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  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Paperblog : Les meilleurs actualités issues des blogs

Cherche La Pépite

7 juin 2012 4 07 /06 /juin /2012 20:16

 

Comme tous les mois, nous poursuivons notre recension du magazine l'Histoire sous la forme de courtes brèves afin de compléter notre réflexion sur l'actualité mémorielle de la recherche et de l'édition. L'édition de mai est pour une fois plutôt pauvre dans ce domaine.

 

L-Histoire-mai-2012.jpg

 

Histoire du négationnisme

Valérie Igounet présente p. 30 son ouvrage biographique sur Robert Faurisson en démontrant comment l'homme a construit sa vie comme son discours : "sur le mensonge". Un projet courageux qui permet de mieux comprendre l'histoire d'un provocateur de la mémoire.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que  l'intéressé ne semble pas avoir apprécié...

 

Un mystérieux "appel des 343 femmes"

Annonçant l'actuelle exposition de la BNF sur la Presse, le magazine fait état en page 25 d'un mystérieux "Appel des 343 femmes". Sauf erreur de notre part, il ne peut s'agir d'autre chose que du célèbre "Manifeste des 343 salopes" que Jean-Noël Jeanneney évoquait dans la rubrique "Les grandes heures de la presse" du mois de février 2012. L'Histoire commencerait-il à se censurer ?

 

Nouvel-Obs-343.jpg

 

Actualisation du 8 juin 2012

A la suite de cet article,  Marie-Josèphe Bonnet nous a écrit pour apporter une salutaire mise au point concernant l'expression de "343 salopes" que l'on retrouve régulièrement dans la littérature consacrée à cet épisode. C'est d'ailleurs sous ce titre que Le Nouvel Obs a lui-même  republié le Manifeste en novembre 2011.

Or, lorsqu'on regarde la couverte du Nouvel Observateur daté du 5 avril 1971 (reproduit ci-dessus), on s'aperçoit qu'il ne s'agit pas de la dénomination initiale. Marie-Jo Bonnet, qui a consulté le document, nous propose la recension suivante :

 

Sur la couverture noire on lit : la liste des 343 françaises qui ont le courage de signer le manifeste « JE ME SUIS FAIT AVORTER».

Page 5 : « UN APPEL DE 343 FEMMES » avec la liste des signatures précédé du texte suivant :

« Un million de femmes se font avorter chaque année en France. Elles le font dans des conditions dangereuses en raison de la clandestinité à laquelle elles sont condamnées, alors que cette opération, pratiquée sous contrôle médical, est des plus simples. On fait le silence sur ces millions de femmes. Je déclare que je suis l’une d’elles. Je déclare avoir avorté. De même que nous réclamons le libre accès aux moyens anticonceptionnels, nous réclamons l’avortement libre ».

Une note à « libre » précise : « Parmi les signataires, des militantes du « Mouvement de Libération des Femmes » réclament l’avortement libre et GRATUIT ».

Page 6 : Sous le titre : « Notre ventre nous appartient », un texte occupant toute la page signé par « Des signataires du Mouvement de libération des femmes, du Mouvement pour la liberté de l’avortement ».

Page 40, une enquête menée par Michèle Manceaux, Nicole Muchnik, Mariella Righini, Françoise Paul-Boncour, et signée Jean Moreau sous le titre « Je me suis fait avorter ».

 

Le document initial ne comporte donc pas la mention de "salopes".

Selon Marie-Jo Bonnet, l'expression est née la semaine suivante dans le journal d’extrême droite Minute qui a réagit en lançant une campagne anti-avortement au moyen d’affichettes accrochées dans tous les points de vente de la presse sous le titre : « Le manifeste des 343 salopes ».

Selon Christine Delphy, chercheuse au CNRS et signataire de ce manifeste, l'expression des "343 salopes" est née d'un dessin satyrique de Cabu la semaine suivante dans Charlie Hebdo qui place ces mots dans la bouche de Michel Debré

 

Charlie-Hebdo-343-salopes.jpg

 

"L'appel des 343 femmes" mentionné dans le numéro de L'Histoire de mai 2012 adopte donc la dénomination de la page 5 du magazine, plutôt que celle la "Une" du Nouvel Obs de l'époque, ou encore de celle de Charlie Hebdo la semaine suivante.

Dans ce domaine aussi, il est important de constater à quel point la mémoire d'un évènement peut être modifiée par sa lecture médiatique, à tel point que la formule initiale est oubliée.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Recensions
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26 mai 2012 6 26 /05 /mai /2012 08:07

 

La polémique s'est progressivement diffusée cette semaine à partir du  Lab d'Europe 1 qui a permis de soulever plusieurs informations importantes au cours des derniers mois.

L'objet du délit est un photomontage réalisé par Robin King, directeur artistique de l'équipe de campagne de François Hollande :

 

Sarkozy-Hitler.jpg

 

A moins d'être un geek particulièrement habitué des réseaux sociaux, vous n'avez probablement jamais vu cette affiche car l'équipe du candidat socialiste a décidé de ne pas la diffuser officiellement. Néanmoins, son créateur l'a publié pendant quelques temps sur son compte facebook personnel et elle a été donc pu se diffuser en "off".

 

D'aucuns ont pu qualifier cette initiative de point Godwin, ce qui n'est pas tout à fait exact.

Le point Godwin est en effet censé être le résultat d'un débat dans lequel l'un des interlocuteurs ne trouve plus aucune issue sinon celle d'associer son contradicteur à une idéologie extrémiste en invoquant Hitler, Staline ou les camps de concentration.

Dans cette affaire, la figure hitlérienne est bien utilisée mais nous ne pouvons pas vraiment considérer qu'elle intervient dans le cadre d'un débat ou d'une discussion argumentée. Il s'agit ici simplement d'une campagne de propagande au message plutôt flou (est-ce la politique menée par Nicolas Sarkozy depuis 2007 qui doit être rapprochée au nazisme ou bien doit-on comprendre que Nicolas Sarkozy envisagerait un avenir de dictateur ?).

 

Cette affiche est donc plutôt révélatrice de l'omniprésence de la mémoire du nazisme dans notre échelle de valeurs occidentale. Lorsqu'il s'agit de dénoncer une personne, un acte ou une politique considérée comme relevant du mal absolu, la personne d'Hitler semble encore aujourd'hui signifier le message le plus clair devant Ben Laden, kadhafi ou Gengis Khan.

 

Aussi évidente soit-elle, cette référence commune est en fait révélatrice d'une construction mémorielle dont il convient de comprendre les rouages et les enjeux.

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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 06:38

 

Christiane Taubira est devenue le 16 mai 2012 la nouvelle Garde des Sceaux. Cette nomination pose question en raison des engagements de l'ancienne députée de Guyane sur l'histoire et la mémoire des traites négrières et de l'esclavage.

 

Christiane Taubira a en effet donné son nom à une loi française votée le 10 mai 2001 qui reconnaît comme crimes contre l'humanité la traite négrière transatlantique et l'esclavage. Cette loi est composée de cinq articles, dont trois principaux :

   - L'article 1 entérine une reconnaissance officielle d'un fait historique par la République et choisit de le caractériser dans une terminologie juridique : "la République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l'océan Indien d'une part, et l'esclavage d'autre part (...) constituent un crime contre l'humanité".

   - L'article 2 est une mesure incitative pour que "les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorde(nt) à la traite négrière et à l'esclavage la place conséquente qu'ils méritent".

   - L'article 3 envisage d'élargir cette nouvelle législation auprès des instances européennes et internationales et de créer une journée internationale de la mémoire de la traite négrière et de l'esclavage.

 

Chacun de ces trois articles peut faire l'objet d'une critique.

 

Première critique : une vision très limitée de l'histoire

Dès le départ, cette loi a suscité quelques contestations. Ce n'est cependant qu'en 2005 que les tensions se sont cristallisées autour de ce texte polémique.

Pour la première fois en effet, cette loi est utilisée contre un historien (Olivier Pétré-Grenouilleau) accusé de nier la dénomination de "crime contre l'humanité" pour la traite négrière et l'esclavage.

L'affaire est en fait beaucoup plus complexe. Il s'agit tout d'abord d'un procès d'intention à l'encontre d'un historien ayant réalisé un travail remarquable et remarqué sur Les traites négrières (Gallimard, 2004). Dans son livre, l'historien soulève l'une des premières limites de la loi Taubira qui focalise sont attention sur les traites occidentales. Or, l'analyse dépassionnée de ce phénomène permet de constater que, aussi tragique soit-elle, cette traite négrière n'est pas la seule, n'est pas la plus ancienne, et n'est probablement pas la plus meurtrière.

 

Traites-negrieres.jpg

Carte des traites négrières et occidentales du VIIe au XIXe siècle

(source : atelier de cartographie de Sciences-Po)

 

Il ne s'agit pas bien entendu de dresser une échelle de l'horreur visant à rejeter la faute sur d'autres afin de mieux passer sous silence les actes condamnables des marchands européens. On peut néanmoins s'interroger sur la vision partielle et partiale de cette loi qui se propose de ne condamner que les traites occidentales.

Mis sous le feu des projecteurs, le travail d'Olivier Pétré-Grenouilleau a fait l'objet d'une lecture très controversée. Accusé d'intentions douteuses, chaque prise de parole de l'historien a été minutieusement étudiée afin de déceler le moindre petit écart.  La faille a été trouvée dans une interview au Journal du Dimanche du 12 juin 2005 et le procès a pu commencer. Les plaintes ont cependant été retirées en 2006 et le procès n'a pas eu lieu.

 

Deuxième critique : une histoire scolaire et universitaire dictée par le pouvoir législatif

Malgré l'abandon des plaintes, la polémique ne s'est pas éteinte. En février 2005, une autre loi mémorielle "portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés" était adoptée par le Parlement.

Un soulèvement assez inédit s'organise autour de plusieurs articles controversés, et notamment autour de l'article 4 qui précise : "Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit".

Cette fois-ci, l'alinéa en question a été abrogé après l'intervention de Jacques Chirac visant à calmer les esprits... mais cette suppression n'a pas entraîné avec elle l'article similaire de la loi Taubira !

 

Il faut reconnaître que le pouvoir politique marchait alors sur des oeufs. La mobilisation des historiens a été importante, mais pas unitaire. Depuis cette affaire, un grand débat s'est en effet ouvert autour des lois mémorielles. Schématiquement, on distingue deux positions majoritaires (mais non exclusives et intangibles).

D'un côté, l'association Liberté pour l'Histoire présidée par Pierre Nora est crée en 2005 pour "défendre la liberté d'expression des historiens contre les interventions politiques et les pressions idéologiques de toute nature et de toute origine". Par conséquent, cette association s'oppose globalement à toute idée de "loi mémorielle" (avec quelques nuances).

De l'autre côté, le Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire a été crée à la même période. Il a pour but d'exercer une "vigilance et porter un regard critique sur les usages et mésusages publics de l'histoire". En somme, il n'est pas immédiatement question de condamner et d'abroger toutes les lois mémorielles mais de réfléchir à la place et l'usage de l'histoire dans nos sociétés contemporaines. De fait, ce groupe s'illustre par une activité intellectuelle et éditoriale intense et intéressante (notamment par l'intermédiaire d'une collection intitulée "Passé & Présent" chez Agone).

 

Troisième critique : une législation mémorielle

Bien que le terme de "loi mémorielle" soit utilisé pour désigner des textes parfois très différents, la loi Taubira entre dans ce champ en raison de son troisième article qui préconise d'élargir la reconnaissance de la traite négrière transatlantique ainsi que de la traite dans l'océan Indien et de l'esclavage comme crime contre l'humanité auprès du Conseil de l'Europe, des organisations internationales et de l'Organisation des Nations unies. L'idée est également avancée d'une date commune au plan international pour commémorer l'abolition de la traite négrière et de l'esclavage.

Par l'intermédiaire de cet article, on perçoit assez clairement la dimension mémorielle du projet. Il ne s'agit plus seulement d'une reconnaissance nationale, ni d'une valorisation des recherches en histoire, mais de favoriser l'émergence d'une mémoire par l'intermédiaire d'une activité de lobbying élargi aux instances intergouvernementales.

L'idée est d'autant plus surprenante qu'il existe déjà une journée internationale pour l'abolition de l'esclavage célébrée le 2 décembre en mémoire de l'adoption par l'Assemblée générale des Nations Unies de la Convention pour la répression et l'abolition de la traite des êtres humains et de l'exploitation de la prostitution d'autrui du 2 décembre 1949.

 

Christiane Taubira arrive donc au ministère de la Justice avec un lourd bagage derrière elle. Nul doute que les historiens portent pour l'instant un regard méfiant sur une femme politique qui pense que c'est au pouvoir politique de dire l'histoire, d'écrire les programmes scolaires, et d'imposer une lecture mémorielle, y compris lorsque la majorité des professionnels du domaine tentent de lui expliquer l'inverse.

Certains penseront que le poids des années et des responsabilités ministérielles l'auront assagie.  La tribune publiée le 14 mai 2010 sur son site à propos de l'hommage rendu à Jules Ferry par François Hollande laisse pourtant présager le contraire. A seulement quelques heures de sa désignation, elle se permettait encore de critiquer (au même titre que les membres de l'opposition) le choix présidentiel. (Je vous conseille d'aller lire ce texte assez rapidement et d'en faire une copie. Ses conseillers risquent de s'en apercevoir assez rapidement et la tribune va probablement disparaître).

Quelques jours auparavant, à l'occasion des commémorations du 10 mai,  elle renouvelait également sa fierté d'avoir porté la loi de 2001, s'emportant également sur le "génocide des Amérindiens" (qui n'a jamais été officiellement reconnu) et concluant son texte par cette référence obscure : "No women, no cry !".

 

Il ne reste plus qu'à espérer que Christiane Taubira ne fasse pas d'histoire(s) au gouvernement !

 

PS : Quelques jours après la publication de cet article, sa conclusion peut paraître quelque peu ironique au regard de la tempête politique et médiatique qui se déchaîne autour de la nouvelle ministre de la justice. Je tiens à rappeler à tous les lecteurs et journalistes qui ont utilisé ou rapportés mes propos dans différents blogs et articles que ce texte n'entend pas porter un message politique et idéologique. Comme toujours sur ce blog, nous nous limitons au commentaire et à l'analyse de l'actualité au regard des études mémorielles. Il ne nous appartient pas de juger du travail de Mme Taubira qui n'a encore guère eu le temps de faire ses preuves.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et politique
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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 07:57

 

Toute polémique sur un thème historique apporte souvent sa dérive "godwinique". Ce fut donc le cas autour de l'hommage rendu à Jules Ferry dans le discours de François Hollande au jardin des Tuileries le jour de son investiture.

 

Luc Ferry, ancien ministre de l'Education Nationale, s'est illustré en pourfendeur de symboles corrompus au début de la semaine. Il a rappelé à qui voulait bien l'entendre sur son compte Twitter que l'homme des lois scolaires de 1881 et 1882 était aussi un "colonialiste" doublé d'un "raciste".

Certains followers n'ont pas manqué de l'interpeller sur le sujet pour lui rappeler que sa critique était peut-être un peu facile et anachronique. D'autres, encore plus taquins, sont allés consulter ses discours d'ancien ministre de l'Education Nationale pour rappeler que la référence à Jules Ferry ne semblait pas si nauséabonde au philosophe durant son mandat puisqu'il a lui-même rendu hommage au père de l'école laïque, gratuite et obligatoire à l'Assemblée nationale en 2004. A l'époque, il ne semblait pas choquant pour le ministre de distinguer les positions de Jules Ferry sur la laïcité (qu'il entendait reprendre à son compte) et les positions par ailleurs colonialistes. Aujourd'hui, une telle distinction ne serait plus possible... mais les Tweet ne disent pas pourquoi !!

 

Par contre, comme souvent pour esquiver une impasse dans l'échange polémique, l'un des interlocuteurs décide de dériver vers une comparaison avec le nazisme : c'est exactement le principe du Point Godwin dont nous suivons les manifestations depuis quelques semaines sur ce blog ( voir la catégorie dédiée). Ainsi, Luc Ferry a-t-il fini par répondre à ses contradicteurs :

"On a le droit d'inventaire. Hitler a construit des autoroutes, ça ne justifie pas son bilan"

 

Bref, il faudrait taire les actions positives des personnages les plus controversés de l'Histoire car cela risquerait d'adoucir leur bilan, mais il faudrait par ailleurs dénoncer fermement les positions contestables d'autres quitte à occulter la majorité de leur travail irréprochable : curieuse conception de l'Histoire et de la mémoire pour un philosophe !

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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 16:00

C’est un peu un marronnier présidentiel. A chaque élection, le nouveau locataire de l’Elysée inaugure son mandat par une commémoration censée donner la tonalité et le style de sa présidence. Quels sont les enseignements de la leçon inaugurale de François Hollande ?

 

Article publié par votre serviteur sur Le PLus du Nouvel Obs  ( cliquez ici)

 

PS : Depuis quelques jours, les statistiques du blog m'indiquent que de nombreux internautes font la recherche suivante : "François Hollande + Histoire pour les Nuls" ou "François Hollande + Histoire". Deux éléments d'interprétation : soit les militants de l'UMP prépare la riposte à l'antisarkozysme sur le Web (comme semble l'indiquer cet article du Monde), soit l'histoire continue à être "une passion française" intimement liée à la politique.

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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 07:19

 

À l’occasion de la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions le 10 mai 2012, la Délégation sénatoriale à l’outre-mer, présidée par M. Serge Larcher, organise le mercredi 9 mai à 14h30, avec le Comité Pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage, une rencontre intitulée « Mémoires croisées ».

 

La rencontre s’inscrit dans cet esprit : en réunissant des sénateurs, des historiens, des anthropologues, des artistes et des acteurs culturels et associatifs, elle a pour objectif de mettre en conversation des mémoires issues de la longue histoire de la colonisation française. Sans effacer les différences entre les situations, il s’agit d’entamer le processus de mise en commun des récits et des mémoires jusqu’ici fragmentés.

 

L’histoire de la société française intègre les récits et les mémoires de l’hexagone et des terres des outre-mers, où des peuples autochtones, des descendants d’esclaves, de travailleurs engagés, de migrants, de bagnards et de colons, sans oublier les nouveaux migrants, ont forgé des cultures nouvelles.

 

Cette France plurielle accorde une place égale à chacune de ces mémoires. Pour s’extraire des représentations qui stigmatisent, il faut faire mieux connaître l’histoire de tous, sans aucune discrimination et avec le respect dû à chacun. En transmettant et en enseignant ces histoires, la société avance sans oublier, en se rassemblant autour d’une histoire commune qui accorde une juste place aux récits jusque-là marginalisés.

 

=> Programmes et intervenants (cliquez ici)

 

 

Cette manifestation s'inscrit également dans la continuité de l'année des outre-mers et des débats qui l'ont entourée sur la diversité culturelle des territoires ultramarins et leur relation avec la République "Une et indivisible".

Dans une volonté de rassemblement, cette rencontre n'hésite pas cependant à reconnaître la diversité mémorielle des terres des outre-mers (et leurs conséquences sur les sociétés).

 

 

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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 06:36

 

Durant la campagne électorale, de nombreux historiens se sont engagés et ont apporté leur soutien à différents candidats. Cette implication est significative au regard du précédent quinquennat qui a été particulièrement néfaste pour l'histoire. Bilan. 

 

Méthode 1 : Le pamphlet politique

L'initiative la plus érudite revient à Jean-Noël Jeanneney dans l'Etat blessé (Flammarion, mars 2012). Quelques semaines avant l'échéance électorale, cet historien qui n'a jamais fait mystère de ses affinités socialistes décide d'utiliser l'arme qu'il manie le mieux : la plume.

Au fil des pages, il dresse le bilan du quinquennat qui s'achève en rappelant avec une remarquable précision les différents arrangements que Nicolas Sarkozy s'est autorisé avec les traditions et pratiques républicaines : distribution généreuse des légions d'honneur, arrangements avec la Constitution, remise en question de la séparation des pouvoirs, rapport décomplexé avec l'argent en contradiction avec le traditionnel service désintéressé de l'Etat... Autant d'exemples recensés, analysés et mis en perspective par l'historien qui constituent au final un formidable bilan institutionnel du candidat sortant. 

La particularité de cet essai repose sur la distance critique qu'adopte Jean-Noël Jeanneney tout au long de son exposé. Si le portrait est uniquement à charge, il ne sert pas d'autres candidats challengers, sinon le parti de la République.

 

L-Etat-blesse.jpg

 

Méthode 2 : L'Appel des militants

Si la carrière et les responsabilités de Jean-Noël Jeanneney lui permettent une telle initiative individuelle, d'autres ont préféré l'action collective sous la forme d'un appel.

La plupart du temps, les historiens se joignent assez volontiers à la signature de différentes pétitions et autres appels, quand il n'en sont pas carrément à l'initiative. Cela a été le cas dans l'entre-deux tours dans une tribune des intellectuels et des artistes en soutien à Nicolas Sarkozy publiée dans Le Point. Parmi les vingt signataires, on retrouve les noms d'Antoine ARJAKOVSKI et d'Emmanuel LE ROY LADURIE.

Pour la campagne de 2012, un appel original a cependant fait son apparition sous la forme d'un Front de gauche des historiens initié par Nicolas DUSSERRE, Rodolphe POURRADE et Olivier LOPEZ. Ce texte diffusé à partir de la fin du mois de mars 2012 est une dénonciation "du traitement médiatique et politique de l'Histoire" et un corpus de revendications en faveur de cette discipline. Il a d'ailleurs essentiellement été signé par quelques dizaines d'enseignants d'histoire-géographie dans le secondaire.

L'objet n'a pas été cependant sans susciter quelques réflexions, remarques, voire réticences de la part de collègues qui s'interrogent sur la politisation de leur métier. L'Association des Professeurs d'Histoire-Géographie (APHG) s'est en effet fortement engagée contre la politique actuelle lors de son Assemblée Générale en janvier 2012 et les différentes discussions sur les forums témoignent d'une forte attente de cette issue électorale.

Fallait-il pour autant s'attacher à un parti ? La question ne s'est finalement pas posée puisque cet appel est resté relativement discret.

 

Méthode 3 : l'engagement personnel

Dans cet mobilisation citoyenne, un historien s'est illustré par son engagement médiatique : Nicolas OFFENSTADT.

Médiéviste qui ne s'interdit pas de travailler sur l'époque contemporaine, maître de conférence à l'Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne, il est également présent dans différents projets éditoriaux (Monde des Livres, correspondant  à L'Histoire) et dans différents collectifs de recherche.

Son engagement ne se résume pas à la campagne présidentielle. Il a notamment codirigé avec Laurence De Cock, Fanny Madeline et Sophie Wahnich un ouvrage collectif consacré aux rapports de Nicolas Sarkozy avec l'Histoire de France que nous avons déjà évoqué sur ce blog. Il s'est également exprimé publiquement lors de l'occupation de la Sorbonne en 2009 en contestation à la réforme des Universités. Depuis, il n'a jamais vraiment lâché le micro des journalistes qui le sollicitent très régulièrement puisqu'il est un des rares collègues qui accepte de s'exprimer autant dans les médias.  

Durant la campagne, il a régulièrement pris position de façon ferme et critique à l'encontre du président Sarkozy... et a finalement signé un appel à voter François Hollande dans l'entre-deux tours avec de nombreux autres personnalité du monde de la recherche et des arts, dont plusieurs historiens . 

 

D'où la conclusion suivante : Quelle sera la place de l'histoire et des historiens sous la présidence de François Hollande ? 

A l'issu de ce bref panorama, nous pouvons affirmer sans trop prendre de risque que la plupart des historiens ont été anti-sarkozystes. Doit-on pour autant considérer qu'ils ont été (et seront) pro-Hollande ?

L'entourage actuel du Président ne permet pas vraiment de répondre à cette question. Comme nous l'avions noté dans un précédent article, François Hollande n'a montré pour l'instant qu'un intérêt modeste pour cette discipline et ses "plumes" ne se sont pas illustrées pour le moment par une culture historique aussi érudite (quoique contestable et contestée) d'un Henri Guaino ou d'un Patrick Buisson.

Quitte à faire mentir quelques titres de la presse quotidienne, la présidence de "François II Hollande" se distinguera probablement et notamment de celle de "François Ier Mitterrand" par cette relation personnelle différente que les deux hommes entretiennent avec l'Histoire et qui n'est pas sans influence sur les décisions, le regard sur le monde et la volonté d'inscrire sa politique dans le temps.

 

Nous serons attentif durant les cinq prochaines années sur ce blog à cet aspect précis de l'exercice du pouvoir par notre nouveau président de la République. Très rapidement, des questions concrète vont d'ailleurs se poser sur l'avenir de la Maison d'Histoire de France, le rétablissement de l'enseignement de l'Histoire en Terminale scientifique, la résurgence de la loi de pénalisation de la négation du génocide arménien...

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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 06:29

 

Au lendemain du débat de l'entre-deux tours et à quelques jours de l'échéance électorale, il nous semblait important de faire un point sur ce blog des rapports qu'entretiennent Nicolas Sarkozy et François Hollande avec l'Histoire et les mémoires.  

Mémorice de France a eu l'occasion pendant toute la campagne de nous signaler les rares développements liés à cette question dans les discours et programmes des candidats. Aujourd'hui, il est temps de faire le bilan.

Nous précisons cependant en introduction que si nous considérons comme essentielles ces thématiques historiennes dans le cadre de ce blog, nul ne saurait penser qu'elles doivent constituer l'unique argument d'un positionnement électoral.

 

François Hollande a perdu son manuel d'histoire

Le rapport de François Hollande avec l'Histoire a été très discret durant toute la campagne.

Le moment le plus révélateur a probablement été cet entretien qu'il a accordé à Emmanuel Laurentin pour l'écriture de son recueil : Que doivent-ils à l’histoire ? (coéd. Bayard/France Culture, 2012, 186 p., 16,50 €).

 

QueDoiventIlsHistoireCOUV défintive

 

Dans ce livre, François Hollande pioche essentiellement ses références dans l'histoire contemporaine : l'histoire des guerres du XXe siècle de par son histoire familiale et l'histoire de la IIIe République pour le cheminement de ses idées politiques. A l'exception de cet entretien qui apparaît donc comme précieux, peu de textes permettent de comprendre sa lecture de l'histoire.

 

Ses interventions sont en revanche beaucoup plus nombreuses sur le terrain des mémoires.

Dès le lendemain de son élection comme candidat du Parti Socialiste à la suite des primaires, il s'est rendu en compagnie de l'historien Benjamin Stora à Asnières pour commémorer les victimes algériennes du 17 octobre 1961 qui furent jetées dans la Seine par les forces de l'ordre française.

Quelques mois plus tard, c'est encore sur le front mémoriel de la Guerre d'Algérie qu'il intervient en signant une tribune dans le journal Le Monde. Ce texte (qui a mystérieusement disparu depuis) est un vibrant appel aux Français et aux Algériens à "mener ensemble un travail de mémoire". Les harkis, les familles rapatriées, les immigrés... personne n'est oublié dans ce texte pour le moins consensuel. Cela n'a d'ailleurs pas échappé à Pierre Pachet qui lui répond dans les mêmes colonnes le lendemain que si le candidat est si prompt à investir le terrain de la mémoire, c'est probablement pour dissimuler le rôle qu'il qualifie de "néfaste" de ses prédécesseurs au Parti Socialiste.

L'orientation mémorielle de la campagne de François Hollande s'est d'ailleurs confirmée dans l'entre-deux tours par la visite du Mémorial de la Shoah à Paris le dimanche 29 avril dans le cadre de la Journée nationale du souvenir de la Déportation. Encore une fois, la mémoire est convoquée dans une perspective de rassemblement puisque le souvenir de cette période de l'Histoire est censé être "ce qui nous réunit tous autour de la Mémoire, de la lutte contre la haine, du rappel de notre histoire, des valeurs et de la défense de la dignité humaine".

 

Notons cependant pour conclure que François Hollande a pris un engagement fort envers l'Histoire. Dans son discours sur l'École et la Nation à Orléans le 9 février, il a déclaré " Je rétablirai l'enseignement de l'histoire en terminale scientifique". Dont acte.

 

 

Nicolas Sarkozy ou l'histoire martyrisée

Le président-candidat bénéficie d'une distinction par rapport à son challenger qui, dans ce domaine, relève du handicap : son bilan. 

Dès sa campagne électorale de 2007, l'Histoire et la mémoire ont été des éléments forts de son programme passant par un refus de ce qu'il qualifiait alors de "repentance".

A contrario, voulant chausser très tôt le costume grave de la posture présidentielle, il s'est essayé à divers projets de recueillement mémoriel. Ce fût tout d'abord l'instauration d'un pèlerinage au plateau des Glières mais  il a été accueilli chaque année par une contre-manifestation dénonçant le détournement politique de la mémoire des Résistants. Puis il a proposé un peu précipitamment de faire parrainer la mémoire des victimes de la Shoah par des enfants de CM2. L'initiative a provoqué un véritable tollé chez les parents, les pédagogues et même Simone Veil (qui avait pourtant soutenu le président en campagne) s'est prononcée contre un tel projet. Viennent ensuite le projet vite oublié de lire tous les ans la lettre de Guy Môquet, le projet encore en souffrance d'instaurer une Maison d'Histoire de France, celui d'une loi de pénalisation de la négation du génocide arménien retoquée au Conseil Constitutionnel...

Toutes ces initiatives ont fait l'objet de nombreux bilans et analyses notamment sur ce blog depuis sa création, dans le Nouvel Observateur sous la plume d'Audrey Salor, mais encore plus récemment dans les colonnes du magazine L'Histoire dans une chronique rédigée par des étudiants en Master de journalisme à Sciences Po Paris.

Sarkozy-et-l-histoire-vu-par-Plantu.png

 

Le bilan a été jugé tellement sévèrement par la plupart des commentateurs que le principal intéressé avait visiblement décidé de passer sous silence cette thématique durant la campagne. C'est probablement pourquoi il a décliné la demande d'entretien avec Emmanuel Laurentin.

C'était cependant sans compter sur la pugnacité des professionnels de l'Histoire qui ont particulièrement souffert du précédent quinquennat : plusieurs historiens (parmi lesquels Nicolas Offenstadt et Jean-Noël Jeanneney) ont publiquement pris position durant la campagne ; Les archivistes n'ont pas non plus infléchi leur mobilisation contre le projet de Maison d'Histoire de France ; enfin les professeurs d'histoire-géographie ont dénoncé avec une grande constance la suppression de l'enseignement de cette discipline en classe de Terminale scientifique.

 Un collègue de la Réunion a d'ailleurs subi les conséquences des crispations présidentielles autour de l'histoire. Lors du passage du président-candidat dans la région le 4 avril, il s'est rendu sur place avec une simple banderole indiquant "Vive l'Histoire-Géographie !". En seulement quelques minutes, les forces de l'ordre ont confisqué et déchiré son matériel, plaqué l'homme contre un mur, avant de le conduire au commissariat de police pour une vérification d'identité.

 

L'attente est donc forte autour de ces questions dans la perspective de la prochaine échéance électorale et surtout, des actes qui suivront.

Dans sa première déclaration publique après son élection, François Mitterrand avait déclaré en 1981 qu'il mesurait "le poids de l'Histoire". Quelques jours après sa victoire en 1995, Jacques Chirac avait prononcé un discours courageux et novateur sur la responsabilité de Vichy dans la déportation. 

Le prochain président de la République, qu'il soit nouveau ou reconduit, saura-t-il lui aussi rendre hommage à l'Histoire ? Nous resterons en tout cas attentifs sur ces questions. 

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2 mai 2012 3 02 /05 /mai /2012 08:37

 

Créer un lieu de mémoire peut-il contribuer à la prévention des risques ?

Telle est la question que posent implicitement  les Grands Ateliers de l'Isle d'Abeau qui organisent du 1er au 16 juillet 2012 un "atelier inondation" à Sommières dans le Gard. 

 

Le projet est relativement simple :  élaborer un lieu de mémoire autour du Vidourle (fleuve côtier des Cévennes) et de l'inondation.

L'atelier sera décomposé en deux temps :

   - une semaine de formation sur les risques d'inondation,

   - une semaine de création des projets sous la forme d'une compétition "amicale".

 

L'un des principaux intérêts du projet repose sur le caractère pluridisciplinaire recherché par les organisateurs. Ainsi, les équipes seront idéalement composées d'étudiants et professionnels en architecture, urbanisme, paysage, géologie, géographie, histoire, métiers du tourisme et du développement local ainsi qu'en arts plastiques.

Ensemble, les participants de cet atelier devront présenter un projet complet constitué d'un programme, d'esquisses architecturales et paysagères, de propositions muséographiques et de quelques éléments de budget.

 

Les Grands Ateliers de l'Isle d'Abeau n'en sont pas à leur coup d'essai en la matière. Un atelier similaire a déjà été organisé autour du risque sismique. Il a abouti à la création d' un site Internet qui mêle astucieusement des éléments de commémoration du séisme de 1909 en région PACA et des informations de prévention des risques sismiques.

L'approche est éminemment pédagogique puisqu'il est évident que pour sensibiliser efficacement la population, il est nécessaire de convaincre les destinataires de la prévention d'une potentialité suffisamment crédible d'un risque.

L'ami et fidèle lecteur de ce blog qui m'a signalé l'existence de cette initiative est un spécialiste de la question. Il me rappelait encore récemment que les avancées en termes de prévention sont soumises à une temporalité étroite et saccadée. Les autorités politiques investissent souvent massivement dans ces domaines en réaction à une catastrophe récente. Ainsi, l'accident de Fukushima en 2011 a-t-il entraîné une série de mesures d'urgence à l'échelle internationale visant à améliorer la prévention des risques nucléaires. Quelques mois plus tard, l'actualité portant l'attention des décideurs publiques vers d'autres sujets, les budgets sont progressivement réduits, voire disparaissent, jusqu'à la prochaine catastrophe !

 

Feyzin-memoire-d-une-catastrophe.jpg

Thierry GIRAUD, Feyzin, Mémoires d'une catastrophe, Lieux Dits, 2005.

La mémoire des catastrophes est un objet d'étude encore peu exploré

 

C'est pourquoi le projet mis en oeuvre cet été dans le Sud de la France nous apparaît intéressant. En introduisant une dimension mémorielle à la prévention des risques, les aménageurs du territoire réfléchissent en amont à l'efficacité et la durabilité de leur travail.

Nul doute que la création récente d'un portail consacré à  la mémoire des catastrophes s'inscrit dans la même logique qui consiste à créer et organiser une mémoire non spontanée. Les manifestations mémorielles actuelles sont en effet le plus souvent issues de revendications communautaires qui ne nécessitent pas a priori d'impulsion externe : le membre du groupe justifie son appartenance par le partage d'une mémoire commune et, inversement, la mémoire commune permet d'entretenir le sentiment d'appartenance au groupe.

Il est révélateur dans cette perspective de constater que l'expérience commune d'une catastrophe naturelle ou technologique n'a jamais suffit pour l'instant à l'émergence d'une mémoire collective. Est-ce en raison de l'absence d'un responsable moral susceptible de cristalliser la mémoire ? Est-ce parce que l'expérience d'une telle catastrophe est finalement trop différenciée par des facteurs sociaux, économiques, culturels... ? Ou bien parce que les autorités publiques n'ont pour l'instant pas souhaité encourager l'émergence d'une telle mémoire qui risque de soulever la question des responsabilités ?

Toutes ces problématiques mériteraient d'être approfondies et permettraient probablement d'améliorer non seulement la prévention des risques, mais aussi notre compréhension des phénomènes mémoriels.

 

Nous attendons donc avec impatience de pouvoir découvrir et présenter les différents travaux qui seront réalisés au mois de juillet dans le cadre de cet atelier et qui pourraient apporter quelques éléments nouveaux à cette réflexion.

 

 

Actualisation du 2 mail 2012 :

Plusieurs lecteurs me rappellent judicieusement la présence de marqueurs le long des fleuves et rivières qui témoignent d'une forme de mémoire des précédentes crues et inondations.

Memoire-crue-Russan.jpg

Plaque commémorative rappelant le niveau de l'eau atteint lors d'une crue exceptionnelle

sur l'église de Russan

 

Il existe également des plaques commémoratives rappelant le souvenir de précédentes catastrophes technologique comme par exemple à proximité de l'usine BASF du site d'Oppau en Allemagne

 

Actualisation du 3 mai 2012 :

J'apprends par l'intermédiaire des organisateurs que cet évènement n'aura finalement pas lieu "pour raisons de conjoncture politique". Ceci est vraiment regrettable.

 

Actualisation du 22 juillet 2012:

La mémoire est décidément un élément essentiel des recherches actuelles sur la prévention des risques et la résilience.

Un site récemment mis en ligne  sur la prévention des risques et la résilience des organisations humaines aux catastrophes naturelles et technologiques  propose notamment d'inclure une catégorie "mémoire" aux réflexions développées sur la thématique. Pour l'instant, il propose deux articles très intéressants sur les repères de crue (que nous avions évoqué sur ce blog) et sur l'accident entre un train et un camion d'essence à Port-Sainte-Foy en 1997.  

En espérant que d'autres articles viendront prochainement l'enrichir...

 

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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 08:30

 

Dans le cadre de notre analyse filée des mémoires de la Guerre d'Algérie, nous avons pu remarquer que l'aspect politique des commémorations a été plutôt minime dans l'attente des échéances électorales, à gauche comme à droite.

Cette affirmation doit néanmoins être nuancée sur un point : celui des harkis qui ont été largement courtisés par la droite et l'extrême-droit depuis le début de l'année.

 

Rappelons tout d'abord ce que nous entendons par "harkis". D'un point de vue administratif, il s'agit de supplétifs engagés dans l'armée française durant la Guerre d'Algérie. Ces derniers ont d'ailleurs obtenu le statut d'ancien combattant par la  loi du 9 décembre 1974. Plus largement, ce terme permet de désigner aujourd'hui toutes les personnes arabes et berbères qui ont adopté une position pro-française durant la Guerre d'Algérie et qui ont ensuite été contraintes de rejoindre le territoire hexagonal à la fin du conflit en obtenant la nationalité française.

Les harkis se sont dès lors regroupés en communauté, généralement dans le sud de la France, et constituent aujourd'hui encore un groupe de pression structuré par un tissu associatif. Une simple recherche avec l'entrée "harki" sur Internet permet d'ailleurs de constater qu'il existe un véritable réseau très actif.

 

Cette disposition militante a été particulièrement efficace dans l'entretien de la mémoire harkie et l'obtention d'une reconnaissance par la République française.

    - La loi du 9 décembre 1974 a permis d'obtenir le statut d'ancien combattant,

   - Vingt ans plus tard, la  loi n° 94-488 du 11 juin 1994 permet d'actualiser et de compléter la précédente. Elle précise dans son article premier : "La République française témoigne sa reconnaissance envers les rapatriés anciens membres des formations supplétives et assimilés ou victimes de la captivité en Algérie pour les sacrifices qu'ils ont consentis. Elle leur ouvre, en outre, droit au bénéfice des mesures prévues par la présente loi".

   - Le 31 mars 2003, la gratitude exprimée dans la loi ne suffit plus. Par l'intermédiaire d'un décret du président Jacques Chirac, elle s'accompagne désormais d'une Journée nationale d'hommage aux harkis et autres membres des formations supplétives. Cette décision permet d'organiser chaque année des cérémonies officielles autour des plaques et monuments qui se sont multipliés sur le territoire.

 

memorial-harkis.jpg

Stèle en mémoire des harkis le long du camp de Rivesaltes

qui a servi à leur hébergement après les Accord d'Evian en 1962

 

Depuis, de nombreuses associations de harkis militent pour une meilleure reconnaissance individuelle  (certains dossiers d'indemnisation sont semble-t-il encore en souffrance) et collective des harkis. Après avoir obtenu une reconnaissance officielle, après l'institution d'une journée nationale du souvenir, les harkis souhaitent que la République reconnaisse officiellement la responsabilité de la France dans leurs souffrances et leur abandon. En effet, certaines associations considèrent que la France a perpétué un véritable " crime contre l'humanité" conduisant à un " génocide" en désarmant les supplétifs et en les abandonnant après les Accords d'Evian.

Le 31 mars 2007,  le candidat Nicolas Sarkozy avait pris cet engagement dans un discours prononcé à l’occasion de sa rencontre avec les représentants de la communauté Harkis.

Les promesses n'engageant que ceux qui veulent bien y croire, une fois élu, Nicolas Sarkozy s'était finalement rétracté à l'occasion de son  discours du 5 décembre 2007 dans lequel il concède que "pour la France, il s'agit aujourd'hui d'une question d'honneur : il faut réparer les fautes qui ont été commises car pendant très longtemps les harkis n'ont pas bénéficié des mesures qui auraient permis d'assurer dignement leur insertion au sein de la communauté nationale". Malgré la longueur du discours et les nouvelles promesses de réparation, aucune trace cependant d'une quelconque responsabilité de la France : cela aurait été contraire au principe de non-repentance martelé par le chef de l'Etat.  Cette ambivalence des propos n'avait vraiment été du goût des harkis.

 

Les élections présidentielles approchant, il fallait cependant remédier à cette ambiguïté.  Tout comme pour les Arméniens, on a l'impression que l'agenda mémoriel du président a été calculé dans une logique électoraliste à deux mandats : d'abord promettre à l'aube du premier mandat, puis entretenir le suspens pendant cinq ans, avant de donner satisfaction juste avant la nouvelle échéance.

 

Cette réponse aux revendications des harkis s'est d'ailleurs déroulée en deux temps :

   - Le 27 février 2012, le Parlement français a voté une loi visant à pénaliser les injures envers les harkis. Cette nouvelle disposition législative plutôt surprenante (puisqu'elle s'adresse à un groupe très précis) est en fait la réaction un peu tardive aux propos de l'ancien président du Conseil régional du Languedoc-Roussillon Georges Frèche qui s'était illustré en 2006 par des propos particulièrement insultants à l'encontre des harkis.

   - Neuf jours avant le premier tour des élections présidentielles, le président-candidat Sarkozy s'est rendu lui-même à Rivesates et, à la surprise générale, s'est fendu d'un discours beaucoup plus clair que celui de 2007 : "Je suis venu ici pour parler de la responsabilité de la France dans un drame français (...). La France se devait de protéger les harkis de l'Histoire. Elle ne l'a pas fait. C'est cette responsabilité que je suis venu reconnaître". Certains n'ont pas hésité à rappeler que cette déclaration intervenait un peu tard mais, globalement, les associations ont été satisfaites.

 

Et maintenant, quelle sera la prochaine étape ? Peut-on vraiment croire que les revendications mémorielles vont s'arrêter après cette déclaration ? Rien n'est moins sûr. La question d'une reconnaissance d'un "génocide des harkis" est désormais régulièrement évoquée et risque de réapparaître bien plus tôt qu'on ne le pense. Dans le cadre des prochaines élections législatives, le candidat FN Louis Alliot remue déjà les braises incandescentes de la mémoire. Hors de question de se faire voler par la droite les voix harkies dans une circonscription où le Front national pourrait avoir des chances de remporter un siège à l'Assemblée. A l'occasion d'un meeting organisé le jour même de la visite de Nicolas Sarkozy, il a déjà promis une  "grande loi-cadre" sur les génocides intégrant le cas des harkis.

 

La surenchère mémorielle ne fait que commencer !

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et Guerre d'Algérie
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