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  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Paperblog : Les meilleurs actualités issues des blogs

Cherche La Pépite

28 avril 2012 6 28 /04 /avril /2012 16:01

L-Histoire-fevrier-2012.jpg

 

Comme tous les mois, nous poursuivons notre recension du magazine l'Histoire sous la forme de courtes brèves afin de compléter notre réflexion sur l'actualité mémorielle de la recherche et de l'édition.

 

Mémoires d'ouvriers

Nous sommes tout d'abord très heureux de vous annoncer la diffusion du nouveau documentaire de Gilles PERRET. Ce talentueux réalisateur s'était fait remarquer en 2009 pour son magnifique travail sur la mémoire combattante dans Walter, retour en résistance qui n'est pas sans lien avec le mouvement des Indignés développé par la suite.

Ce nouveau film adopte une logique similaire : partir d'histoires locales d'ouvriers des montagnes de Savoie pour ensuite proposer les grandes lignes d'une histoire ouvrière.

 

 

 

Mémoires des cimetières

La revue  Le Mouvement Social propose dans sa livraison d'octobre-décembre 2011 un dossier consacré à "Cimetières et politique".

 

Cimetieres-et-politique.jpg

Les enjeux mémoriels d'une telle thématique s'imposent à chaque auteur en montrant que l'acte d'inhumation est irrémédiablement lié au temps (et à la postérité). Le lieu, la mise en scène, l'organisation et les commémorations dans les cimetières sont significatifs de la façon dont une époque gère ses morts et leurs souvenirs.

(Un compte-rendu a été proposé par  le site des Clionautes).

 

 

Mémoire de la Shoah en Turquie

Pour la première fois, et presque 30 ans après sa première diffusion en France, le film Shoah de Claude Lanzmann a été sous-titré en turc et diffusé dans son intégralité sur la chaîne TRT.

Cette initiative est portée par le  Projet Aladin dont l'objectif est d'oeuvrer au rapprochement des Juifs et musulmans, notamment par l'intermédiaire d'une réflexion historique. Cette diffusion fait suite à celle de mars 2011 sur la chaîne satellite iranienne "Pars TV". La chaîne américaine en arabe Al Hurra devrait prochainement en faire de même. 

Les médias ne disent pas cependant si les audiences ont été au rendez-vous...

 

 

Mémoire de la Shoah au cinéma

La sortie attendue du film "Le Juif qui négocia avec les Nazis" permet de mettre en lumière la complexité des mémoires de la Shoah des années 1950 à nos jours.

Ce Juif qui négocia avec les Nazis est Rudolf Kasztner. Homme politique roumain, il accepta de négocier avec Eichmann en 1944, espérant ainsi sauver jusqu'à "un million de Juifs". Abusé par Eichmann, il ne parvient finalement à épargner "que" 1685 personnes parmi lesquelles sa femme et ses proches. Installé en Israël en 1947, il poursuit sa carrière politique mais est régulièrement l'objet d'attaques personnelles sur son éventuel passé de collaborateur. 

En 1954, Rudolf Kasztner décide de riposter devant la justice pour préserver son honneur. L'affaire de diffamation se transforme vite en procès contre l'homme politique accusé d' "avoir vendu son âme au diable". Il est finalement débouté de sa plainte en 1955... avant que la Cour suprême infirme cette décision en 1958. Trop tard hélas, car Rudolf Kasztner a entre-temps été abattu par un jeune fanatique d'extrême-droite !

De manière assez subtile, ce film montre à quel point la mémoire juive de la Shoah, avant d'adopter la posture plus consensuelle qu'on lui connaît aujourd'hui, a traversé de nombreuses péripéties liées tout autant à l'histoire qu'à la politique contemporaine. Derrière les débats et les archives, on comprend en effet que ce n'est pas seulement le procès de Rudolf Kasztner qui a lieu en 1954. C'est aussi celui d'Eichmann qui est encore caché en Amérique latine à cette époque. C'est enfin celui de l'ensemble de la société israélienne qui s'interroge sur l'attitude à adopter face aux ennemis Palestiniens.

 

 

 

 

Correspondances mémorielles

L'historien et critique de cinéma Antoine de Baecque a choisi de consacrer son article mensuel à Low Life qui retrace l'histoire d'un couple d'étudiants. L'intrigue repose notamment sur le statut administratif d'Hussein, sans-papier afghan à qui la préfecture refuse d'accorder un visa. 

L'histoire se construit sur une actualité brûlante qui a néanmoins réveillé des références historiques chez l'historien qui voit dans la clandestinité de ces jeunes gens une résurgence des Résistants lyonnais qui, durant la Seconde Guerre mondiale, se dissimulaient également dans les traboules de la vieilles ville.

Cette correspondance toute personnelle (puisque l'auteur précise que le film ne comprend ni document historique, ni reconstitution) n'est visiblement pas partagé par tous.  L'article d'un blog complémentaire (mais néanmoins ami) du nôtre s'offusque d'un tel rapprochement et propose quelques rappels historiques pour éviter ce qu'il considère comme un anachronisme. Le débat est ouvert...

 

 

 

 

L'histoire au lycée : histoire ou mémoire (suite)

Nous en avions parlé dans  notre précédente recension du numéro de mars, Annette Wieviorka avait frappé particulièrement fort (mais juste) en questionnant les orientations récentes des nouveaux programmes de lycée. Il était donc normal que Laurent Wirth, doyen du groupe histoire-géographie de l'Inspection générale de l'Éducation nationale et président du groupe d'experts ayant travaillé sur ces nouveaux programmes, lui réponde.

Pour rappel, Annette Wieviorka reprochait une approche trop compassionnelle de l'histoire. Laurent Wirth lui répond qu'il n'est pas d'accord et que ces programmes permettent selon lui de "mesurer la différence entre histoire et mémoires, différence qui sera approfondie en terminales ES et L".

Chacun est renvoyé dos à dos...

 

 

Mémoires du jansénisme

La référence se résume à une simple phrase dans l'article de Nicolas Lyon-Caen, mais elle est lourde de sens. Étudiant la survie des jansénistes au XVIIIe siècle, l'historien rappelle que la mémoire janséniste de cette période est davantage fondée sur une "mémoire inventée" que sur une mémoire "héritée" des persécutions subies par l'abbaye de Port-Royal, de l'expérience de la résistance à l'Unigenitus et des miracles du diacre.

En somme, nous pourrions voir dans cette mémoire janséniste du XVIIIe siècle l'une des premières manifestations d'une mémoire collective victimaire en construction. D'autres exemples antérieurs permettront probablement un jour d'envisager plus largement ce phénomène et d'en écrire une histoire permettant de prendre davantage de distance avec l'originalité supposée des mémoires contemporaines.

 

 

Conserveries mémorielles

Sous cette dénomination originale se cache une revue scientifique fondée en 2006 à l’initiative de Bogumil Jewsiewicki dans le cadre de la Chaire de recherche du Canada en histoire comparée de la mémoire. Depuis 2010, elle est accueillie par le Centre interuniversitaire d’études sur les lettres, les arts et les traditions (CELAT) à Québec et par l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP) à Paris. Jocelyn Létourneau (professeur à l’Université Laval) et Henry Rousso (directeur de recherche au CNRS) sont aujourd’hui les directeurs de cette publication animée par de jeunes chercheurs en sciences humaines et sociales.

Depuis sa fondation,  Conserveries mémorielles a pour ambition d’explorer différents champs de la mémoire. Elle entend privilégier les thématiques pouvant être abordées dans une perspective internationale et transdisciplinaire.

Parmi les derniers numéros, on trouve des sujets aussi intéressants et passionnants que "Mémoire et travail", "les angles morts" (de la mémoire) ou encore "les représentations du passé : entre histoire et mémoire".

A lire sans modération.

conserveries-memorielles.png

 

 

Mémoires d'une insurrection populaire

Le livre d'Alain Hugon (Naples insurgée, 1647-1648. De l'évènement à la mémoire) est révélateur d'une tendance de fond très forte dans le la recherche actuelle qui conduit régulièrement à étudier non seulement un évènement historique, mais aussi sa mémoire.

L'un des précurseurs dans le domaine est incontestablement Jacques LE GOFF avec son célèbre Saint Louis qui avait alors  renouvelé l'approche biographique en ne se contentant pas seulement d'actualiser les données historiques sur le sujet, mais en compilant également l'ensemble des traditions mémorielles autour du personnage permettant de déconstruire la façon dont il pouvait apparaître aux yeux des contemporains.

C'est cette méthodologie qui est utilisée par Alain Hugon pour étudier le soulèvement de Naples et des provinces environnantes contre la domination espagnole entre le 7 juillet 1647 et le 6 avril 1648. Comme toujours, des mémoires plurielles et concurrentes apparaissent. Ce qui est novateur en revanche, c'est de faire émerger et de comparer des mémoires locales (l'Italie méridionale) et des mémoires européennes.

 

 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Recensions
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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 08:46

 

Le 23 mars 2012, dans la continuité des célébrations du 600e anniversaire de Jeanne d’Arc, Laurent Fabius a annoncé officiellement l'ouverture à Rouen en 2014 d'un historial consacré à la pucelle d'Orléans. La présentation du projet par l'ancien Premier ministre et président de la communauté d'agglomération de Rouen est somme toute assez banale : "Il s'agit de retracer à la fois l'histoire de Jeanne et l'histoire de l'Histoire, c'est-à-dire le mythe". Pourquoi alors ne pas simplement parler d'un musée ? 

 

Cette tendance à l'originalité dans les dénominations n'est pas isolée.

Quelques jours plus tard à Alise-Sainte-Reine en Bourgogne, l'actuel Premier ministre François Fillon inaugurait le MuséoParc d'Alésia visant, selon les affirmations de son site Internet, à faire "revivre l'histoire en grand" tout en s'interrogeant sur la place et le rôle de ce lieux mythique dans la mémoire nationale. 

MuseoParc-Alesia.jpg

 

Autre création récente : le Mémorial de la Marseillaise inauguré le 8 mars 2011 au coeur de la cité phocéenne. Bien que le nom soit différent, la logique du projet est visiblement toujours la même : retracer l'histoire de l'hymne national tout en proposant une mise en perspective sur les usages contemporains de ce chant patriotique.

Memorial-de-la-Marseillaise.jpg

 

Cette frénésie a néanmoins atteint son paroxysme en 2008 où deux espaces muséographiques ont été inaugurés la même année autour de la figure du général De Gaulle : le premier est un historial installé au sein des Invalides à Paris, tandis que le second est un mémorial construit à Colombey-les-deux Eglises.

Memorial-Charles-de-Gaulle.jpg

 

Historial-Charles-De-Gaulle.JPG

 

L'appelation "musée" ne semble cependant pas avoir totalement disparu puisque c'est le terme choisi récemment pour l'établissement inauguré à Meaux retraçant l'histoire de la Grande Guerre.

musee-grande-guerre-meaux.jpg

 

Existe-t-il finalement une règle et une signification particulièrer pour chacune de ses dénominations ?

D'un point de vue théorique, le mémorial est censé commémorer une ou plusieurs personnes, voire un évènement. L'objectif est donc avant tout celui de l'entretien de la mémoire qui a longtemps été illustré par l'élévation de monuments autour desquels étaient organisés une sociabilité de la mémoire (manifestations, recueillement, veillées, etc.). Depuis quelques années, cette pratique a évolué et intègre parfois une dimension historienne visant à rationnaliser et crédibiliser les manifestations mémorielles.

Par opposition, l'historial est censé privilégier l'approche historienne. La mémoire peut néanmoins y être intégré à condition d'être présentée et étudiée comme un objet d'histoire et non pas comme le prétexte à une commémoration.

Enfin, le muséoparc est une création récente et originale qui intègre la notion de loisirs et d'amusement dans un contexte historique.

 

La visite de ces différents lieux et/ou leur présentation respective sur les différents sites Internet ne permet cependant pas vraiment de saisir les nuances.

Ainsi, le mémorial Charles de Gaulle de Colombey-les-deux Eglises se présente-t-il comme un "centre d’interprétation historique". A l'inverse, l'Historial des Invalides revendique d'être "à la fois musée et mémorial".

On comprend donc que la dénomination initiale fait vraissemblablement l'objet d'une réflexion des initiateurs (on l'espère tout du moins...) mais que les orientations ultérieures perdent ensuite régulièrement l'origine matricielle du projet initial.

 

Ce constat est lui-même révélateur d'évolutions muséographiques à l'échelle nationale et internationale. Les constructions muséographiques modernes intègrent en effet systématiquement une dimension mémorielle qui est la conséquence de plusieurs facteurs :

   1. L'ère "mémorielle" dans laquelle nous vivons qui est le fruit d'un rapport au temps particulier de notre société (c'est cette dimension qui est à l'origine de ce blog), 

   2. La nécessité de justifier l'existence même d'un musée qui doit répondre à un intérêt et une demande sociale sur une thématique historique (le musée reste avant tout aujourd'hui une création politique de part ses modes de financement), 

   3. La solution de facilité pour un musée qui, confronté à rareté et la cherté des documents à exposer, va pouvoir combler quelques salles avec des objets du quotidien moins onéreux et plus disponibles.

 

Ce dernier point est probablement le plus grand défi que devront relever les musées à l'avenir. Dans un contexte économique défavorable au budget de la culture, beaucoup doivent souvent revoir leur ambition à la baisse.

S'ajoute à cette donnée conjoncturelle une tendance structurelle beaucoup plus inquiétante : celle des crispations géopolitiques autour des mémoires nationales. Certains dossiers brûlants ont déjà été évoqués sur ce blog. Ils ne constituent pourtant que la partie émergée de l'iceberg qui menace actuellement les plus grands musées du monde tels que celui de l'Holocauste à Washington. Depuis quelques mois, les administrateurs du site rencontrent en effet de grandes difficultés à convaincre les autorités polonaises de proroger les contrats de prêt d'objets qui prennent fin successivement.

 

La contradiction est pour le moins ambivalente. D'un côté, l'ère mémorielle favorise la demande sociale et permet d'impulser de nombreux projets muséographiques ; de l'autre, les mémoires nationales et communautaires revendiquent l'appropriation d'objets qui ont eux aussi une histoire qui a pu les conduire dans d'autres pays souhaitant les valoriser. Dans ce domaine, la France n'est d'ailleurs pas en reste puisque s'il s'est trouvé des historiens et archivistes pour s'insurger contre le prêt/retour des manuscrits coréens de la BNF en Asie, personne n'a en revanche contesté le classement des archives du philosophe Michel Foucault en "trésor national", signifiant qu'elles ne peuvent désormais plus quitter le territoire national.

 

Dans le domaine de la mémoire, comme dans celui de l'économie et de la politique, le protectionnisme risque rapidement de se transformer en isolationnisme...au détriment de la richesse culturelle collective !

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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 12:31

 

Depuis les résultats du premier tour à l'élection présidentielle française, et le classement de Marine LE PEN en troisième position avec 18% des suffrages, une vague historico-mémorielle (pour ne pas dire hystérico-mémorielle) s'empare des médias et des réseaux sociaux.

 

Le premier journal a avoir lancé la polémique dans les kiosques est l'Humanité avec cette Une plutôt osée :

Une-Humanite-Sarkozy-Petain.jpg

 

Depuis, les militants se déchaînent sur Twitter et Facebook. Les affiches de propagande se succèdent pour diffuser l'idée d'un président-candidat aux racines intellectuelles vichystes :

Petain-fete-du-travail-1.jpg

Petain-fete-du-travail-2.jpg

 

Le raccourci est bien entendu excessif mais c'est un peu le principe d'une campagne électorale.

 

Quitte à utiliser le passé pour montrer les accointances entre l'UMP et les idées d'extrême-droite, autant mobiliser des faits évidents qui concernent directement les dirigeants actuels : je rappelle par exemple qu'à l'occasion des cantonales de 2011, les instances dirigeantes de l'UMP s'étaient refusées à donner des consignes de vote en cas de duel entre le Parti socialiste et le Front national au second tour.

 

L'indignation actuelle du président-candidat et de ses lieutenants est d'autant plus feinte et instrumentalisée qu'elle s'oppose à d'autres points Godwin beaucoup plus violents et radicaux qui n'ont pas été dénoncés avec la même vigueur dans le cadre du premier tour.

 

Le premier d'entre-eux apparaît sous la plume de Jean-Pierre RANOUX, conseiller municipal et membre du groupe d’élus Communistes et Républicains de Chenôve en Bourgogne.

Dans une tribune libre du bulletin municipal, il écrit : « M. Sarkozy […] considère que les corps intermédiaires, dont les syndicats, appartiennent à une élite glissée entre lui et son bon peuple. Le chancelier Adolph Hitler en 1933 a donné corps à cette idée en supprimant les syndicats… ».

Pierre JACOB, président du groupe UMP « Un nouveau souffle pour Chenôve », a alerté le préfet de Côte-d’Or, Pascal MAILHOS, mais la polémique n'a pas été reprise et exploitée à l'échelle nationale.

 

Le second point Godwin a été davantage relayé car il est le fruit d'un maestro en la matière : Jean-Marie LE PEN.

En marge du dernier meeting de sa fille Marine au Zénith de Paris mardi 17 avril, le président d'honneur du Front national a fait un rapprochement entre les initiales de l'actuel président de la République (NS) et celles du parti nazi (le national-socialisme). Filant la métaphore, entre autres traits d'humour visiblement réservés à un public d'initiés, Jean-Marie LE PEN a également comparé la place de la Concorde (où Nicolas Sarkozy a organisé un meeting) à Nuremberg, magnifique ville de Bavière tristement célèbre pour ses gigantesques rassemblements et manifestations en l'honneur d'Hitler.

 


Il faut reconnaître que Jean-Marie LE PEN est visiblement un spécialiste (et surtout un passionné) de la culture nazie.
Les commémorations de la Guerre d'Algérie ont en effet permis de rappeler récemment une histoire sordide à propos du président d'honneur du Front national.

Engagé volontaire dans le 1er régiment étranger parachutiste, le sous-lieutenant Jean-Marie Le Pen a participé à la guerre d'Algérie sous les ordres du général Paul Aussaresses en 1957.

Au cours d'une mission ayant conduit à la torture d'Ahmed Moulay (à l'eau, l'électricité, mais aussi le tailladage au couteau des commissures des lèvres), un des parachutistes français présent a oublié sa ceinture à laquelle était accroché un poignard. Récupéré courageusement par le fils de la victime alors âgé de 12 ans et ayant assisté à la scène, l'objet ne réapparaîtra qu'en 2003, date à laquelle l'envoyée spéciale du Monde à Alger réussit à le rapporter en France pour le présenter comme pièce à conviction à la 17ème chambre lors du procès en diffamation intenté par Jean-Marie Le Pen contre le journal.

La description offerte par la journaliste est sans appel : "En acier trempé, long de 25 centimètres et large de 2,5 centimètres, il s'agit d'un couteau du type de ceux qu'utilisaient les Jeunesses hitlériennes, fabriqué par des couteliers allemands de la Ruhr. La lame porte le nom de J.A. Henckels, fabricant à Solingen. Le manche, en partie recouvert de bakélite noire, est incrusté d'un losange dont l'écusson est tombé dans les années 1970, à force d'avoir été manipulé par les enfants Moulay. Sur le fourreau de ce poignard, on peut lire : J. M. Le Pen, 1er REP".

 

Est-ce cette expérience du passé qui autorise certains à pouvoir atteindre les sommets du point Godwin sans susciter la moindre indignation... ou bien la volonté de ne pas braquer des électeurs indispensables au second tour ? Quoiqu'il en soit, le point Godwin semble avoir une géométrie variable selon son auteur, son destinataire et l'époque à laquelle il est atteint.

 

 

Actualisation du 03 mai 2012 :

Nous avons appris ce jour la disparition de Mohamed Moulay, fils d'Ahmed Moulay, évoqué dans cet article. Malgré son histoire, il avait gardé une amitié respectable pour la France.

 

 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et point Godwin
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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 08:58

 

Le mois dernier, nous avions évoqué  sur ce blog la proposition de loi du 24 janvier 2012 "relative à la réhabilitation collective des fusillés pour l'exemple de la guerre de 1914-1918", portée par le député du Nord Jean-Jacques CANDELIER.

 

Tandis que le travail législatif suit son cours, le député a souhaité réagir aux propos de Marc LAFFINEUR, Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Défense et des Anciens Combattants, à l'Assemblée nationale le 10 janvier 2012 :

 

Lettre Jean-Jacques CANDELIER

 

 

Dans ce courrier daté du 23 mars 2012 qu'il a eu l'amabilité de nous transmettre, Jean-Jacques CANDELIER demande non seulement au secrétaire d'Etat de justifier ses propos sur les motifs d'exécution des "fusillés pour l'exemple", mais il demande également quelques précisions quant à la création annoncée de longue date d'une commission de réhabilitation de ces mêmes "fusillés".

 

La réponse risque de se faire attendre dans le contexte politique actuel. Le débat est néanmoins révélateur du besoin impérieux d'histoire face aux prises de position mémorielles fluctuantes, voire contradictoires, d'un gouvernement à l'autre.

En ce sens, cette commission est en effet vivement souhaitée et attendue.

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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 08:59

 

C'est une initiative pour le moins originale et intéressante. Le 19 mars 2012, à l'occasion du cinquantième anniversaire des accords d’Evian, le site Internet  OWNI et le quotidien  El Watan ont inauguré un site Internet que nous pourrions considérer comme un centre d'archives numérique :  Mémoires d'Algérie

 

Memoires-d-Algerie-2.jpg

Le principe est relativement simple : ce site Internet a pour ambition de rassembler et de publier des témoignages et des archives inédites relatives à la Guerre d'Algérie.

 

Dans les faits, cette initiative soulève cependant des interrogations.

 

1. Pourquoi un centre d'archives numérique ?

La création d'un tel lieu répond à un constat que de nombreux historiens déplorent depuis plusieurs années : les archives de la Guerre d'Algérie sont difficiles, voire impossibles, d'accès en France et en Algérie. Dans ces conditions, il est difficile de mener à bien une sereine historicisation du conflit permettant de pacifier sur le long terme des mémoires encore vives et parfois violentes.

 

2. Quelles sont les règles de publication ?

La communicabilité et la diffusion des archives est réglementée par la loi en France et en Algérie. Ce site entend visiblement les dépasser (voire les enfreindre) en faisant appel aux soutiens des lecteurs susceptibles de livrer leurs témoignages, leurs archives personnelles... mais aussi visiblement des copies de comptes-rendus d'opération et des notes de renseignement.

Si les administrateurs du site prennent des précautions en anonymisant certains noms dans les documents et en invitant les lecteurs "à la plus grande prudence", rien ne permet sur le site de vérifier la validité scientifique d'une telle entreprise. Quid par exemple d'un éventuel comité scientifique. A l'inverse, le site fait appel au mécénat sans en préciser les règles. Dès lors, qui vérifie la validité des documents et la l'intégrité de la ligne éditoriale ?

 

Malgré ces quelques zones de flou qui devront être éclaircies, le site constitue un formidable outil de travail qui ouvre d'intéressantes perspectives. 

 

Le projet en lui-même s'inscrit dans la continuité de plusieurs entreprises qui se multiplient depuis quelques mois sur la toile. Impulsés par le modèle de Wikileaks, la publication et la diffusion en ligne des archives ne pouvait que se développer. Les États ont certes fait preuve de volontarisme dans ce domaine (plusieurs projets en cours promettent la numérisation prochaine des archives de la Première Guerre mondiale et du passé colonial) mais le mouvement n'est visiblement pas assez rapide et il donc relayé par des initiatives privées ou associatives.

Le titre du site est donc particulièrement bien pensé puisqu'il ne prétend pas réellement construire une histoire de la Guerre d'Algérie mais bien une compilation de documents permettant d'étudier LES différentes mémoires du conflit. La coopération entre deux médias, l'un français et l'autre algérien, est également à souligner.

 

Les antécédents sont d'ailleurs visibles autour ce projet. La qualité de la mise en page et la simplicité de lecture sont un atout non négligeable. En seulement quelques clics, il est possible de sélectionner un lieu (sur une carte) ou une date (sur une frise chronologique) afin de consulter tous les documents relatifs à un évènement précis.

Les archives sont ensuite introduites par une notice très détaillée présentant un résumé, l'auteur, la source, le type de document, le pays d'origine, les villes, les dates et les noms cités ainsi qu'une liste de mots-clefs permettant d'étendre la recherche.

On retrouve dans cet outil le professionnalisme des contributeurs d'OWNI qui est un spécialiste du datajournalism utilisant à profit les compétences "des développeurs, des designers et des “best practice” du web social".

La forme ne dissimule cependant pas quelques limites de fond. Ainsi, l'historien sera surpris de lire que la source indiquée dans la notice du bulletin interne de la Wilaya III (unité territoriale militaire) est "archive militaire". Où est-elle physiquement archivée ? Dans quel centre ? A quelle référence ? Rien de tout ceci n'est indiqué et empêche le lecteur érudit d'aller vérifier lui-même la source.

 

Dernier point qui pose question : la présentation du site indique que "de nouveaux documents seront régulièrement ajoutés jusqu’au 5 juillet, date de l’Indépendance algérienne". Doit-on dès lors comprendre qu'une entreprise aussi ambitieuse prendra fin dans seulement quelques semaines ? Pourquoi ne pourrait-elle pas perdurer dans le temps, justement nécessaire à la collecte sérieuse et abondante de documents ? Doit-on y voir les limites d'un projet privé qui, s'il permet de répondre rapidement et efficacement à une demande sociale, disparaît aussi vite des écrans que l'actualité (et les recettes publicitaires) ne l'imposent.

Le temps médiatique n'est décidément pas celui de l'histoire...

 

Pour plus d'informations sur la philosophie du projet, lire l'article des Dernières Nouvelles d'Algérie.

 

Actualisation du 30 avril 2012 :

Une initiative similaire aux ambitions bien plus larges vient d'apparaître sur la toile : HistoGraphe.

Encore une fois, les mêmes limites apparaissent : certes, le site répond à une volonté d'édition et de diffusion louable des ressources archivistiques. Cependant, quid des règles déontologiques de fonctionnement du site ; quid des questions dinancières... alors que ce site propose une inscription "Premium" à 60 euros l'année !!!

Après le patrimoine culturel architectural, n'assiste-t-on pas à une véritable offensive marchande sur le patrimoine archivistique ?

 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et Guerre d'Algérie
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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 07:30

 

Fidèle à l'engagement pris auprès des administrateurs du musée de l'histoire LGBT de San Francisco au moment de son ouverture, nous informons nos lecteurs de l'organisation d'une nouvelle exposition temporaire consacrée aux débuts de l'épidémie de SIDA dans la ville de San Francisco.

 

Composée de photographies en noir et blanc, l'exposition s'intitule simplement et sobrement : «Life & Death in Black & White» («Vie & mort en noir & blanc»).

Elle retrace en images les stigmates ostentatoires d'une épidémie à l'histoire fulgurante, mais dont les mémoires conservent les traces de plaies discrètes et persistantes.

Black---White-GLBT-History.jpg

 

A l'heure des  trithérapies et autres traitements préventifs expérimentaux, les débuts de cette tragique épidémie ont été bien vite oubliés. D'une part, parce qu'ils relèvent d'un souvenir encore douloureux ; d'autre part, parce qu'ils exercent encore un effet durable et presque inconscient sur la construction identitaire homosexuelle.

 

L'un des intérêts essentiels de cette exposition repose sur le rappel salutaire de la lutte (dans tous les sens du terme) qu'ont dû mener les homosexuels américains (puis européens) face à cette nouvelle maladie radicale, surprenante et inconnue.

Au moment où les scientifiques découvrent enfin l'existence et les logiques de fonctionnement du virus de l'immunodéficience humaine (VIH) en 1984, près de 50% des homosexuels de la célèbre cité de San Francisco sont déjà infectés ! La perspective d'une disparition violente et prématurée les conduit par milliers dans les rues pour exprimer tout d'abord leur colère. La répression est alors d'une rare violence à l'encontre de simples manifestants désespérés par l'idée d'une mort programmée. 

Castro-sweep-Police-riot.jpg

Des officiers de police plaquent un homme sur le macadam de la rue Castro, près de la place Harvey Milk

6 octobre 1989, photo de Marc Geller

 

Vient ensuite le temps de la lutte organisée. En 1986, une douzaine de militants fondent "Citizens for Medical Justice" afin de mener le combat sur le terrain politique et judiciaire. L'année suivante, le groupe change de nom pour devenir "AIDS Action Pledge" ; puis "ACT UP/San Francisco" en 1988.

 

Cette mutation institutionnelle n'en a pas moins marqué durablement l'inconscient collectif dans son rapport à la mort et au temps. Les études sociologiques manquent encore sur ce sujet mais de nombreux éléments montrent que cette période correspond à une importante transition dans l'histoire de l'homosexualité. Cette violente menace de disparition inaugure une nouvelle ère de visibilité sans équivalent. A contrario, cette lutte pour la vie introduit un fort présentisme qui occulte partiellement les multiples héritages des homosexualités. Dans les premières années du SIDA, c'est finalement davantage la maladie que l'histoire qui fonde le sentiment communautaire.

 

Cette exposition, mais également le documentaire We were here  qu'elle prolonge, sont révélateurs d'une parenthèse qui se referme. Passé le temps de l'urgence et de l'émotion, les homosexuels vont peut-être "normaliser" leur rapport au temps et se retourner plus sereinement vers un riche passé fondateur.

 

 

Life & Death in Black & White : AIDS Direct Action in San Francisco, 1985–1990

Exposition temporaire du musée de l'histoire LGBT de San Francisco (Mars-juin 2012)

Photographies de Jane Philomen Cleland, Patrick Clifton, Marc Geller, Rick Gerharter et Daniel Nicoletta.

 

 

Actualisation du 26 avril 2012 :

Les Etats-Unis en général, et San Francisco en particulier, entretiennent décidément une mémoire singulière de l'épidémie de Sida. Nous avons régulièrement évoqué sur ce blog les films, les expositions et les ouvrages consacrés à cette question.

La dernière manifestation mémorielle recensée est un jardin de la mémoire : THE GROVE (traduction : le Bosquet).

Un  site Internet présente l'association qui en est à l'origine et  un documentaire permet d'approfondir la réflexion sur les enjeux d'un tel lieu de mémoire.

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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 07:54

 

Le 28 février 2012, le Conseil constitutionnel a décidé que  la loi visant à réprimer la contestation de l'existence des génocides reconnus par la loi est contraire à la Constitution au motif que " le législateur a porté une atteinte inconstitutionnelle à l'exercice de la liberté d'expression et de communication".

 

Immédiatement, le président de la République s'est fendu d' un communiqué relativement court mais significatif dans lequel il partage sa déception et rappelle que le négationnisme représente "non seulement une insulte à la mémoire des victimes et à la dignité de leurs descendants, mais aussi une menace contre notre communauté nationale".

Le ton est grandiloquent mais le fond laisse un peu perplexe : en quoi les propos isolés et inaudibles d'un négationniste pourraient-ils menacer la communauté nationale ? Quelle est donc la nature exacte de cette menace ?

 

Quoi qu'il en soit, la décision rapide du Conseil constitutionnel a probablement pris Nicolas Sarkozy de vitesse. A seulement quelques semaines des élections présidentielles, le candidat à sa propre succession ne peut plus se contenter d'invoquer un blocage institutionnel face à  ses promesses maintes fois répétées. Il affirme donc avoir "chargé le gouvernement de préparer un nouveau texte, prenant en compte la décision du Conseil constitutionnel". Depuis, un mois s'est écoulé sans qu'aucune nouvelle proposition ne soit rendue publique, rendant ainsi impossible l'adoption d'une nouvelle loi avant la prochaine législature.Pourtant, Nicolas Sarkozy avait indiqué dès le 1er février qu'il s'inquiétait d'une censure des "sages" et qu' il déposerait immédiatement un nouveau texte. Comme le veut l'adage, les promesses n'engagent vraiment que ceux qui y croient...

 

La communauté arménienne française qui attendait visiblement beaucoup d'une telle décision symbolique se trouve ainsi devant un dilemme en vue des prochaines élections présidentielles : soutenir un candidat qui a beaucoup promis depuis 2007 et qui s'est ainsi forgé l'image du principal défenseur de la cause arménienne sans vraiment traduire ses paroles par des actes ? Ou bien soutenir  un autre candidat favorable à leur demande mais qui n'a pas encore eu l'occasion de mettre en application ses promesses ? Il est fort probable que ce nouveau contretemps ait finalement neutralisé l'argument mémoriel dans la course aux présidentielles.

 

Dans cette course qui ne dissimule même plus ses arrières-pensées électoralistes, quelques individus n'ont pas encore classé le dossier. De nombreux historiens s'inquiètent toujours en effet qu'une telle loi puisse être adoptée au mépris de leur travail, de la liberté d'opinion, de la Constitution française et de la séparation des pouvoirs.

Robert Badinter a écrit sur cette question  un article très intéressant dans lequel il rappelle les principes qui, selon sa lecture des textes législatifs, rendent impossible l'adoption d'une telle loi.

Plus récemment, plusieurs académies se sont également exprimées sur ce sujet. C'est le cas notamment de l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Dijon qui a diffusé un texte à destination des parlementaires locaux et de la presse :

 

"L’Académie de Dijon, fondée en 1725, se joint aux autres Compagnie académiques qui ont toujours pensé qu’il était de leur devoir de maintenir les valeurs qui fondent notre société et la République.

Elle a pris connaissance, avec satisfaction, de la Décision du Conseil constitutionnel qui a déclaré contraire à la Constitution la loi visant à réprimer la contestation de l’existence des génocides reconnus par la loi. Cependant, comme une nouvelle loi portant le même objet final est susceptible d’être débattue, l’Académie estime utile de préciser sa position.

Elle connaît naturellement l’horreur des massacres perpétrés en divers lieux, époques et circonstances, et s’incline devant la mémoire des victimes.

Cependant, elle constate qu’un texte qui tendrait à réprimer une opinion romprait avec l’idée de la Loi, constante depuis deux siècles qui, si elle lui permet d’encadrer les actes des citoyens, s’interdit de dicter, même indirectement, leurs pensées et l’expression de leurs opinions.

Elle rappelle que si, dans une société, la liberté connaît nécessairement des limites, elle ne se divise pas et que, par-dessus tout, la pensée doit rester libre.

Elle souligne que la vérité historique est une notion complexe et relative. À partir de la réalité d’un événement, l’historien en fait la description, en analyse les causes et les conséquences avec les idées de son temps. L’Histoire est une continuelle remise en question.

Elle sait, depuis les anciens Grecs, qu’il n’existe pas de critère de la vérité et s’étonne que des parlementaires aient voulu la définir.

L’Académie de Dijon souhaite vivement que le Parlement reste fidèle à sa mission première et préserve, pour les historiens la liberté de recherche et, pour les citoyens, la liberté de l’esprit".

 

De telles initiatives ont généralement reçu un écho moindre que les déclarations de tel homme politique, de tel parlementaire, voire d'un représentant de la communauté arménienne ou turque. Nous avons cependant considéré qu'il était important de relayer sur ce blog un texte de cette nature qui n'est pas seulement le fruit d'une réaction émotionnelle face à l'actualité, mais plutôt le résultat d'une réflexion approfondie et collective sur le sens de la Loi, de l'Histoire, de la Mémoire et de la Vérité... en espérant qu'elle puisse inspirer le prochain président de la République !

 

 

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 17:23

 

Depuis une semaine, le Nouvel Observateur propose une série d’articles très intéressants sur le rapport de Nicolas Sarkozy à l’histoire. Nous avons souhaité en savoir davantage en contactant la journaliste à l’origine de cette enquête en plusieurs épisodes : Audrey Salor.

 

Cette série est composée de plusieurs thématiques qui ont ponctué le quinquennat de l’actuel président de la République :

    1.   Quand Sarkozy drague Blum, Guy Môquet et "la pucelle" ou comment ratisser large en pratiquant aussi l'ouverture vers les références historiques nationales au-delà de leur rattachement idéologique traditionnel.

    2.  Maison de l'histoire de France : le soupçon de l'identité mythifiée ou comment tenter d'institutionnaliser une lecture politique et partisane de l'histoire nationale.

   3.  Génocide arménien : un enjeu de mémoire opportun pour Sarkozy ou comment installer le soupçon d'une instrumentalisation de l'histoire et de la mémoire au profit d'enjeux électoraux.

 

Audrey Salor nous annonce que deux autres articles paraîtront prochainement : l'un sur la proposition de Nicolas Sarkozy en 2008 de faire  parrainer la mémoire des enfants victimes de la Shoah par des écoliers de CM2 ; l'autre constitué d'une interview d'un historien sur les rapports de Nicolas Sarkozy avec l'histoire (l'interview de Christian Delporte a été finalement publiée le 28 mars 2012). 

Nous regrettons cependant que Nicolas Sarkozy lui-même, ou bien Henri Guaino et Patrick Buisson, ses plus fidèles conseillers dans ce domaine, n'aient pas été sollicités dans le cadre de cette enquête. Il aurait en effet été intéressant de savoir quel regard ces acteurs portent sur leur politique historique et historienne.  Audrey Salor précise néanmoins à juste titre qu'en cette période électorale, il aurait été difficile d'obtenir une lecture critique et sincère de l'action présidentielle.

 

Malgré tout, il est possible de dresser les principales esquisses d'un bilan.

 

J'ai été particulièrement intéressé par cette série car c'est un peu grâce à l'actuel président de la République que l'idée de ce blog a émergé. Quelques mois après son élection, le constat de rapports inédits entre le chef de l'Etat et l'histoire du pays qu'il entendait diriger me conduisait  vers de premières réflexions qui ont été ensuite  rassemblées et élargies à d'autres domaines. La Maison de l'histoire de France, le génocide arménien, Guy Môquet, mais aussi les manuscrits coréens, la mémoire de l'outre-mer et les commémorations des guerres mondiales ont été autant d'épisodes marquants du quinquennat qui s'achève.

 

Parmi tous les historiens qui ont été interrogés (et qui ont bien voulu répondre puisque la journaliste nous a précisé qu'elle a essuyé plusieurs refus), un constat global peut être dressé : Nicolas Sarkozy utilise l'histoire parmi d'autres outils au service de sa communication politique.

Rarement en effet un président aura autant mobilisé l'histoire (ou peut-être devrions-nous plus justement évoquer la mémoire) afin de délivrer un message tantôt rassembleur (dans le cadre de la Maison d'histoire de France par exemple), tantôt communautariste (avec la nouvelle proposition de loi sur le génocide arménien notamment).

 

Quoi qu'il en soit, Nicolas Sarkozy n'aura pas laissé les historiens indifférents. Ils l'ont parfois soutenu et accompagné lors de cérémonies commémoratives qui ont été l'occasion d'annonces importantes (création d'une commission de réhabilitation des fusillés pour l'exemple de la Première Guerre mondiale, apparition d'une fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie, crédits pour la numérisation des archives de l'outre-mer...) mais ils l'ont aussi critiqué et malmené avec vigueur lorsque l'enseignement de l'histoire-géographie a été supprimé en terminale scientifique, qu'une nouvelle loi mémorielle a été introduite dans la législation française, que l'homme africain a été sorti de l'histoire le temps d'un discours à Dakar, que les archives nationales ont commencé à être déménagées en dehors de Paris...

 

Bref, chacun pourra dresser son propre bilan des rapports de Nicolas Sarkozy avec l'histoire, mais seule l'histoire pourra juger Nicolas Sarkozy pour son apport.

 

 

Bibliographie complémentaire :

   - De Cock Laurence, Fanny Madeline, Nicolas Offenstadt et Sophie Wahnich (dir.), Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France ?, Agone 2008 (un ouvrage indispensable qui mériterait désormais d'être actualisé).

Président et la culture dans le monde

   - Raphaëlle Bacqué, Un président de la République doit-il être cultivé ?, in Le Monde, 25 mars 2012.

 

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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 07:47

 

Certaines idéologies et courants de pensée devraient rester confinés dans les livres d'histoire.

L'affaire Dreyfus, le 6 février 1934 et la déportation de milliers de juifs durant la Seconde Guerre mondiale font partie de ces évènements de notre histoire nationale contemporaine que l'on relate parfois un peu trop rapidement en se félicitant que notre République soit désormais protégée de tels excès.

 

Hélas, force est de constater que l'histoire rattrape parfois le présent.

Depuis plusieurs mois, Laurent Wirth, doyen de l’Inspection générale d’histoire et de géographie est l’objet d’attaques antisémites répétées sous forme de courriels, de coups de téléphone et de lettres anonymes.

Ces attaques ont été relayées sur un site depuis fermé mais dont le nom suffit à résumer la violence du contenu : « lavalise-ou-le-cercueil.over-blog.com ».

 

Que reproche-t-on à Laurent Wirth ?

Rien de moins que d'avoir bradé l'histoire de France dans les programmes de collège et de lycée, d'être un ennemi de l'intérieur travaillant sournoisement à l'extermination du sentiment national.

Plus précisément, on lui reproche de faire disparaître des programmes scolaires les "grands personnages" de l'histoire de France tels que Louis XIV et Napoléon au profit d'un regard sur l'histoire de l'Afrique et de l'Asie en classes de cinquième et de quatrième.

 

Non seulement cette accusation est complètement fausse mais j'avais déjà signalé à la rentrée 2011 que de tels propos étaient de nature à nourrir les pires dérives.

 A la suite d'un article dans Le Plus du Nouvel Observateur où je donnais mon opinion mesurée sur les nouveaux programmes, j'avais été sollicité par la radio Europe 1 pour débattre avec Pierre Baron, directeur de la rédaction du magazine Historia ( l'émission peut encore être écoutée ici). A la fin de notre entretien, j'avais été accusé par mon interlocuteur de confondre l'histoire et la politique en signalant que l'enseignement de quelques aspects de la riche histoire africaine était en mesure de contribuer à lutter contre le racisme. Les évènements récents ne font pourtant que confirmer ce qui n'était alors qu'une hypothèse.

 

Depuis, la polémique s'est éteinte dans les médias mais elle s'est poursuivie sur les réseaux sociaux et sur la toile en général. Les accusation essentiellement portées par Dimitri Casali à l'occasion de l'édition de son Altermanuel de l’histoire de France ont reçu un écho on ne peut plus favorable sur  le site de Bruno Gollnisch mais aussi sur le site " Fdesouche.com". 

Dimitri Casali entretient d'ailleurs lui-même  une page Facebook sur laquelle on peut lire des commentaires particulièrement scandaleux : "Ras le bol des traitres qui vendent le pays aux lobbys étrangers... Faut tous les virer aux prochaines élections !!!", "Je veux voir tomber des têtes, et les traîtres pendus !" ou encore "La France était devenue ce grand pays, phare parmi les autres royaumes, par ses Rois et sa foi chrétienne. Par la république (maçonnique) et laïque, elle n'est devenue que l'ombre d'elle même et perdra complètement sa souveraineté par la trahison permanente de nos politiciens pour ce futur gouvernement mondial". 

 

A ce stade de la polémique, et parce que la sécurité, l'intégrité et l'honneur d'un homme est en jeu, je pense qu'il est temps que la République réagisse. Nous ne pouvons pas laisser de telles dérives continuer à se propager en faisant mine de ne pas savoir, de ne pas en connaître les risques.

A défaut des réseaux sociaux, c'était dans une certaine presse et sur les tracts que l'antisémitisme s'était propagé en France à partir des années 1930 :

 

"Pour la première fois, la France subit la honte d’être gouvernée par un ministère dont le chef est un juif –et quel juif ! Plein de haine pour tout ce qui est français et national, Léon Blum considère la race juive comme une race élue et supérieure, et il n’agit et n’agira que pour assurer le triomphe de la race maudite depuis le calvaire du Christ. HUMILIATION SANS PRECEDENT pour la France. Mais les Français auront leur revanche, et déjà l’antisémitisme, qui était en sommeil depuis quelques années, tend à se réveiller en France comme en Allemagne".

 D’après L’action française, juin 1936.

 

 

Affiche-antisemite.jpg

Affiche antisémite, avril 1937

 

Nous devons nous en souvenir et nous devons réagir. 

 

 

A lire sur Internet :

   - le communiqué de l'Association des Professeurs d'Histoire et de Géographie (APHG) qui a été la première à dénoncer ces accusations.

   - la réaction  du collectif  aggiornamento

En espérant que cette liste s'allonge prochainement...


Bibliographie :

Serge BERSTEIN, La France des années 30, Paris, Armand Colin, 1988 (2e éd.).

Gérard NOIRIEL, Immigration, racisme et antisémitisme en France : discours publics, humiliations privées, Paris, Fayard, 2007.

Michel WINOCK, Nationalisme, antisémitisme et fascisme en France, Paris, Le Seuil, 1982 (rééd. 2004).

 

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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 12:03

 

 Le cinquantenaire de la signature des Accords d'Evian conduisant à la fin de la Guerre d'Algérie a été célébré dans une très grande discrétion en France. Aucun communiqué de presse de la part de l'Elysée. Aucun communiqué de presse non plus de la part du ministère de la Défense et des Anciens Combattants à l'exception d'une réaction tardive du secrétaire d'Etat Marc Laffineur condamnant la profanation deux jours plus tôt à Grigny dans l’Essonne d'une stèle commémorative du 19 mars 1962

 

Malgré ce désintérêt flagrant (et réfléchi) des politiques, certains journalistes et historiens ont essayé de briser l'omerta pour que cette commémoration ne soit pas totalement enterrée. Plusieurs articles de qualité ont été proposés. J'aimerais plus particulièrement faire partager aux lecteurs de ce blog celui de Benjamin Stora dans Le Monde qui se rapproche le plus des thématiques que nous développons ensemble sur cet espace d'échanges et de réflexion :  Algérie-France, mémoires sous tension.

 

Dans ce très bel article, l'historien nous rappelle les principales étapes de la construction mémorielle de la guerre d'Algérie dont j'ai sélectionné quelques dates importantes ci-dessous :

   - années 1990 : ouverture progressive des archives françaises autour du conflit. 

   - 1999 : vote à l'Assemblée nationale de la reconnaissance officielle de la guerre en Algérie.

   - 2003 : année de l'Algérie en France, qui permet un rapprochement symbolique entre les deux pays.

   - 2004 : édition de l'ouvrage collectif dirigé par Benjamin Stora et Mohammed Harbi : La guerre d'Algérie, fin de l'amnésie.

 

Guerre-d-Algerie-la-fin-de-l-amnesie.jpg

 

   - 23 février 2005 : loi adoptée à l'Assemblée nationale qui évoque les "bienfaits d'une colonisation positive" (article 4)

   - janvier 2006 : le président de la République Jacques Chirac décide d'abroger l'article 4 de la loi mentionnée ci-dessus.

   - 8 février 2007 : le maire de Paris, Bertrand Delanoë, inaugure une place à la mémoire des "martyrs de Charonne".

   - décembre 2007 : discours de Nicolas Sarkozy à Constantine qualifiant le système colonial d'"entreprise d'asservissement et d'exploitation" (en contradiction totale avec ses précédents discours sur le refus de la repentance). 

 

L'analyse de Benjamin Stora permet de comprendre les enjeux géopolitiques, électoraux et économiques qui ont parfois primé sur les enjeux culturels, scientifiques et mémoriels, comme en 2007 où le secrétaire d'Etat à la Défense et aux Anciens Combattants est venu inaugurer un "mur des victimes du FLN" à Perpignan au moment où la France négociait d'importants contrats d'approvisionnement en pétrole et gaz avec l'Algérie.

 

Cet article permet également de mieux comprendre la frilosité des hommes politiques (quels qu'ils soient) à commémorer les Accords d'Evian. Les mémoires de la Guerre d'Algérie sont en effet encore très cloisonnées entre les anciens Européens d'Algérie et les immigrés algériens qui ont choisis d'autres dates plus significatives pour leurs communautés mémorielles respectives.

 

En cette période électorale où chaque candidat veille à préserver la susceptibilité de tous les électeurs, aucun n'a osé siffler la fin du match pour tenter de rassembler.

Il est fort probable qu'une fois l'élection terminée, le nouveau président de la République, investi de l'autorité du suffrage universel, accepte plus facilement de remplir cette mission. C'est pourquoi nous resterons attentif sur ce sujet jusqu'à la fin de l'année 2012.

 

 

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