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  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 15:48

 

Mercredi 15 février 2012, en seulement quelques heures, les propos du député Christian Vanneste sur la déportation homosexuelle se sont transformés en une véritable polémique politique, historique et médiatique. Retour sur les faits, leurs conséquences et les perspectives qui devraient émerger d'un tel débat. 

 

 

Les propos de Vanneste, Klarsfeld et les autres

 

Christian Vanneste pour le au site LibertePolitique.com

La polémique a commencé autour des propos prononcés sur la vidéo ci-dessus et transcris ci-dessous :
"Il y a la fameuse légende de la déportation des homosexuels. Il faut être clair là-dessus. Manifestement, Himmler avait un compte personnel à régler avec les homosexuels. En Allemagne, il y a eu une répression des homosexuels et la déportation qui a conduit à peu près à 30 000 déportés. Il n'y en pas eu ailleurs. Et notamment en dehors des trois départements annexés, il n'y a pas eu de déportation homosexuelle en France".

Quelques heures plus tard, l'historien Serge Klarsfeld était interrogé par plusieurs médias. Voici la réponse qu'il apporte à  Nouvelles de France :

"De France, il n’y a pas eu de déportation d’homosexuels. Un déporté homosexuel a bien témoigné, mais il est parti d’Alsace, territoire qui se trouvait régit par les lois allemandes (...).Il n’a jamais été question de déporter des homosexuels français. Je n’ai jamais entendu dire que l’on arrêtait des gens parce qu’ils étaient homosexuels. Les personnes homosexuelles qui ont pu être arrêtées en France ne l’ont pas été en raison de leur homosexualité. Il y a certainement eu des homosexuels déportés mais pour d’autres raisons. Cela pouvait être pour non-respect du couvre-feu ou pour fait de résistance ou tout simplement des condamnés de droit commun (...).

On ne peut absolument pas comparer ce type de déportation avec la déportation des Juifs. La question qui est intéressante, c’est de savoir comment et pourquoi en Allemagne, alors que des nazis étaient homosexuels, on arrêtait des homosexuels (...).

Ceux qui soutiennent qu’il y a eu une déportation diront qu’il y en a eu 2 ou 3 mais en Alsace ! Or, l’Alsace était considérée comme allemande à l’époque !".


Depuis, d'autres soutiens ont été exprimés comme celui d'Eric Zemmour, Robert Ménard ou encore Yvan Rioufol. En somme, tous les éditorialistes ont peu ou prou réagit à cette polémique. 


Retour sur mon positionnement autour de cette polémique
A partir de mercredi matin 9h et ceci jusqu'à 22h, mon téléphone portable s'est transformé en véritable standard téléphonique avant que les dizaines de journalistes ayant essayé de me contacter ne parviennent à saturer et bloquer ma messagerie. Entre deux interviews, j'ai malgré tout essayé d'aller assurer mes cours devant des élèves dont quelques uns, par je ne sais quelle ramification obscure,  avaient également été contactés par des journalistes qui souhaitaient obtenir mes coordonnées. Bref, le contexte immédiat n'a guère été favorable à l'analyse réflexive et c'est pourquoi j'ai souhaité revenir plus longuement et calmement sur cette affaire dans le cadre de ce blog.

Ma position a été claire et constante tout au long de la journée : les propos de monsieur Vanneste sont une énième provocation que je condamne fermement.
Hélas, les impératifs des montages d'interviews radios et télévisuelles ou les obligations de synthétiser les propos dans un article n'ont pas toujours permis de rendre suffisamment lisible une argumentation qui nécessite nuance, prudence et précision. D'où cette mise au point dont les principales idées ont été développées dans cet ouvrage publié l'année dernière : 
Couverture
Mickaël BERTRAND (dir.), La déportation pour motif d'homosexualité, débats d'histoire et enjeux de mémoire, Lyon, Mémoire Active, janvier 2011 (en vente sur la librairie en ligne du Bal des Ardents)


Que savons-nous sur la déportation pour motif d'homosexualité ?

J'ai lu et entendu de nombreuses approximations depuis mercredi dernier et je souhaiterais donc commencer par rappeler quelques chiffres   :
   - Durant le IIIème Reich (et donc pas seulement pendant la Seconde Guerre mondiale), plusieurs dizaines de milliers d'homosexuels sont inquiétés par les forces de l'ordre nazies. Le Mémorial de l'Holocauste de Washington propose l'estimation de 100 000. 
   - Ces différentes interpellations ont conduit à environ 60 000 condamnations au titre du paragraphe 175 du code pénal allemand réprimant l'homosexualité. Les peines pouvaient s'exercer sous forme d'emprisonnement dans un lieu pénitentiaire "traditionnel" ou sous forme d'internement dans un hôpital psychiatrique avec pour obligation de subir des expériences médicales qui consistaient parfois en une castration pure et simple.Cela ne signifie pas cependant que 60 000 homosexuels ont été condamnés. Certains ont en effet faire l'objet de plusieurs condamnations durant la période 1933-1945.
   - Dans certains cas, des homosexuels ont été condamnés à des peines plus lourdes qui les ont conduit dans des camps de concentration. On estime aujourd'hui entre 5000 et 15 000 le nombre de ces victimes de la barbarie nazie qui ont été contraintes à porter le triangle rose. Encore une fois, aucune règle ne peut cependant être établie. Certains homosexuels ont été condamnés directement à rejoindre un camp de concentration tandis que d'autres, pour des actes similaires, étaient envoyés en prison ou en hôpital psychiatrique.
tablo triangles
Tableau des triangles en usage dans le camp de Dachau

Ces données préalables permettent d'ores et déjà de constater que les propos de monsieur Vanneste sont plutôt aléatoires puisqu'il avance le chiffre de "30 000 déportés" dans le cadre de la répression des homosexuels en Allemagne.


Quelle est la situation en France ?
L'enjeu de cette polémique repose cependant essentiellement sur la question de la déportation d'homosexuels français. Dans l'ouvrage que j'ai dirigé et édité en janvier 2011, nous avons proposé avec Arnaud Boulligny, Marc Boninchi et Florence Tamagne les données suivantes :
   - 22 déportés français à partir des territoires annexés au Reich,
   - 32 déportés français à partir des territoires du Reich,
   - 7 déportés français à partir des territoires occupés,
   - 1 déporté français dont nous ne connaissons pas le lieu d'arrestation.
Au total, nous pouvons donc considérer que 62 Français ont été déportés pour motif d'homosexualité.

Ces chiffres ne peuvent cependant être compris que s'ils sont accompagnés des explications et précautions suivantes :
   - Dans certains cas, le motif d'homosexualité est évoqué dans les dossiers sans qu'il soit toujours possible de savoir si c'est pour cette unique raison ou pour d'autres activités de résistance, politiques... que l'individu a été envoyé en camp de concentration. On a en effet trop souvent théorisé et catégorisé un processus concentrationnaire fort complexe dans lequel le motif d'arrestation est parfois perdu, échangé ou modifié sans raison lors de transferts. Les déportés pour motif d'homosexualité n'ont donc pas tous porté le triangle rose.
   - Contrairement aux propos tenus par monsieur Vanneste, il est complètement faux de considérer que seuls les homosexuels alsaciens et mosellans ont été déportés car ils habitaient sur un territoire annexé. Différents témoignages tendent en effet à montrer que les nazis ont adopté une stratégie bien plus vicieuse et, encore une fois, aléatoire. Considérant que l'homosexualité est une perversion qui affaiblie le corps social, ils ont parfois évacué les homosexuels de cette région vers la France dite "libre" avec le secret espoir d'attenter à la puissance morale et démographique de ce pays qu'ils entendaient ainsi contrôler plus facilement à la fin de la guerre.
   - Il n'est pas non plus anodin de constater que le chiffre le plus élevé est désormais constitué par les Français résidant en Allemagne durant leur arrestation. Cette réalité a été révélée par l'intuition d'Arnaud Boulligny qui rappelle que de nombreux citoyens français ont été envoyés au sein du Reich dans le cadre du Service du travail Obligatoire (STO) ou bien ont rejoint volontairement ce territoire.
   - Enfin, il est nécessaire de préciser que ces chiffres sont le reflet d'une recherche actée en janvier 2011. Lors de leur parution, j'avais indiqué en introduction qu'ils étaient amenés à augmenter. Depuis, de nouveaux dossiers ont été ouverts, de nouvelles archives ont été découvertes et nous pouvons d'ores et déjà affirmer que les données précédemment publiées seront largement revues à la hausse dans les mois à venir.


Christian Vanneste avait-il raison ?
Monsieur Vanneste est un homme intelligent et prudent. Il a été condamné en 2006 par le tribunal correctionnel de Lille puis par la cour d'appel de Douai en 2007 pour « injures en raison de l'orientation sexuelle ». Bien que la cour de Cassassion ait considéré en 2008 que ses propos ne dépassaient finalement pas les limites de la liberté d'expression, la 17e chambre correctionnelle du Tribunal de Grande Instance de Paris a considéré le 10 février 2012 (le jour même où la vidéo de son interview a été mise en ligne) que l'accusation d'homophobie proférée à son encontre bénéficie d'une « base factuelle suffisante ».
Il faut également souligner que monsieur Vanneste a déposé le 6 juillet 2006 une proposition visant à supprimer dans la loi sur la liberté de la presse la condamnation pour diffamation envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur orientation sexuelle.

C'est donc aussi, me semble-t-il, dans ce contexte qu'il faut interpréter les propos du député et faire une mise au point sémantique.
Dans son interview, Christian Vanneste affirme : "En dehors des trois départements annexés, il n'y a pas eu de déportation homosexuelle en France".
Qu'entend-il par "déportation homosexuelle en France" ? Si cet ancien professeur de philosophie et homme politique rompu aux stratégies de communication médiatiques emploie cette expression plutôt qu'une autre, on peut supposer qu'il a largement pesé le poids de ses mots et leur sens supposé. Il a donc vraisemblablement conscience que parler de déportation des homosexuels, de déportation homosexuelle ou de déportation pour motif d'homosexualité n'a pas le même sens.
Dans l'introduction de l'ouvrage cité ci-dessus, je consacre un long paragraphe à cette question sémantique en soulignant justement qu'elle a suscité depuis des années de nombreuses approximations intolérables. Lorsqu'on parle de "déportation pour motif d'homosexualité en France", on évoque exclusivement les homosexuels ayant été déportés pour ce motif tandis que lorsqu'on parle de "déportation des homosexuels", on inclue nécessairement les milliers d'homosexuels déportés pour faits de résistance, parce qu'ils étaient aussi juifs, etc.
Entre les deux, il existe cette expression ambiguë de "déportation homosexuelle" qu'emploie justement Christian Vanneste. Peut-on vraiment considérer qu'il s'agisse d'un hasard dans la bouche d'un homme qui a consacré tant de temps et d'énergie à lutter contre les droits et les revendications des homosexuels ? Je ne le crois pas.


Et si cette polémique pouvait devenir utile ?
L'inflation médiatique est retombée aussi vite qu'elle s'est enflammée.
Le soir même, Nicolas Sarkozy condamnait les propos du député sans trop s'attarder. Pas question que le lancement de sa campagne soit entaché d'une telle polémique. Dans la continuité, on peut supposer que l'UMP va prochainement acter son exclusion du parti majoritaire. De plus, j'ai déjà été contacté par des avocats qui travaillent dans l'optique d'un dépôt de plainte contre ses propos afin que l'affaire se poursuive en justice.
A titre personnel, je regrette que l'histoire de la déportation pour motif d'homosexualité soit entachée d'une telle dérive mais je dois reconnaître qu'elle a permis de porter à la connaissance publique un évènement de l'histoire nationale et européenne encore mal et peu connu. Nombreux sont les journalistes qui m'ont recontacté en cette fin de semaine afin de prendre le temps de comprendre et non plus seulement de réagir à l'actualité. C'est aussi à eux que s'adresse cet article.
Mon souhait le plus cher serait que cette polémique ne soit pas vaine et qu'elle permette désormais de relancer des recherches qui s'avèrent encore longues et difficiles. Les archives sont nombreuses et éparpillées. Leur traitement nécessite du temps et des moyens rarement disponibles pour ce type de sujets dans le cadre de l'université française. Peut-être pourrions-nous retenir de cette polémique qu'il devient urgent de se donner les moyens matériels de travailler sur cette facette de notre histoire ?
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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Billets d'humeur
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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 14:04

 

La ville de Sedan vient de décider d'autoriser la destruction d'un monument aux morts allemands construit pendant la Première Guerre mondiale dans le cimetière Saint-Charles. La mobilisation grandit à l'échelle locale et nationale pour protéger ce monument mémoriel. 

 

Un monument au statut juridique et mémoriel original

 

carte postale monument aux morts sedan


Le monument en question a été construit par les occupants en 1914. Une inscription en allemand indique : "Nous avons combattu pour le Kaiser et pour la Patrie, et Dieu nous a pris le soleil terrestre. Maintenant que nous sommes libérés des choses terrestres, sa lumière éternelle rayonne sur nous. Sacré soit ce lieu arrosé de sang, trois fois béni soit-il par le sacrifice du remerciement". 

Plusieurs monuments de ce type existent dans le Nord-Est de la France. Ils sont les témoins symboliques d'une présence allemande non négligeable dans l'identité et le paysage mémoriel de la région.

Il n'est d'ailleurs pas anodin de constater qu'ils n'ont pas été détruits pendant et après la Première Guerre mondiale. Au contraire, leur place a été revalorisée durant la Seconde Guerre mondiale.

 

monument-aux-morts-sedan-2.jpg

 

 

Une ruine menacée depuis 1971

La singularité mémorielle de ces édifices a pour conséquence un statut juridique particulièrement précaire. En effet, qui est censé assurer leur entretien ? La France car ils sont construits sur son territoire national ? Ou bien l'Allemagne qui est le commanditaire et le garant de la mémoire de ses soldats morts au combat ? 

A défaut d'une réponse claire, le monument du cimetière Saint-Charles à Sedan s'est progressivement délabré, jusqu'à devenir une véritable ruine qui menace les autres sépultures.

 

monument-aux-morts-allemands.jpg

 

Les premières démarches visant à détruire le monument remontent à 1971. L'opération avait été arrêtée in extremis par le préfet refusant que l'armée soit chargée de cette tâche.

Vingt ans plus tard, en 1991, le maire de Sedan décide à nouveau d'une destruction. Encore une fois, le projet est abandonné pour les mêmes raisons : l'armée, qui détient les moyens d'intervention, ne reçoit pas l'autorisation de passer à l'acte. Officiellement, il s'agit d'un blocage administratif. Officieusement, on comprend bien qu'il était particulièrement maladroit de demander aux forces armées françaises de pratiquer la destruction d'un monument en mémoire des forces armées allemandes tombées sur le champ de bataille.

Ce n'est qu'en 2011 que le sujet est remis sur la table des négociations avec encore une fois pour décision finale... la destruction ! Quelques rumeurs prétendent même que le monument allemand serait remplacé par un ossuaire des Morts pour la France de Sedan...

 

Un contexte peu favorable à l'effacement de la mémoire

Nous sommes cependant en 2011 et le contexte n'est pas vraiment favorable à cette solution de facilité.

D'un point de vue purement comptable, il est évident que la destruction serait plus raisonnable.

D'un point de vue politique, social et culturel, l'opération n'est pas très heureuse.

La société d'histoire et d'archéologie du Sedanais (SHAS) est donc partie en lutte contre cette entreprise de destruction programmée. Parmi ses arguments figurent notamment des considérations patrimoniales (il s'agit d'un des premiers bâtiments publics à avoir été construit en béton armé) et des motifs mémoriels ("Il me semble donc tout à fait innoportun et contraire à l'intérêt général d'envisager la destruction de ce monument funéraire, en particulier en ces temps où le devoir de mémoire est si souvent remis en cause et où sa promotion est un combat de chaque instant afin de contrecarrer le retour des nationalistes et autres extrémistes").

 

Societe-d-histoire-et-d-archeologie-du-Sedanais.jpg

Lettre de Sébastien HAGUETTE, Président de la SHAS, au Maire de Sedan.

 

Si j'adhère au premier argument de Sébastien Haguette, je reste plutôt perplexe quant à la suite de son argumentaire. Quelle est cette remise en cause de la mémoire qui nécessite un combat de chaque instant ? L'actualité que nous traitons quotidiennement sur ce blog nous montre plutôt que les manifestations mémorielles sont particulièrement nombreuses et dynamiques depuis quelques décennies.

 

Quoiqu'il en soit, je soutiens le combat de cette association contre ce projet de destruction dommageable pour l'histoire (c'est la destruction d'une archive qui est programmée), pour le patrimoine et pour la mémoire locale, nationale et européenne.


A seulement quelques mois du lancement des  commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale annoncées comme particulièrement fastueuses et ambitieuses, il serait plutôt surprenant (et malvenu) de constater qu'un monument essentiel pour la compréhension de cette période de l'histoire a été planifié sans que personne ne s'en inquiète. Certains ne manqueront alors pas de comparer les frais occasionnés par de telles festivités en petis-fours et autres moquettes synthétiques visant à protéger les talons (et talonnettes) des officiels en visite avec les subventions refusées pour la protection du patrimoine. Et ils auront raison ! 

 

PS : Vous pouvez soutenir le mouvement de contestation de cette destruction en écrivant à la mairie de Sedan et/ou en diffusant cet article.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Lieux de mémoire
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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 14:50

 

Vendredi 3 février 2012, Kaing Guek Eav, alias "Douch", ancien directeur de la prison de Tuol Sleng (plus connue sous le nom de S21 sous le régime des Khmers rouges) a été condamné en appel à la perpétuité.

 

Douch-condamne.jpg

Douch a été condamné à la prison à perpétuité

 

Nous nous interrogions dans un précédent article sur  le sens et l'utilité de ces tribunaux internationaux dans l'écriture de l'histoire et l'apaisement des mémoires. Les reportages sur le jugement et les témoignages de nombreuses victimes rescapées nous permettent désormais d'apporter quelques éléments de réponse.

 

Une couverture médiatique  gigantesque

Le procès, et son jugement final, ont fait l'objet d'une couverture médiatique nationale et internationale sans précédent.

Dim Sovannarom, le chef de la section des affaires publiques, a orchestré une véritable campagne de communication composée de spots radios et télévisés, d'encarts dans les journaux locaux, d'émissions spéciales, de retransmission en direct sur la principale chaîne de télévision nationale...

Selon son témoignage recueilli par  Anne-Laure Porée, il s'agit d'une volonté de pédagogie : "Notre rôle c’est d’expliquer ce qu’est un procès équitable, pourquoi la participation du public est importante, pourquoi témoigner est important. Le public cambodgien n’a jamais vu ça et se pose beaucoup de questions : pourquoi l’accusé parle comme il le fait, pourquoi il a tant d’avocats, pourquoi la justice est-elle si longue… Nous expliquons que les crimes ont eu lieu au Cambodge et que le tribunal travaille au Cambodge pour qu’ils comprennent leur histoire".

Nous ne pouvons cependant pas totalement éclipser la volonté gouvernementale de justifier un procès longtemps contesté et qui a mis plusieurs années avant d'imposer sa légitimité.

La pédagogie a d'ailleurs été poussée à son extrême : 111 000 Cambogiens auraient participé au procès... mais personne ne précise s'ils l'ont fait de leur plein gré ou s'ils y ont été fortement encouragés. Visiblement, ce sont des ONG (Organisations non gouvernementales) puis la Cour de justice elle-même qui ont organisé l'acheminement du public vers les salles du procès afin de justifier son organisation.

 

Public-au-proces-de-Douch.jpg

Public assistant au procès de Douch

 

Une présence politique symbolique mais problématique

Lors du jugement, les principaux représentants politiques du pays étaient attendus : des députés, des sénateurs, le Secrétaire d’Etat à l’information et surtout Sok An, vice Premier ministre.

Cette présence a une valeur symbolique : elle illustre l'importance de l'évènement et entend contribuer à une forme de catharsis du pouvoir qui a longtemps protégé les anciens tortionnaires. Par l'intermédiaire de ce procès, il s'agit de montrer à la population et au monde que le Cambodge a tourné certaines pages de la corruption et qu'il se dirige vers de nouvelles valeurs plus démocratiques. 

Mais le batage médiatique et la présence politique entend également porter ce jugement à une forme d'apothéose. Le tribunal international a en effet coûté très cher au pays et aux contributeurs/donateurs internationaux. Nombreux sont donc ceux qui voudraient faire du jugement un symbole final permettant de clôturer définitivement l'épisode Khmer rouge. C'est sans compter sur la population civile qui s'est visiblement passionné pour ce procès et qui appelle désormais de ses voeux le jugement des véritables responsables politiques encore vivants, et non plus seulement un simple gardien de prison.

Crée au départ pour contribuer à la réconciliation nationale, ce tribunal risquerait fort dans les prochains mois de susciter de nouvelles divisions autour de frustrations.

 

Un procès qui réécrit l'histoire

Avant même la fin de la procédure, le jugement de Douch a déjà eu des conséquences importantes sur l'écriture de l'histoire et la gestion de la mémoire des Khmers rouges au sein de la société cambodgienne : la parole s'est libérée, le sujet a dépassé le tabou et les programmes d'histoire ont été revisités afin d'intégrer cet épisode sombre de l'histoire nationale. 

Ce procès n'en demeure pas moins qu'une étape dans la réconciliation nationale. Chum Mey, rescapé de S21 et président de l’association de victimes Ksaeum Ksan, est lucide sur ce point : "Mon but maintenant c’est de travailler à la réconciliation entre les bourreaux et les victimes". Il propose notamment d'élever une stèle sur laquelle le nom des milliers de victimes serait gravé afin de transmettre leurs mémoires à l'histoire et aux générations futures.

 

Chum Mey n'évoque cependant pas impunément cette question de la mémoire des victimes. Si le jugement a été sans concession pour le bourreau, il n'a réservé qu'une place minime aux victimes qui ne reçoivent aucune réparation matérielle, symbolique ou morale. En somme, les parties civiles verront leur nom inscrit dans le jugement et une compilation des excuses et des déclarations de Duch reconnaissant sa culpabilité sera diffusée. Pas de journée nationale du souvenir, pas de bâtiments et de rues aux noms des victimes... La justice a jeté ce dossier brûlant entre les mains du gouvernement qui attend davantage de ce procès un moyen de tourner la page de l'histoire plutôt que d'entretenir la mémoire.

Mémoire judiciaire puis mémoire de pierre : la transmission ne connaîtrait-elle que ces vecteurs traditionnels ? Ou s'agit-il encore d'un effet de la globalisation appliquée aux domaines de l'esprit ?

Quoiqu'il en soit, si le procès de Douch peut être considéré comme terminé, ce n'est pas le cas de celui de la période Khmer. D'autres étapes sont attendues dans la construction mémorielle de cet évènement tragique.

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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 13:52

Mémorice Président

 

Et de deux !

 

A la suite de notre précédent article sur la prise de position de  François Bayrou pour le rétablissement de l'enseignement de l'histoire en Terminale scientifique, nous avons reçu de nombreuses réactions : "Que disent les autres ?", "Doit-on voter pour François Bayrou ?", "Avez-vous reçu une proposition pour devenir le prochain ministre de l'Education nationale de François Bayrou ?"...

 

Je tiens à rassurer les fidèles lecteurs de cette chronique, je n'ai pas l'intention pour l'instant de retirer ma candidature à l'élection présidentielle française.

Si plusieurs concurrents commencent à redouter la force de notre mouvement, ils se contentent pour l'instant de piller quelques points de notre programme sans pour autant s'emparer de l'ensemble de nos propositions.

 

A l'extrême gauche, Jean-Luc Mélenchon s'est également exprimé sur l'histoire à l'occasion de  ses voeux à la communauté éducative le 30 janvier 2012 :

 

 

 

Autour de la 56ème minute, Jean-Luc Mélenchon expose ses positions sur l'enseignement de l'histoire :

"S'il faut proposer quelques idées, en voici. (...) Dans les cours, révision générale des programmes pour en expulser le sexisme, rétablissement de tout ce qui concourt à la formation d'une conscience éclairée. Il est absolument inadmissible qu'on ait retiré l'enseignement de l'histoire de certaines branches. Il y sera rétablit. Et, quand il est enseigné, il sera d'abord revérifié. Il n'est pas supportable que par une espèce d'aberration venant de je ne sais qui, on globalise, sous couleur de totalitarisme, la mise dans un pot commun du nazisme et de ses victimes communistes. C'est un attentat contre l'esprit. Nous ne le tolérerons pas. De la même manière qu'il n'est pas acceptable qu'une quelconque génération de jeunes Français ou en tout cas de jeunes qui passent pas nos écoles, une quelconque génération n'ai pas appris au moins une fois de A jusqu'à Z l'histoire de la glorieuse Révolution de 1789. Et bien sûr, des autres révolutions populaires qui ont été les étapes de la construction de notre pays. Exact, la commune".

 

Jean-Luc Mélenchon s'engage donc sur le rétablissement de l'histoire en terminale S... mais à quel prix ?

Doit-on comprendre dans son discours qu'il envisage de devenir le grand ordonnateur des programmes de l'enseignement publique ? Comment compte-t-il peser sur les orientations des programmes ? Sur les sujets mêmes qui feront l'objet d'une attention particulière ? Ainsi que sur les orientations historiographiques ?

Ne nous voilons pas la face. L'enseignement de l'histoire a toujours été pensé et justifié comme un outil permettant de justifier la République, puis les orientations idéologiques au sein de cette République.Sur le fond, nous souhaitons également que l'enseignement accorde une place plus grande à l'histoire sociale.

Néanmoins, sur la forme, doit-on accepter pour autant qu'un candidat à l'élection présidentielle affirme avec autant d'aplomb qu'il imposera sa marque sur la formation intellectuelle des plus jeunes afin de distiller les idées qui sont les siennes. Est-ce  une conception vraiment démocratique du pouvoir ? Est-ce vraiment la meilleure façon de concourir "à la formation d'une conscience éclairée" ?

 

En d'autres temps et d'autres circonstances, on utilisait un terme précis pour qualifier cette pratique : la propagande.

 

Pour écrire l'histoire ensemble, sans perdre la mémoire

Mémorice de France

 

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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 15:09

Mémorice Président

 

Il fallait que cela arrive... les idées défendues dans notre programme électoral viennent d'être pillées par d'autres candidats à l'élection présidentielle.

 

Samedi 4 février, François Bayrou a dévoilé son programme pour l'éducation dans lequel l'histoire occupe une place de choix.

L'ancien professeur agrégé de lettres classiques et ministre de l'Education nationale de 1993 à 1995 a carrément pris position sur les programmes et l'organisation de l'enseignement en histoire.

Selon un article du quotidien Le Monde, il propose non seulement que l'histoire redevienne un enseignement obligatoire en terminale scientifique, mais aussi que la chronologie redevienne la logique organisatrice des programmes.

 

François Bayrou est donc pour le moment le seul candidat a avoir officiellement répondu aux revendications du  manifeste de  l'Association des professeurs d'Histoire-géographie (APHG).

 

Le problème, c'est qu'il n'a pour l'instant pas estimé nécessaire de faire apparaître cet engagement dans son programme officiel.

 


François Bayrou est donc bien rentré dans le débat de l'histoire... mais pas encore vraiment dans l'histoire !

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et politique
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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 12:49

 

Le 1er janvier 1942, au milieu de la Seconde Guerre mondiale, 26 Etats s'engageaient à combattre ensemble les forces de l'Axe. Cet évènement est trop souvent oublié au profit de la conférence de San Francisco en 1945 qui symbolise plus généralement l'acte de naissance de l'Organisation des Nations Unies actuelles. 

 

L'ONU se propose néanmoins de commémorer modestement cette date par l'organisation d'une table ronde le jeudi 16 février 2012. Parmi les interventions, nous retiendrons plus particulièrement celle de Georges ABI-SAAB sur le défi que représente l'évolution de l'institution formée au départ des bélligérants, puis des vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, pour aboutir finalement à une ambition d'universalité (voir le programme ci-dessous)

 

Cet aspect est particulièrement intéressant car il permet de s'interroger sur le rôle de l'ONU dans la construction mémorielle de la Seconde Guerre mondiale. Ne peut-on pas en effet considérer que l'institution internationale a influencé certaines lectures du passé au profit du camp dans lequel elle a émergé, puis dans le cadre des missions de pacification et de développement qui sont les siennes ?

Les interventions des différents intervenants permettront peut-être de fournir quelques réponses.

 

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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 13:14

Mémorice Président

 

J'ai reçu hier soir le coup de fil d'un ami en pleurs. D'un naturel plutôt confiant, qu'on qualifie d'ailleurs volontiers d'arrogant, ce dernier était meurtri par une bien triste affaire.

 

Alors qu'il dissertait librement ce week-end avec des amis de sa famille, il s'est laissé allé à la confidence.

Par malchance, une cousine à la jambe légère était venue accompagnée d'une récente conquête masculine dont on avait pas pris la peine de vérifier l'identité et les attributs à l'entrée de la maison de campagne familiale.

Bien mal leur en a pris. Connaissant les moeurs de la cousine Marine, ils auraient du se douter que l'invité avait la langue généreuse et peu encline à rester sagement dans sa bouche.

 

L'intéressé a donc parlé et répété le secret de famille de mon pauvre ami : "Toutes les civilisations ne se valent pas".

Pas de quoi fouetter le chat de la cousine me direz-vous ! Oui mais... il s'avère que mon ami a quelques responsabilités dans la gestion des cultes de la principauté d'un autre de nos amis.

 

Nous avons dès lors appelé notre ami Brice de Nice qui, remettant sa mèche rebelle face aux tornades qui ont l'habitude de l'entourer, nous a conseillé d'utiliser le traditionnel "coup du contexte". Après tout, le vieux tonton Jacques ne l'a-t-il pas toujours répété : "Plus c'est gros, mieux ça passe !" (en y repensant bien, je me souviens soudainement que tonton Jacques aimait beaucoup la cousine Marine).

Le problème, c'est que la conquête de la cousine est un geek qui ne se déplace jamais sans son IPhone et qu'il avait alors activé la fonction dictaphone (car c'est désormais scientifiquement prouvé, les geek sont tous de gauche, à l'exception de la tante Nadine à qui on ne parvient plus à retirer son Iphone de la main depuis noël). Le petit couplet de mon ami a donc bien pu être replacé dans son contexte :

"Il y a des comportements, qui n'ont pas leur place dans notre pays, non pas parce qu'ils sont étrangers, mais parce que nous ne les jugeons pas conformes à notre vision du monde, à celle, en particulier de la dignité de la femme et de l'homme, a-t-il déclaré. Contrairement à ce que dit l'idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas. Celles qui défendent l'humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient. Celles qui défendent la liberté, l'égalité et la fraternité nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique. En tout état de cause, nous devons protéger notre civilisation."

 

Bref, mon ami était triste de voir son secret de famille ainsi révélé à la face du monde.

Il ne lui restait donc plus qu'à convoquer les neveux Arno et Philippe pour prendre le relais.

Le premier est venu défendre son vieil oncle en proclamant qu'il "dit des choses évidentes. Si la gauche veut faire campagne sur le fait que le nazisme hitlérien ou les talibans valent la civilisation française ou britannique, qu'ils le fassent".

 Le second a poursuivi plus longuement : "C'est justement quand nous n'avons plus eu, dans le passé, cette conscience de la valeur de notre civilisation, que nous avons accepté l'inacceptable. Accepter l'idée que n'importe quelle autre valeur égale les nôtres conduit un jour des hommes à collaborer avec ceux qui mettent des juifs dans des trains, qui déportent des populations entières au goulag, qui réduisent en esclavage, ou qui appliquent la lapidation à des femmes aux motifs que l'on sait (...) Cette supériorité morale de nos valeurs s'est construite avec joies et larmes dans notre Histoire. En nier la valeur, c'est faire le lit des tyrans. GUÉANT est victime d'une chasse aux sorcières par ceux qui n'ont rien retenu des leçons de l'Histoire. Victor Hugo réveille toi, la gauche est devenue folle !". 

Par ces déclarations, les deux neveux viennent de remporter exæquo le  prix Godwin 2012 (du nom de l'inventeur d'une théorie selon laquelle plus un débat dure, plus les probabilité qu'un interlocuteur ait recours à une comparaison impliquant Adolf Hitler ou le régime nazi augmente). Le record a en effet été explosé et devient inégalable puisqu'il n'a même pas laissé le temps à d'éventuels interlocuteurs de réagir. 

 

Devant de tels arguments, les détracteurs de mon ami n'ont donc pas pris la peine de décrypter ses propos. En somme, la pratique du détournement de l'attention utilisée avec succès par le chef de la principauté a été encore particulièrement efficace.

Comment aurait-on pu sinon justifier de tels propos gardés secrètement dans la famille depuis la IIIème République et qui ont permis à l'arrière grand-père de s'enrichir en ouvrant une affaire dans l'Algérie des barbares (c'est-à-dire celle qui n'avait pas encore profité des bienfaits de notre colonisation).

Comment aurait-on pu dissimuler qu'avant de se marier et de faire des enfants, mon ami avait connu quelques aventures homosexuelles avec un américain qui a ensuite publié un ouvrage intitulé "Le choc des civilisations" ? (Ahhhh que ces intellectuels sont assommants à vouloir disserter sur l'oreiller).

Comment aurait-on pu éviter le débat permettant de montrer que la première des intolérances, c'est justement celle qui consiste à croire qu'une civilisation est meilleure que les autres. Qui peut en effet prétendre que la lapidation des femmes est une pratique défendable ? Personne ! Mais qui peut prétendre en même temps que ces femmes ne peuvent trouver refuge en France ? Que leurs voiles représentent un danger pour l'ordre public ? Que leurs enfants qui ont fait des études dans les universités françaises n'ont pas d'autre vocation que de retourner dans leur pays d'origine pour subir le même sort que leurs mères ?

 

Décidément, chaque civilisation a ses propres valeurs... mais aucune n'est encore parvenue à la perfection irréprochable en considérant les autres avec tant d'arrogance.

 

Pour écrire ensemble l'histoire, sans perdre la mémoire

Mémorice de France


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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 12:49

 

 Nous avions déjà évoqué cette question sur ce blog : en 2011, à l'occasion de l'année de l'Outre-Mer, l'opération "Jardin en Outre-Mer" avait pour ambition de rassembler différentes populations ultra-marines au jardin d'acclimatation.

Seul hic : personne ne semblait s'être inquiété parmi les organisateurs d'une incontestable faute de goût à organiser un tel évènement dans un lieu utilisé jadis et pendant plusieurs décennies pour des exhibitions ethnographiques dégradantes et humiliantes. 

Seule l'indignation d'un collectif de chercheurs avait pu alerter l'opinion publique et faire enfin réagir les autorités publiques, dont la Ministre chargée de l'Outre-Mer, Marie-Luce PENCHARD, qui a confié une mission d'étude à Françoise VERGES, Présidente du Comité pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage.

 

Ce rapport a été rendu en novembre 2011 et il est désormais librement accessible sur notre blog :

 

Memoire-des-expositions-ethnographiques-et-coloniales.jpg

Cliquez sur l'image pour ouvrir le rapport

 

Les plus courageux et passionnés pourront s'attarder sur l'ensemble du rapport.

Pour les plus pressés, voici un résumé des conclusions et préconisations de la mission (avec quelques remarques et réflexions de votre serviteur) :

   1. Installation d'un mémorial au Jardin d'Acclimatation, par exemple sous la forme totem kanak, et le soutien à l'inauguration d'un monument honorant "l'histoire et la résistance des peuples amérindiens" en Guyane (annoncée pour le 9 décembre 2011). 

=> En somme, les crispations politiques conduisent à une inflation des lieux d'une mémoire dite "de pierre". Ceci est d'autant plus visible que les auteurs du rapport précisent qu'ils soutiennent l'opération en Guyane "d'où est partie la polémique". Bref, des monuments en échange d'une accalmie.

Cependant, l'inauguration annoncée du monument est passée bien inaperçue et elle a été présentée par les médias locaux comme un évènement commémorant l'abolition de l'esclavage et non pas la résistance des amérindiens.

 

monument-aux-victimes-de-l-esclavage.jpg

Monument aux victimes de l'esclavage et des traites négrières inaugurée en Guyane le 9 décembre 2011

 

   2.Signalisation dans l'espace public des lieux liés à l'histoire ultramarine et coloniale

Le Comité précise néanmoins qu'il ne souhaite pas encourager l'inflation de lieux mémoriels. Il propose donc d'élaborer une signalétique spécifique et des outils traditionnels et modernes permettant à chacun de s'approprier une sorte de circuit touristique des lieux de mémoire liés à l'esclavage, aux traites négrières et au colonialisme.

=> Nous sommes cependant surpris que cette préconisation soit limitée à l'espace parisien. Doit-on considérer que la seule la capitale a une histoire coloniale à revendiquer ?

 

   3. Valorisation des archives (guide des sources, numérisation, dossier Gallica...)

=> On reconnaît ici la trace des historiens qui, fort heureusement, défendent leur pain quotidien. On ne peut en effet qu'encourager une telle démarche tout en regrettant que les historiens soient contraints d'en arriver à rappeler à la République que la préservation des archives est une mission essentielle dans la construction et la préservation de l'identité nationale.

 

    4. Mise en place d'un programme de collecte des mémoires orales

 

   5. Élaboration d'une doctrine et d'un code de bonnes pratiques sur la question de l’identification et de la restitution éventuelle des restes humains des collections patrimoniales

=> Il s'agit d'une question brûlante actuellement et la France s'est engagée récemment dans une restitution systématique de ces "restes humains"  telles que les têtes Maories rendues récemment à la Nouvelle-Zélande

 

   6. Protection de la diversité des populations dans les Outre-mer et en particulier des populations autochtones et tribales

=> Cette préconisation est particulièrement intéressante car elle permet de faire glisser la polémique mémorielle vers le domaine anthropologique. Derrière cette protestation à l'encontre des "maladresses" de la commémoration nationale, on peut finalement saisir une crainte de l'oubli, voire de la disparition, pour certains peuples.

 

   7. Actions à moyen terme dans les domaines de la culture, de l'éducation et de la recherche

=> Tout comme pour la préconisation numéro 3, ce voeux pieu est attendu et presque de pure forme. On s'interroge néanmoins sur la redondance avec la loi Taubira qui affiche le même principe et qui, à mes yeux de simple observateur, a déjà eu des effets non négligeables. 

 

J'ai été particulièrement frappé à la lecture de ce rapport par la proximité des remarques et projets proposés avec  le rapport de Joseph ZIMET sur la Première Guerre mondiale. Sur le fond, les deux auteurs ont fait un travail remarquable et leurs propositions sont utiles et de grande qualité. Je m'interroge en revanche davantage sur la forme : doit-on considérer que les travaux des historiens devront nécessairement passer par la voie mémorielle pour trouver des financements et débouchées ? Doit-on attendre qu'une commémoration ou une polémique s'organise pour obtenir l'accès, la numérisation et l'exploitation des archives ? Doit-on finalement considérer que l'histoire va devenir, comme d'autres disciplines, une science soumise aux règles du marché et des lobbys ? 

 

Actualisation du 25 mai 2012

Anthropologue, chargé de recherche au CNRS, Gérard Collomb a récemment livré pour La Vie des Idées un magnifique article dans lequel il revient sur "L'affaire du Jardin".

Il explique notamment que la réponse à haute dimension mémorielle apportée par l'Etat à la suite de cette polémique est en décalage avec l'interpelation initiale. En effet, selon l'anthropologue, les sociétés amérindiennes n'ont pas un grand intérêt pour le passé "et n’attachent pas à la transmission d’une mémoire collective la même importance que d’autres, comme par exemple les sociétés d’ascendance africaine". Au contraire "elles ont développé des formes d’effacement de la mémoire, qui peuvent se lire par exemple chez les Kali’na dans le traitement réservé aux défunts. Le souvenir des disparus fait l’objet d’un traitement particulier lors du grand rituel d’epekotono que l’on organise un an ou deux après le décès. La cérémonie permet le retour à une vie normale des proches portant le deuil, mais elle organise aussi une séparation radicale entre les vivants et le mort, qui protègera des émotions nées du souvenir".

A vouloir réparer trop rapidement une maladresse, on en aurait commis une nouvelle. L'ethnocentrisme s'applique ici aussi dans le domaine mémoriel.

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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 13:15

 

Bien que l'actualité soit pour l'instant muette sur le sujet, il ne devrait échapper à personne d'ici quelques semaines que l'année 2012 correspond au cinquantenaire de l'accession à l'indépendance de l'ancienne Algérie française.

Alors que le président de la République a d'ores et déjà commencé à réfléchir  aux commémorations de la Première Guerre mondiale en espérant secrètement pouvoir diriger les cérémonies, il s'est fait beaucoup plus discret sur cette guerre bien plus proche et dont les commémorations auraient pu être organisées sous son mandat actuel.

Quelle meilleure promotion pourtant que d'imaginer à quelques semaines de l'échéance électorale le président en exercice et candidat à sa propre réélection au centre d'une belle cérémonie nationale au cours de laquelle il peut sortir et exploiter à fond la carte du rassembleur populaire au-dessus de ces challengers partisans ?

Le souci, c'est que cinquante ans après la fin du conflit, la guerre d'Algérie divise encore. Les vétérans ne sont pas encore tous disparus, les enfants de l'immigration algérienne s'obstinent à redécouvrir leurs racines et la question des responsabilités nationales refait régulièrement surface (y compris de manière fort malicieuse  dans la bouche du Premier ministre turc Erdogan).

Comment rassembler dans un tel fouillis ? C'était tout de même beaucoup plus facile avec Guy Moquet ! Hélas, dans ce conflit  aussi complexe que tragique, pas la moindre trace d'une jeune et innocente victime capable de réconcilier dans l'émotion les différents partis.

Pourtant, le gouvernement avait mis les moyens : en 2010, le secrétaire d'Etat à la Défense et aux Anciens combattants Hubert Falco avait annoncé la création d'une  Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie, des combats du Maroc et de Tunisie dotée d'un budget de 7.2 millions d'euros. Hélas, avant même son lancement, la Fondation était  dénoncée par un collectif d'historiens. Dans la continuité de la loi du 23 février 2005 souhaitant faire reconnaître le "rôle positif" de la colonisation et après la création d'un ministère de l'immigration et de l'idendité nationale, peu d'historiens ont pris le risque de se lancer dans une telle entreprise. D'ailleurs, auraient-ils vraiment pu trouver leur place dans une Fondation qui fait la part belle à la mémoire (supposée unique par l'utilisation du singulier) en taisant le rôle de l'histoire. Deux ans après son lancement, tout ceci ne reste qu'une coquille vide, incapable de soutenir efficacement un projet présidentiel. 

 

Dans ces conditions particulières, il sera particulièrement intéressant d'étudier tout au long de cette année 2012 la nature des commémorations du cinquantenaire de l'indépendance algérienne.

Comment l'UMP (et le président) vont-ils se débrouiller avec un calendrier qui, de toute façon, s'imposera de lui-même dans la campagne électorale ? De quelle nature sera la réplique socialiste ? Doit-on craindre un récupérage du Front National à défaut d'une gestion réfléchie des autres partis ? Eva Joly va-t-elle nous proposer un nouveau jour férié ???

Tant de questions passionnantes que nous souhaitons suivre tout au long de cette année 2012 dans l'esprit de ce blog, c'est-à-dire en l'accompagnant d'une réflexion mémorielle ET historienne. 

Certaines maisons d'édition et de production nous ont déjà fait parvenir des ouvrages et documentaires que nous présenterons régulièrement en complément d'un traitement de l'actualité autour de cette thématique (une catégorie spécifique vient d'être créée à cet effet). 

 

Les festivités seront lancées dès le 8 février 2012 où un rassemblement sera organisé du métro Charonne jusqu'au Père Lachaise pour commémorer la manifestation pacifique du 8 février 1962 au lendemain des attentats de l'OAS. Le rassemblement avait été réprimée dans le sang : neuf participants y avaient trouvé la mort et des dizaines d'autres avaient été blessés.

 

 

Tout comme en 1982, la manifestation de 2012 prendra des allures politiques puisque ce sont les syndicats qui avaient appelé au rassemblement et qui commémorent encore aujourd'hui ce tragique évènement réprimé violemment par le pouvoir politique en place.

Comme pour les commémorations du 17 octobre 1961, il est fort peu probable d'y apercevoir un représentant du gouvernement actuel... tandis que les opposants s'y succéderont toute la journée.

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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 14:08

L-Histoire-janvier-2012.jpeg

 

Comme tous les mois, le dernier numéro de l'Histoire nous permet de compléter notre activité de recension des principales thématiques mémorielles qui traversent la recherche et l'édition.

 

Une mémoire familiale bien lourde

Les télégrammes nous apprennent tout d'abord la disparition de Svetlana Alliluyeva, née Djougachvili, le 22 novembre 2011. Cette jeune femme d'origine russe n'est autre que la fille de Staline, réfugiée aux Etats-Unis 1967.

 

 

Dans la vidéo ci-dessus, elle explique les souvenirs affectueux de son père avec lequel elle a entretenu, dans un premier temps, de meilleurs rapports que ses frères. Elle évoque également les raisons qui l'ont poussé à demander l'exil aux Etats-Unis, adoptant une position idéologique plus volontier anti-stalinienne après la disparition de son père.

Cet évènement est finalement passé relativement inaperçu alors qu'il aurait pu susciter un point de cristallisation au sein de la guerre froide. L'accueil de la descendance de Staline sur le sol américain aurait pu être davantage instrumentalisé dans chaque bloc.

 

Staline ayant eu lui-même plusieurs femmes, sa descendance est multiple, voire complexe. Confirmant les hypothèses de l'écrivain dissident Alexandre Soljenitsyne, la chaîne russe NTV a découvert en 2001 l'existence d'un petit-fils inconnu, Iouri Davydov, issu d'une liaison illégitme du dictateur entre 1914 et 1918 durant son exil en Sibérie du Nord.

Iouri-davydov.jpg

Iouri Davydov

 

Ce dernier préfère visiblement la discrétion sibérienne contrairement à un autre petit-fils, Evgueni Djougachvili, qui s'est lancé en politique (avec peu de succès) à partir de 1999 au sein de la coalition appelée le «Bloc stalinien», en coopération avec deux organisations extrémistes : la Russie du travail et l'Union des officiers.

Ex-colonel de l'armée soviétique, il souhaite reconstruire l'URSS, renationaliser les entreprises et surtout protéger la mémoire de son grand-père. A défaut d'avoir convaincu d'éventuels électeurs, il s'est d'ailleurs plus récemment illustré en attaquant le journal russe Novaïa Gazeta pour atteinte à l'honneur et à la dignité de son aïeul. Il n’a visiblement pas apprécié un article consacré au massacre de Katyn dans lequel le dictateur est présenté comme ayant les mains tâchées de sang.  Il exige la publication d’un démenti et dix millions de roubles (227 000 euros) de dommages et intérêts.

Depuis, la justice a débouté sa demande mais a relancé le débat en Russie sur les responsabilités dans ce massacre. Si la part des autorités soviétiques a été reconnue tardivement par Mikhaïl Gorbatchev, il n'en demeure pas moins que les documents n'ont pas été déclassifiés et que les historiens n'ont pas encore pu exercer un véritable travail d'histoire sur Katyn. Or, la question semble encore douloureuse au sein de la société russe.

Fils-de-Staline.jpg

Evgueni Djougachvili

 

On parle beaucoup des dictateurs déchus ces dernières semaines (voire de leurs femmes supposées puissantes et manipulatrices). Il serait intéressant de se pencher davantage sur cette descendance dont la première génération semble particulièrement silencieuse alors que la seconde relève progressivement la tête... comme pour les victimes de leurs aïeuls finalement. Le clash des mémoires ne fait peut-être que commencer !

 

L'histoire approximative des candidats à la présidentielle

Notre collaborateur  Mémorice de France s'en arrache encore les cheveux, mais dans la préparation studieuse de sa candidature, il a laissé échapper une belle  "perle" d'un de ces concurrents. Cette fois-ci, il s'agit de François Hollande qui a écrit dans Le Point du 10 novembre 2011 un petit texte où il relate l'ancdote de  la dépêche d'Ems dans lequel il confond Bernadotte et Vincent Benedetti.

L'erreur est humaine et pointue. Rares sont ceux à l'avoir remarquée... ce qui n'a pas été le cas de celle d'Hervé Morin, autre candidat à la présidentielle qui n'a pas hésité à affirmer qu'il avait assisté au débarquement de Normandie :

 

 

Pour rappel, l'intéressé est né en 1961 alors que le débarquement a eu lieu le 6 juin 1944.

Cette déclaration a suscité de nombreuses boutades (parfois hilarantes) sur Internet. Dommage que l'intéressé n'ait pas eu suffisament d'humour pour revenir sur ses propos !

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