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  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 09:11

Mémorice Président

Les candidatures se multiplient et le spectre d'un 21 avril (à l'endroit ou à l'envers) ne cesse d'être évoqué partout, par tous.

Avec tant de candidats, je me suis toujours demandé s'il était encore crédible d'évoquer un sens. Après tout, le but d'une telle partie n'est-il pas justement de ne plus savoir où donner de la tête ? De ne plus savoir dans quel sens vous allez puisque vos partenaires sont autant à gauche qu'à droite, devant et derrière ?

Le but ultime étant bien entendu toujours de niquer les extrêmes qui, relégués en début et en fin de peloton, ne pourrons jouir d'une position très confortable.

Ahhhhh si DSK ne s'était pas fait prendre à commencer la partie avant les autres, il aurait probablement mis son expérience à contribution pour donner un peu d'ordre dans ce qui ressemble pour l'instant à une débandade !

 

Le 21 avril disais-je. Cette date suffirait presque à justifier notre candidature. Elle est devenue un argument, un leitmotiv, voire une excuse pour les candidats trop faibles qui n'ont pas le courage de se lancer, mais aussi pour les plus forts qui peuvent ainsi imposer leur monopole.

Cette date est révélatrice de notre régime d'historicité qui se complaît dans un présentisme journalistique peu favorable à une réflexion de fond.

Cette date, finalement peu reluisante à l'échelle de l'histoire pluriséculaire de la France, a laissé un goût amer au bout des doigts de la plupart d'entre nous. Après plusieurs mois d'une partie insouciante où nous nous étions amusés sans nous protéger dans nos ébats et nos débats, nous étions contraints de nous diriger, penauds et confus, la queue entre les jambes, vers l'isoloir qui allait sceller notre destin dans une thérapie de choc.

 

Qu'est-ce donc que le 21 avril finalement ?

Pour moi, c'est la date légendaire de fondation de Rome en 753 avant JC. Certes, c'est éloigné chronologiquement et géographiquement ; mais n'est-ce pas plus réjouissant d'imaginer un avenir dans lequel un petit bout de la planète, pauvre et modeste, mais déjà riche culturellement et ambitieux, est parti à la conquête d'une nouvelle puissance.

Le 21 avril, c'est aussi le jour où Aristide Briand, talentueux et imposant président du Conseil dans les années 1920, a présenté avec son homologue allemand en 1928 un projet de traité visant à rendre la guerre hors-la-loi. Plutôt que de se réunir inlassablement pour tenter de panser des blessures économiques qu'ils ont contribué à ouvrir en jouant avec insouciance avec leurs camarades banquiers et patrons, ne pourrait-on pas imaginer que le couple Merkozy prenne un peu de hauteur et propose un traité plus ambitieux.

Le 21 avril, c'est aussi le droit de vote accordé aux femmes française en 1944, après de trop longues années de retard.

Le 21 avril enfin, c'est aussi la présentation par Condorcet à l'Assemblée Constituante d'un projet de décret général sur l'organisation de l'instruction publique.

Alors finalement, est-ce bien utile de retenir cette date du 21 avril 2002 qui a contribué à instaurer un climat de peur dans le pays sous l'ombre d'un homme qui n'a jamais rien compris au passé et qui entendait nous enfermer dans un avenir peu réjouissant ? Le ressasser sans cesse ne contribue-t-il pas à lui conférer une importance qu'il ne mérite pas ? Ne peut-on pas se doter de symboles plus positifs et encourageants ?

 

Un programme tourné vers l'avenir pour comprendre le présent, et réinventer le futur. Voilà mon programme résumé en une phrase qui fixe sa ligne directrice.

Je suis souvent amusé, parfois agacé, d'entendre mes concurrents présidentiables proposer des mesurettes qu'ils présentent toujours comme révolutionnaires, voire magiques. 

Si l'on fait un peu de tri dans notre mémoire sélective (et surtout si on veut bien arrêter de la laisser au contrôle de certains médias), on pourra ouvrir d'un air amusé l'album des présidentielles de 2007. Ah, que de bons souvenirs ! La belle et blanche Carla n'était pas encore délivrée de son château Faraghi sur la pointe du Cap Nègre, mais les sept nains s'affairaient déjà à construire le scénario parfait du conte de fée. La croissance ? Simplet ira la chercher avec les dents ! Les sans-abris ? Prof avait trouvé LA solution pour les supprimer d'un coup de baguette magique des rues du royaume ! La délinquance ? Grincheux s'en occupait déjà depuis des années et il allait pouvoir l'éradiquer définitivement grâce à ce nouveau quinquennat servi sur un plateau d'argent.

Hélas, les Français ont trop vite oublié leurs cours de littérature où il est rappelé qu'on n'écrit pas de bonnes histoires sans élément perturbateur et sans péripéties. Et là, patatra... la méchante sorcière Crisis est sortie du bois !

 

Mon programme propose aux Français d'éviter de se faire encore raconter des histoires comme à des enfants qu'on essaie d'endormir, pour mieux se tourner vers l'Histoire qui les responsabilise et les fait réfléchir.

Quitte à en décevoir quelques uns, j'affirme qu'il n'est pas possible pour un seul homme de trouver une solution miracle à tous les problèmes, tel un génie qui aurait une nouvelle idée tous les matins en se rasant (J'ajoute au passage que certains auraient mieux fait de se laisser pousser la barbe. Tout le monde sait que c'est un symbole de sagesse).

Plutôt que des idées et des réformes ponctuelles qui n'auraient déjà plus aucune valeur le lendemain matin puisque les marchés financiers se réveillent souvent du mauvais pied, que les collaborateurs internationaux changent aussi régulièrement qu'en France, je préfère proposer aux Français une ligne directrice, un chemin stable où les guides seraient mieux renseignés qu'un âne au milieu d'une forêt tropicale. 

 

Pour cela, j'ai déjà commencé à réfléchir à une équipe que je souhaite vous faire partager. En effet, j'ai toujours trouvé assez curieux de voter pour un seul homme sans vraiment savoir comment ensuite, par le jeu des tractations politiciennes, il distribue le pouvoir aux plus dociles ou aux plus offrants, sans réel souci de qualifications.

 

Voici donc les premières ébauches d'une équipe appelée à s'élargir et s'étoffer au gré des compétences, des envies et des spécialités. L'idée principale de ce gouvernement est d'assurer le plus souvent possible un binôme à la tête de chaque ministère, associant un historien et un spécialiste issu d'un autre corps professionnel, favorisant ainsi les débats, l'expérience et la réflexion. 

Certains ministères ont été regroupés, d'autres disparaissent, et certains apparaissent.

Enfin, quelques ministères demeurent pour l'instant orphelins et nos lecteurs pourront proposer quelques noms. 

 

Robert-Frank.jpgAu ministère des Affaires Etrangères et Européennes : Robert FRANK

 

 

 

 

 

 

 

 

Patrick-Garcia.jpg

 LAURENCE-DE-COCK.jpgAu ministère de l'Education Nationale, de la Recherche et de la Culture : Patrick GARCIA et Laurence DE COCK

 

 

 

 

 

 

 

Antoine-PROST.jpg  Yves-LESCURE.jpgAu ministère de la Défense et des Anciens Combattants et Victimes de Guerre : Antoine PROST et Yves LESCURE 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Emmanuel-TODD.jpgAu ministère du Travail : Emmanuel TODD

 

 

 

 

 

 

Jean-Noel-JEANNENEY.jpg   Francois-REYNAERT.jpgAu ministère des Médias et de la Communication :  Jean-Noël JEANNENEY et  François REYNAERT (dont je vous conseille au passage les articles dans le Nouvel Observateur. Vous ne pourrez plus vous en passer)

 

 

 

 

 

 

 

 

Au ministère du bonheur et des plaisirs : Alain CORBINAlain-CORBIN.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

christophe-studeny.jpgAu ministère des Sports :  Christophe STUDENY (proposé par Ernst pour ses travaux sur la vitesse et les déplacements - agrégé d'éducation physique et sportive)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marc-Boninchi.jpgphilippe-maurice.jpgAu ministère de la Justice :  Marc BONINCHI et  Philippe MAURICE (proposé par Ernst et dont je viens de découvrir la vie absolument incroyable)

 

 

 

 

 

 

 

Au ministère de la Santé :

 

Au ministère de l'Agriculture :

 

Au ministère de l'Economie et du Budget Durables :

 

 

 

Cet organigramme sera complété progressivement au fil des propositions et consultations.

 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et politique
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18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 13:02

 

Après l'excellent ouvrage précurseur et collectif dirigé par Jean-Michel CHAUMONT en 1997 (La concurrence des victimes : génocide, identité, reconnaissance) et après l'indispensable Guerres de mémoires (que nous avions recensé dans les premiers articles de ce blog) dirigé en 2008 par Pascal BLANCHARD et Isabelle VEYRAT-MASSON, une nouvelle référence semble émerger chez nos voisins belges.

 

Au gré des navigations dans le cadre de l'actualisation de ce site Internet, j'ai découvert un peu par hasard qu'un ouvrage venait d'être édité assez discrètement chez Armand Colin en novembre 2011. Je précise "assez discrètement" car je suis assez surpris du peu d'information et de promotion qui entoure le livre pour l'instant.

A défaut d'avoir pu avoir l'objet entre les mains, je relaie aux lecteurs de ce blog les renseignements que je suis parvenu à glaner sur Internet :

 

La-concurrence-memorielle.jpg

 

Les coordinateurs sont Geoffroy GRANDJEAN et Jérôme JAMIN.

Geoffrey Grandjean est Aspirant (doctorant) du Fonds de la Recherche Scientifique au Département de science politique de l’Université de Liège. Licencié en science politique de l’Université de Liège, il est aussi titulaire d’un Master of Arts in European Political and Administrative Studies (College of Europe, Bruges).

Jérôme Jamin est licencié en philosophie et docteur en science politique ; il enseigne la Science politique et la Philosophie politique à l’Université de Liège, à la Haute Ecole de la Province de Liège et au Conservatoire de Liège. Il est également chercheur au Centre d’études de l’ethnicité et des migrations où il enseigne et effectue des recherches sur les identités et la diversité culturelle.

 

Le profil de ces deux jeunes chercheurs est particulièrement intéressant car il oriente a priori la réflexion vers des problématiques liées aux sicences politiques. Ainsi, nous pouvons donc imaginer qu'il ne s'agit pas seulement d'une actualisation des ouvrages précédemment cités mais bien d'un apport novateur et enrichissant à une thématique de recherche en développement.

 

Le sommaire,  disponible sur Gallica, permet de confirmer cette impression : 

 

Préface

Mythologies et mémoire

    Georges Bensoussan

 

Introduction

Pluralité des mémoires collectives et dynamique concurrentielle

    Geoffrey Grandjean

 

Première partie : État de la question

La France et la concurrence des mémoires : l’impossibilité d’assumer le passé

    Régine Robin (Historienne et sociologue, Université du Québec à Montréal)

 

Pour mémoire, une mise en perspective historique des lois mémorielles

    Philippe Raxhon (Historien, Université de Liège)

 

Commémorations négatives, enseignements scolaires et éducation civique

    Sophie Ernst (Pédagogue, Institut National de Recherche Pédagogique, Lyon)

 

Deuxième partie : Études de cas

Quand des jeunes se souviennent : diversité de mémoires autour des faits génocidaires

    Geoffrey Grandjean (Politologue, Université de Liège)

 

Quatre registres de mobilisation mémorielle dans l’espace public européen

    Luis Bouza Garcia (Politologue, Collège d’Europe de Bruges)

 

Mémoires postalgériennes : la guerre d’Algérie entre héritage et emprunts

    Giulia Fabbiano (Anthropologue et sociologue, Université Paris 13 et Centre d’Analyse et d’Intervention Sociologiques)

 

De la nouvelle histoire et de son utilité en Israël : Les « nouveaux historiens » et l’ouverture à l’autre (1990-2010)

    Sébastien Boussois (Politologue, École Pratique des Hautes Études (Paris) et Université Libre de Bruxelles)

 

Troisième partie : Études connexes

 

La Shoah, le génocide paradigmatique

    Joël Kotek (Historien et politologue, Université Libre de Bruxelles et Institut d’Études Politique de Paris)

 

La construction des faux souvenirs : une analyse cognitive

    Serge Brédart (Psychologue, Université de Liège)

 

Conclusion

 

Postface

Les Territoires de la mémoire

 

Les articles proposés dans ce recueil semblent originaux par leurs titres et par les auteurs mobilisés.Nous attendons donc avec impatience de pouvoir en lire davantage.

 

La découverte de cet ouvrage a été accompagnée par celle d'un site Internet animé par les deux auteurs qui approfondissent régulièrement leurs réflexions au gré de l'actualité : www.memoire-politique.net

Soyons clair : j'ai eu l'impression en consultant leurs pages d'avoir trouvé pour la première fois un cousin très proche de ce blog. Une rencontre familiale est peut-être à prévoir...

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17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 10:44

 

Dans ma boîte aux lettres récemment...

 

Quelques-jours-avec-Hitler-et-Mussolini.jpg

Ranuccio Bianchi Bandinelli, Quelques jours avec Hitler et Mussolini, Paris, Carnets Nord, 2011

 

L'overdose est proche. Les années passent mais jamais l'engouement pour ces dictateurs ne semble vouloir s'affaiblir. 

 

Le phénomène est tel qu'on a commencé à le théoriser. Ainsi,  l'avocat américain Mike Godwin est-il à l'origine d'une loi éponyme visant à montrer que plus un débat dure, plus les probabilités qu'un interlocuteur ait recours à une comparaison impliquant Adolf Hitler ou le régime nazi augmente (ayant régulièrement à modérer les propos d'internautes sur ce blog, je ne peux que souscrire à cette thèse dans ma pratique quotidienne). 

Si cette loi a d'aileurs été initialement pensée pour décrire les discussions sur Internet, son application se vérifie régulièrement dans le champ du débat politique. Ainsi, Mémorice de France a-t-il récemment rappelé les propos de  Chistian Estrosi en 2009 tentant de défendre le débat sur l'identité nationale. En 2009 toujours, c'est la ministre  Christine Albanel qui sombrait dans la même dérive à l'Assemblée nationale dans le cadre d'un débat sur l'Hadopi.

 

Si le phénomène est vérifié, sa matrice n'est pas encore totalement expliquée. Peut-être faut-il y voir pourtant la conséquence d'une prédisposition culturelle et mémorielle.

Il devient en effet difficile dans notre société contemporaine de réfléchir autrement que par un système binaire et manichéen où le bien s'oppose systématiquement au mal. Certes, ce modèle de pensée existe depuis l'époque médiévale et il serait réducteur de ne pas évoquer le caractère éminemment religieux de son origine. Néanmoins, il me semble que le "désenchantement du monde" étudié par Max Weber au début du XXe siècle a conduit à une forte redéfinition des valeurs au cours des dernières décennies. Désormais, l'enfer n'est plus l'unique pendant du paradis. Progressivement, l'antagonisme suprême a été substitué à des considérations beaucoup plus terrestres qui associent le bien à la démocratie libérale face aux régimes autoritaires et dictatoriaux dont le summum aurait été atteint par Hitler.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, tout conduit à adhérer à un tel paradigme : l'enseignement, le cinéma, la littérature... les moyens traditionnels sont mis au service de cette propagande (au sens strict du terme, c'est-à-dire la diffusion d'une idée).

La dynamique étant enclenchée, elle se nourrit et s'entretient désormais elle-même. Au cinéma par exemple, lorsqu'il s'agit d'illustrer l'extrême violence, c'est toujours la figure d'Hitler et du régime nazi qui revient au premier plan. Ainsi, Stanley Kubrick fait-il regarder des images de la Seconde Guerre mondiale au personnage principal d'Orange mécanique pour le "guérir" de ses pulsions violentes. De même, quand Luc Besson fait découvrir la violence et la guerre de notre monde à Lilou du Cinquième élément, il fait défiler inlassablement les mêmes images.

 

Toute construction idéologique, pour être efficace, doit être simple, voire caricaturale. C'est une clef indispensable à son succès et à sa diffusion universelle. Force est de constater que l'exemple d'Hitler est particulièrement efficace dans ce domaine. Sa moustache et la croix gammée sont devenus des outils indispensable aux caricaturistes cherchant à illustrer un usage abusive de l'autorité ou une atteinte aux libertés fondamentales :

Anglea-Merkel-croix-gammee.jpg

Affiche observée en Grèce au mois d'octobre 2011

 

C'est en ce sens que la réédition de l'ouvrage de Ranuccio Bianchi Bandinelli est importante.

En mai 1938, cet éminent professeur d'archéologie et d'art antique est réquisitionné par le gouvernement de Mussolini pour accompagner la visite d'Hitler dans les musées de Rome et de Florence. Ne partageant pas les idées de ses deux visiteurs particuliers, l'intéressé tente en vain de décliner la proposition, avant qu'on ne lui face comprendre qu'il n'a guère le choix s'il souhaite conserver la liberté.

Ainsi, pendant plusieurs jours, cet homme qui se définit lui-même comme "médiocre" accompagne ces deux dictateurs en puissance dans un parcours surréaliste où l'inculture des responsables politiques qui aspirent à diriger le continent s'étale devant les plus belles oeuvres de la production européenne.

 

Chaque lecteur pourra trouver lui-même dans cet ouvrage des éléments qui répondront à sa représentation personnelle du mal en fonction de son cheminement intellectuel. Pour ma part, j'ai été particulièrement intéressé par les multiples mentions à la sexualité d'Hitler. Alors que cette facette est aujourd'hui peu étudiée, il est passionnant de lire sous la plume d'un contemporain qu'Hitler "avait une terminaison féminine, en phase avec l'incertitude sexuelle du personnage" (p. 9). Le Führer ne semble d'ailleurs pas très à l'aise avec cette ambiguïté autour de sa personnalité puisqu'il n'hésite pas à suspendre une conversation pour faire remarquer à ces interlocuteurs la proximité de "belles femmes" (p. 35) ou pour s'extasier un peu trop bruyamment devant des tableaux de nus féminins (p. 64). A chaque fois, Ranuccio Bianchi Bandinelli précise que cet enthousiasme est un peu trop forcé pour être naturel : "Il a beau faire claquer sa langue contre son palais comme s'il les savourait, son ton est détaché".

 

Sur ce point comme sur bien d'autres évoqués dans cet ouvrage passionnant, on comprend qu'Hitler n'était qu'un homme... dictatorial sans conteste, détestable par ses actes et ses idées impardonnables, mais certainement pas démoniaque !

Ce modeste livre n'est pas qu'un simple témoignage historique, c'est aussi une source de réflexion sur la matrice de notre régime mémoriel.

 

PS : Une autre descritpion de l'ouvrage sur le site de l'éditeur : http://www.carnetsnord.fr

Pour aider l'édition, les commerces de proximité et la production intellectuelle et artisitique, n'oubliez pas de l'acheter chez votre libraire plutôt que sur Internet.

 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Recensions
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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 08:03

Mémorice Président

 

Depuis quelques jours, la polémique ridicule ne cesse de se développer au détriment des principaux intéressés, nos voisins, amis et alliés Allemands, que personne n'est allé consulter.

 

Devant le tollé suscité au sein du gouvernement par les propos malheureux d'Arnaud Montebourg, difficile d'ignorer d'où l'incendie est parti.

Interrogé mercredi 30 novembre sur Public Sénat et France Info, le président du Conseil Général et député de Saône-et-Loire a dénoncé la "politique à la Bismarck" de la chancelière allemande Angela Merkel, qui est selon lui en train de "tuer elle-même la zone euro". Selon ces mots, la crise actuelle relèverait d'une question de "nationalisme allemand" dans laquelle la dirigeante construirait "la confrontation pour imposer sa domination".

 

 


Depuis, le nouveau jeu des journalistes et politiques consiste à ressortir des placards les casseroles des uns et des autres, afin de pouvoir se décerner mutuellement la palme de la germanophobie.

Le plus gros poisson dans cette pêche à l'absurde revient à Nicolas Sarkozy qui, durant la précédente campagne présidentielle en 2007, s'était illustré par des propos déjà très hasardeux dans lesquels il était difficile de ne pas saisir ses clins d'oeil nerveux dirigés vers l'est.


L'épisode est encore plus savoureux quand on prend connaissance des propos du chef de l'Etat dans l'interview qu'il a accordé au journal Le Monde lundi 12 décembre 2011. 
Comme un bon candidat non-déclaré, l'actuel président commence d'abord par taper sur ses opposants :
"Quant au mot de capitulation que j'ai entendu employer par certains, tout ce langage guerrier qui fleure bon le nationalisme d'antan, laissez-moi vous dire ce que j'en pense : je me sens français au plus profond de moi-même, mais mon amour de la France ne m'a jamais conduit à accuser nos voisins, nos alliés, nos amis. Et ceux qui cherchent à nourrir la germanophobie se déconsidèrent".

Les journalistes le renvoient alors courageusement à ses propos malheureux à l'encontre de l'Allemagne. L'intéressé a alors cette réponse absolument hallucinante :
"Les Allemands ont assumé leur histoire avec courage et lucidité. Nous n'avons rien à leur reprocher".

Ce que M. Sarkozy oublie un peu trop vite,c'est que ses propos s'inscrivaient justement dans le cadre d'une série de discours visant à marquer sa rupture avec la repentance. Selon lui, la France n'avait pas à rougir de son histoire (contrairement à son voisin germanique) et il fallait relever fièrement et orgueilleusement la tête plutôt que de la baisser en signe de recueillement et de respect. 
C'est probablement pourquoi il n'a pas hésité, à l'occasion des commémorations de la chute du Mur de Berlin en 2009, à diffuser une photgraphie de lui, tête haute et tournée vers l'avenir, en expliquant qu'il était présent pour ce moment historique et que tout son destin le portait alors à devenir un acteur de l'histoire... quitte finalement à réécrire un peu cette histoire qui ne lui laissait pas assez de place à son goût ! Nos voisins allemands n'ont pas vraiment apprécié la manipulation...
NicolasSarkozyMurBerlin.jpg

Dès lors, difficile aujourd'hui de comprendre ce qu'il entend par "assumer son histoire" : pense-t-il que l'Allemagne a arrêté de s'excuser ? A-t-il lui-même changé d'avis sur la question ? Ou bien tente-t-il tout simplement d'adapter son discours au gré des circonstances et des opportunités en espérant que personne ne le remarquera trop... ? 

Face à de telles agissements de part et d'autres de l'échiquier politique français, j'invite donc tous les citoyens français et allemands à s'unir derrière une candidature qui défend le respect et la paix des ménages dans le couple franco-allemand : la candidature de Mémorice de France.

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Mémorice de France

Actualisation : Un ami et sympathisant Mémoricien me rappelle une intervention particulièrement croustillante de Christian Estrosi le 26 novembre 2009 dans le cadre du débat sur l'identité nationale. C'est une véritable perle que je vous laisse découvrir :

Si vous aussi vous souhaitez faire partager des telles trouvailles pour illustrer cet article, n'hésitez pas à nous écrire !


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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 14:08

Les dernières semaines avant la trêve de Noël sont toujours intenses. Du coup, la revue de presse a pris du retard.

Voici, avec quelques semaines de retard, les sujets mémoriels évoqués dans le numéro de novembre 2011 de la revue L'Histoire.

 

L-Histoire-novembre-2011.jpg

 

 

Joseph ZIMET : chef d'orchestre de la "symphonie mémorielle" pour le centenaire de la Grande Guerre

C'est un CDD d'au moins 8 ans que l'adjoint au directeur de la DMPA (direction de la mémoire, du patrimoine et des archives) vient de signer en remettant au président de la République un  rapport sur la commémoration de la Grande Guerre. Trois ans avant le début des commémorations, L'Histoire consacre déjà quelques pages à ce jeune organisateur dont le visage deviendra prochainement familier des cérémonies.

Notre collègue  Mémorice de France avait évoqué ce rapport dans un de ses précédents billets hébergés sur ce blog. Nous l'avions également nous-mêmes rencontré à l'occasion d'une conférence sur la mémoire des fusillés aux Rendez-vous de l'Histoire de Blois en 2010.

L'homme est incontestablement brillant. Il lui faudra d'ailleurs mobiliser toutes ses qualités dans cette mission qui pourrait s'avérer périlleuse. Au-delà du calendrier électoral, il devra satisfaire les élus locaux et les citoyens, les historiens et les politiques, sans jamais froisser les susceptibilités de nos voisins européens.

Son rôle ne se limite pas en effet à celui de simple ordonnateur de défilés et commandeur des gerbes de fleurs. L'introduction de son rapport ne laisse aucune ambiguïté à ce sujet : "Durant quatre ans, de 2014 à 2018, la France sera l’hôte du monde entier". Les enjeux sont donc aussi hautement touristiques et, de fait, économiques. De plus, à l'image du bicentenaire de 1789, le centenaire de la Grande Guerre est incontestablement pensé et organisé comme un véritable moment de rassemblement visant à renforcer la cohésion nationale.

 

Pour l'heure, l'intéressé propose de retenir quelques grandes dates qui devraient rythmer une commémoration appelée à se prolonger durant huit années :

    - Une ouverture européenne, à Sarajevo, le 28 juin 2014, avec un grand rassemblement culturel européen et la réunion exceptionnelle des chefs d'Etat et de gouvernement européens pour une commémoration de l’événement déclencheur de la Première Guerre mondiale.

   - Une fête nationale, le 14 juillet 2014, mettant à l’honneur toutes les nations engagées dans la Grande Guerre, avec l’invitation des chefs d'Etat et de gouvernement pour le défilé du 14 juillet, où seraient invités à défiler les soldats de tous les pays belligérants de la Grande Guerre.

   - La commémoration du centième anniversaire de l’assassinat de Jean Jaurès, le 31 juillet 2014. 

   - Une commémoration décentralisée de la mobilisation générale et de l’entrée en guerre, le 2 août 2014, partout en France, avec le concours des communes

   - La commémoration de la première bataille de la Marne, au mois de septembre 2014.

   - L’entrée au Panthéon de Maurice Genevoix, porte-parole de la génération des combattants de la Grande Guerre, le 11 novembre 2014.

 

La force du projet zimetien repose également sur des initiatives culturelles et mémorielles visant à approfondir et prolonger le travail de commémoration. Ainsi, les historiens sont-ils réquisitionnés, mobilisés et ainsi impliqués dans une entreprise qui va susciter une forte inflation éditoriale. Le directeur adjoint de la DMPA propose trois chantiers forts intéressants :

   - La numérisation massive d’archives individuelles de la Grande Guerre et la mise en ligne, durant le Centenaire, de l’ensemble des registres matriculaires des huit millions de combattants de la Première Guerre mondiale.

   - Le soutien national (voire international) au projet d’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO des « paysages et sites de mémoire de la Grande Guerre » proposé par treize conseils généraux, avec l’appui de l’Assemblée des départements de France (qui viendrait du même coup concurrencer la candidature des plages de Normandie). 

   - Enfin, la mise en place d’une commission de réflexion sur la question des fusillés de la Première Guerre mondiale, chargée de formuler des propositions au Président de la République.

 

On peut regretter néanmoins que Joseph ZIMET n'ait pour l'instant intégré aucune initiative liée véritablement à l'enseignement de l'histoire et aux réseaux sociaux.

A une période où la discipline historique est attaquée de toutes parts au sein de l'Education Nationale, les projets pédagogiques liés à la Première Guerre mondiale qui passionne généralement les élèves seraient un formidable tremplin pour consolider sa place dans l'enseignement. 

Pourquoi ne pas proposer également de revivre la Première Guerre mondiale en temps réel via Twitter comme l'a entrepris depuis quelques jours un ex-étudiant en histoire pour la Seconde Guerre mondiale ?

 

Le projet a bien le temps d'être encore quelque peu peaufiné. Ces prochaines années seront de toute façon l'occasion d'étudier une véritable bulle mémorielle à laquelle nous accorderons une attention particulière sur ce blog. Le chef d'orchestre est certes talentueux, mais il ne peut hélas pas tout contrôler : ces commémorations seront un moment essentiel pour comprendre les relations que la société française entretient encore avec son histoire et ses mémoires.

 

 

La "voie balte" est inscrite au registre de la Mémoire du monde de l'Unesco

 

voie balte

 

la "voie balte" est le nom donné à une immense chaîne humaine longue de 560 km reliant L'Estonie, la Lituanie et la Lettonie le 23 août 1989. Composée de deux millions de citoyens baltes, elle visait à commémorer le cinquantenaire du pacte germano-soviétique à l'origine de l'annexion des trois États au sein de l'URSS.

Le dossier de l'Histoire consacré aux derniers jours de l'URSS nous rappelle que cette réalisation éphémère a été inscrite en 2009 au registre de  la Mémoire du monde l'Unesco qui a pour objectifs la préservation et la valorisation du patrimoine documentaire.
Quel rapport me direz-vous ? Aucun a priori puisque le "patrimoine documentaire" consiste ici en une sélection de "documents importants et soigneusement sélectionnés".

Quoiqu'il en soit, l'évènement est intéressant car il montre comment, quelques semaines seulement avant le vote de l'indépendance par le parlement lituanien (le 11 mars 1990), les peuples baltes pouvaient encore se réunir (par incitation politique mais aussi dans une certaine forme de ferveur populaire) pour une manifestation mémorielle complètement en contradiction avec le sens de l'histoire qui allait s'écrire quelques jours plus tard sur les mêmes territoires et avec les mêmes acteurs.

 

 

De Gaulle et la réhabilitation du général Pétain

Dans un article absolument passionnant, l'historien Sudhir Hazareesingh dépouille les centaines de milliers de lettres qui ont été envoyées au général De Gaulle par les Français entre 1958 et 1969. Dans la masse des demandes, remerciements et autres déclarations enflammées, l'auteur signale qu'il a retrouvé de nombreuses missives lui demandant de réhabiliter le maréchal Pétain par le transfert de son corps à Verdun ou à Douaumont. Ces demandes sont tellement nombreuses que Sudhir Hazareesingh pense qu'elles s'inscrivent dans le cadre d'une "campagne" organisée.

Un tel sujet mériterait d'être approfondi tant il remet en question nos connaissances autour de cette question : ainsi, une mémoire du général Pétain aurait perduré au-delà des périodes mémorielles résistancialistes puis victimaires. De tels travaux nous permettraient peut-être de mieux comprendre la résurgence actuelle de revendications similaires.

 

General-Mawime-Weygand.jpg

Le Général Maxime Weigand a été président d'honneur d'une association

pour défendre la mémoire du Général Pétain jusqu'à sa disparition en 1965

 

 

Les mémoires d'Hiroshima

Devant le spectre fumant de Fukushima, Laurent Nespoulous tente de comprendre la place de la mémoire d'Hiroshima dans la gestion japonaise du drame nucléaire.

De façon sommaire, mais efficace, il trace les principales lignes d'une mémoire qui n'est décidément jamais anodine : la censure américaine s'est d'abord exercée dès les premières semaines après l'explosion afin d'éviter une trop forte condamnation d'un acte suffisamment brutal dont personne ne connaissait vraiment les conséquences. Ensuite, ce sont les autorités japonaises qui ont pris le relais. Selon l'auteur, elles avaient alors intérêt à ne pas trop évoquer les horreurs du bombardement afin d'éviter que la population ne se retourne contre une classe politique jugée responsable de cette fuite en avant vers la guerre.

Néanmoins, les mémoires personnelles ont perduré et semblent se réveiller depuis le début des années 2000. Les mémoires associatives ont également permis l'émergence de lieux commémoratifs et de centre de documentation qui permettent aujourd'hui d'inscrire Hiroshima parmi les lieux mémoriels les plus touristiques du Japon. Bien que l'argument ne soit pas politiquement correct, nous devons également admettre que  c'est cette mémoire qui porte la candidature d'Hiroshima-Nagasaki pour organiser les Jeux Olympiques en 2020.

 

Memorial-Hiroshima.jpg

Mémorial de la Paix d'Hiroshima, aussi appelé Dôme de Genbaku

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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 17:26

 

On pensait avoir tout dit sur la Seconde Guerre mondiale. Mon libraire me répète assez souvent qu'il en a marre de voir ces livres écrits et réécrits venir alourdir ses étagères. Sous prétexte de changer l'angle d'approche, d'apporter un nouveau témoignage exclusif ou bien d'apposer simplement la mention "raconté à mon fils", l'historigiographie de cette période historique n'en finit plus de faire couler des océans d'encre délavée par les larmes de l'émotion. Chaque maquis peut désormais s'enorgueillir d'avoir son historien officiel ; rares sont les témoignages qui sommeillent encore dans les greniers et les caves. Les éditeurs se sont emparés de chaque souvenir et de chaque récit.

Je ne vais pas le nier, je contribue moi-même à cette inflation par l'intermédiaire de mes travaux de recherche mais aussi avec ce blog dont de nombreux articles portent sur la Seconde Guerre mondiale. Cela ne doit néanmoins pas nous empêcher de prendre un peu de recul sur cette période historique et de nous interroger sur les lectures mémorielles et historiennes qui se sont succédées depuis plusieurs décennies.

De récents ouvrages relayés sur ces pages permettent de relativiser les logiques jusqu'alors unanimement acceptées. Après les écrits de  Pierre Laborie et d'Hasia R. Diner, il n'est par exemple plus possible de croire qu'une mémoire s'est réellement imposée sans concession face à d'autres durant de longues périodes. On pense plutôt aujourd'hui que certaines mémoires ont été parfois plus ou moins médiatisées et relayées, ou plus ou moins efficaces selon les périodes observées.

Il n'en reste pas moins que certains aspects demeurent inconnus des livres d'histoire et de la plupart des récits. Lorsque j'ai commencé mes travaux en 2005, je me souviens notamment qu'Annette Wieviorka m'avait assuré au cours d'une conférence qu'il était impossible de travailler sur la sexualité au sein de l'univers concentrationnaire. Les sources étaient selon elles inexistantes et les témoignages silencieux sur cette question. Force est de constater depuis six que sa position a évolué et que les travaux se sont multipliés (y compris sous sa direction).

Ces minces mais solides avancées nous permettent désormais d'ouvrir de nouvelles problématiques jusqu'alors complètement occultées. Parmi elles, celle des enfants nés d'amours interdits entre Français et Allemands de 1940 à 1945.

 

Différents éléments permettent d'expliquer partiellement un tel silence :

   1. Dans l'immédiat après-guerre, il était préférable de dissimuler ce qu'il était alors convenu de désigner sous l'expression de "collaboration horizontale". Des travaux passionnants ont été entrepris sur la répression appliquée durant les quelques semaines qui ont suivi la libération du territoire national : c'est le cas notamment de l'ouvrage de Fabrice Virgili sur les femmes tondues.

   2. Ensuite, ces secrets de familles ont été perpétués, souvent dans l'intérêt de l'enfant. Des rumeurs ont bien circulé dans les villages, des moqueries pouvaient s'exprimer dans les cours de récréation, mais la plupart du temps des arrangements ont permis de maquiller les amours interdits : invention d'une permission discrète qui aurait coïncidé avec la période de conception de l'enfant, recueillement d'un cousin dont les parents auraient disparu dans la tourmente des évènements, etc.

   3. Enfin, le temps passant, la mémoire s'est apaisée et les questions se sont dispersées. Alexandre Jardin a très bien montré dans son dernier roman comment certaines familles ont progressivement recouvert leurs souvenirs d'un voile pudique, d'autant plus lorsqu'il s'agissait de dissimuler des écarts de conduite que la morale chrétienne réprouve.

 

Et pourtant, de nombreuses questions restent en suspens dans cette chronologie à la minuterie trop bien huilée.

Pourquoi cette "troisième génération" que l'on décrit souvent comme avide d'histoire et de mémoire familiale a-t-elle finalement si peu communiqué sur ces histoires qui auraient séduit n'importe quel éditeur ? Faut-il croire que le cheminement mémoriel est encore trop difficile, entre collaboration et sexualité ?

Pourquoi les travaux historiques qui ont timidement commencé à aborder cette question se contentent-ils d'une étude des femmes françaises ayant fauté avec des soldats allemands. Doit-on vraiment croire que les hommes français restés à l'arrière ont été chastes et exemplaires avec les femmes au moins aussi esseulées qu'eux ?

Et que s'est-il passé outre-Rhin ? Les requis du STO (service du travail obligatoire), les prisonniers de guerre et les volontaires partis tenter leur chance au sein du grand Reich ont-ils été aussi asexués que l'historiographie veut bien le laisser croire ?

 

Un ouvrage publié récemment esquisse quelques-unes de ces problématiques. Dans Des Étoiles sombres dans le ciel, Nadia Salmi tente de trouver des réponses à ces questions qu'elle a dû personnellement affronter depuis le décès de sa grand-mère en 2007.

 

Des-etoiles-sombres-dans-le-ciel.jpg

Nadia Salmi, Des Etoiles sombres dans le ciel, Paris, Oh Editions, 2011

 

Son récit est original car il lève certains tabous. Néanmoins, les chiffres avancés (de 200 000 à 400 000 "enfants de la honte") manquent d'une rigueur méthodologique qu'on ne saurait reprocher à l'auteur qui fait déjà preuve d'un grand courage en évoquant publiquement son histoire personnelle.

Espérons que cette étape permettra de dépasser les deux obstacles qui se sont dressés jusqu'à présent face à ces questions inédites dans l'historiographie de la Seconde Guerre mondiale :

   1. Une problématique mémorielle encore trop douloureuse,

   2. Une problématique historienne encore trop frileuse devant les questions de sexualité et de genre.

 

 

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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 17:16

Mémorice PrésidentDemain, lundi 5 décembre 2011, quelques uns des plus grands historiens français seront réunis dans une même salle pour un exercice académique essentiel dans la carrière d'un historien : son habilitation à diriger des recherches.

 

Ainsi, Pascal ORY (Université Paris I-Sorbonne), Christian GRATALOUP (Université Paris VII – Denis Diderot), François HARTOG (EHESS), Bogumil JEWSIEWICKI (Université Laval, Québec, Canada), Henry ROUSSO (IHTP-CNRS) et Jean-François SIRINELLI (Sciences Po) vont écouter pendant quelques minutes une synthèse des travaux d'un de leurs collègues pour lui permettre ensuite d'encadrer de nouveaux doctorants promis à un brillant avenir intellectuel.

 

Le jury est particulièrement prestigieux car le candidat l'est aussi : il s'agit en effet de Patrick GARCIA que tous les étudiants en histoire connaissent pour l'ouvrage historiographique et épistémologique incontournable qu'il a dirigé avec Christian Delacroix et François Dosse : Les courants historiques en France XIXe-XXe siècles. 

Les-courants-historiques.gif

 

Si nous relayons cette information sur ce blog, ce n'est pas seulement parce que Patrick Garcia a bercé nos études d'histoire. C'est aussi parce qu'il est un brillant historien qui a consacré son doctorat à l'étude du Bicentenaire de la Révolution française. L'un de ses domaines de recherche concerne donc la commémoration et les usages publics du passé.

Son habilitation sera d'ailleurs l'occasion pour lui de présenter un essai inédit intitulé : Grammaires de l’incarnation. Les Présidents de la République et l’histoire (1958-2007). 

 

Vous vous doutez donc bien, chers lecteurs, qu'avec un tel CV, les deux auteurs de ce blog se sont réunis pour saluer et féliciter l'impétrant.

Ils espèrent avec impatience que le contrat a déjà été signé avec un éditeur et que l'ouvrage sera bientôt sur les rayons des meilleurs libraires. 

De plus, ils pensent que Patrick Garcia aurait beaucoup de réflexions très intéressantes à partager sur la présidentielle à venir du fait de ses travaux.

Les pages de ce blog et l'équipe de Mémorice lui sont ouvertes.

 

Mickaël Bertrand et Mémorice de France


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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 17:09

Mémorice Président

 

Je ne suis visiblement pas le seul à penser que l'enjeu de la prochaine éléction présidentielle est historique. Tout dépend maintenant de la signification que chacun place derrière ce terme. 

 

Cette semaine dans Libération, l'humoriste-trublion Stéphane Guillon s'est essayé à un exercice intéressant qu'il était impossible de ne pas relayer sur ce blog (à lire ici).

Dans un billet intitulé Le quiquennat de la mort, il dresse la situation d'un séminaire d'historiens et sociologues se réunissant le 6 mai 2032 pour débattre 30 ans après de la victoire de Nicolas Sarkozy aux élections présidentielles.

 

En sciences humaines et sociales, cette pratique a un nom : il s'agit d'histoire contrefactuelle ou d'uchronie. Certains tentent même depuis quelques temps d'en faire un champ disciplinaire reconnu et un renouvellement historiographique capable de redonner un peu de vie à une discipline qui ne cesse de s'essoufler, jusqu'à en faire tomber les dernières miettes du haut de la falaise (Je me dois de préciser ici que le responsable de ce blog a tenu à ajouter ce paragraphe en m'expliquant que ses lecteurs François Dosse et Roger Chartier comprendraient... Si tel est le cas, merci de m'expliquer !)

 

Bref, je reprends le contrôle de la plume pour préciser que si Stéphane Guillon souhaite reproduire l'exercice, il est le bienvenu dans notre équipe de campagne. Son article s'inscrit en effet parfaitement dans la logique de ma candidature.

La question qu'il place dans la bouche de nos futurs enfants est d'ailleurs particulièrement pertinente (le "nos" étant ici théorique et généralisant ; Stéphane et moi-même n'avons pas encore consommé notre union) :

«Comment nos parents ont-ils pu se faire b… une seconde fois ?» 

Certes, je vous accorde que nos enfants finiront forcément un jour par prononcer cette phrase, que ce soit pour commenter l'élection présidentielle de 2012, les négociations économiques et écologiques en cours et à venir, ou bien la dernière énormité qu'ils viennent de nous faire avaler pour mieux nous cacher qu'ils vont à une Hell Party, écouter du Sanmon et absorber du Cuicui (inutile d'aller chercher sur Google, tous ces noms viennent d'être inventés pour coller avec l'uchronie que je vous distille progressivement depuis quelques lignes).

Sous une formulation un peu rustre, ce que l'humoriste essaie donc de nous faire comprendre relève d'une réflexion sur la postérité. Eh oui ! Vous ne vous en étiez peut-être pas rendu compte à la lecture de son billet, mais Guillon a chatouillé votre intellect au plus profond et révélé votre capacité à mettre en lien le passé, le présent et le futur.

 

Le passé tout d'abord. Qui se souvient encore des vacances indécentes sur le yacht de Bolloré ? De la soirée au Fouquet's ? Des rolex ? Du plan com' autour d'une rencontre dysneylandisé avec Carla ? De son silence parallèle face aux affaires qui n'en finissent pas, d'Hortefeux à Woerth en passant par Amara ? Qui se souvient de ses promesses de campagne ? De son assurance en parlant d'une République irréprochable ? De son orgueil à affirmer qu'on ne serre pas la main à un dictateur ? De son mépris enfin en promettant que personne ne logerait plus dehors sous sa présidence ?

 

Le présent, lui, sera bien tourmenté dans les prochaines semaines. La crise, ce mot tellement insignifiant pouvant désigner autant la fin du monde qu'une dispute conjuguale, sera sur toutes les lèvres. Et pendant ce temps bien sûr, il ne sera pas question de regarder dans le rétroviseur. La situation tragique (ou présentée comme telle) nous obligera à regarder droit devant, à fixer un cap, quitte à resserer parfois les oeillères pour ne pas trop voir ceux, nombreux, qui seront alors laissés au bord de la route.

 

Le futur sera quant à lui présenté comme rayonnant, resplendissant ; que dis-je, éblouissant ! La gauche, le centre, la droite et leurs extrêmes respectifs voudront nous faire croire qu'ils détiennent LA solution à tous nos problèmes. C'est de bonne guerre et c'est le principe de la politique : essayer de faire croire aux citoyens que tout peut-être réglé en quelques propositions infantilisantes quand on sait pertinnement que le monde est bien plus complexe.

 

Moi, Mémorice de France, je vous exhorte de voter pour celui qui ne vous méprise pas suffisament au point de penser qu'il faille caricaturer le monde au même niveau que les histoires que vous raconter chaque soir à vos enfants. Dans les deux cas, c'est le même but qui est recherché : l'endormissement.

Moi, Mémorice de France, je vous conseille de relire votre histoire pour ne pas reproduire les mêmes erreurs que nos prédecesseurs.

Moi, Mémorice de France, je vousinvite à rejointe mon mouvement et à soutenir ma candidature.

 

Pour écrire ensemble l'histoire, sans perdre la mémoire

Mémorice de France

 

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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 20:15

Present--Nation--Memoire.jpg

 

On ne présente plus Pierre Nora ; on le cite.

Sur ce blog, comme dans bien d'autres ouvrages, les travaux de cet illustre historien-éditeur-intellectuel-académicien sont une référence dont on aime se délecter. Rares sont les moments où ses livres quittent la proximité du bureau pour rejoindre la poussière d'autres auteurs entassés sur des étagères encombrées. N'ayant aucune pitié pour ma tasse à café qui peine à se trouver une modeste place dans ce chantier, l'homme vient d'ajouter un nouveau titre à sa réflexion sur les rapports entre l'histoire, la mémoire et l'identité nationale.

 

Le Point.fr a publié le mois dernier de savoureux extraits sur son site Internet (à lire ici) dont les citations suivantes pourraient constituer de magnifiques sujets d'interrogation au CAPES ou à l'agrégation d'histoire :

   - "Comme toujours, l'histoire fait l'historien plus que l'historien ne fait l'histoire".

   - "L'arrivée de François Mitterrand à la présidence de la République et le retour tambour battant de la gauche au pouvoir après plus d'un quart de siècle ont paru marquer sur le moment les retrouvailles de la France avec l'histoire. Rétrospectivement, elles se révèlent avoir été les épousailles de la France avec sa mémoire".

 

L'ouvrage n'apporte pas vraiment d'idées originales. Il s'agit en fait d'un recueil de 32 articles signés par Pierre Nora des années 1970 à nos jours. Et pourtant, la réunion de ces différentes réflexions constituent en elles-mêmes un apport incroyable au travail de l'historien. Elle montre comment la mémoire s'est progressivement imposée face à la science historique, parfois jusqu'à la surenchère et au conflit, jusqu'à ce que les historiens tentent de la dompter en l'abordant comme un objet d'étude. La défiance n'est cependant pas totalement dépassée puisque les études mémorielles peinent encore à s'imposer comme un réel champ disciplinaire autonome.

 

Mémoire individuelle, mémoire collective, mémoire historique, mémoire du temps présent, décolonisation de l'histoire et affirmation de mémoires communautaires sont autant de thématiques abordées dans cet ouvrage qu'il convient de feuilleter et de consulter régulièrement pour fixer les grandes lignes théoriques des sujets discutés quotidiennement sur ce blog.

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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 14:50

Mémorice Président

 

Jamais je n'aurais pensé en me lançant dans cette campagne présidentielle devoir travailler autant pour réagir aux propos de mes concurrents.

 

Je ne vois que deux explications à cette inflation des propos historico-mémoriels :

   1. Mes concurrents se sont ligués contre ma candidature qu'ils jugent vraiment trop dangereuse (et ils ont raison de le croire).

    2. La campagne présidentielle constitue un moment particulièrement fort durant lequel les candidats tentent d'incarner le plus fidèlement possible le pays qu'ils prétendent diriger. Dès lors, le recours à l'histoire est utilisé comme un outil visant à rassembler la communauté nationale. 

 

La dernière "petite phrase" en la matière n'est pourtant pas sortie de la bouche d'un candidat mais d'un de ses proches qui l'a soutenu et qui fait désormais partie de son équipe de campagne : il s'agit de Gérard Collomb, sénateur-maire de Lyon et désormais  chargé des relations avec les entreprises et les grandes villes dans la campagne de François Hollande.

 

Cette semaine, dans le Parisien-Aujourd'hui du mardi 22 novembre, l'intéressé a déclaré à propos de l'accord PS/EELV qu'il s'est "toujours battu contre les khmers rouges" et qu'il refusera par conséquent de plier devant les "khmers verts" et leur "terrorisme intellectuel". Les écologistes apprécieront !

 

J'ai immédiatement convoqué mes conseillers en communication pour préparer une réaction à cette déclaration qui m'a fait renverser mon café sur mon écharpe tricolore (Je l'ai discrètement emmené au pressing avant de croiser Michelle Alliot-Marie...  de peur qu'une telle maladresse soit interprétée comme un outrage au drapeau).

J'ai alors été surpris par la tempérance d'un de mes conseillers face à ce raccourci historico-mémoriel : "Tu sais Mémorice, il faut être percutant, trouver des phrases chocs, interpeler l'esprit des électeurs. C'est ça la stratégie de Gérard et des autres ! Et ça marche : il fait la Une des Journaux ! ".

Fichtre ! Diantre ! Faut-il résolument accepter les règles de la nouvelle communication politique ou est-il encore possible de parler à l'intelligence des électeurs plutôt qu'à leur "esprit"  aussi volatile qu'une réforme du quinquennat ?

 

Nous nous sommes donc mis au travail pour demander quelques explications au maire de Lyon :

   1. Que veut-il dire par : "Je me suis toujours battu contre les Khmers rouges" ? A-t-il fait son service militaire au Cambodge ? A-t-il participé à des actions internationales contre ce mouvement militaire entre 1975 et 1979 ? Ou bien se contente-t-il d'enfoncer des portes ouvertes en condamnant a posteriori ce que beaucoup ont regardé sans broncher à l'époque ?

   2. Est-il conscient de la comparaison hasardeuse et outrageante qu'il commet autant à l'encontre d'EELV que des victimes de ce régime sanguinaire ? Ne le regrette-t-il pas ?

 

La comparaison historique est en effet une pratique courante chez les hommes politiques. Parfois, elle peut être éclairante ; souvent, elle est absolument abusive et ne sert que des intérêts immédiats et électoraux.

 

Le dernier a avoir publiquement mobilisé l'histoire des khmers rouges s'appelle François Devoucoux du Buysson. En 2003, il a publié un ouvrage intitulé Les Khmers roses, Essai sur l'idéologie homosexuelle (Editions Blanche).

Khmers-roses.jpg

 

L'auteur le reconnait lui-même aujourd'hui, son livre a été boudé par le plupart des médias et librairies alors que son travail pose (avec une tonalité certes dérangeante et parfois polémique) des problématiques intéressantes. Le maire de Paris, Bertrand Delanoé, avec qui l'auteur semble entretenir des relations plutôt tendues, n'a visiblement guère apprécié la comparaison qui le plaçait métaphoriquement à la tête d'une communauté prête à tout pour s'emparer du pouvoir. 

 

Aujourd'hui, des amis de la victime semblent s'être emparés de l'arme qui les menaçait jadis. Ne serait-il pas judicieux que Bertrand Delanoé intervienne auprès de son collègue et ami Gérard Collomb afin de lui faire retrouver raison ?

 

Pour écrire l'histoire, sans perdre la mémoire

Mémorice de France

 

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