justes.jpg

 

Les lieux de mémoire nationaux ne doivent cependant pas faire oublier d'autres lieux locaux qui ont parfois émergé bien avant. C'est le cas notamment du Mémorial en hommage aux Justes de France inauguré en 1997 à Thonon-les-Bains.

 

memorial-national-des-justes-Thonon.jpg

 

A côté de ces lieux physiques, des lieux de mémoire symbolique se sont également imposés. C'est le cas notamment du policier Jean Philippe qui est régulièrement mis à l'honneur par l'Ecole nationale de Police afin d'atténuer l'image de collaboration régulièrement associée aux forces de l'ordre.

D'autres Justes ont parfois cristallisé de nombreuses formes commémoratives comme le consul général du Portugal à Bordeaux Aristide de Sousa Mendes (p. 106) pour lequel plusieurs arbres ont été plantés dans la forêt des martyrs de Yad Vashem, avant qu'il ne soit officiellement reconnu comme Juste en 1966, puis réhabilité par un vote unanime de l'Assemblée nationale du Portugal en 1988, et enfin honoré par un buste inauguré à Bordeaux en 1994, des films, des livres, des timbres et un projet de musée...

 

La mémoire comme acteur dynamique de l'histoire

L'une des grandes originalités du travail de Patrick Cabanel est de ne pas limiter son analyse à la mémoire juive, mais d'ouvrir une réflexion plus large sur le rôle et la place de la mémoire dans l'Histoire.

C'est ainsi qu'il parvient notamment à expliquer (parmi d'autres éléments) la logique d'action et d'engagement de nombreux Justes de France par la persistance d'une forte mémoire des persécutions, et plus particulièrement celle en vigueur dans les milieux protestants.

De nombreux témoignages signalement en effet le processus d'identification des habitants Cévenols : "Autrefois, c'étaient les nôtres, les Hugunots, qui étaient persécutés ; maintenamnt, hélas ! C'est votre tour" (p. 23).

Bien que très minoritaires en France, les protestants ont développé une forte conscience identitaire liée à la mémoire dans l'entre-deux-guerres : livres, pièces de théâtre, cartes postales, cérémonies commémoratives... sont autant d'éléments qui ont visiblement influencé l'action de résistance assez exceptionnel des protestants contre un Etat considéré comme injuste. Patrick Cabanel propose d'ailleurs l'expression intéressante d' "armes de la mémoire" pour qualifier cette situation exceptionnelle qui s'appuie sur la mémoire collective pour justifier l'action politique.

 

C'est pourquoi il est intéressant de s'interroger sans cesse sur les réminiscences des mémoires dans nos sociétés contemporaines qui, sous le masque d'une comparaison souvent considérée comme polémique et anachronique, témoignent d'une véritable identité nationale mémorielle avec des conséquences non négligeables sur la lecture du monde et l'action qu'on peut y mener.

En février 1997, des Justes et/ou leurs enfants et petits-enfants s'étaient retrouvés autour d'un texte condamnant le durcissement de la législation sur l'immigration au nom de l'exemple donné au cours des années 1940 : "Ces actes se sont, au fil du temps, gravés dans les mémoires de leurs descendants, comme un modèle de comportement qu'il faut transmettre de génération en génération".

La mémoire (qu'elle soit nationale ou communautaire) a donc une réelle perspective performative : se souvenir, c'est aussi agir !!!

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Recensions
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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 13:19

 

Ils ont finalement été mis en place, malgré l'alternance politique : ce sont les fameux questionnaires permettant de tester la "connaissance de l'histoire, de la culture et de la société françaises" des candidats à la nationalité française. Cette idée est le fruit du précédent gouvernement, et plus précisément des services de l'ancien ministre de l'Intérieur Claude Guéant, qui s'inscrivait alors dans la lignée de la politique historienne du président Nicolas Sarkozy.

Le décret du 30 janvier 2012 précise en effet les modalités de naturalisation : non seulement il est exigé du demandeur une "connaissance de la langue française caractérisée par la compréhension des points essentiels du langage nécessaire à la gestion de la vie quotidienne" mais également la "connaissance de l'histoire, de la culture et de la société françaises correspondant au niveau de connaissance attendu, dans ces matières, d'un élève à l'issue de l'enseignement dispensé à l'école primaire".

 

Nous les attendions avec impatience et nous n'avons pas été déçus. Depuis quelques semaines, différentes versions ont filtré dans la presse, notamment dans Le Monde et Le Figaro (vous ne manquerez pas d'aller vérifier si vous méritez vous aussi votre nationalité...).

Le questionnaire se présente sous la forme d''un QCM proposant systématiquement trois propositions de réponse.

 

Parmi les questions qui concernent l'histoire, on trouve quelques perles :

 

1. Les guerres de religion, au XVIe siècle, ont opposé :

a/ catholiques et protestants ;   b/ chrétiens et musulmans ;    c/ écoles publiques et écoles privées

Il n'est pas précisé si des choix multiples sont possibles mais le reste du questionnaire laisse croire qu'une seule réponse est attendue. Or, si l'on veut être précis, on rappellera que l'expression "guerres de religion" ne se limite pas à la seule opposition entre catholiques et protestants. Elle s'est également déclinée sous la forme d'oppositions bien plus larges dans toute l'Europe, et notamment entre les chrétiens, les juifs et les musulmans en Espagne.  

 

2. Lequel de ces trois pays n'a pas fait partie de l'empire colonial français ? 

a/ La Tunise ;     b/ Le Maroc ;     c/ La Lybie 

On s'étonne ici de retrouver une question sur le passé colonial de la France. Est-il nécessaire dans ce genre de questionnaire destiné aux candidats à la nationalité française (et donc à des populations parfois originaires de ces pays) de rappeler la nature des liens passés avec la France ?

 

3. Les premiers peuples connus qui ont habité la France sont :

a/ Les Crétois ;     b/ Les Gaulois ;     c/ Les François

Il s'agit probablement de la question la plus caricaturale tant elle mobilise les poncifs de ce qui est généralement désigné comme le "roman national". "Nos ancêtres les Gaulois" constituent une lecture stéréotypée qui ne correspond par à la réalité historique mais seulement au discours politique et erroné de Jules César, repris depuis par à d'autres fins tout aussi politiques.

 

Les questions de culture générale valent aussi le détour :

1. Dans lequel de ces trois pays le français n'est pas parlé ?

a/ La Suisse ;     b/ L'Espagne ;      c/ L'Algérie

Encore une fois, cette question fait référence au passé colonial de la France.

 

Quels enseignements tirer de ces questionnaires ?

Globalement, on remarque assez rapidement que ces questionnaires véhiculent une vision plutôt positive de la France dans l'histoire, résidu du traumatisme de la repentance honnie par le précédent chef de l'Etat.

Il est également à noter la lourde insistance sur le passé colonial de la France. D'aucuns justifieront cette présence par la volonté de faire réfléchir les candidats à la nationalité française sur les processus historiques qui sont à l'oeuvre dans les choix des destinations migratoires. Une telle interprétation apparaît comme complètement illusoire au regard des questions posées qui relèvent davantage d'un inventaire à la Prévert des stéréotypes du roman national plutôt que d'un questionnaire de connaissance en histoire.

 

Ces tests s'ajoutent ainsi à d'autres éléments révélateurs d'une tendance actuelle à l'affirmation du roman national face aux dangers supposés dont il ferait l'objet. Dans un excellent article de la revue Diversité, l'historienne Laurence de Cock a très bien montré comment depuis 2008 les nouveaux programmes d'histoire au collège qui introduisent l'étude de civilisations extra-européennes ont été attaqués au prétexte qu'ils dilueraient l'histoire nationale traditionnelle au profit de mémoires communautaires.

Accordons à Dimitri Casali (qui a été le porte-parole de cette cause) que c'est probablement le cas concernant l'enseignement des traites négrières et de l'esclavage qui a fait l'objet d'une attention particulière dans les nouveaux programmes en raison de la loi Taubira de 2001.

Cela ne doit cependant pas faire oublier que l'alternative conservatrice proposée par Dimitri Casali repose sur une construction tout aussi communautaire. L'histoire de France qu'il propose dans son  altermanuel est le fruit d'une vision datée et politique qui considère l'histoire enseignée comme le bras armé du renforcement de la fierté nationale à travers l'héroïsation des grandes figures et des grands évènements que nul Français n'est censé ignoré selon lui. Bien que ce soit l'expression de "roman national" qui se soit imposée depuis plusieurs années, on aurait tout autant pu parler de "mémoire nationale" tant cette vision correspond à une lecture du passé visant à rassembler une communauté (dire nationale) dans l'émotion.

Face à cette croyance, nous pensons que l'histoire peut avoir d'autres vertues parmi lesquelles figurent en priorité l'exercice de l'esprit critique et l'apprentissage de l'altérité culturelle. Maintes réformes ont tenté d'introduire cette dimension depuis "l'histoire universelle" en 1925 jusqu'aux programmes Haby de 1975 qui voulaient "élargir l'horizon", en passant par l'approche civilisationnelle de Braudel en 1957. Dans le contexte actuel d'une mondialisation galopante qui entraîne des flux économiques et humains toujours plus importants, il serait pour le moins contradictoire de s'obstiner à inculquer une histoire dont les présupposés idéologiques datent de la fin du XIXe siècle, à l'époque où la France cherchait à prouver sa supériorité sur l'Allemagne et à justifier son entreprise coloniale par un argumentaire racialo-civilisationnel. 

 

Questionnaire-nationalite-francaise.png

Caricature de Rodho sur Le PLus du Nouvel Observateur

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et identités nationales
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29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 11:38

 

Le philosophe Roger Garaudy est décédé le mercredi 13 juin 2012 à l’âge de 98 ans. Déporté dans les camps vichystes d’Afrique du Nord durant la Seconde Guerre mondiale, député puis sénateur PCF avant d'être exclu du Parti, il est aussi l'auteur en 1995 d'un ouvrage polémique intitulé Mythes fondateurs de la politique israélienne dans lequel il développe sa pensée négationniste du génocide des juifs d'Europe par les Nazis. Il a d'ailleurs été condamné en 1998 pour contestation de crimes contre l’humanité, diffamation raciale et provocation à la haine raciale à la suite de la polémique autour de ce livre.

 

Pour signaler sa disparition souvent évoquée par une simple dépêche de l'AFP dans la plupart des médias français, un certain Robert Paulisson (qui a l'usage taquin du pseudonyme puisque personne n'aura échappé à l'évocation implicite de Robert Faurisson) s'est livré à un exercice journalistique particulièrement réussi : la négation de la disparition du négationniste ( lire l'article ici). En usant des méthodes traditionnelles du négationnisme, le journaliste rend ainsi hommage à sa façon en contestant la thèse officielle du décès de Roger Garaudy.

 

Au-delà du clin d'oeil journalistique, cet article est aussi un moyen de lutter contre le négationnisme en utilisant l'ironie et l'humour politiquement incorrect. Peut-être l'auteur a-t-il également considéré qu'il était possible par ce moyen de rendre justice à la mémoire des milliers de victimes du génocide des juifs en infligeant à celle de leur bourreau le châtiment qu'il a lui-même utilisé quelques années auparavant.

 

Bref, un exercice de style réussi et intéressant !

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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 10:20

 

Le violent orage qui s'est abattu sur Nancy dans la nuit du 21 au 22 mai 2012 a été  fatal à certains documents des archives départementales de Meurthe-et-Moselle. L'inondation du bâtiment a noyé certains cartons dont le contenu ne pourra pas toujours être restauré.

L'évènement a également été l'occasion de rappeler l'urgence de la construction en cours d'un  Centre des Mémoires destiné à rassembler sous un même toit plus moderne les archives départementales de Meurthe-et-Moselle et un "complexe d’accueil du public autour des mémoires et patrimoines d’archives régionaux".

L'idée initiale est originale : toute action qui peut permettre de rapprocher les citoyens de leurs archives doit être encouragée.

 

Mais pourquoi avoir décidé d'appeler ce lieu "Centre des Mémoires" ? Les centres d'archives ne sont-ils pas l'un des lieux privilégiés de la fabrique de l'histoire ? Les archives ne sont-elles pas censées représenter la matière première de l'artisan-historien ?

Nous nous efforçons depuis plusieurs années sur ce site à montrer que l'histoire et la mémoire ne sont pas nécessairement opposées, voire contradictoires. Au contraire, le rapprochement de leur intérêt commun pour le passé peut constituer un atout dans la défense de leur domaine de prédilection.

Le "rapprochement" ne doit cependant pas signifier la disparition d'un domaine par rapport à l'autre.

Nous avions déjà signalé cette tendance dans  un précédent article consacré aux musées qui ont parfois tendance à se regrouper sous des dénominations contestables telles que "Mémorial" ou "Historial".

Il serait dangereux à notre avis que cette mode s'élargisse aux centres d'archives qui n'ont pas pour vocation d'abriter et d'entretenir des mémoires, mais bien de recueillir les documents qui permettront plus tard d'écrire l'histoire.

Si le Conseil général souhaite montrer sa volonté d'ouverture, qu'est-ce qui l'empêche d'utiliser la dénomination de "Centre d'histoire" ou bien de "Centre d'histoire et de patrimoine" ?

 

A plus longue échéance, cette pratique pourrait conduire à des dérives regrettables : après les musées et les centres d'archives, doit-on s'attendre à devoir enseigner prochainement l'histoire et la mémoire, plutôt que l'histoire des mémoires ? Dans ce domaine aussi, certains signes sont parfois inquiétants...

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24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 08:35

 

Comme tous les mois, nous poursuivons notre recension du magazine l'Histoire sous la forme de courtes brèves afin de compléter notre réflexion sur l'actualité mémorielle de la recherche et de l'édition. Le numéro de juin est justement consacré à un dossier qui a suscité plusieurs polémiques mémorielles : la guerre de Vendée.

L-Histoire-juin-2012.jpg

 

Le sujet a déjà fait couler beaucoup d'encre, y compris dans d'autres magazines puisque la Nouvelle Revue d'Histoire avait consacré un dossier à la Vendée en 2011 : 

 

Nouvelle-Revue-d-Histoire-Vendee.png

 

Cet intérêt renouvelé trouve son explication dans l'édition d'un nouvel ouvrage détonnant sur la question et que nous avions déjà évoqué sur ce site : Vendée, du génocide au mémoricide de Reynald Secher (Le Cerf, 2011).

 

vendee génocide mémoricide

 

Pour répondre à cette revendication d'une reconnaissance mémorielle victimaire qui ne cesse de grandir, le magazine décide de convoquer les meilleurs spécialistes de la question qui viennent présenter leurs derniers travaux afin de dresser un bilan historiographique.

On peut néanmoins regretter que le principal intéressé, Reynald Secher, ne figure pas dans les intervenants pour présenter lui aussi sa position.

 

L'article d'Olivier Coquard commence tout d'abord par présenter les faits connus et reconnus d'une guerre civile particulièrement meurtrière qui conduit certes à une victoire républicaine, mais au prix de dizaines de milliers de morts, de réfugiés et d' "exilés" qui ont constitué le terreau fécond d'une mémoire victimaire collective. 

Le coeur du dossier est cependant centré autour d'un long entretien avec Jean-Clément Martin qui constitue une réponse aux thèses de Reynald Secher.

Dès le départ, le ton est donné puisque Jean-Clément Martin réfute le caractère inédit des archives de Reynald Secher en rappelant qu'elles ont déjà été publiées en 1895.

Il précise ensuite que l'interprétation de ces sources souffre d'anachronisme dans les conclusions de Reynald Secher et qu'il convient de remettre les termes "anéantir", "chasser", "déblayer" utilisés par les auteurs de ces documents dans le contexte d'une violence révolutionnaire aujourd'hui insoutenable, mais récurrente à l'époque.

Après ces remarques méthodologiques, la critique passe sur le terrain des notions. Il est ainsi rappelé que la Vendée est un département créé en 1790 ; or, la guerre de Vendée dépasse largement les limites de cette circonscription administrative et rend difficile l'affirmation d'une identité vendéenne, tout comme celle d'une volonté génocidaire de la République.

Jean-Clément Martin s'attache ensuite à retracer les principales étapes de la construction mémorielle vendéenne qui viennent contredire l'autre thèse de Reynald Secher : celle du mémoricide. Il rappelle ainsi que dès la chute de Robespierre, le journaliste Louis-Marie Prudhomme s'intéresse aux victimes de la guerre de Vendée. Des procès sont organisées jusqu'en 1796, puis l'histoire et la mémoire prennent le relais par l'intermédiaire d'ouvrages (Précis historique de la guerre civile de la Vendée écrit par Berthre de Bournisseaux sous le Consulat), de pèlerinages, sermons, etc.

Le XIXème siècle apparaît alors comme le véritable moment d'émergence de mémoires contradictoires qui perdurent encore aujourd'hui. Dans un premier temps, Bonaparte tente de limiter l'émergence d'une mémoire contre-révolutionnaire en essayant d'empêcher la publication des Mémoires de la marquise de La Rochejaquelein qui "enracine l'idée que la Révolution a tué un peuple de paysans laborieux". A l'inverse, la monarchie de Juillet exploite à partir de 1840 le souvenir des massacres des révolutionnaires en organisant notamment un concours pour désigner la commune la plus touchée. A partir de ce moment, les monuments, les livres et les lieux vont se multiplier. Les illustrations du dossier permettent d'ailleurs d'en observer plusieurs tels que la chapelle des Lucs-sur-Boulogne construite en 1867 à l'emplacement où la tradition assure que 564 habitants ont été tués par les troupes républicaines le 8 février 1794 (p. 53). A ce bâtiment s'ajoute la représentation du massacre de Machecoul immortalisé par le peintre François Flameng en 1884 (p. 54) et le monument érigé en 1839 au centre du cimetière de La Gaubretière sous lequel sont enterrés de nombreuses victimes des guerres de Vendée (p. 61). Jean-Clément Martin mentionne également l'existence de nombreuses plaques mémorielles et l'exploitation de la guerre de Vendée jusque dans la propagande vichyste.

Aujourd'hui encore, cette mémoire est défendue par Hervé de Charette, ancien ministre et député, qui a déposé à deux reprises une proposition de loi pour faire reconnaître le génocide vendéen par la République, sans nécessairement demander une pénalisation des propos considérés comme négationnistes. L'évocation de cet homme et de son combat dans ce domaine permet de rappeler à quel point la mémoire peut arborer des aspects éminemment politiques. Michel Winock rappelle notamment par l'intermédiaire de cartes électorales (p. 59) que la mémoire vendéenne peut constituer un aspect important de compréhension du vote des locaux, longtemps attachés à une culture royaliste et catholique.

La résurgence du débat mémoriel porté par Reynald Secher doit également interroger les historiens. Son ouvrage a en effet été préfacé par Gilles-William Goldnadel (présenté par Jean-Clément Martin comme un avocat incarnant la droite extrême au sein du Conseil représentatif des institutions juives de France), Hélène Piralian (psychanalyste d'origine arménienne) et Stéphane Courtois (spécialiste de l'histoire des régimes communistes). Ces différentes interventions témoignent d'une volonté comparative entre les différentes entreprises génocidaires et viennent confirmer l'affirmation de Reynald Secher dans son ouvrage : "La France est le premier pays à avoir conçu, organisé et planifié l'anéantissement et l'extermination d'une partie d'elle-même au nom de l'idéologique de l'homme nouveau. Elle est ausi le premier pays à avoir conçu et mis en place un mémoricide dans le but d'occulter ce crime contre l'humanité. En ce sens, la France est un double laboratoire et un modèle pour les régimes génocidaires".

 

Nous avions déjà signalé dans notre article du mois d'octobre 2011 que Reynald Secher ne craignait pas "les formules ambitieuses". Cet extrait le confirme et l'excellente interview de Jean-Clément Martin nous permet judicieusement d'en limiter les excès.

 

Actualisation du 29 octobre 2012

Reynald Secher a été récompensé (pour l'ensemble de son oeuvre et plus particulièrement pour son dernier ouvrage évoqué ci-dessus) par  le prix Combourg-Chateaubriand.

Il est intéressant de constater que ce prix est avant tout littéraire et non scientifique. Lors de la remise de récompense, ce sont d'ailleurs les qualités d'écrivain et de journaliste de l'auteur qui ont été soulignées par Christophe Barbier, lauréat 2011, et non pas ses qualités d'historien.

La remise de prix a d'ailleurs donné lieu à un échange vigoureux entre le directeur de l'Express et Reynald Secher quant aux thèses défendues par ce dernier (le compte-rendu est réalisé par la secrétaire du Souvenir Chouan de Bretagne).

 

 

Un centre de mémoire et d'histoire pour Drancy

Financé par la  Fondation pour la mémoire de la Shoah (et non pas la Fondation de la mémoire pour la Shoah comme indiqué par erreur dans le magazine), ce nouveau lieu sera autant consacré à l'histoire qu'à la mémoire des 63 000 Juifs passés dans ce camp d'internement avant d'être envoyés vers les camps de la mort.

 

Mutation des mémoires staliniennes

La Géorgie continue sa mutation mémorielle. Après avoir déboulonné une statue de Staline en juin 2010, la ville de Gori vient de transformer la maison natale du dictateur en musée de la répression soviétique.

La mutation mémorielle observée dans ce pays depuis quelques années se poursuit donc irrémédiablement, et visiblement avec succès puisqu'aucune polémique ni contestation n'a été recensée cette fois-ci par les médias occidentaux.

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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 08:44

 

L'information est passée relativement inaperçue car elle a été parasitée par une vaine polémique politicienne sur les excès de vitesse du chauffeur du président de la République. Il n'en demeure pas moins qu'après l'hommage rendu à Jules Ferry, François Hollande vient de participer à sa première grande commémoration officielle : celle du 68ème anniversaire du débarquement de Normandie.

 

A cette occasion, le chef de l'Etat a d'abord assisté à une cérémonie au cimetière militaire de Ranville (Calvados) avant de se rendre ensuite au Mémorial de Caen et d'y prononcer un discours devant notamment une quinzaine de jeunes lauréats du concours national de la Résistance et de la Déportation et trois vétérans du débarquement.

Comme le rappellent des journalistes du Monde , le passage du président de la République au Mémorial n'est pas si courant. François Mitterrand s'y était rendu en 1988 lors de l'inauguration et Jacques Chirac en 2004 à l'occasion d'une cérémonie particulièrement marquante pour le 60ème anniversaire. A l'époque, le président français s'était entouré de dix-sept chefs d'Etat et de gouvernement, dont le président américain George W. Bush, la reine d'Angleterre Elizabeth II et surtout le chancelier Gerhard Schröder qui représentait pour la première fois la présence allemande à ces commémorations.

 

 

 Dans son discours, François Hollande fournit des éléments essentiels qui peuvent nous permettent de mieux comprendre sa vision de l'Histoire longtemps restée obscure, mais aussi d'imaginer ce que pourrait être sa politique mémorielle dans les cinq années à venir.

Passons tout d'abord rapidement sur une imprécision du propos lorsque le président déclare "au soir du 6 juin 1944, notre pays, la France, cessait d'être entièrement occupé". C'est sans compter en effet sur le débarquement des Alliés le 8 novembre 1942 dans les territoires français d'Afrique du Nord (Protectorat du Maroc et Algérie française). Il est toujours difficile de savoir si, dans ce contexte, le chef de l'Etat ne souhaite pas entrer dans les détails, commet une erreur, ou souhaite faire passer un message implicite aux anciennes colonies.

La volonté diplomatique est en revanche beaucoup plus explicite à la suite du discours lorsque François Hollande rappelle que des hommes venant de douze pays ont participé aux opérations. En présence du ministre de la Défense Britannique Philippe Hammond, il s'attarde plus particulièrement sur le courage des soldats anglais, avant de consacrer également quelques développements aux millions de victimes russes.

Sur ce point, je pense qu'il convient de relativiser l'analyse du directeur du Nouvel Observateur Laurent Joffrin qui voit dans le discours de François Hollande une volonté de corriger une lecture pro-américaine du débarquement imposée par le cinéma. Son argumentaire est très intéressant et juste... mais je pense qu'il ne faut tout simplement pas négliger non plus la volonté de flatter la présence de l'unique représentant étranger présent lors de cette cérémonie. Outre sa fonction commémorative, le président de la République rappelle ainsi son rôle diplomatique.

 

Ce n'est qu'à la fin de son discours, après avoir dressé un bref rappel historique, que François Hollande décline une réflexion davantage mémorielle.

Il est à noter tout d'abord qu'il rend un hommage équivalent aux héros (évoquant notamment la Résistance) et aux victimes (parlant alors du "sacrifice de la Normandie").

Puis, il se lance dans un exercice assez inédit de définition de la mémoire que nous reproduisons ci-dessous avant d'en proposer un modeste commentaire :

 

"La mémoire n'est pas une nostalgie, elle n'est pas une glorification du passé. Elle est aussi la pensée du présent et la préparation de l'avenir.

La mémoire se définit par la capacité de nous élever tous ensemble au-delà de nous-mêmes pour (que) la mémoire devienne Histoire.

La mémoire doit savoir survivre aux témoins des évènements eux-mêmes et trouver encore les mots quand les voix des survivants se sont éteintes. Cet enjeu de la poursuite, de la continuité, de la transmission, c'est celui de la génération qui arrive.

La mémoire, ce sont aussi des lieux. Et j'apporte tout le soutien de l'Etat à l'initiative prise par la Région de Basse-Normandie, en faveur de l'inscription des sites du débarquement au patrimoine mondial de l'humanité.

La mémoire, ce sont des dates, autant d'étapes dans la marche du temps. Ce sont des rites qui doivent être respectés. C'est pourquoi je suis très attaché aux anniversaires, aux anniversaires d'événements, de drames, mais aussi de faits glorieux, à l'anniversaire du débarquement allié. Je tiens à ce que le 6 juin soit, chaque année, dans notre pays, un moment important de cohésion nationale et de solidarité internationale. Et je souhaite que nous préparions dès maintenant, comme le Mémorial a commencé de le faire, les cérémonies du 6 juin 2014 (...).

La mémoire, c'est l'enseignement. Et une nouvelle fois, je mesure la responsabilité des professeurs qui doivent expliquer, faire comprendre, accompagner les jeunes esprits, leur dire que la barbarie a été possible au XXème siècle et qu'elle peut revenir au XXIème (...).

La mémoire, c'est aussi la recherche, l'innovation, retrouver les traces de ce qui s'est produit, et innover pour que les informations puissent être connues de tous avec les nouvelles technologies, avec internet (...).

Enfin mon dernier message, la mémoire, c'est aussi savoir d'où l'Europe vient et où elle doit aller.

Cette région, la Normandie, est couverte de tombes d'enfants de l'Europe toute entière. Je pense aux cimetières britanniques de Banneville ou de Bayeux, non loin de Colleville-sur-Mer où reposent les frères d'armes américains. Mais je pense au cimetière allemand de La Cambe. Tous ces jeunes Européens ont été les victimes d'une barbarie, celle du nazisme. Tous les Européens qui sont les enfants de ceux qui ne sont pas morts doivent être capables 68 ans après, d'inventer une Europe de paix, de solidarité et de progrès (...).

La mémoire, c'est la paix. La paix, oui, mais pas au prix du renoncement, pas au prix de la compromission, pas au prix de l'abdication, non. La paix, comme l'aboutissement d'un combat, d'une lutte âpre, dure. Mais d'une libération. Vouloir la paix, c'est combattre contre les injustices, les ignominies, les racismes, l'antisémitisme qui trouve encore ici à s'exprimer.

Voilà comment nous donnerons un avenir à la mémoire

La mémoire n'est pas un sentiment, une attitude, un état d'esprit, c'est un travail, c'est une politique, et, j'en suis désormais le garant".

 

Cette définition dense est relativement consensuelle, mais elle a le mérite de rappeler certains principes simples qui seront vraisemblablement la ligne de route du gouvernement dans les prochaine années à venir :

   1. La mémoire n'est pas l'Histoire. Elle est le fruit d'une lecture du passé éminemment teintée des préoccupations du présent et du futur.

   2. Par conséquent, il convient de conserver en parallèle de la mémoire un travail important d'Histoire (par l'intermédiaire de la recherche et de l'enseignement)

   3. La mémoire nationale a pour vocation de rassembler la communauté citoyenne.

  4. La mémoire est un bien et une valeur commune qu'il convient de protéger, d'encourager et d'entretenir dans ses manifestations spatiales et culturelles (témoignages, lieux de mémoires divers, édition d'ouvrages, commémorations...)

   5. La mémoire est intrinsèquement liée à l'avenir de notre pays. Elle doit être l'un des axes permettant d'éclairer les grandes décisions.

 

C'est donc un baptême plutôt réussi pour le nouveau président de la République bien qu'il n'ait pas vraiment attiré l'attention des médias. Peut-être redécouvrira-t-on dans quelques années l'importance de ce discours quand il permettra en fin de quinquennat de dresser le bilan de François Hollande dans ce domaine.

Pour l'heure, ses sorties mémorielles sont à l'image de la mémoire du massacre de Tulle qu'il souhaitait également commémorer dignement le 9 juin 2012, avant que l'annonce de la disparition de quatre soldats français en Afghanistan ne vienne perturber l'agenda. Soixante-huit an plus tôt, la division SS Das Reich faisait en effet plusieurs centaines de victimes, dont 99 pendus et de nombreux déportés. Ce évènement est cependant longtemps resté dans l'ombre du massacre d'Oradour-sur-Glane commis le lendemain à une échelle encore plus grande.

 

François Hollande aura probablement à coeur l'année prochaine de revenir à Tulle pour y célébrer une nouvelle commémoration. Ce sera déjà l'occasion pour nous de dresser un premier bilan de sa politique mémorielle à la lumière de ce qui vient d'être rappelé. 

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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 16:57

 

A lire, à écouter, à voir... mais surtout à réfléchir.

 

L'enseignement de l'Histoire et la culture historique des élèves

Mardi 12 juin 2012, l'émission "Service Public" de France Inter reçoit Laurence de Cock, Nicolas Offenstadt et Jean Sevillia entre 10h et 10h45 pour discuter de l'enseignement de l'Histoire et la culture historique des élèves.

L'émission peut être écoutée  ici :

Service-public-France-Inter-copie-1.jpg

A l'heure où les enseignants dressent  un bilan inquiétant des programmes de Première, l'émission pourrait relancer le débat et rappeler au président François Hollande et à son ministre de l'éducation Vincent Peillon que le rétablissement de l'enseignement de l'Histoire en Terminale scientifique est urgent et qu'il doit s'accompagner d'une réflexion de fond sur les programmes.

 

Une historienne au cabinet du ministre de l'éducation

Nous avons débattu à plusieurs reprises sur ce blog de l'intérêt et/ou de l'opportunité de la présence d'historiens dans les cabinets ministériels, voire parmi les conseillers de l'Elysée (en tout cas, aux côtés du pouvoir exécutif). A notre connaissance, il n'existe toujours pas d'étude précise sur cette question alors que les économistes, sociologues, juristes, et mêmes les géographes, se sont saisis depuis longtemps du sujet.

Alors que nous remarquions précédemment  la rareté des conseillers historiques dans l'entourage du candidat Hollande, une exception vient d'apparaître au sein du cabinet de Vincent Peillon : l’historienne Johanna Barasz a été nommée en qualité de conseillère technique, chargée des argumentaires et des discours.

Responsable du Pôle Culture et éducation au sein du Laboratoire des idées du Parti Socialiste, Johanna Barasz a réalisé une thèse d'histoire consacrée aux vichysto-résistants sous la direction de Jean-Pierre Azéma.

 

Nous espérons que ses discours seront aussi passionnants que ses travaux de recherche.

Mémoire et historiographie de 1848

L'annonce est un peu tardive mais nous espérons que la journée d'étude organisée le vendredi 1er juin 2012 sur la  mémoire et l'historiographie de 1848 par le centre d'histoire du XIXe siècle conduira prochainement à l'édition d'un ouvrage collectif.

Les lecteurs de ce blog qui auraient participé à cette journée d'étude peuvent également nous en proposer un compte-rendu.

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9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 08:11

 

Après s'être opposés dans le cadre de la course à la présidentielle, les deux candidats des fronts respectifs (national d'une part, et de gauche d'autre part) se sont retrouvés pour les élections législatives. Dès le départ, l'affrontement promettait d'être violent. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon sont même allés au-delà des prévisions en conduisant le combat jusque sur le terrain mémoriel.

 

Round 1 : le tract de trop

Tout à commencé à la fin du mois de mai par la distribution d'un tract anonyme sur fond vert (la couleur traditionnel de l'islam) comportant la photo de Jean-Luc Mélenchon et l'une de ses phrases prononcées lors d'un discours à Marseille, le 14 avril 2012 : "Il n'y a pas d'avenir pour la France sans les Arabes et les Berbères du Maghreb". En dessous, on peut lire une inscription en arabe qui serait la traduction (à l'envers) de "Votons Mélenchon !". L'équipe de campagne de Marine Le Pen a immédiatement assumé la paternité de ce tract.

 

tract-Melenchon-arabe.JPG

Alors que Jean-Luc Mélenchon aurait pu répondre davantage sur le fond et rappeler qu'en vertue de notre histoire et des perspectives démographiques, notre avenir (mais aussi notre présent) passe effectivement par les Arabes et les Berbères du Maghreb, le candidat aux élections législatives a préféré concentrer ses efforts sur la forme en annonçant qu'une plainte serait déposée pour infraction au Code électoral.

 

Round 2 : une commémoration éminemment politique

Quelques jours plus tard, c'est Jean-Luc Mélenchon qui tire le débat sur le front mémoriel en organisant "une marche contre l'austérité et le fascisme" autour de la figure d'Emilienne Mopty, une résistante originaire du Pas-de-Calais. 

Le coup politique et médiatique est plutôt efficace. En s'attachant une figure de la résistance locale, Jean-Luc Mélenchon essaie de faire oublier son manque d'ancrage local qui constitue un handicap par rapport à sa principale adversaire. De plus, en faisant appel à une héroïne communiste intimement liée à l'histoire des mineurs du Nord-Pas-de-Calais, il exploite les effets inhérents à la pratique mémorielle : non seulement un sentiment d'intégration autour d'un évènement ou d'une figure commune et rassembleuse ; mais aussi une mobilisation autour d'une cause contemporaine renforcée par un comparatisme historique anachronique. 

Il suffit pour se convaincre de cet aspect de regarder les vidéos qui circulent sur Internet afin d'immortaliser (mais aussi diffuser) ce moment : 

 

 

Dès les premières secondes, le mot de "Résistance" est scandé par les meneurs de foules.

C'est ce même mot qui avait été choisi au-début du quinquennat de Nicolas Sarkozy pour dénoncer les dérives de sa politique. On l'a régulièrement entendu dans la bouche de ceux qui se sont finalement appelés ensuite les Indignés, mais aussi chez ceux qui reprochaient justement au précédent chef de l'Etat d'instrumentaliser l'histoire, sans forcément toujours comprendre qu'eux aussi répondaient alors par le même écueil. 

 

Cette pratique politique qui s'étend régulièrement sur le champ mémoriel n'est pas une particularité française. Quelques jours avant la manifestation organisée par Jean-Luc Mélenchon, une démarche similaire était entreprise par Bidzina Ivanichvili, principal opposant au pouvoir en Géorgie  dans un contexte similaire de campagne législative. En adéquation avec la politique de décentralisation menée sous son mandat, le président géorgien Mikhéil Saakakchvili a en effet célébré la fête nationale à Koutaïssi, promue deuxième ville du pays, plutôt qu'à Tbilissi, la capitale. Son principal opposant a dès lors exploité cette absence de l'espace symbolique pour organiser une cérémonie de recueillement dans la cathédrale de la Trinité (Sameba) en insistant sur l'hommage rendu à la mémoire des trois personnes décédée lors de la fête nationale de 2011.

Par cette cérémonie commémorative, Bidzina Ivanichvili met en scène son attachement à l'identité nationale par l'intermédiaire de l'Eglise géorgienne, tout en l'associant à une pratique émotionnelle qui rappelle sa posture d'opposition au pouvoir en place présenté comme répréssif.

 

Round 3 : la dérive godwinienne

Dans de telles conditions et avec de telles références culturelles, il n'a pas fallu longtemps aux deux opposants politiques pour répondre aux logiques du point Godwin.

Rappelant la nature mémorielle du rassemblement en l'honneur d'Emilienne Mopty, David Noël, secrétaire de section du Front de gauche à Hénin-Beaumont a rapidement dérivé vers le point Godwin le plus couramment admis, à savoir celui rapprochant sans autre forme de procédure le Front national et le fascisme (ou le nazisme selon les auteurs) :

"Son combat est toujours d'actualité. La marche d'aujourd'hui est contre l'austérité et le fascisme. On redresse la tête et on montre qu'ici c'est une terre de gauche (...), pas le fief de Marine Le Pen".

On remarquera néanmoins l'extrême prudence employée désormais par les auteurs de ces formules godwiniennes qui prennent toujours garde désormais à introduire une précaution syntaxique permettant ensuite de se protéger contre une éventuelle attaque en diffamation. Ainsi, Marine Le Pen n'est pas directement associée au fascisme dans cette phrase. Seul le rapprochement des deux sujets permet de supposer le sens du lien.

 

Les premiers coups ayant été donnés et l'échéance électorale étant imminente, la suite ne pouvait être que plus violente. Elle s'est faite sous la forme d'un nouveau tract présentant Jean-Luc Mélenchon grimé en Hitler, devant l'entrée d'un camp de concentration portant la célèbre inscription "Arbeit macht Frei" et une nouvelle citation du candidat :

 

Tract-Melenchon-Hitler.jpg

 

L'affiche rappelle bien entendu  celle réalisée contre Nicolas Sarkozy durant la campagne présidentielle, quoique cette dernière soit encore plus violente. Il ne s'agit pas en effet seulement d'associer Jean-Luc Mélenchon à Adolf Hitler en laissant l'électeur libre de son interprétation. Cette fois-ci, il est clairement fait référence à la politique d'extermination menée par le dictateur. En rappelant le mot "éradication" employé par le candidat lors d'une interview, la volonté des concepteurs de ce tract est d'expliquer que Jean-Luc Mélenchon a pour ambition d'éliminer physiquement ses ennemis politiques, comme Hitler pour les communistes à partir de 1933.

 

L'attaque est violente mais, passé le temps de l'indignation, elle est aussi révélatrice de la validité de la théorie du point Godwin qui insiste sur le caractère systématique et l'omniprésence de la référence honnie du nazisme et du fascisme. Durant la campagne présidentielle, plusieurs historiens et philosophes avaient souligné les excès du candidat Mélenchon. Dans l'introduction de l'excellent ouvrage d' Emmanuel Laurentin sur les hommes politiques et l'histoire, Christophe Prochasson rappelle l'attachement et l'hommage récurrent du leader du Front de Gauche à des hommes politiques aussi controversés que Maximilien de Robespierre et Louis-Antoine de Saint-Just. Michel Onfray avait lui aussi mentionné dans un article du Nouvel Obs daté du 12 avril 2012 que cette admiration sans faille au père de la Terreur posait question. Et pourtant, cette référence à un épisode de l'histoire nationale n'est jamais parvenue à susciter autant de réactions que celle beaucoup moins logique (pour ne pas dire complètement irrationnelle) d'un rapprochement avec l'extrême-droite nazie.

 

Si les résultats de dimanche conduisent à une triangulaire en présence de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, les deux intéressés pourraient bien inventer un nouveau stade ultime du point Godwin.

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