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  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 15:20

 

Après le procès de l'Apartheid en Afrique du Sud et le procès de la dictature chilienne, le procès des Khmers rouges au Cambodge constitue une nouvelle étape importante dans la mobilisation judiciaire visant à rechercher la réconciliation nationale.

Après la condamnation de "Douch" à la suite d'un très long procès ( dont nous avions relaté l'organisation en août 2009 sur ces pages), c'est au tour des cadres dirigeants du régime khmer d'être installés sur le banc des accusés. Un nouveau procès a donc été ouvert le 21 novembre 2011 à Phnom Penh afin de juger l'idéologue du régime Nuon Chea, l'ex-ministre des Affaires étrangères Ieng Sary et le président du "Kampuchea démocratique" Khieu Samphan. L'ancienne ministre des Affaires sociales et "première dame" Ieng Thirith a été épargnée en raison d'une probable maladie d'Alzheimer qui altère ses capacités mentales et mémorielles.

 

nuon-chea.jpg

Nuon Chea

 

Iang.jpg

Ieng Sary

 

khien_samphan-m.jpg

Khieu Samphan

 

Je suis attentivement les étapes de ce procès par l'intermédiaire des médias traditionnels mais aussi  grâce au formidable blog de la journaliste Anne-Laure Porée qui offre un regard bien plus efficace que les coupures de presse et communiqués qui s'accumulent. Néanmoins, une question demeure autour de ces prétoires théâtralisés qui attirent deux fois par an les caméras du monde entier venues filmer l'acharnement d'une justice d'autant plus sévère qu'elle est tardive : la réconciliation nationale recherchée est-elle atteinte ? Le pays est-il apaisé par ces mises en scène juridiques médiatisées ? 

 

Dans le contexte de la récente loi condamnant le négationnisme du génocide arménien, on a beaucoup parlé de la judiciarisation de l'histoire.  Les prises de position de Robert Badinter par exemple ont été particulièrement éclairantes d'un point de vue législatif.

A-t-on pour autant jamais essayé de dresser un bilan objectif de ces actions entreprises en justice ? Les procès Papon et Barbie ont-ils permis de réconcilier une quelconque partie de la population française avec l'histoire nationale ? Les Chiliens et les Africains du Sud ont-ils enterré leurs rancoeurs au fond d'une geôle ? Le jugement symbolique se traduit-il par un apaisement populaire ?

 

Les lecteurs les plus attentifs de ce blog auront compris que j'ai quelques doutes à ce sujet. Je ne suis pourtant pas borné  sur cette position et je souhaiterais surtout que des études sérieuses permettent de dresser un bilan objectif de ces expériences qui se multiplient à l'échelle internationale. N'est-il pas possible d'envisager que des étudiants réactualisent les réflexions d'Henri Rousso et Robert Paxton sur la judiciarisation de l'histoire, de la mémoire et des historiens ? Le sujet est certes ambitieux, mais passionnant et surtout nécessaire dans le débat publique !

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires - lois et justice
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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 14:05

Mémorice Président

 

Depuis que j'ai commencé à contribuer à ce blog afin de commenter les actualités historico-mémorielles en lien avec l'élection présidentielle française de 2012, je ne cesse de répéter à qui veut bien l'entendre que cette pratique n'est pas réservée à une petite bande d'historiens qui se regarderaient le nombril en comparant les tailles de leurs frises chronologiques.

 

Hier encore, j'essayais d'apporter quelques modestes éléments d'analyse permettant de comprendre en quoi  le discours de Nicolas Sarkozy en mémoire de Jeanne d'Arc n'est pas qu'une tentative de récupération des bulletins catholiques et Front National. Dans la courte biographie que le président de la République dresse de la Pucelle, il est aussi possible de comprendre sa vision du présent et quelques éléments qui constitueront l'ossature de son programme politique.

 

Un peu plus tôt dans la campagne, j'avais relayé et commenté  l'excellent article de Nicolas LEBOURG sur l'héritage historico-mémoriel du Front national renouvelé par Marine Le Pen. Il ne suffit pas en effet d'écouter les discours des chefs de rang ; il faut également comprendre comment la cuisine interne d'un parti accommode sa sauce en fonction d'un passé souvent mouvementé, dissimule l'aigreur d'un évènement peu flatteur par un peu de sel et lie parfois les antagonismes de plus mauvais goût par une épice qui masque toutes les autres saveurs.

N'étant moi-même pas un spécialiste de l'histoire des partis politiques, je traque avec acharnement les travaux de collègues historiens et/ou journalistes pour vous les faire partager sur ce lieu d'échanges et de discussion.

 

Aujourd'hui, c'est au tour du Front de Gauche d'être allongé sur la table de travail (après examen, Jean-Luc MELANCHON confirme qu'il a préféré passer un après-midi chez Drucker et son célèbre canapé rouge... on se demande bien pourquoi !?)

Sylvain BOULOUQUE, "historien et décrypter de la gauche radicale" pour le Nouvel Observateur nous propose des éléments de réflexion très intéressants sur l'héritage historico-mémoriel de ce parti récent (mis en place à partir de 2008).

L'émergence d'une nouvelle coalition électorale nécessite en effet, plus que tout autre parti traditionnel, de réfléchir sur son positionnement idéologique dans les cases de l'échiquier politique français : 

 

1. Un front révolutionnaire

Positionné à l'extrême gauche (puisqu'il rassemble le Parti de Gauche, la Gauche Unitaire, la Fédération pour une alternative sociale et écologique et le Parti Communiste français), le Front de Gauche entretient un lourd héritage révolutionnaire. Sylvain Boulouque nous rappelle d'ailleurs que les tracts et affiches mettent largement en scène cet héritage en rappelant subtilement la prise de la Bastille par le peuple français :

Front-de-gauche-bastille.jpg

 

2. Un nouveau front populaire

Autre héritage évident : celui du Front Populaire de 1936. Le Front de Gauche constitue en effet un cartel visant à rassembler des formations plus ou moins modestes afin de dépasser les particularités et lutter efficacement contre ce qui est considéré comme une menace commune : la politique ultra-libérale.

 

3. Un front pionnier

Le troisième front qui n'est pas envisagé explicitement par Sylvain Boulouque peut-être caractérisé de front pionnier, c'est-à-dire d'une machine qui avance un peu dans tous les sens et qui, pour ratisser large, multiplie les références et héritages historiques.

Ainsi, Jean-Luc Mélanchon revendique régulièrement dans ses discours l'héritage de Jaurès qu'il bataille (probablement à raison d'ailleurs, tant le personnage est riche et complexe) au Parti Socialiste. Néanmoins, Jean-Luc Mélanchon n'oublie pas non plus de mobiliser l'héritage communiste par l'intermédiaire de citations de Jean Ferrat mais aussi, dans le logo du Front de Gauche, d'une étoile à cinq branche qui n'est pas sans rappeler le drapeau soviétique :

   drapeau-sovietique.jpgDrapeau-Front-de-Gauche.png

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Néanmoins, il n'est pas anodin de constater que sur  le site de campagne du Front de Gauche aux Présidentielles de 2012, l'étoile a mystérieusement disparu. S'agit-il d'un simple oubli, d'une simplification d'un logo imposé par des conseillers en communication ou bien d'une modification substantielle des orientations idéologiques du cartel ? Les propositions à venir du candidat Mélanchon nous permettront probablement d'éclaircir ce mystère dans les semaines à venir... à moins qu'il ne continue à surfer sur le mélange (et surtout l'addition) des héritages historiques et mémoriels.

 

D'autres portraits historico-mémoriels de candidats à suivre prochainement... car même si vous allez voter pour Mémorice de France, il n'est pas inutile de connaître ses concurrents.

 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et politique
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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 15:34

Mémorice Président

C'était l'actualité historique et mémorielle de la semaine et il ne nous était pas possible d'éviter le sujet sur ce blog. Vendredi 6 janvier 2012; le président de la République Nicolas Sarkozy s'est rendu dans les Vosges pour honorer la mémoire de Jeanne d'Arc, née vers janvier 1412 à Domrémy.

 

Pourquoi le 6 janvier ?

 Puisque Nicolas Sarkozy s'est fait accompagner d'historiens (qui ont visiblement prêté main forte à Henri Guaino pour l'écriture de son discours), ces derniers ont dû l'informer que la date de naissance exacte de la pucelle n'est pas établie. Quelle logique a donc bien pu guider le président de la République ? L'organisation le lendemain d'une cérémonie par le Front National au pied de la statue parisienne de Jeanne d'Arc, place des Pyramides, peut fournir quelques pistes de réflexion...

Si la dimension éminemment politique d'un tel déplacement présidentiel ne peut être occultée, je pense (comme quoi tout arrive) que le chef de l'Etat a eu raison ! Il n'a d'ailleurs nullement tenté de dissimuler son intention dans son discours, appelant à "ne pas laisser (Jeanne d'Arc) entre les mains de ceux qui voudraient s'en servir pour diviser". Je n'aurais moi-même pas renié son propos lorsqu'il affirme que "Jeanne n'appartient à aucun parti, à aucun clan".

D'ailleurs, la présence du président de la République trouve toute sa légitimité dans le fait que la naissance de la pucelle était inscrite dans  la liste officielle des commémorations établie par le Haut Comité des commémorations nationales (dont la notice bibliographique rédigée par Colette Beaune, l'une des meilleures spécialistes dans ce domaine, ne s'avance pas sur la date du 6 janvier) :

 

 

Cette concession faite, il n'en reste pas moins que le discours du chef de l'Etat est surprenant, voire préoccupant sur plusieurs points :

 

1. Une nouvelle entorse dans le principe de laïcité

Dressant la biographie de Jeanne, Nicolas Sarkozy structure son discours sur les principaux éléments biographiques qu'il ponctue de multiples commentaires. Il décide alors de s'arrêter sur ces voix censées avoir guidé la pucelle vers son destin. Comme à son habitude, plutôt que d'esquiver un sujet glissant, il s'engouffre dans la brèche presque par provocation, si ce n'est encore une fois pour esquisser un clin d'oeil à une frange d'un électorat qu'il tenterait de séduire. Prudent, il commence tout d'abord par dissocier la nature de ces voix, divines pour les uns, républicaines pour les autres. Il n'en demeure pas moins que, ce petit rappel théorique terminé, il finit par choisir son camp en rappelant que Jeanne "incarne les racines chrétiennes de la France". Le principe de laïcité en prend un coup...

 

2. De nouvelles contradictions dans la politique mémorielle de la France

L'évènement étant organisé sous la forme d'une commémoration d'Etat, il est difficile pour le président de la République de ne pas justifier un tel déplacement. Nicolas Sarkozy ponctue alors son discours de petites phrases particulièrement croustillantes :

   - "Commémorer, c'est remercier ; ne pas commémorer, c'est oublier et, au fond, ne pas savoir". 

   - "Il n'y a pas d'avenir pour un pays qui ne sait pas se souvenir ; il n'y a pas d'avenir pour un pays qui oublie d'où il vient".

Doit-on dès lors comprendre que le président de la République s'est repenti et qu'on ne l'entendra plus s'insurger contre cette mémoire qu'il réduit régulièrement à une forme de repentance ? Doit-on supposer qu'en cas de réélection, il acceptera par exemple de commémorer officiellement  la mémoire avortée du massacre du 17 octobre 1961 ? J'en doute malheureusement. Le régime mémoriel de Nicolas Sarkozy, c'est toujours celui des héros, des grandes figures à la mode qui, dans sa lecture personnelle de l'histoire, ont participé à la construction de l' "identité de la Nation".

 

Je persiste à croire que c'est en décryptant la lecture historique d'un individu qu'on parvient à mieux le comprendre. Dans le cas de Nicolas Sarkozy, c'est particulièrement révélateur. Ce qui l'intéresse dans Jeanne d'Arc, c'est l'histoire de cette jeune fille modeste, n'ayant même pas appris à lire (surtout pas la Princesse de Clèves), et qui est pourtant parvenu à s'imposer comme une icône dans l'Histoire de France. Il s'émerveille d'ailleurs dans son discours devant ce "lien tissé mystérieusement au travers des siècles", rêvant probablement d'un destin similaire.

Ce que Nicolas Sarkozy n'a cependant pas compris, et ce que la lecture superficielle de ses fiches ne pourra jamais lui apprendre, c'est que Jeanne d'Arc n'a pas traversé les siècles aussi simplement que son discours essaie de le faire croire. Son histoire est le fruit d'une longue construction mémorielle qui varie dans le temps et dans l'espace comme l'a formidablement bien montré Michel WINOCK dans le tome III des Lieux de Mémoire dirigé par Pierre Nora (p. 4427).

Nicolas Sarkozy, en voulant incarner la France dans le faste et les dorures, ne représente encore une fois que lui-même et sa conception d'une histoire héroïsante et "bling-bling", d'une histoire qui  pervertit les plus grandes figures historiques en historock, d'une histoire qui méprise le reste du peuple français tout juste bon à donner la claque devant des discours et des spectacles sans valeur.

 

Plus que jamais, ma candidature est utile.

 

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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 14:51

 

C'est la journée de l'extrême-droite sur Histoire, Mémoires & Sociétés.

En préparant mon précédent article sur  la mémoire religieuse de Philippe Pétain, j'ai découvert un site Internet dont je n'aurais jamais pu soupçonner l'existence.

Bien que défendant une liberté d'expression maximale, je m'interdis (et pour la première fois depuis la création de ce blog) d'indiquer publiquement le lien conduisant à ce site tellement les propos qu'il contient sont insupportables et hors-la-loi (les plus intéressés pourront me demander l'adresse en privé pour aller se rendre compte par eux-même de l'objet).

 

Comment un site francophone peut-il en effet ne pas être interdit alors qu'il qualifie les Juifs de "champignon vénéneux", qu'il propose de télécharger des jeux préparant à l' "épuration de la France", et qu'il invite "à détruire ces bactéries humaines toxiques" que représentent pour eux les Juifs ? Comment la justice française peut-elle laisser impunie cette incitation flagrante à la haine raciale et cette apologie de crime contre l'humanité ?

Selon un article du Patriote résistant  (journal de la Fédération nationale des Déportés, Internés, Résistants et Patriotes), la Fondation pour la mémoire de la Déportation (FMD) a déposé un dossier auprès du Procureur de la République, en vain. Le site serait hébérgé dans un pays étranger laxiste dans ce domaine, voire dans plusieurs pays successifs afin d'éviter justement une action en justice ou un piratage.

Les animateurs du site semblent d'ailleurs conscients de l'illégalité de leurs activités puisqu'un onglet inaccessible aux lecteurs passagers est consacré à la "sécurité informatique" du site.

 

Le plus inquiétant repose finalement sur la qualité graphique et rédactionnelle de ce lieu d'information et d'échanges. Des communiqués sont régulièrement édités et des centaines de documents sont disponibles sur des thèmes divers et variés.

Le site est d'ailleurs référencé par l'Union mondiale des Nationaux Socialistes.

 

World-Union-of-National-Socialists.gif

 

Deux thématiques m'ont particulièrement écoeuré au cours d'une navigation déjà trop longue sur ces pages :

   - un document de 32 pages (!!!) intitulé "Militer en milieu scolaire" visant à recruter sur les bancs de l'école et à gagner le soutien de la jeunesse. Aucun conseil ne manque à ce manuel du parfait petit fasciste : dialoguer avec les camarades, peindre des tags dans l'environnement de l'établissement, se protéger contre l'administration, protéger ses camarades "blancs victimes de sous-hommes".

   - une rubrique intitulée "la vérité rend libre" qui rassemble toutes les théories négationnistes existantes sur l'Holocauste mais aussi l'esclavage et le massacre d'Oradour-sur-Glane.

 

Ces militants doivent se réjouir de la suppression de l'enseignement de l'histoire en classe de Terminale S. C'est une nouvelle étape qui va leur permettre de recruter bien plus facilement des élèves qui n'auront pas reçu une formation intellectuelle honnête et suffisante sur la Seconde Guerre mondiale. Ils sont prêts à bondir et les dernières réformes de l'enseignement de l'histoire leur ouvre une voie royale.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoire et enseignement
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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 13:56

 

C'est devenu un marronier sur ce blog : la mémoire de Philippe Pétain n'en finit plus de rebondir et de se développer en France. Parmi les initiatives récentes, nous venons de prendre connaissance d'une messe célébrée le 10 novembre 2011 dans la chapelle de l'Ossuaire de Douaumont dans la Meuse... réitérant ainsi une pratique en vigueur depuis 60 ans ! 

Les commanditaires de cet hommage religieux ne sont pas a priori les membres de la famille du défunt maréchal mais les membres d'une Association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain (ADMP)  qui possède un site Internet pour diffuser leurs idées (ce dernier ne semble cependant pas être mis à jour depuis 2009).

 

Messe-pour-Petain-copie-1.jpg

 

Si cette association n'est pas très active sur la toile (quoiqu'elle possède aussi un compte Facebook), elle semble plus efficace dans les milieux catholiques puisqu'une autre messe est également célébrée le 24 avril de chaque année à Cauchy-à-la-Tour (Pas-de-Calais), ville natale de Philippe Pétain en 1856. Il faut néanmoins préciser que le contexte de cette manifestation est tout à fait particulier puisque, selon les journalistes de  La Voix Du Nord, la messe est célébrée en latin et en présence d'un conseiller régional Front National.

Hubert MASSOL, le Président de l'ADMP profite toujours de cet évènement pour rappeler les revendications de son association :

   - révision du procès de 1945 (permettant, par l'intermédiaire de la réhabilitation de Pétain, d'engager un processus plus général de réhabilitation de l'extrême droite vis-à-vis de la collaboration).

   - transfert de la dépouille de Philippe Pétain de l'île d'Yeu à Douaumont.

 

Avec un porte-parole aussi actif et ambitieux, on risque d'entendre parler encore régulièrement du maréchal.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et commémorations
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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 17:27

 

L-Histoire-decembre-2011.jpg

 

Comme chaque mois, le dernier numéro de l'Histoire est l'occasion de compléter notre recensement de l'actualité mémorielle.

 

Hilaire MULTON devient conseiller aux commémorations nationales

Hilaire-MULTON.jpgUne brève annonce la nomination d'Hilaire MULTON, historien de l'Italie au XIXe siècle, comme conseiller pour le patrimoine, les musées, les archives, l'histoire de l'art et les commémorations nationales auprès du ministre de la Culture. Une telle casquette est impressionnante mais elle est révélatrice du parcours d'un homme qui multiplie les travaux et les responsabilités. On notera plus particulièrement parmi ses travaux de recherches des notes réalisées pour le ministère des Affaires Etrangères concernant "les enjeux de mémoire autour du génocide arménien de 1915 (mai 2006)" et "Le diplomate face à la mémoire et l’histoire en miettes (juillet 2006)".

Nous attendons donc ses prochaines notes avec impatience en espérant qu'elles pourront avoir une influence bénéfique sur  les prises de positions récentes du gouvernement concernant le génocide arménien.

 

Nantes n'a pas inauguré son Mémorial de l'abolition de l'esclavage

Memorial-de-l-abolition-de-l-esclavage.jpgLe 1er décembre 2011, le député-maire Jean-Marc AYRAULT était censé inaugurer un Mémorial de l'abolition de l'esclavage sur les bords de la Loire d'où des miliers de navires partaient à l'aventure du commerce triangulaire. La rédaction de l'Histoire n'a visiblement pas vérifié si l'évènement annoncé par dossier de presse avait vraiment eu lieu. Le site de la ville de Nantes a pourtant annoncé depuis le 9 novembre 2011 que l'inauguration a été reportée en raison de défauts techniques importants sur les plaques de verre portant les textes commémoratifs.

Dans l'attente de cette date, il est cependant possible de découvrir  le site Internet dédié au Mémorial qui constitue une initiative intéressante mêlant les aspects mémoriels, politiques, scientifiques et pédagogiques.

 

L'inde n'est pas née en 1947 : pour une réécriture mémorielle et postcoloniale de l'histoire indienne

Inde-des-Gupta.jpg

Cédric FERRIER propose un article passionnant sur l'Inde des Gupta, cette dynastie dont nous savons finalement peu de chose à l'exception de ce que l'historiographie nationale transmet et entretient depuis l'accession à l'indépendance en 1947.

Cet article et les travaux de l'historien qui paraîtront prochainement aux Belles Lettres n'adoptent pas une lecture résolument mémorielle. Néanmoins, ils montrent qu'au lendemain de l'accession à l'indépendance après des décennies de colonisation britannique, les autorités indiennes ont encouragé la promotion de ce passé voulu prestigieux qui a conduit à parler d'un "âge d'or" (voir l'ouvrage ci-dessus). Ce n'est que plusieurs décennies plus tard, après l'affirmation économique et diplomatique de l'Inde sur la scène internationale et sous l'impulsion de chercheurs occidentaux que cet héritage flamboyant peut enfin être nuancé. 

L'exercice est intéressant car il permet d'approfondir cette question essentielle des choix historiographiques (implicites ou assumés) d'une nation durant les moments importants de son histoire. Ainsi, l'écriture de l'histoire est elle aussi révélatrice d'une époque donnée et doit être étudiée en tant que telle.

 

Le temps des banquets : entre histoire et mémoire

Le-temps-des-banquets.jpgLe compte-rendu du dernier ouvrage de Vincent ROBERT par Jean-François CHANET illustre bien la valeur ajoutée que les études mémorielles peuvent apporter à l'historiographie. Il montre en effet que c'est par la redécouverte du lien mémoriel existant entre la campagne des banquets de février 1848 "et celle qu'avait suscité dix ans plus tôt la politique de Charles X, jusqu'à la sanction révolutionnaire de 1830" qui permet d'apporter un nouveau regard sur ces évènements essentiels du XIXe siècle. Encore une fois, on s'aperçoit que le rapport des peuples à l'histoire est souvent un moteur qui génère lui-même des évènements historiques.

 

Mein Kampf : abolition ou règlementation ?

mein-kampf.jpgLa chronique de Pierre Assouline aborde enfin un sujet qui risque d'enflammer les libraires, les éditeurs et les politiques d'ici quelques années. C'est en effet en 2015 que les droits du livre d'Adolf Hitler tombent dans le domaine public. Il convient donc dès à présent de réfléchir à l'organisation de cette situation inédite et aux conditions de diffusion d'un ouvrage potentiellement dangereux.

Pierre Assouline adopte une position qui me semble censée : "rééditer Mein Kampf dans un but pédagogique" et dans le cadre d'une édition critique. Il serait en effet naïf de penser que les négationnismes et néo-fascistes n'ont pas déjà accès à l'ouvrage qui circule facilement sur la toile et qui est largement diffusé dans de nombreuses régions du monde,  plus particulièrement en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient.

Comme souvent pour ces questions historiennes et mémorielles, plutôt qu'une loi ou un décret, la science et la réflexion sont des armes beaucoup plus efficaces.

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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 12:02

Les-historiens-francais-a-l-oeuvre.jpg

Jean-François SIRINELLI, Pascal CAUCHY, Claude GAUVARD, Les historiens français à l'oeuvre, 1995-2010, Paris, PUF, 2010

 

Régulièrement, les historiens français se réunissent pour faire le point et répondre à cette question simple : qu'avons-nous apporté à la science historique depuis quelques années ? En 2010, le Comité français des sciences historiques a décidé d'actualiser ce bilan historiographique en éditant un très bel ouvrage collectif qui dresse les principales orientations suivies par les chercheurs en histoire depuis 1995.

 

A notre plus grande déception, l'entrée thématique "mémoire" n'a pas trouvé sa place aux côtés de la "politique", de la "violence", du "genre", du "religieux" et du "sacré"... Néanmoins, à lire les communications de nombreux contributeurs, on comprend que le sujet ne laisse personne indifférent et que les études mémorielles, bien que non-reconnues comme telles par l'institution, s'imposent progressivement dans de nombreux travaux.

Nous avons sélectionné dans cet article quelques contributions particulièrement marquantes.

 

Les études mémorielles : un champ disciplinaire transhistorique

Claude GAUVARD et Régine LE JAN par exemple, dans leur chapitre consacré au Moyen Âge, expliquent que les travaux de nombreux collègues sont influencés par la prise de conscience qu' "ils n'appréhendaient les faits et les réalités médiévales qu'à travers des prismes déformants : celui de la mémoire et de l'oubli, celui des constructions mentales, des représentations que les médiévaux ont imposées". Bref, nous nous aperçevons progressivement que les réflexions que nous menons essentiellement à l'échelle contemporaine pourraient être élargies à d'autres périodes. Ainsi, le sacre de Charlemagne et le baptême de Clovis que nous considérons aujourd'hui comme des dates essentielles de l'histoire de France ont-elles été perçues comme telle à d'autres époques ? Quels sont les ressorts à différentes temporalités de la construction mémorielle de chaque évènement ?

 

Histoire versus mémoire ?

Roger CHARTIER, qui est chargé du bilan en histoire moderne, dresse un portrait moins flatteur de la mémoire. Selon lui, son développement entre en opposition avec "le monopole de la représentation du passé" censé être détenu par les historiens. Il classe donc "les insurrection de la mémoire" (une expression qui suscite encore de nombreuses interrogations...) aux côtés des "séductions de la littérature" comme des formes de concurrence pour l'histoire.

Si son constat est un peu sévère, il n'en demeure pas moins nécessaire et pertinent. Il est vrai que la littérature et les mémoires donnent "une présence au passé souvent plus puissante que celle proposée par les livres des historiens". Mais n'est-ce pas finalement par ce biais que l'histoire peut encore revendiquer quelques rayonnages dans les librairies et quelques chaires dans les universités ? Cet intérêt qui passe par la littérature, la mémoire (et j'ajouterais aussi la politique) ne constitue-t-il pas notre dernier rempart face à une science expérimentale qui prétend être la seule légitime dans nos sociétés en recherche d'efficacité, de productivité et de rentabilité ?

 

"La machinerie commémorative"

Philippe POIRRIER (qui a assuré une très grande partie de ma formation contemporaine en histoire) évoque une véritable "machinerie commémorative" qui organise davantage encore l'agenda des contemporanéistes que des autres historiens. Il explique cet état de fait en rappelant que ces commémorations sont sélectionnées par le  Haut comité des célébrations nationales et que ce dernier ne compte pas moins de 4 contemporanéistes parmi les 12 personnalités qui le composent. J'ajouterais à cet argument le fait que cet instance n'est que consultative. Elle ne représente donc pas seulement la voix des historiens, mais celle de l'Etat qui décide en dernier ressort des évènements qu'il juge bon de célébrer au nom de tous les citoyens. Sur ce point aussi,  bien moins médiatique que la Maison d'Histoire de France, il serait bon de mener une réflexion approfondie sur la capacité du pouvoir politique à influencer les travaux historiques et la lecture de l'histoire nationale. 

 

L'histoire mémorielle, une histoire politique

Pascal CAUCHY confirme d'ailleurs cette impression dans son chapitre consacré à l'histoire politique contemporaine. Dès l'introduction, il rappelle que le "devoir de mémoire" s'est imposé dans le débat public et qu'il n'est désormais plus possible pour l'histoire universitaire de nier cette réalité. Encore faut-il parvenir à la comprendre, la maîtriser et la problématiser pour qu'elle devienne non plus seulement un repoussoir mais un véritable sujet de réflexion.

Olivier LEVY-DUMOULIN rappelle à juste titre la réponse d'Ernest Renan à la question de la définition d'une nation : "Le lot de souvenirs communs" qui équilibre le "plébiscite de tous les jours". Dans cette perspective, la recherche et l'enseignement de l'histoire, tout comme les manifestations populaires de la mémoire, doivent être considérés comme la pierre angulaire de la nation. Or, depuis Les Lieux de mémoire dirigés par Pierre Nora, rares ont été les occasions de rappeler, vérifier et protéger cette vérité existencielle pour chaque pays.

 

C'est pour toutes ces raisons que les études mémorielles auraient mérité un véritable chapitre au sein de cet ouvrage.

A la lecture des différents intervenants dans ce débat, on se rend compte que la mémoire n'est pas seulement un phénomène sociétal venu concurrencer la recherche historique. Il s'agit d'un nouveau paradigme qui vient judicieusement compléter notre lecture du monde.

 

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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 08:52

Mémorice Président

 

Nous avons longuement hésité avec Mémorice de France afin de savoir qui devait réagir sur ce blog aux avancées récentes et précipitées à propos du génocide arménien. Nous avons finalement décidé de nous associer une fois de plus pour écrire un article commun, tant le sujet allie une dimension électoraliste et dédaigneuse de l'Histoire.

 

Inutile de feindre un faux suspens, nous sommes tous les deux contre cette loi ridicule et significative du quinquennat qui se termine. Avant d'avancer nos arguments respectifs, il nous semble nécessaire de renvoyer ici nos lecteurs au texte qui, bien que discuté partout et par tous, a visiblement rarement été lu.

 

 

Un argumentaire aberrant

Nous sommes particulièrement surpris de constater que les députés qui présentent cette loi justifient strictement leur initiative par la transposition inéluctable de la législation européenne. Cela manque un peu de panache !

Il faut reconnaître que les députés ont du mal à justifier leur initiative autrement que par une demande électoraliste (malgré les contestations faussement offusquées de la majorité et du ministre des Affaires Européennes Jean-Philippe Leonetti). En France, en Europe et jusqu'en Turquie, personne n'est dupe de cette stratégie et pourtant, les dirigeants politiques français continuent à pratiquer la langue de de bois dans un mépris total de leurs électeurs.

Les socialistes aussi sont tombés dans le piège tendu par Nicolas Sarkozy. A l'approche des présidentielles, ils ne peuvent guère se détourner d'un potentiel électoral estimé à plus de 400 000 personnes. La stratégie initiale de François Hollande consistait justement à dénoncer les promesses non-tenues de son principal concurrent. Avec l'accélération du calendrier imposé par Nicolas Sarkozy, il n'a d'autre choix que de le soutenir en espérant ainsi neutraliser l'effet d'aubaine pour le président sortant.

 

Soyons honnêtes, à qui peut bien s'adresser une telle loi si ce n'est à la communauté arménienne française ? Malgré une recherche acharnée, aucun journaliste n'est parvenu à trouver en France le témoignage d'une personne qui revendique son négationnisme. Il est donc peu probable que des condamnations soient prononcées tant le phénomène négationniste est minoritaire autour de cette question. Au contraire,  les interviews menées jusqu'en Turquie montrent que la plupart des habitants sont conscients qu'il s'agit d'un problème purement politique et ils n'hésitent pas à reconnaître que leur pays devrait réfléchir à une reconnaissance.

Dans ces conditions, la loi n°2001-70 du 29 janvier 2001 relative à la reconnaissance du génocide arménien de 1915 n'était-elle pas suffisante ? Avions-nous vraiment besoin d'ajouter un volet répressif à une reconnaissance officielle de la République française

 

Autre problème posé par cette argument : il va falloir se tourner désormais auprès de nos 26 partenaires européens pour leur demander d'adopter une loi similaire. S'il s'agit vraiment d'un impératif communautaire, comment expliquer que la France soit l'un des rares pays à adopter une disposition aussi répressive ?

 

Une loi précipitée et irrationnelle

Sur la forme, nous nous étonnons de la précipitation avec laquelle cette loi a été votée à l'Assemblée nationale. Alors que la  loi Gayssot a suscité (et suscite encore) d'innombrables débats, oppositions et polémiques, les députés qui proposent cette nouvelle disposition législative ont préféré précipiter le dossier plutôt que d'amorcer une véritable réflexion réclamée par tous.

 

Il est d'ailleurs surprenant de constater que parmi les défenseurs actuels de cette nouvelle loi liberticide, on retrouve les pourfendeurs d'hier de la version Gayssot. En 1990, le projet était en effet présenté par une majorité de gauche. Les députés de droite n'avaient alors pas de mots assez durs pour condamner cette initiative. Parmi eux, le Premier ministre-adjoint François Fillon qui aujourd'hui se contente d'un docile silence face aux caprices de son Premier ministre - Président Nicolas Sarkozy.

 

Qu'advient-il également dans ce contexte des conclusions de  la mission parlementaire présidée par Bernard Accoyer qui recommande depuis 2008 que le Parlement n'adopte plus de telles lois dans un souci d’apaisement et de réconciliation autour du passé ? Les travaux de réflexion et de consultation n'ont-ils donc aucune valeur face à la volonté solitaire d'un Président en campagne ?

 

Dans cette précipitation, qui s'est soucié de la constitutionnalité d'un tel texte législatif ? Depuis quelques jours, les sénateurs Robert Badinter (PS) et Jean-Jacques Hyest (UMP) tentent de rappeler le risque d'"irrecevabilité constitutionnelle de ce type de proposition ou projet de loi". En vain. Si tel était le cas, ce serait un véritable fiasco pour la Présidence. Les initiateurs de cette nouvelle proposition ont en effet un peu trop vite oublié qu'une loi similaire a été très récemment bloquée au Sénat par un processus d'exception irrecevabilité. Qu'est-ce qui permet aujourd'hui au législateur de croire qu'il n'en sera pas de même ? N'est-ce d'ailleurs pas justement l'une des facettes de la stratégie électoraliste visant à rendre encore plus éblouissant l'engagement présidentiel ?

 

Des conséquences économiques et politiques bien réelles

En attendant le dénuement des débats, les conséquences annoncées par la Turquie sont déjà nombreuses et inquiétantes. Recep Tayyip Erdogan a annoncé la suspension immédiate des visites politiques bilatérales et de la coopération militaire avec la France. Les navires de guerre français sont désormais interdits d'entrer dans les ports turcs et les avions de l'armée devront demander une autorisation avant de pénétrer dans son espace aérien. L’ambassadeur turc à Paris a été rappelé et, par mesure de réciprocité, l’ambassadeur français devrait faire de même.

Pour l'heure, la Turquie en reste à ce stade en termes de sanctions diplomatiques mais Ankara a déjà prévenu qu'elles seraient suivies de sanctions économiques si le texte était adoptée au Sénat. Les précédents dans ce domaine nous invitent à prendre très au sérieux de telles menaces.

En 2001, au moment de l'adoption du texte sur la reconnaissance du génocide arménien, la Turquie avait interrompu les négociations avec les entreprises françaises sur le marché du gazoduc Nabucco et avait bloqué l'entrée de Gaz de France dans le projet en 2008.

En 2006, lors de l'adoption de la proposition de loi sanctionnant la négation du génocide, Ankara avait gelé sa coopération militaire avec Paris. L'espace aérien turc avait été fermé aux avions militaires français qui allaient en Afghanistan.

Alain Juppé n'a d'ailleurs pas manqué de rappeler que la Turquie venait de commander 100 Airbus et qu'il y a 1.000 entreprises françaises en Turquie dont Axa et Renault qui y possède l'un de ses plus grand site de production.

Sarkozy espère-t-il rattraper le coup après sa réélection comme il l'avait fait en 2007 avec la Libye ? Devrons-nous accepter qu'Erdogan vienne nous ridiculiser sur notre propre territoire comme l'avait fait Kadhafi ? Doit-on imaginer qu'il puisse se faire photographier devant des tableaux de Robespierre, Carnot ou Barère, rappelant que les trois chefs révolutionnaires ont commis des documents qui permettraient à certains historiens d'affirmer que la France aurait commis un génocide vendéen

 

De telles conséquences sont absolument dramatiques pour la France et montrent l'inconsistance de Nicolas Sarkozy à l'approche des élections présidentielles. Ces promesses qu'il reconduit à la fin de son mandat ne sont pas neuves. En 2007, il avait proféré les mêmes menaces à l'encontre de la Turquie et s'était engagé  personnellement auprès du Conseil des organisations Arméniennes de France. Une fois élu, il était parvenu à enterrer plus ou moins discrètement ce dossier. Or, le candidat d'hier ne semble pas parvenir à gérer parfaitement la confusion des genres qu'il entretient lui-même entre son mandat actuel et et ses prétentions futures. A trop vouloir jouer au candidat, il en oublie parfois qu'il est encore président et que ses paroles et décisions ont beaucoup plus de poids que celles lancées sur le ton de la promesse au cours d'un meeting. S'il s'avisait à reconduire toutes ces remarques sur la démocratie en Russie, en Lybie ou au Venezuela, nous risquerions de nous retrouver rapidement très isolés.

 

Quoi qu'il en soit, la tension monte et elle ne sera pas sans conséquence. Nous avons été beaucoup amusés par la réponse du Premier ministre turc Erdogan qui accuse depuis vendredi 23 décembre la France d'avoir commis un génocide en Algérie. A la veille du cinquantenaire des Accords d'Evian qui va impulser une inflation éditoriale tout au long de l'année 2012, la question ne manque pas de piquant. Elle est bien entendue provocatrice mais elle a finalement le mérite de replacer la polémique sur le terrain de l'histoire. Elle montre que n'importe quel homme politique, au gré des tensions diplomatiques, peut s'amuser à semer la pagaille en pointant le passé national peu glorieux de son interlocuteur. A ce jeu, tout le monde peut gagner... mais seul les historiens peuvent se prévaloir du titre d'arbitre.

 

Il aurait peut-être été bon de les interroger dans ce domaine. Ils n'auraient probablement pas démenti la déclaration de Robert Bandinter : "Ce n'est pas aux parlementaires de dire l'histoire. Moins encore aux parlementaires français quand il s'agit de faits qui ont été commis en Asie mineure […] il y a un siècle, où il n'y a eu ni victime ni complicité française. Ça ne concerne en rien la France".
Encore une fois donc : laissons les historiens faire leur travail !

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21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 22:00

Anagrammes-renversantes.jpg

Etiennes KLEIN et Jacques PERRY-SALKOW, Anagrammes renversantes, Paris, Flammarion, 2011

 

Il n'aura pas échappé aux lecteurs les plus fidèles que le rythme d'édition sur ce blog s'est accéléré depuis quelques semaines. Plusieurs raisons sont à l'origine d'une telle productivité : 

   1. Les visiteurs sont toujours plus nombreux et, souvent, ils me font l'amabilité de m'envoyer quelques messages et propositions d'articles trop intéressants pour ne pas être abordés sur ces pages.

   2. De nouveaux projets viennent compléter progressivement les articles traditionnels qui ont fait le succès de ce blog. Ainsi, l'ami Mémorice de France chronique désormais avec nous l'actualité historico-politique française très chargée en cette période pré-électorale.

   3. Enfin, avec une audience grandissante, les maisons d'édition et de production sont de plus en plus nombreuses à nous faire parvenir leurs nouveautés sous la forme de livres, de DVD ou encore d'invitations à des inaugurations d'exposition. Qu'ils en soient ici remerciés.

 

C'est dans ce contexte qu'il arrive parfois dans ma boîte aux lettres des objets pour le moins surprenants et pour lesquels le lien avec les problématiques de ce blog peut paraître impossible ou illusoire. C'est un peu l'impression que j'ai ressentie à l'ouverture du colis de chez Flammarion. Curieux de nature et modeste amateur des belles-lettres, je n'allais pas me faire prier pour m'isoler quelques heures et me plonger dans l'écume des mots. En revanche, écrire un article sur un blog traitant de questions historico-mémorielles à propos d'un essai écrit par un physicien et un pianiste sur les anagrammes relevait a priori d'un exercice de style aussi risqué que de demander à Mickael Vendetta d'écrire la suite des Cent Vingt Journées de Sodome du marquis de Sade. 

Et pourtant, il m'a été impossible de reposer ce livre avant d'en avoir goûté la dernière page et je vais désormais m'essayer à rassembler les miettes de cette bombance.

 

Il faut tout d'abord expliquer le principe de l'ouvrage.

Chaque page commence par une expression, un nom ou un proverbe qui enclenche un très court récit de quelques lignes... se concluant par un anagramme des premiers mots.

Ainsi, au bout de quelques pages seulement, on se prend au jeu et on voudrait lire toujours plus vite pour arriver au dénuement. Certains se surprendront à tricher pour aller directement jusqu'à la prouesse lexicale. D'autres, comme moi, se munieront d'un buvard encore marqué de leurs hésitations orthographiques d'enfance pour ménager le plaisir.

Parmi les sujets traités par les auteurs, la science (et Albert Einstein) revient régulièrement, probablement par déformation professionnelle d'Etienne Klein. Néanmoins, les sujets historiques sont légion et ils feront le plus grand bonheur des lecteurs de ce blog.

Léonard de Vinci est par exemple décrit par le mystère du génie et de la prolifération de son oeuvre : le don divin créa.

L'Origine du monde (de) Gustave Courbet n'a jamais été aussi bien analysée que par l'image de ce vagin où goutte l'ombre d'un désir.

A l'inverse, le marquis de Sade que nous évoquions ci-dessus ne se résume pas d'une critique trop souvent constituée d'aléas merdiques.

Marie-Antoinette d'Autriche quant à elle, peut difficilement mieux être peinte que comme cette amie (qui) hérita du Trianon.

 

Je ne multiplie pas trop les exemples, de peur de déflorer cet objet qui, plus qu'un livre, saura susciter l'amusement, l'envie, voire l'écriture.

On ne peut cependant ressortir de cette lecture sans une réflexion quasiment métaphysique sur ce que les auteurs appellent "le sens caché du monde". Que penser en effet de certains anagrammes qui semblent avoir été écrits pour que l'histoire un jour les décode ? Pourquoi la madeleine de Proust suscite-t-elle cet orgasme mémoriel si ce n'est pour éclairer la ronde ailée du temps ? Pourquoi le premier dirigeant noir à la tête des Etats-Unis devait-il s'appeler le président Barack Hussein Obama si ce n'est pour rendre hommage à Rosa Parks, à ce bien humble destin ?

 

Chaque année, j'offre à mes proches pour noël un petit livre que je souhaite partager. L'année dernière, comme de nombreux français, j'avais modestement contribué au succès de Stéphane Hessel dont je suivais le parcours sur ce blog bien avant qu'il n'invite ses concitoyens à s'indigner. Dimanche, ce sera au tour des Anagrammes renversantes de trouver leur place sous le sapin.

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21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 13:21

 

Lundi 5 décembre 2011, la police allemande a effectué des perquisitions chez six octogénaires soupçonnés d'avoir participé  au massacre du village français d'Oradour-sur-Glane, dont des habitants ont été tués par les nazis le 10 juin 1944.

Selon un communiqué de l'AFP, les suspects ont tous entre 85 et 86 ans et appartenaient à la 3e compagnie du 1er bataillon du régiment Der Führer de la division blindée SS Das Reich, qui a orchestré ce carnage faisant au moins six cent quarante-deux victimes, dont deux cent quarante-sept enfants.

 

Oradour.jpg

Oradour sur Glane en 1945 (source : Service Historique de la Défense)

 

Pour l'heure, aucun document ne permet d'affirmer que les six hommes aient une responsabilité directe dans ces massacres. Agés d'environ 19 ans au moment des faits, il est guère probable que l'un d'entre eux ait exercé des fonctions de commandement. D'ailleurs, les intéressés se défendent pour le moment d'avoir pris part aux exactions. 

 

Outre cet évènement ponctuel, il est intéressant de constater qu'il existe toujours en Allemagne un office fédéral chargé de l'élucidation des crimes nazis

Sur le plan moral, il est tout à fait légitime qu'un tel organisme existe. L'ampleur des exactions et des victimes justifie des dispositifs exceptionnels visant non seulement à rendre la justice, mais aussi à jouer un rôle pédagogique pour une Allemagne qui a longtemps cherché à comprendre et à tirer un bilan de cette période sombre pour son histoire et celle du monde. 

Cependant, ne pourrait-on pas imaginer aujourd'hui, près de soixante-dix ans après les évènements, que cette page puisse être tournée sereinement ? L'Etat et le peuple allemand n'ont-ils pas fournis suffisamment de gages de leur repentance ? A quoi peut-il bien servir d'aller traquer ces vieillards qui ont probablement été hantés toute leur vie par des souvenirs terribles ? A vouloir réveiller sans cesse une mémoire douloureuse, ne fait-on finalement pas plus de mal que de bien ? Est-ce d'ailleurs vraiment le souhait des victimes ?

 

Ces questions sont difficiles et je ne prétends pas apporter une réponse définitive.

D'un côté, il y a la justice et l'histoire qui doivent s'exercer et dont les jugements et conclusions respectives constituent en soi une forme de reconnaissance et de réparation symbolique.

De l'autre, il y a la mémoire, la politique, le temps qui passe. Aux enjeux d'hier, pétris d'un souvenir douloureux, se substituent de nouvelles problématiques, des reconstructions et un avenir à consolider. 

Entre les deux, il devrait être possible de pouvoir respecter les victimes sans trop accabler des bourreaux qui, en l'état actuel de nos connaissances, n'ont guère le profil de tortionnaires, mais plutôt celui de jeunes hommes piégés par la folie d'un siècle sanguinaire.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires - lois et justice
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