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  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

22 novembre 2011 2 22 /11 /novembre /2011 12:31

Mémorice Président

 

 

 

 

 

Comme tout bon candidat qui se prépare à l'échéance présidentielle, j'étudie avec précision les propositions et inflexions idéologiques de mes concurrents.

 

Ce week-end, c'était au tour de  Marine Le Pen de se lancer officiellement dans la course. Pour les plus courageux, je vous propose d'écouter son discours retransmis par la chaîne parlementaire :

 

 

 

 

 

 

 

 


Il ne s'agit pas pour moi de me prononcer ici sur les propositions économiques et sociales d'un parti qui a encore présenté récemment des candidats pour le moins surprenants aux élections régionales : les talents semblent tellement rares dans les cadres du parti qu'il est nécessaire de recourir à des escort-girl, des gardes du corps et autres jeunes gens condamnés par la justice pour apologie de crime contre l'humanité, injures à caractère raciste et violences volontaires.

En revanche, je m'interroge beaucoup sur les axes historico-mémoriels de la campagne de la nouvelle candidate Marine Le  Pen. Voulant briser (ou du moins le faire croire) son complexe oedipien, cette dernière n'a cessé ces derniers mois de rappeler son indépendance face aux lourds héritages paternels. Il faut en effet lui reconnaître que cela ne doit pas être facile de justifier sans cesse les excès passés de son père.

Soit. Reconnaissons lui donc la blancheur immaculée d'une Jeanne d'Arc qui n'aurait pas encore été brunie par la fumée pestilentielle d'un feu "détail de l'histoire".

Penchons nous donc naïvement sur son discours et tentons de comprendre sa lecture de l'histoire. Plusieurs éléments ont été très judicieusement relevés par  Nicolas Lebourg, chercheur et spécialiste de l'extrême-droite pour le Nouvel Observateur : 

1. "le banquet des mille"
La manifestation organisée ce week-end a été baptisée  "Le banquet des Mille" par l'organisation frontiste. La salle ne pouvait-elle contenir que mille personnes ? Marine est-elle une inconditionnelle lectrice du Banquet de Platon ?
Pas du tout. Il s'agit en fait d'une référence érudite à une manifestation du 14 mars 1948 visant à rassembler en association les droites françaises contre la IVème république, contre l'inéligibilité des anciens collaborateurs avec l'occupant nazi et pour la réhabilitation de la mémoire du Maréchal Pétain.
En termes de symbole, on peut difficilement faire plus clair... même si cela jette du coup une ombre sur la blancheur immaculée précedemment supposée. 

2. L'économiste modèle : François Perroux
Reprenant les thématiques portées par le candidat à la primaire socialiste Arnaud Montebourg, Marine Le Pen semble vouloir surfer sur la vague de la "démondialisation". Pas question pour autant de donner l'impression que le programme du Front National est un mélange des idées du PS et de l'UMP. Du coup, Marine et ses conseillers tentent de justifier cet emprunt en mobilisant les idéologues du parti.
Parmi les économistes, peu sont directement liés à l'extrême droite. François Perroux n'est donc pas un représentant de cette tendance politique. Ces travaux sont aujourd'hui encore reconnus et salués par ses successeurs. Néanmoins, son parcours durant la Seconde Guerre mondiale est un peu particulier : professeur à la faculté de droit de Paris entre 1939 et 1945, il codirige la revue maréchaliste La Communauté française, collabore à  Idées, revue de la Révolution nationale, puis crée en 1942 un groupe de réflexion, Renaître, avec Yves Urvoy.

Bref, il semble encore difficile au Front National de renouveler suffisament les idées pour qu'elles ne trouvent pas systématiquement leurs racines au temps du Maréchal.
Sur ce point précis, je trouve d'ailleurs que les journalistes politiques n'approfondissent pas assez leurs interviews de la candidate du Front Nationale.
Quelles sont ses idées sur l'enseignement de l'histoire en France ? Souhaite-t-elle le réformer ? Contrôler les programmes ? A-t-elle une opinion sur les lois mémorielles ? Assistera-t-elle aux cérémonies commémoratives de la Journée nationale de la déportation en avril 2012 ?
Ces sujets peuvent sembler très pointus et ne pas intéresser les citoyens au premier abord. Et pourtant, je pense que c'est en éclairant la vision de l'histoire d'un candidat qu'on peut (entre autres sujets, il ne s'agit pas d'être exclusif) mieux comprendre sa vision de la France et ses projets pour l'avenir.  

Pour écrire l'histoire, sans perdre la mémoire
Mémorice de France

PS : Vous êtes de plus en plus nombreux à suivre ma candidature et ses décryptages historico-mémoriels dans la perspective de 2012. N'hésitez pas à vous abonner pour être régulièrement informés des nouveaux articles (à gauche de l'écran).  
 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et politique
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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 21:23

Mémorice Président

 

Georges Orwell nous avait bien mis en garde dans 1984 : celui qui contrôle l'histoire détient le pouvoir. Pouvait-il imaginer que ce scénario de science-fiction puisse être inversé dans la réalité en 2011 ?

 

Etant moi-même présent aux commémorations du 11 novembre sous l'Arc de Triomphe dans le cadre de  ma déclaration de candidature à l'élection présidentielle, je n'avais pas remarqué le vent de Sarkozysme qui s'est diffusé sur la France autour des monuments.

 

Ce sont des militants et soutiens de ma candidature qui m'ont informé de leur étonnement, voire de leur panique pour certains, à entendre leurs Maires respectifs prononcer des discours surprenants tout en gesticulant inhabituellement des épaules.

 

Il aura fallu plusieurs jours pour que l'enquête permette d'élucider ce mystère :  l'Elysée a imposé le discours de Nicolas Sarkozy à de nombreux Maires de France par l'intermédiaire d'une injonction préfectorale.

 

L'information a été révélée par une courageuse enquête de Sylvain Lapoix sur OWNI. Depuis, on ne peut pas vraiment affirmer que les médias se soient affolés autour de cette information pourtant hallucinante.

 

Que faut-il comprendre de cette initiative ? Nicolas Sarkozy doit-il être considéré comme le nouvel historien en chef de la République ? S'agit-il d'une énième étape dans le sabotage de la science historique française ? Doit-on comprendre que la liberté d'expression des élus municipaux est désormais abolie ? 

 

Devant une telle atteinte aux libertés fondamentales, je m'engage solennellement à rétablir la liberté d'expression des élus si je le deviens moi-même par les urnes le 6 mai 2012 et, bien entendu, à rétablir l'enseignement de l'histoire en Terminale Scientifique.

Il n'est décidément pas acceptable que l'histoire de notre pays soit dicté par le pouvoir exécutif (que ce soit par l'intermédiaire de discours, d'une maison de l'Histoire de France ou de financements publiques attribués en fonction des sujets qui agréent l'Elysée).

 

Pour écrire l'histoire, sans perdre la mémoire

Mémorice De France


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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 10:45

 

Depuis quelques semaines, je rencontre très régulièrement les travaux de Bénédicte TRATNJECK au fil de mes lectures. Doctorante en géographie à l’Université Paris-Sorbonne et participante chevronnée des  cafés géographiques (dont l'équivalent en histoire n'existe malheureusement pas encore), cette chercheuse très prolifique entretien également un blog consacré à  la géographie de la ville en guerre qu'il faut absolument consulter.

Ces travaux s'inscrivent dans le cadre d'une géographie politique, historique et culturelle. L'un de ces derniers articles, signé sur le site  Diploweb.com, mérite qu'on s'y intéresse plus particulièrement. 

 

Les lieux de mémoire dans la ville en guerre : un enjeu de la pacification des territoires

L'auteure s'intéresse plus particulièrement dans cette étude au cas du Kosovo qui, de par son indépendance récente et sa recherche de légitimité nationale, constitue un observatoire particulièrement stimulant. 

Partant du constat somme toute banal que le lieu de mémoire s'inscrit dans la construction d'une identité nationale, Bénédicte Tratnjeck s'interroge sur les destructions de lieux de mémoire et leur remplacement par des espaces mémoriels pouvant parfois être considérés comme excluant. 

La plupart des travaux dans ce champ disciplinaire s'intéressent généralement aux continuités que l'on pourrait qualifier d'immémorielles (c'est le cas des sujets étudiés dans Les lieux de mémoire dirigés par Pierre Nora) ou aux remises en cause de ces monopoles  mémoriels (autour de la guerre d'Algérie, du génocide des Juifs d'Europe, etc.). Rares sont les travaux qui permettent de mettre en lumière l'usage de la mémoire comme un outil au service d'une véritable guerre au sens géopolitique et non plus seulement intellectuel du terme.

 

Le mémoricide

La géographe mobilise tout d'abord un concept particulièrement intéressant : celui de mémoricide.  Elle choisit d'identifier son émergence dans le cadre des guerres de décomposition de la Yougoslavie à partir du début des années 1990. En France, la notion a été reprise par  Reynald Secher dans le cadre beaucoup plus ancien de la guerre de Vendée que nous évoquions encore récemment sur ce blog

Bien qu'il soit encore difficile d'identifier le contexte précis d'apparition de ce terme, il est indéniable que le mémoricide apparaît dans un contexte de guerre (qu'elles soient civiles ou non). Il consiste en une destruction systématique de tout lieu (espace plus ou moins vaste, bâtiment, monument, etc.) qui puisse permettre d'entretenir la mémoire d'un groupe qu'on souhaite exclure de la construction identitaire nationale. 

La limite du texte de Bénédicte Tratnjeck repose alors sur l'absence d'exemple précis permettant d'illustrer son propos. Nul doute qu'il s'agit là d'une limite éditoriale plutôt qu'intellectuelle puisque la géographe ne manque pas de matière à ce sujet. Elle a notamment développé par ailleurs l'exemple passionnant du cimetière serbe de Mitrovicë/Kosovska Mitrovica qui a subi les ravages de l'affrontement albano-serbe.

 

Les lieux de mémoire exclusifs  

Après la destruction, la seconde catégorie relève de la reconstruction. La mémoire n'est en effet pas seulement un outil justifiant l'élimination physique de l'ennemi, c'est aussi une arme de propagande visant à exclure l'autre, à nier son existence. Par cette observation exotique, Bénédicte Tratnjeck ouvre une brèche absolument gigantesque pour les études mémorielles. Si la plupart des travaux autour du négationnisme se sont en effet essentiellement intéressés à la question de la destruction mémorielle, n'a-t-on pas un peu trop rapidement délaissé la question de la reconstruction ? Ne peut-on d'ailleurs pas imaginer que les négationnistes de demain seront ceux qui parviendront à proposer une alternative convaincante ?

Cette seconde catégorie constitue l'essentiel du propos de la géographe dans cet article, car elle permet d'étudier des lieux existants autour desquels les hommes reconstruisent (ou boycottent) de nouvelles formes de sociabilité. Cette observation lui permet d'esquisser les éléments d'une conclusion qui mériterait d'être approfondie aux plus hauts niveaux diplomatiques : la mémoire ne pourrait-elle pas constituer une arme de réconciliation ? La gestion post-conflit peut-elle encore faire l'économie de cette perspective mémorielle ?

Au terme de la lecture des travaux de Bénédicte Tratnjeck (dont on attend la thèse avec impatience), il devient évident qu'une cellule "mémoire" devrait être inaugurée de toute urgence à l'ONU. Et pourquoi pas le PNUM (Programme des Nations Unies pour les mémoires) ?

PNUM-copie-1.png

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et conflits
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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 19:43

 

Je relaie cet appel à contribution qui m'a été signalé et dont la problématique m'a semblé particulièrement intéressante :

 

Histoire et mémoire des mouvements syndicaux au XXe siècle : regards croisés sur la France et le Puy-de-Dôme

Ce colloque invite à une réflexion sur la construction de l’histoire des mouvements syndicaux entre histoire et mémoire, fondée sur un aller / retour entre les deux échelles du local et du national et sur une approche interconnectée des mouvements syndicaux, trop souvent séparés dans la recherche historique : mouvements ouvriers, paysans, enseignants, étudiants… qui connaissent pourtant bien des moments de rencontre, voire de convergence. Deux modalités d’exploration seront privilégiées : d’une part, la construction de l’histoire des mouvements syndicaux dans le dialogue entre chercheurs en sciences humaines et acteurs ; d’autre part, la fabrication et l’usage de la mémoire du syndicalisme par les syndicats.

( voir l'annonce en détails sur Calenda).

 

Bien qu'il soit surprenant de limiter l'étude à un regard croisée France/Puy-de-Dôme (n'aurait-il pas été possible de conserver l'approche nationale/régionalise sans imposer une région précise ?), on ne peut qu'apprécier l'approche innovante et pertinente d'un tel colloque initié par Mathias Bernard, Nicolas Carboni, Fabien Conord, Pierre Cornu, Vincent Flauraud, Jean-Philippe Luis et Nathalie Ponsard à la maison des sciences humaines de Clermont-Ferrand.

 

Si l'histoire du syndicalisme est en effet un sujet largement étudié dans le cadre du renouvellement de l'histoire politique, il s'agit d'un sujet encore relativement neuf dans le cadre d'une perspective mémorielle. Et pourtant, est-il un sujet qui s'y prête mieux ? Le souvenir des aïeux s'étant battus pour l'obtention de certains droits sociaux n'est-il pas un élément indispensable à la mobilisation syndicale ? La mémoire (mobilisée et mise en scène à chaque manifestation) de grèves ayant abouti à un recul du gouvernement n'est-elle pas l'étincelle qui permet d'entretenir l'espoir ? Comment Mai 68, le Front Populaire ou encore la Révolution française sont-ils mobilisés dans le discours syndical ?

Ce sont autant de questions, et bien d'autres, qui seront probablement discutées à l'occasion de ce colloque qui promet d'être particulièrement riche et stimulant.

 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Actualités et annonces
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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 18:00

Mémorice Président

 

Je vous avais bien dit que la campagne serait historique ou ne serait pas.

 

Nicolas Sarkozy ayant été informé de  ma récente déclaration de candidature, il s'est empressé de réagir aujourd'hui, quitte à prendre quelques distances avec son thème initial, et surtout avec la réalité.

 

En déplacement à Bordeaux pour parler de lutte contre les fraudes sociales, le président de République a souhaité rendre hommage à mon engagement dans la course vers la présidentielle. C'est donc avec plaisir que je lui rend la politesse ! (A ce rythme, je vais bientôt devoir embaucher un nègre : il parait que ceux de Rama Yade et de Joseph Macé Scaron ont récemment été mis en disponibilité. Appelez-moi les mecs !!!)

 

Mon principal concurrent s'est donc fendu aujourd'hui d'un discours particulièrement ambigu : comment en effet savoir s'il s'agissait de la parole présidentielle ou bien des promesses du candidat Sarkozy ? (Soyons réalistes ! Quand on connaît le coût d'un tel déplacement, on comprend assez facilement pourquoi le candidat en poste souhaite retarder au maximum sa déclaration de candidature : après 4 ans de bons et loyaux services, il considère probablement que les Français lui doivent bien quelques meetings...).

 

Tel un bachelier peu inspiré devant sa copie, le candidat Sarkozy s'est donc penché discrètement au dessus de l'épaule de son camarade de classe. Habitué des fonds de salle, il n'a pas trouvé d'autre voisin qu'Henri Guaino. N'ayant pas retenu la leçon de son précédent larcin lors du contrôle sur la place de l'homme africain dans l'Histoire, il a renouvelé l'expérience en espérant que le professeur-électeur ne remarquerait rien. Pas de bol, Mémorice de France fait partie de la même promotion et associe sa particule à la délation.

 

Jugez par vous même l'objet du délit :

 

 

 

Pour ceux qui ne parviennent pas à supporter plus de cinq minutes de face-à-face avec le Président, vous pouvez également lire  le discours sur le site de l'Elysée ou bien faire confiance à mon honnête résumé (à vos risques et périls puisque j'ai endossé depuis hier le costume d'homme politique).

Selon Nicolas Sarkozy (et sur ce point nous sommes d'accords), le Président de la République doit protéger le modèle social français issu du  Conseil National de la Résistance.

En revanche, le candidat Sarkozy prétend que "ceux qui ont trahi l'héritage du CNR, ce sont ceux, qui depuis des décennies, ont refusé toute réforme par lâcheté politique ou par opportunisme". Pire encore, "La fraude : c'est la plus terrible et la plus insidieuse des trahisons de l'esprit de 1945. C'est la fraude qui mine les fondements mêmes de cette République Sociale que les frères d'armes de la Résistance ont voulu bâtir pour la France et qu'ils nous ont léguée".

 

Il fallait oser. Voici que le modeste artisan qui ne déclare pas quelques heures de travail est assimilé à un pilleur de la République aux accents germaniques et aux bottes cirées !

Certes, la fraude sociale existe et il convient de lutter contre son éventuelle expansion. Prenons garde cependant à ne pas exagérer son étendue pour en faire un argument politique trop facile contre une gauche peut-être parfois un peu trop laxiste dans ce domaine.

 

Prenons garde aussi, et surtout, à ne pas laisser le Président de la République frauder avec l'Histoire de manière encore plus ostentatoire que ceux qu'il dénonce.

Ce discours n'a en effet pas pour unique objectif d'allumer un contre-feu à ma déclaration de candidature (vaine tentative de toute façon, j'ai déjà été interviewé par le canard de mon village). Les propos du président sont une réponse tardive, mais calculée, aux critiques qui lui ont été adressées dès les premiers mois de son quinquennat. Si tout le monde connaît désormais le visage rayonnant de  Stéphane Hessel  et son cri d'indignation relayé dans tous les pays du monde par des collectifs divers et variés, peu savent vraiment que cette aventure est née d'un film que le pouvoir avait partiellement réussi à censurer en 2009 :

 

 

Aujourd'hui, Nicolas Sarkozy s'inquiète de cette indignation qu'il avait négligé dans l'euphorie de son début de quinquennat. Quand les collectifs des Indignés se multiplient partout sur la planète, il craint que son nom soit associé au système que tout le monde dénonce et sort l'artillerie lourde en tentant d'inverser l'accusation.

 

L'Histoire est cependant obstinée et  les coups portés sous sa présidence à l'enseignement de cette discipline ne sont pas encore suffisamment efficaces pour empêcher les citoyens de comprendre cette falsification. Pouvait-il cependant imaginer que les coups les plus efficaces viendraient de son camp ? C'est en effet Denis Kessler, ex-président du MEDEF, qui a exposé dans les termes les plus simples et efficaces la logique du quinquennat sarkozyte (un texte précieux qu'il est de plus en plus difficile de trouver sur Internet) :

"Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie.

Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme…

A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance !

A l’époque se forge un pacte politique entre les gaullistes et les communistes. Ce programme est un compromis qui a permis aux premiers que la France ne devienne pas une démocratie populaire, et aux seconds d’obtenir des avancées - toujours qualifiées d’historiques - et de cristalliser dans des codes ou des statuts des positions politiques acquises.

Ce compromis, forgé à une période très chaude et particulière de notre histoire contemporaine (où les chars russes étaient à deux étapes du Tour de France, comme aurait dit le Général), se traduit par la création des caisses de Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, l’importance du secteur public productif et la consécration des grandes entreprises françaises qui viennent d’être nationalisées, le conventionnement du marché du travail, la représentativité syndicale, les régimes complémentaires de retraite, etc.

Cette architecture singulière a tenu tant bien que mal pendant plus d’un demi-siècle. Elle a même été renforcée en 1981, à contresens de l’histoire, par le programme commun. Pourtant, elle est à l’évidence complètement dépassée, inefficace, datée. Elle ne permet plus à notre pays de s’adapter aux nouvelles exigences économiques, sociales, internationales. Elle se traduit par un décrochage de notre nation par rapport à pratiquement tous ses partenaires.

Le problème de notre pays est qu’il sanctifie ses institutions, qu’il leur donne une vocation éternelle, qu’il les tabouise en quelque sorte. Si bien que lorsqu’elles existent, quiconque essaie de les réformer apparaît comme animé d’une intention diabolique. Et nombreux sont ceux qui s’érigent en gardien des temples sacrés, qui en tirent leur légitimité et leur position économique, sociale et politique. Et ceux qui s’attaquent à ces institutions d’après guerre apparaissent sacrilèges.

Il aura fallu attendre la chute du mur de Berlin, la quasi-disparition du parti communiste, la relégation de la CGT dans quelques places fortes, l’essoufflement asthmatique du Parti socialiste comme conditions nécessaires pour que l’on puisse envisager l’aggiornamento qui s’annonce.

Mais cela ne suffisait pas. Il fallait aussi que le débat interne au sein du monde gaulliste soit tranché, et que ceux qui croyaient pouvoir continuer à rafistoler sans cesse un modèle usé, devenu inadapté, laissent place à une nouvelle génération d’entrepreneurs politiques et sociaux. Désavouer les pères fondateurs n’est pas un problème qu’en psychanalyse".

Denis Kessler dans Challenges, le 4 octobre 2007

 

IMémorice de France ne pouvait pas laisser l'Histoire être réécrite dans un meeting de l'UMP. La campagne s'annonce décidément passionnante !

 

Pour écrire l'histoire, sans perdre la mémoire

Mémorice de France


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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 11:48

 

"RiMemorice-President.pngen ne sert de courir, il faut partir à point" : tel le messager Phidippidès s'apprêtant à rejoindre Athènes depuis Marathon, j'ai décidé de laisser quelques longueurs d'avance à mes concurrents présidentiables. Ils en auront bien besoin ! 

 

Néanmoins, mes conseillers en communication me pressent depuis quelques jours pour rendre publique ma candidature officielle. Il faut dire que Claire Chazal commençait à s'impatienter et que mon vieil ami Eric Zemmour (ramassé un jour apeuré au seuil d'un amphi baptisé "Mathiez") voulait l'exclusivité d'une déclaration en Une du Figaro (Le pauvre n'a jamais remis les pieds dans un cours d'histoire : il a élu domicile au local de l'UNI).

 

Bref, quelle plus belle occasion finalement pour se déclarer que le 11 novembre ! Cette date chargée d'histoire et de mémoire résume à elle seule la marque que je souhaite apposée à ma campagne présidentielle.

 

Je m'appelle Mémorice de France et je suis candidat

à l'élection présidentielle française !!!

 

Ma démarche n'est pas partisane, ni récupérable. Je ne suis ni socialiste, ni communiste, ni gaulliste, ni opportuniste et encore moins extrémiste. En revanche, je suis persuadé que l'Histoire de France risque d'être encore bien malmenée en cette période présidentielle et que les démarches mémorielles vont se multiplier à mesure que l'échéance approche.

C'est pourquoi il m'a semblé important de représenter avec vous et pour vous (Ah ! La bonne vieille stratégie démagogique du tribun partageant les préoccupations de la plèbe) une voix discordante qui ne soit ni celle du système, ni celle d'une quelconque opposition. Elle s'exprimera ici pendant quelques semaines jusqu'à ce que le joli mois de mai nous conduise aux urnes.

Je profite d'ailleurs de cette occasion pour remercier l'auteur de ce blog qui a accepté de m'héberger durant cette période. Ensemble, nous analyserons régulièrement l'actualité historico-mémorielle : lui apportant les "références" qu'il convient d'étaler pour être pris au sérieux par la caste des journalistes omnipotents, et moi tentant de décrisper sa plume souvent trop coincée pour être comprise du peuple (un truc qui m'a été refilé par mon vieux pote Mélénchon avant qu'il ne deviennent un peu trop ronchon).

 

Que mes concurrents se le tiennent donc pour dit : cette fois-ci, pas question d'invoquer impunément la mémoire de Jaurès et Blum  dans un meeting de l'UMP :

 

Sarozy et jaurèsSarkozy, Blum et les communistes (cliquez sur la photo pour visionner la vidéo) 

Pas question non plus de laisser le candidat socialiste sombrer trop rapidement dans une démarche communautaire (et électoraliste) de la repentance, ni même d'autoriser un candidat extrêmiste parler de "détails" de l'Histoire : 
Cette fois-ci, c'est sérieux et ça commence dans les cimetières de la Première Guerre mondiale. 
Alors que je me recueillais respectueusement, bercé par la sonnerie aux morts (ambiance musicale ci-jointe), j'ai été happé par un ouragan. Pas le temps pour l'actuel président de la République de s'attarder trop longtemps devant les monuments. Il faut avouer que ça n'a jamais été son truc, le recueillement. Il nous l'avait déjà bien fait comprendre en 2008 au plateau des Glières sous l'oeil attentif de Gilles PERRET dans son documentaire Walter, retour en résistance
Vendredi, la cérémonie était cependant plus solennelle : est-ce cela la "hauteur présidentielle" tant débattue ? Ou bien doit-on y voir un exercice d'acteur rôdé par une équipe de communiquants grassement rémunérés (qui n'ont pas oublié d'envoyer au pied venteux de l'Arc de Triomphe un enfant de couleur à peine habillé pour que notre généreux et paternel Président entoure sa nuque fragilisée d'une écharpe protectrice) ?
Sarkozy-11-novembre-2011.jpg
Quoiqu'il en soit, il était présent et il a délivré son précieux message présidentiel : les derniers poilus étant disparus (et n'ayant donc plus de bulletin de vote), le 11 novembre doit désormais devenir "la date de commémoration de la Grande Guerre et de tous les morts pour la France". 
Bigre ! En quelques mots, il vient de me rafler les voix des familles des soldats morts pour la France en Afghanistan, en Lybie et dans tous les autres pays dans lesquels il a engagé l'armée française depuis son installation à l'Elysée.
Pas le temps cependant de s'expliquer : il faut déjà repartir ! Direction Meaux pour inaugurer le tout nouveau (et un peu trop neuf selon Philippe Dagen du Monde) musée de la Grande Guerre commandé par son meilleur ami/ennemi Jean-françois Copé. Impossible cependant de ne pas laisser glisser un regard nostalgique vers le Fouquet's à travers la berline noire qui le reconduit à l'Elysée. C'était la belle époque ! Celle durant laquelle il avait encore le droit de porter ostensiblement une Rolex à son poignet.
Sur le chemin de Meaux, il a probablement demandé au chauffeur d'augmenter le son de la radio : insuffisament échaudée par sa précédente sortie historique à l'occasion du 14 juillet, Eva Joly réitère en proposant que le 11 novembre devienne une journée européenne pour la paix. Pourquoi pas après tout ?!
N'est-ce d'ailleurs pas la perspective esquissée par Joseph ZIMET (adjoint au directeur de la mémoire, du patrimoine et des archives à la direction de la mémoire, du patrimoine et des archives (DMPA) du ministère de la Défense et des Anciens Combattants) lorsqu'il propose une cérémonie d'ouverture européenne des commémorations à Sarajevo le 28 juin 2014 ? (voir son rapport ici). N'est-ce pas son idée qui vient d'être pillée par la candidate écologiste lorsqu'il proposait aussi de célébrer le centenaire de la mort de Jean Jaurès (décidément, encore lui...), symbole étincelant des pacifistes ? (Je précise au passage que l'auteur du blog m'a promis de développer prochainement une fiche sur ce rapport que je pourrai allègrement mobiliser lors des débats qui vont m'opposer aux autres candidats).
Et pendant ce temps, au parti socialiste... François Hollande reste "au-dessus de la mêlée", affirmant ne pas souhaiter réagir à la proposition de son principal concurrent Nicolas Sarkozy. C'est un pari audacieux : soit, tel Romain Rolland, il sera couronné l'année suivante du prix Nobel présidentiel ; soit les commentateurs s'aperçevront qu'il n'avait en fait aucune alternative à proposer à défaut d'avoir pour l'instant un Joseph Zimet dans son équipe de campagne...
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Mémorice de France

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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 08:44

La France avait déjà connu sa "révolution paxtonienne" (de l'historien américain Robert Paxton) en 1973 lors de la parution en français de La France de Vichy. A travers cet ouvrage, la France commence une longue introspection historiographique visant à faire passer "ce passé qui ne passe pas" : celui de la collaboration avec l'Allemagne nazie et de la responsabilité française dans la déportation de miliers de Juifs. Ce moment-clef dans la construction mémorielle nationale a ensuite été magistralement étudiée par Eric Conan et Henri Rousso dans leur livre :  Vichy, un passé qui ne passe pas

C'est également cette période qui a été identifiée par Peter Novick dans son étude magistrale sur l'Holocauste dans la vie américaine comme un tournant majeur dans la construction mémorielle des Etats-Unis face au génocide des juifs d'Europe.

 

Les travaux récents de deux historiens, l'un français et l'autre américain, viennent complètement chambouler cette chronologie.

 

le-chagrin-et-le-venin-pierre-laborie

 

Le premier est l'oeuvre de Pierre Laborie que nous avions déjà évoquée sur ce site : le chagrin et le venin : La France sous l'occupation, mémoire et idées reçues (Bayard, 2011). Dans ce magnifique ouvrage, l'historien tente de démystifier la mémoire héroïque qui se serait imposée en France de la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 1970. Il montre que c'est finalement davantage par opposition à un nouvel ordre mémoriel mis en place durant cette période charnière que les premières décennies post-conflit ont été lues.

 

C'est une logique similaire qui est à l'oeuvre dans l'ouvrage d'Hasia R. Diner intitulé We Remember with Reverence and Love. American Jews and the Myth of Silence after the Holocaust, 1945-1962 (New York-Londres, New York University Press, 2009). On y retrouve la même ironie que dans le titre du livre de Pierre Laborie et la même perspective critique vis-à-vis de précédents travaux ayant longtemps affirmé avec force une dichotomie mémorielle.

 

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La thèse d'Hasia R. Diner est simple : les Juifs américains n'auraient pas attendu les années 1970 pour commémorer l'Holocauste. Ce mythe du silence ne serait qu'un biais de lecture historiographique, voire politique.

Le développement des études mémorielles dans plusieurs université à travers le monde permet désormais d'approfondir notre réflexion sur les concepts, les stratégies et les pratiques de la mémoire en différents lieux, par différentes communautés et au service de différents intérêts. L'un des apports essentiels de l'étude d'Hasia R. Dinner repose en effet sur l'identification précise et renseignée de diverses formes commémoratives que nous n'avions pas envisagées jusqu'à présent. Ainsi, cet ouvrage ne se contente pas de briser le mythe (bien au contraire, il renforce, en le corrigeant sur certains points, les travaux de Peter Novick). Il propose également un formidable regard historien sur l'évolution des pratiques mémorielles au regard de nos obsessions et souvenirs contemporains.

 

C'est notamment sur ce point précis qu'une petite révolution est en marche au sein des études mémorielles.

   1. Longtemps, la construction mémorielle autour du génocide des Juifs d'Europe a été considérée comme un modèle, voire comme un étalon qui aurait inspiré d'autres revendications mémorielles (celles des homosexuels, des tsiganes, des handicapés, etc.) dans plusieurs pays du monde. Ces études montrent qu'il n'en est rien. S'il est incontestable que la mémoire de l'Holocauste s'est imposée dans la sphère publique, rien n'indique vraiment qu'elle soit à l'origine d'une nouvelle forme de commémoration. Il conviendrait donc, durant les prochaines années, de travailler sur une chronologie encore plus fine afin d'identifier les influences mutuelles.

   2. Ces études enrichissent également notre vision des pratiques commémoratives. Aujourd'hui encore, un groupe qui porte une revendication mémorielle tente de l'imposer dans la pierre (monuments), dans le papier (livres, recherches, mais aussi films) et dans la loi (lois mémorielles). Cette stratégie considérée comme le Graal absolu par de nombreuses associations et groupes identitaires constitue cependant une option largement datée et historiquement délimitée. "Se souvenir", "faire mémoire" et "commémorer" ont pu arborer bien d'autres formes  dans d'autres lieux et à d'autres époques, y compris très récentes. 

   3. L'une des caractéristiques les plus marquantes des dernières décennies repose en fait sur une vision résolument victimaire de la mémoire. Au-delà des inflexions nationales, des choix identitaires et des chronologies plus ou moins fines, la véritable césure des années 1970 repose sur cet aspect esentiel et encore d'actualité : condamner encore plus vivement les bourreaux (quitte à caricaturer parfois leur responsabilité) et réhabiliter les victimes (même si elles n'ont parfois jamais été oubliées).

 

Des étapes importantes viennent d'être franchies avec ces deux ouvrages (en espérant que celui d'Hasia R Diner soit bientôt traduit en français). Il reste cependant quelques pas à faire pour comprendre pourquoi et comment nous sommes entrés dans cette nouvelle ère mémorielle, et surtout s'il est envisageable d'en sortir à courte ou moyenne échéance.

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29 octobre 2011 6 29 /10 /octobre /2011 09:48

 L'Histoire du mois d'octobre consacre un dossier au travail et de très belles pages au thème annuel des Rendez-Vous de l'Histoire de Blois : L'Orient.

 

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Ces pages contiennent néanmoins quelques références mémorielles intéressantes (essentiellement bibliographiques en ce mois d'octobre) et à approfondir :

 

1. Le grand désenclavement du monde

 

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Le compte-rendu de cet ouvrage de Jean-Michel SALLMANN (Payot, 2011) est peu flatteur dans les pages de l'Histoire. Il faut avouer qu'à l'inverse de nombreux historiens que nous avons déjà cités sur ce blog tels Jack Goody, l'auteur semble assumer un peu trop visiblement une orientation idéologique qui a suscité de nombreux débats aux Rendez-Vous de l'Histoire de Blois.

En parallèle au développement des Global Studies, le champ mémoriel s'élargit à l'échelle mondiale alors qu'il était contonné jusqu'à présent à l'échelle nationale, voire régionale (comme le montre la référence suivante dans cet article). A ce niveau d'analyse, il est tout autant question d'histoire que de géopolitique contemporaine. A une époque où l'Europe est contrainte de faire appel aux capitaux chinois, indiens et brésiliens, les discours relativisent progressivement la place de notre continent dans l'histoire mondiale... jusqu'à ce que les historiens chinois, indiens et brésiliens produisent peut-être eux-mêmes des discours qui recouvreront les voix occidentales.

 

2. Vendée. Du génocide au mémoricide

 

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On peut difficilement adopter un titre moins commercial et plus provocateur.

Le magazine signale l'édition du nouveau livre de Reynald Secher qui avait déjà suscité de nombreux débats en 1986 avec un ouvrage similaire : Le Génocide franco-français : la Vendée-Vengée (PUF).

L'objet risque de naviguer entre deux extrêmes : soit la polémique, soit l'ignorance. Quoiqu'il en soit, c'est l'occasion de découvrir le parcourrs atypique d'un auteur original qui préside notamment une association intitulée Mémoire du futur. Club philosophique visant à perpétuer les travaux de Paul Ricoeur me direz-vous ? Pas du tout : il s'agit d'un groupe militant pour la restauration d'une chapelle et la construction d'un mémorial des Guerres de l’Ouest.

Décidément, l'homme ne craint pas les formules ambitieuses...

 

3. Histoire, Mémoire et témoignage d'Annette Wieviorka

Enfin, impossible de ne pas signaler ce dernier ouvrage constitué d'entretiens entre Séverine Nikel et Annette Wieviorka (L'heure d'exactitude. Histoire, mémoire, témoignage, Albin Michel, 2011).

 

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L'historienne qui a tant contribué aux études mémorielles dresse un bilan de son itinéraire, de ses fonctions et de ses recherches qui continuent à nourrir le débat historiographique.

 

Bonne lecture !

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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 07:38

 

Le 16 octobre 2011, le président des Etats-Unis Barack Obama a inauguré à Washington un monument à la mémoire de Martin Luther King.

 

Martin-Luther-King.jpg

 

La cérémonie transportait une symbolique particulièrement forte, rendant hommage à un acteur essentiel de la lutte contre la ségrégation. Lui-même n'aurait probablement pas pu imaginer que quelques décennies plus tard, c'est un président noir qui viendrait inaugurer un tel monument. 

 

Au-delà de cet aspect évident souligné par les principaux commentateurs, c'est le discours de Barack Obama qui m'a principalement intéressé.

Les historiens savent que leurs confrères américains ont toujours joui d'une écoute particulière à Washington, rejoignant parfois le cercle restreint des conseillers de l'exécutif.

Ce fut le cas du médiéviste Charles Homer Haskins  auprès de Woodrow Wilson au début du XXe siècle. Quelques années plus tard,  Arthur Meier Schlesinger Jr. reprend cette mission auprès de John F. Kennedy. Plus récemment, on peut citer l'exemple de Francis Fukuyama qui n'était pas historien mais qui a fortement marqué l'historiographie mondiale par son essai sur La fin de l'histoire en 1992 et qui a eu des rôles importants dans les administrations Bush.

De manière générale, je crois que nous aurions beaucoup à apprendre des relations que nos confrères entretiennent avec le pouvoir, la justice et les médias aux Etats-Unis. Grâce à une collaboration étroite (qui n'en est pas pour autant naïve), ils parviennent à mieux faire entendre leur voix et contribuent à la promotion des valeurs et de l'utilité de notre discipline dans la compréhension du monde dans lequel nous vivons.

 

Quoiqu'il en soit, difficile de ne pas percevoir les coups de plume d'un historien dans le discours prononcé devant le monument dédié à Martin Luther King. Si l'on essaie de l'identifier plus précisément, il faudra vraisemblablement chercher du côté des laboratoires d'études postcoloniales, voire des subaltern studies. Cet extrait n'y trompe pas et les meilleurs connaisseurs des historiens américains pourront tenter d'y reconnaître un collègue :

"Et enfin, il y a la multitude d'hommes et de femmes dont le nom ne figure jamais dans les livres d'histoire -- ceux qui manifestaient et ceux qui chantaient, ceux qui participaient à des sit-in et ceux qui résistaient debout, ceux qui savaient organiser et ceux qui savaient mobiliser -- tous ces hommes et toutes ces femmes qui, au travers de leurs actes innombrables d'héroïsme tranquille, contribuèrent à faire naître les changements que peu de gens croyaient possibles. « Par milliers, dit le pasteur King, des jeunes gens sans visage, anonymes, tenaces, des Noirs et des Blancs, ont ramené les quatre coins de notre pays vers ces grands puits de démocratie qu'avaient creusés les pères fondateurs en vue de formuler la Constitution et la Déclaration d'indépendance. » À ces hommes et à ces femmes, à ces fantassins de la justice, je dis : sachez que ce moment est aussi le vôtre".

 

Et l'on comprend qu'un tel courant historiographique ait séduit le président Barack Obama en campagne pour sa réélection en 2012. Derrière ces mots réservés jusqu'alors à une poignée d'historiens, c'est la sensibilité de l'électorat traditionnel de Barack Obama qui est touchée. Il est donc fort probable que ce discours efficace soit reproduit dans d'autres circonstances durant la campagne féroce à venir.

 

Les candidats français auront-ils la même stratégie ? Verra-t-on des historiens rejoindre les équipes de campagne dans la course aux présidentielles ? Face à Nicolas Sarkozy qui risque visiblement de continuer à entretenir la plume d'Henri Guaino, la situation devient urgente.

 

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 08:50

 

La revue Le cartable de Clio consacrée aux questions de didactiques de l'histoire vient de sortir son dernier numéro avec un dossier sur les musées, l'histoire et les mémoires.

 

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Voici le sommaire :

 

Charles Heimberg et Mari Carmen Rodríguez, Université de Genève
Musées, histoire et mémoires. En guise d’introduction


Yannis Thanassekos, Université libre de Bruxelles
Pluralité de mémoires, pluralité de musées


Julien Mary et Frédéric Rousseau, Université de Montpellier
Visiter des musées d’histoire des conflits contemporains. Premiers éléments pour une muséo-histoire


Mari Carmen Rodríguez, Université de Genève
Tourismes mémoriels et espaces muséifiés


Alain Battegay, LAMES, Université de Provence et Centre Max Weber, Lyon et Saint-Étienne
Espaces muséaux entre vitrine et paysage mémoriel et historique. L’expérience du réseau Memorha et le redéploiement des mémoires et de l’histoire de la Résistance et de la guerre (1939-1945) en région Rhône-Alpes


Geneviève Erramuzpé, Maison d’Izieu
Présentation de la Maison d’Izieu, mémorial des enfants juifs exterminés


Philippe Hanus, Université de Grenoble 2
Clio au pays des terroirs… La Seconde Guerre mondiale dans le Parc naturel du Vercors


Philippe Olivera, Crid 14-18
«Marne 14-18» à Suippes: la réalisation d’un «musée» local du front (2005-2007)


Sabrina Moisan, Centre commémoratif de l’Holocauste à Montréal
Naviguer entre mémoire, histoire et éducation. Le périple d’un musée d’histoire de l’Holocauste au Québec


Christophe Mauron, Musée gruérien
Le nouveau Musée gruérien. Une région dans le miroir de son patrimoine.

 

La nouvelle exposition sur l’histoire nationale au Landesmuseum de Zurich.
Entretien avec Erika Hebeisen (Julia Thyroff) (traduit par Nadine Fink)


Charles Heimberg, Université de Genève
Musées, histoire et mémoires, avec des élèves

 

*******

 

N'ayant pas accès à cette revue à l'Université de Bourgogne, je n'ai pas encore pu la consulter en détails. J'invite cependant les lecteurs de ce blog qui auraient pu l'avoir entre les mains à nous faire partager leurs impressions en commentaires.   

A priori, cette appropche croisée des questions de mémoires et des espaces muséographiques paraît d'autant plus pertinente qu'elle est rarement étudiée. Nous en avions déjà fait le constat en inaugurant une nouvelle rubrique intitulée "Mémoire de musées" sur ce blog mais aussi en consacrant différents articles à la question du tourisme mémoriel.

Ce dossier est donc particulièrement bienvenu et utile car il permet de rassembler les points de vue complémentaires des muséographes, des historiens et des didactitiens de l'histoire. Sur ce point, j'aurais d'ailleus proposé aux directeurs du dossier l'intervention d'élus qui constituent des acteurs indispensables dans l'élaboration du projet muséographique à la jonction des enjeux politiques, mémoriels et historiens.

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