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  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Paperblog : Les meilleurs actualités issues des blogs

Cherche La Pépite

17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 13:48

 

Il était impossible de ne pas écrire quelques mots sur ce blog en ce jour anniversaire du dramatique massacre des Algériens à Paris le 17 octobre 1961.

 

Les médias ont pour la plupart réalisé un travail formidable : les interviews sont de qualité, les reportages sont renseignés et les archives sont passionnantes. J'ai particulièrement apprécié le travail du journal Le Monde.

 

Plutôt que d'ajouter une contribution qui aurait été inutile et de moindre qualité par rapport à celles de mes collègues spécialistes de la question, j'ai préféré proposé au Nouvel Observateur une analyse mémorielle de ce tragique évènement pour lequel les victimes n'ont toujours pas reçu l'hommage qu'elles méritent.

 

L'article est à lire à l'adresse suivante : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/205160;17-octobre-1961-une-memoire-politique.html

 

Actualisation du 23 avril 2012

Pour approfondir la question :

Emmanuel BLANCHARD, La police parisienne et les Algériens (1944-1962), Nouveau Monde éditions, 2011, 447 p

Recension disponible sur La Vie des Idées.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et commémorations
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15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 12:18

 

Nous l'avions annoncé sur ce blog à la fin du mois de septembre : Nicolas Sarkozy s'est rendu en Arménie le 6 octobre 2011 en compagnie de Patrick Devedjian et Charles Aznavour.

 

 

 

Objectif de l'opération : faire oublier aux électeurs de la communauté arménienne française (estimée à 500 000 personnes) sa précédente promesse de campagne en 2007 où il s'était engagé à soutenir le vote d'une loi réprimant spécifiquement la négation du génocide de 1915.

L'exercice aurait du être difficile, voire impossible. C'est sans compter cependant sur l'opération minutieuse d'oubliance des promesses non-tenues du candidat Sarkozy-2007. En voici un petit récapitulatif :

 

1. Une promesse écrite : la lettre à Alexis Govciyan, président du Conseil des Organisations Arméniennes de France (CCAF)

Le 24 avril 2007, à quelques jours de l'échéance présidentielle, le candidat écrit une lettre dans laquelle il s'engage fermement à condamner le négationnisme du génocide arménien :

"Je partage pleinement votre volonté que la France s’oppose au négationnisme d’État, à une propagande qui vous meurtrit, une propagande indigne. Et la France doit non seulement condamner le négationnisme par la loi, mais ne jamais accepter une quelconque propagande d’État.

C’est au Parlement, aux représentants de la Nation, de donner à notre pays ses lois. Il lui appartient de tracer la frontière entre l’acceptable et l’inacceptable. Et il peut, à ce titre décider que la négation du génocide est un acte qui franchit cette frontière. Au-delà de l’insulte à la mémoire des victimes et à leurs descendants, la négation porte atteinte à l’ensemble de la société. La liberté d’expression, ce n’est pas celle de manipuler l’histoire ni celle de nier les évidences historiques.

Je suis pour la liberté d’expression individuelle, pour la liberté de pensée des historiens et chercheurs, même si la réalité du génocide est indéniable. Par contre, je n’accepte pas que les Arméniens de France soient menacés ou empêcher de dénoncer le négationnisme en France.

[...] Si je suis élu, je m’emploierai à promouvoir, les relations entre l’Arménie et la France dans tous les domaines. Je m’engagerai aussi dans la recherche d’une solution aux conflits dans le Caucase. Je m’attacherai enfin à lutter, en France, contre toute approche négationniste à l’égard du génocide arménien."

 

2. Un déni non-assumé ? Les révélations de Wikileaks

Les belles promesses du candidat en campagne ont été visiblement vite rattrapées par d'autres priorités diplomatiques et économiques. Selon certains documents diplomatiques publiés ensuite par Wikileaks, le 29 mai 2007, soit seulement quelques jours après l'élection présidentielle, Jean-David LEVITTE (conseiller diplomatique de l'Elysée) se rendait à Ankara pour rassurer la Turquie. Il aurait alors affirmé à ses interlocuteurs que le Président s'asurerait en personne que le projet de loi français pénalisant le négationnisme arménien serait enterré au moment de son vote au Parlement.

 

3. Le rapport Accoyer ou comment justifier un retournement de situation

Au mois de décembre 2008, le gouvernement a finalement pris clairement position contre la proposition de loi qui sanctionne la négation du génocide arménien. Adopté par les députés en octobre 2006, ce texte n'a pas été transmis au Sénat.

Pour justifier ce retournement de situation, le gouvernement a avancé un rapport sur les lois mémorielles intitulé «Rassembler la nation autour d'une mémoire partagée» (librement consultabe à cette adresse). Issu d'une mission créée au printemps 2008 par le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, ce rapport stipule que le rôle du Parlement "n'est pas d'adopter des lois qualifiant ou portant une appréciation sur des faits historiques, a fortiori quand elles s'accompagnent de sanctions pénales". 

Au passage, ce rapport précise également que le Parlement ne doit pas prescrire le contenu des manuels scolaires tout en réaffirmant l'attachement des députés à l'enseignement obligatoire de l'histoire (décidément, les dernières décisions en la matière nous montre que le gouvernement n'est plus à une contradition près).

 

4. La loi refusée au Sénat : indépendance législative ou pression exécutive ?

Essayant de passer outre cette décision gouvernementale, l'affaire rebondie au mois de mai 2011. Une exception d'irrecevabilité à la proposition de loi est cependant présentée au Sénat le 4 mai 2011 par le député UMP Jean-Jacques Hyest. Au final, la proposition de loi est donc enterrée et ficelée jusqu'aux prochaines élections présidentielles et législatives.

 

Les lecteurs réguliers de ce blog savent qu'une telle décision me réjouit. Je fais partie de ces historiens qui considèrent les lois mémorielles comme inutiles, voire dangereuses dans certains cas.

Néanmoins, je reste perplexe sur la méthode. Comment le président Sarkozy peut-il encore décemment se présenter en Arménie, y recevoir un accueil aussi chaleureux, et réitérer ses promesses non-tenues de 2007 sans que personne ne s'en offusque ? Comment peut-on assumer un tel affront envers la communauté arménienne après avoir déployé autant d'énergie à nier ses engagements ? 

Que le président se rende en Arménie pour soutenir leurs revendications, soit. Qu'il prononce un discours en hommage aux victimes du génocide arménien, soit. Je serais même prêt à le soutenir lorsqu'il invite la Turquie a "revisiter son histoire" puisque cette remarque ne dépasse pas le cadre légal.  Mais pourquoi s'obstiner à renouveler sa promesse d'une loi réprimant la négation du génocide arménien en France ? Pense-t-il vraiment que cette décision sera de taille à infléchir la position turque qui n'a pas dérivé un seul instant jusqu'à présent ?

 

L'échéance présidentielle qui s'annonce risque donc d'être particulièrement active sur le plan historique et mémoriel (et pas seulement sur le dossier arménien). Le blog Histoire, Mémoire & Sociétés va créer pour l'occasion une nouvelle rubrique consacrée aux présidentielles 2012 et compte sur ses lecteurs pour lui relayer toutes les informations susceptibles de l'intéresser dans les discours, interviews et programmes des candidats.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et politique
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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 15:12

 

Le journal Libération a consacré cette semaine un article passionnant sur les apports de l'archéologie en l'histoire contemporaine (à lire ici).

 

Depuis plusieurs mois, des fouilles archéologiques ont en effet été entreprises à La Glacerie, près de Cherbourg dans le Nord-Contentin, afin de préserver les vestiges d'un ancien camp de prisonniers allemands découvert à l'occasion d'un projet de construction de lotissements.

 

Archeologie-La-Glacerie.jpg

Travaux en cours dans l'ancien camp de prisonniers allemands

 

Aussi surprenant que cela puisse paraître pour un évènement aussi récent, l'archéologie s'avère être indispensable pour comprendre la réalité quotidienne de la vie de ces soldats emprisonnés jusqu'en 1948.

Malgré l'historiographie florissante autour de la Seconde Guerre mondiale, malgré la profusion de témoignages et les récits encore nombreux des survivants, il reste encore des zones d'ombre. Parmi elles : le sort des soldats allemands à la suite de la capitulation.

 

Un site Internet consacré à la Seconde Guerre mondiale en Normandie propose de courts reportages afin de comprendre les découvertes qui ont été réalisées au cours de ces fouilles :

 

Archeo-La-Glacerie.png

Cliquez sur l'image pour être dirigé vers le site

 

Le plus étonnant dans ce projet repose finalement sur la nécessité de recourir à l'archéologie dans ce domaine des études historiques. On a longtemps pensé avoir tout dit (et tout entendu) sur la Seconde Guerre mondiale. Les rayons des libraires ne désemplissent pas des témoignages de déportés, de résistants, de prisonniers, voire de simples attentistes, qui ont livré au public, dans une démarche tant introspective que libératrice, leur expérience de la guerre.

Et pourtant, on ne le répètera jamais assez, leur mémoire n'est ni infaillible, ni complète. Elle est le produit d'une remémoration plus ou moins consciente d'évènements que notre environnement permet de faire resurgir tandis que d'autres éléments sont complètement exclus des mémoires individuelles et collectives.

La question des soldats allemands à la fin de la Seconde Guerre mondiale fait partie de ces aspects qui ont été progressivement marginalisés. Jusqu'à la Libération, ils intéressent la mémoire nationale au sens où ils représentent le bourreau auquel on résiste, ou avec lequel on collabore. A partir de mai 1945, ils disparaissent brutalement des mémoires pour plusieurs raisons : 

   - d'une part, dès le lendemain du conflit, on ne veut plus en entendre parler et on préfère les isoler pour tenter d'oublier les souffrances récentes de l'occupation.

   - d'autre part, on ne peut guère échanger avec eux. Ils rejoignent le plus rapidement possible leur pays, laissant un minimum de traces de leur passage.

   - enfin, ils ne constituent plus un référent mémoriel efficace. Bien au contraire, emprisonnés pendant des mois à l'intérieur de camps en attendant un transfert, leur sort suscite un certain malaise au moment où des flots de survivants des camps de concentration et d'extermination nazis reviennent sur le territoire national français.

 

C'est donc par l'intermédiaire de tels exemples que l'on comprend le mieux l'utilité de l'archéologie dans la construction d'un récit national. La multiplication des témoignages écrits et oraux ainsi l'inflation des archives numériques ne suffiront jamais totalement à écrire l'histoire d'une société. Il faudra nécessairement croiser les approches modernes et traditionnelles, tout en prenant conscience des biais mémoriels inérents à chaque époque.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Lieux de mémoire
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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 17:24

 

Le 6 octobre 2011, Nicolas Sarkozy se rendra en visite d'Etat en Arménie. Il sera accompagné du chanteur Charles Aznavour et du président du conseil général des Hauts-de-Seine, Patrick Devedjian.

Selon le blog d'Arnaud Leparmentier sur LeMonde.fr, un conseiller du président de la République aurait jusitfié le voyage diplomatique en ces termes : "Il faut que nous gèrions ceux qui veulent des lois mémorielles, mais nous n'allons pas entrer en guerre avec la Turquie. Donc, le président fait un geste en allant en Arménie".

 

Le président de la République veut frapper fort (quitte à devoir prendre l'avion accompagné de M. Devedjian avec lequel les relations n'ont pas été très chaleureuses ces derniers mois) car il est concurrencé sur cette question par François Hollande. Dès le lendemain du basculement du Sénat dans une majorité de gauche, le candidat à l'investiture socialiste a invité ses camarades sénateurs à reprendre le dossier jusqu'alors bloqué de la pénalisation du négationnisme du génocide arménien.

 

Le vote arménien semble donc particulièrement courtisé dans la perspective de 2012... au détriment encore une fois d'un véritable questionnement sur l'utilité ou la dangerosté des lois mémorielles. A vouloir surenchérir pour obtenir des voix, les candidats à la présidentielle risquent d'ouvrir à nouveau la boîte de Pandore !

 

Doit-on comprendre que le vote des Arméniens est plus rentable que celui des historiens ?...

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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 18:58

 

Un récent "appel à contribution" n'est pas passé inaperçu pour de nombreux lecteurs de ce blog qui m'ont signalé sa parution. Je me permets donc de le relayer pour tout le monde en espérant qu'il suscitera de nombreuses propositions.

 

Entre histoires et mémoires : la guerre au musée (cliquez pour atteindre l'annonce)

 

Outre ce relais éditorial, je me permets de modestes remarques sur son intitulé et sa présentation qui méritent d'ores et déjà un intérêt épistémologique.

 

Tout d'abord, rappelons que ce colloque est organisé par le très actif collectif de recherche international et de débat sur la guerre de 1914-1918 (CRID 14-18), le programme ANR-POP « Les Présents des Passés », en partenariat avec le Conseil général de l’Aisne, le Centre de Recherches Interdisciplinaires en Sciences humaines Et Sociales de l’Université Paul Valéry-Montpellier III et le Centre de la Méditerranée Moderne et Contemporaine (CMMC) de l’Université de Nice-Sophia Antipolis. C'est déjà un gage de sérieux non-négligeable.

 

La présentation du sujet, ensuite, est fort intéressante. Il ne s'agit pas en effet de recenser l'ensemble des lieux de mémoire de la Première Guerre mondiale à l'échelle nationale et internationale, mais bien de proposer une problématisation des espaces muséographiques dans une démarche résolument comparatistes.

 

Dès lors, plusieurs thématiques émergent avec force : certaines sont esquissées par les organisateurs; d'autres, je l'espère, seront développées par les communiquants :

   - le "terroir mémoriel" : cette expression proposée par les organisateurs mériterait à elle seule une communication de synthèse. Peut-on considérer en effet que des mémoires émergeraient de la terre et s'y identifieraient comme la vigne sur un coteau ? Cela signifirait donc qu'en plus des mémoires partisanes, il existerait des mémoires géographiques. Mais sur quels fondements ? Avec quelles logiques de reproductions sociales ? Il y a déjà plus d'un an, j'avais tenté modestement de retranscrire cette impression étrange d'un "terroir mémoriel" après avoir passé quelques jours dans la région de Verdun. Malgré le parcours avisé et parfaitement organisé de mon guide, monsieur Lenelle, je n'étais pas parvenu à percer le secret de cette alchimie particulière entre un lieu et sa mémoire.

   - les acteurs et "entrepreneurs" de la mémoire sont finalement des bâtisseurs qui gravent dans la pierre ce que les conteurs d'histoires ne parviennent que difficilement à écrire dans les livres. D'ailleurs, quelles sont les relations entre ces deux groupes ? Un musée est-il nécessairement la traduction de connaissances historiques ? ou bien est-il davantage le porte-voix, du fait de ces obligations de financement, d'autres ambitions (politiques, utilitaires, etc.) indépendantes des voies de la connaissance. La construction européenne a-t-elle, par exemple, invité à minimiser progressivement notre lecture initialement partisane de la Grande Guerre ? L'essor récent du tourisme mémoriel international a-t-il également conduit à une globalisation des lieux de commémoration ? La présence d'un centre mondial de la Paix, des Libertés et des Droits de l'Homme à Verdun pourrait le faire penser. 

   - les récepteurs du message mémoriel sont enfin essentiels et ne devront pas être oubliés dans l'organisation de ce colloque. Qu'il s'agisse des touristes, des locaux ou des badauds, personne n'est plus censé être oublié dans la stratégie des concepteurs de projets mémoriels qui n'ont rien à envier aux méthodes de leurs homologues travaillant sur les zones de chalandises des grandes surfaces de consommation. Parmi les cibles potentielles, mon attention se porte tout particulièrement sur le public des scolaires en cette période de rentrée. Je serais en effet très intéressé par la lecture d'une communication sur l'évolution des dossiers pédagogiques envoyés aux enseignants depuis la fin de la Première Guerre mondiale (si une telle pratique peut être datée ainsi), ainsi que d'une analyse comparative franco-allemande du voyage mémoriel scolaire à Verdun. Dans un autre contexte, à l'occasion d'un voyage au Struthof avec des élèves de lycée, j'avais pu observer avec étonnement les fortes disparités dans ce domaine entre les deux rives du Rhin. il serait instructif de prolonger ce regard sociologique pour des périodes plus éloignés, telles que la Première Guerre mondiale.

 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Lieux de mémoire
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18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 13:19

 

L-Histoire.jpg

 

 

Tous les mois, le magazine de référence français de la vulgarisation des travaux historiques contient de nombreuses pistes de réflexion sur la mémoire, l'histoire et nos sociétés.

A défaut d'une revue ou d'un groupe de recherche spécialisés sur ces questions, nous nous proposons sur ce blog d'en faire régulièrement le recensement puisque cette thématique tend progressivement à s'autonomiser en une nouvelle branche de la recherche.

En complément d'autres travaux publiés dans diverses revues, mais aussi d'ouvrages qui adoptent une perspective mémorielle, nous espérons ainsi saisir sur le vif l'évolution et les enjeux de cette nouvelle grille de lecture historienne.

 

Histoire et Mémoire des rues

Cette question brûlante continue à animer les conseils municipaux à travers la France. Après les polémiques sans cesse rebondissantes des rues "Philipppe Pétain" (que nous avions relaté dans cet article), un nouveau nom cristallise les élus : celui de Robespierre. L'article p. 18 nous apprend qu'il existe des rues "Robespierre" à Montreuil, Bagnolet, Ivry, Brest, Talence et Givors ou encore Reims.

A Paris cependant, la place du marché qui portait jadis son nom a été dépatisée en 1950. Une proposition a récemment été faite pour remédier à cette damnatio memoriae. En vain. Les élus parisiens ont vivement échangé au cours de la séance, mais la mémoire de Robespierre ne semble pas encore suffisament rassembleuse pour lui consacrer une petite plaque.

 

Neutraliser les lieux de mémoire

L'Espagne est décidément très active sur les questions mémorielles depuis quelques années. Après avoir fait voter (tardivement...) plusieurs lois d'indemnisation des victimes de franquisme, le gouvernement s'intéresse désormais à la dépouille de Franco.

La situation est en effet pour le moins surprenante. Les restes de dictateur reposent à la Valle de los Caidos, un immense mausolée commandé par Franco lui-même pour rendre hommage aux combattants nationalistes morts pendant la guerre d'Espagne. Quelques années plus tard, il avait été décidé que le monument religieux accueillerait aussi les dépouilles des combattants républicains.

 

tombe-de-franco.jpg

Mausolée de la Valle de los Caidos

 

Or, depuis quelques mois, la justice espagnole autorise les descendants des victimes du franquisme à récupérer les restes de leurs aïeux qui ne supportent plus de les savoir reposer aux côtés de leurs anciens bourreaux, et surtout du premier d'entre eux.

Par cette décision, le gouvernement espagnol entend stopper cette hemorragie d'un lieu de mémoire qui se vide progressivement de sa substance. En se focalisant sur son occupant le plus célèbre, il entend ainsi protéger la mémoire des combattants et "neutraliser" les tensions. Il n'est pas certain cependant que la translation de la dépouille de Franco suffise, d'autant que sa fille s'y oppose pour le moment.

Une telle opération semble de toute façon bien fragile tant elle s'inscrit en contradiction avec la définition même du lieu de mémoire qui rélève généralement de l'émotion et du partisanisme, non pas de la neutralité.

 

Mémoires de la bataille de Leningrad

Matthieu Buge propose un article très intéressant à l'occasion du soixante-dizième anniversaire du siège de Leningrad (p. 22). Son analyse se termine par une brève perspective mémorielle (comme souvent désormais lorsqu'une commémoration est prétexte à la réactivation de recherches en histoire).

Il nous dresse le portrait de ce qui pourrait être considéré comme une véritable "hystérie mémorielle" :

   - Des cérémonies commémoratives retransmises par les chaînes de télévision nationales,

   - Trois musées strictement dédiés à cet épisode de l'histoire soviétique

   - D'innombrables plaques et statues commémoratives dispercées dans les rues de l'actuelle Saint-Pétersbourg (avec une mention spéciale pour la statue en l'honneur des chats envoyés de Sibérie pour dératiser la ville).

   - Le cimetière mémorial de Piskarevskoïe aux dimensions frémissantes : 26 hectares et 186 fosses communes.

De tels moyens entretiennent une mémoire particulièrement vive de l'évènement en Russie et font dire à Matthieu Buge qu'on peut quasiment considérer cette visibilité comme une forme de propagande.

A entendre certains étudiants russes avec lesquels j'ai eu la chance de discuter au cours de leurs études en France, je ne peux que confirmer cette impression : impossible de leur faire prendre un minimum de recul sur l'écriture officielle de leur histoire. En revanche, leur sentiment patriotique était intact.

Décidément, le modèle mémoriel russe mériterait qu'on s'y intéresse davantage.

 

Mémoires encore confuses de la guerre d'Algérie

Tous les historiens savent que la guerre d'Algérie constitue un sujet passionnant, mais pour lequel il faut avoir les nerfs solides et un esprit de persévérance lorsqu'on décide d'y consacrer ses travaux. Guy Pervillé ajoute à ces qualités une plume particulièrement efficace lorsqu'il s'intéresse aux "disparus d'Algérie", ces civils français enlevés lors du conflit.

Il rappelle qu'environ 25 000 militaires français ont péri dans cette terrible guerre et que leur mémoire est entretenue au mémorial du Quai Branly. Cependant, la mémoire des victimes civiles est quant à elle beaucoup plus problématique.

 

Memorial-guerre-d-Algerie.jpg

 

Le monument ci-dessus permet en effet de voir défiler :

   - Sur la première colonne, les noms et prénoms des soldats et harkis morts pour la France en Afrique du Nord.

   - Sur la deuxième colonne, des messages rappelant la période de la guerre d’Algérie et le souvenir de tous ceux qui ont disparu après le cessez-le-feu. Depuis le 26 mars 2010, ont été ajoutés les noms des victimes civiles de la manifestation de la rue d'Isly, à Alger, le 26 mars 1962.

   - Sur la troisième colonne, les visiteurs peuvent voir s'afficher le nom d'un soldat recherché parmi l'ensemble des noms de la liste.

   - Au sol est gravé : « À la mémoire des combattants morts pour la France lors de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie, et à celle de tous les membres des forces supplétives, tués après le cessez-le-feu en Algérie, dont beaucoup n'ont pas été identifiés ».

 

C'est sur ce dernier point que portent plus précisément  les travaux de Guy Pervillié qui tente d'affiner progressivement le nombre de ces victimes. A défaut de recherches sérieuses pendant plusieurs décennies, ces données tombent généralement dans une logique de surenchère qui nuit ensuite à une analyse objective et sereine de l'histoire (voire sur ce point les travaux d'Arnaud Boulligny sur les déportés français pour motif d'homosexualité).

Cette question aurait pu faire l'objet de travaux menés dans le cadre de la Fondation pour la Mémoire de la guerre d'Algérie... mais son fonctionnement reste encore bien incertain pour le moment puisque les historiens rappellent, à raison, qu'une telle fondation ne devrait pas être consacrée exclusivement à la mémoire, sauf s'il s'agit justement d'en étudier les logiques et les enjeux d'un point de vue historien.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Recensions
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12 septembre 2011 1 12 /09 /septembre /2011 12:11

 

C'est avec un très grand plaisir que je vous annonce la sortie de cet ouvrage auquel j'ai eu l'honneur et le plaisir de participer aux côtés de mes anciens "maitres".

 

Commemorer-les-victimes-en-Europe.jpg

David EL KENZ et François-Xavier NERARD (dir.), Commémorer les victimes en Europe (XVIe - XXIe siècle), Paris, Champ Vallon, 2011.

 

 

Le sommaire :

 

INTRODUCTION
Qu'est-ce qu'un lieu de mémoire victimaire?
David El Kenz et François-Xavier Nérard

 

I. Les lieux de mémoire victimaire: une politique d'en haut

1. Mémoire du soulèvement irlandais de 1641 et constructions identitaires dans les îles Britanniques
Karine Bigand

2. La grande famine en Ukraine: la ritualisation de la mémoire du Holodomor par le pouvoir
Sophie Lambroschini

3. Belchite: l'intention d'un lieu de mémoire victimaire (1937-2009)
Stéphane Michonneau

4. La mémoire des villages brûlés pendant la Seconde Guerre mondiale: l’exemple de Khatyn en Biélorussie
Alexandra Goujon

5. Dun-les-Places, village martyr du Nivernais-Morvan (1944-2009) Histoire et investissements symboliques
Jean Vigreux

6. L'anti-charnier: esquisse d'une politique mémorielle nazie
Florent Brayard

 

 

II. Les lieux de mémoire victimaire: une demande sociale

7. Victimes ou martyrs de la Révolution, la victoire des vaincus?
Jean-Clément Martin

8. Le monument commémoratif de Dzidzernagapert à Erevan: l’invention d’un «haut-lieu» de 1967 à nos jours
Taline Ter Minassian

9. Les lieux de massacre des vaincus de la guerre civile finlandaise: un enjeu de mémoire
Maurice Carrez

10. L’Église orthodoxe russe et la mémorialisation de la Terreur
Kathy Rousselet

11. Les cimetières-mémoriaux de Leningrad: l’impossible deuil?
François-Xavier Nérard

 


III. L’échec de lieux de mémoire victimaire

12. Le massacre de la Saint-Barthélemy est-il un lieu de mémoire victimaire (fin xvie siècle-2009)?
David El Kenz

13. Guerre des paysans (1525), guerre de Trente Ans (1618-1648): des mémoires victimaires de l’époque moderne?
Claire Gantet

14. Commémorer les chasses aux sorcières en Allemagne: des lieux de mémoire victimaire ambigus
Ludolf Pelizaeus

15. Les lieux de la mémoire polonaise de Katy´n 1943-2010 : d’une forêt à un musée
Piotr H. Kosicki

16. Baby Yar: la mémoire de l’extermination des Juifs en Ukraine
Iouri Shapoval

17. À la recherche d’un lieu de mémoire victimaire: le cas des déportés homosexuels français
Mickaël Bertrand

 

 

Conclusion
Annette Becker

les auteurs
éléments de Bibliographie

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10 septembre 2011 6 10 /09 /septembre /2011 07:46

 

World-trade-center-au-trocadero.jpg

 

A la veille d'une opération de commémorationite aiguë, une modeste contribution visant à apporter quelques éclairages historiens et mémoriels autour du 11 septembre 2001. 

Actualité oblige, cet article a été publié sur LePLus du Nouvel Obs ici.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et médias
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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 11:12

 

l'avenir des humanités

Yves CITTON, L’Avenir des humanités : Économie de la connaissance ou cultures de l’interprétation ?, Paris, La Découverte, 2010.

 

Cet essai proposé par un professeur de littérature française à l'Université Stendhal-Grenoble 3 est d'une vivacité remarquable. Son objectif principal est de réhabiliter la place des sciences sociales dans une économie politique qui, en ces temps de "crises", considère comme un luxe ces départements universitaires qui ne produisent pas de technologies et de formules à la rentabilité immédiate.

 

Face à cette croyance un peu courte, Yves Citton propose plusieurs pistes de réflexion :

   1. Dépasser l'opposition entre les sciences dites "expérimentales" et les sciences sociales : l'histoire des sciences montre en effet que les deux domaines se nourrissent mutuellement et que les grandes découvertes scientifiques dérivent toujours à un moment ou à un autre d'une interprétation et de choix socialement construits.

   2. Moderniser notre lecture des sciences sociales à la lueur de notre société contemporaine. Ainsi, l'historien, le philosophe ou encore le littéraire ne doivent plus être strictement considérés comme des "puits de connaissances". La démocratisation de l'Internet permet aujourd'hui à chacun d'accéder à des montagnes de connaissances que même un Socrate ou un Montaigne n'auraient pas été en mesure de maîtriser.

   3. D'où cette idée essentielle résumée par le titre de l'essai : passer d'une économie de la connaissance à une culture de l'interprétation. En somme, la valeur ajoutée des sciences sociales doit être revendiquée dans sa capacité à proposer des lectures du monde, mais aussi à entretenir de potentielles réinventions du monde. 

 

Rien de révolutionnaire en somme, mais un rappel salutaire, actualisé et  bien argumenté.

L'entreprise s'inscrit dans une démarche résolument citoyenne visant à rappeler que chaque homme est interprète du monde qui l'entoure et qu'il doit sans cesse veiller à ne pas être dupe des connaissances qu'on lui lance quotidiennent au visage... dans les médias, sur l'histoire et la mémoire par exemple !!!

 

D'autres comptes-rendus de l'ouvrage d'Yves CITTON :

   - La vie des idées

   - Lectures, sur revue.org

   - A écouter sur France Culture

 

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1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 20:55

 

Suite à mes précédentes prises de position sur les nouveaux programmes d'histoire au collège, la radio Europe 1  m'a contacté aujourd'hui pour débattre de ce sujet avec Pierre BARON, direction de la rédaction d'Historia.

Vous pouvez retrouver mon intervention à l'adresse suivante (émission du 1er septembre 2011, dès le début du fichier) :  cliquez ici.

 

Quelques précisions pour les lecteurs de ce blog :

   - Le débat peut donner l'impression d'une opposition radicale entre monsieur Baron et moi-même : je tiens à rappeler que s'agissant de la réforme du lycée, il n'en ai rien. Je suis tout à fait d'accord avec ses arguments concernant les nouveaux programmes du lycée et le scandale que constitue la suppression de l'enseignement de l'histoire en Terminale Scientifique.

   - Le seul point sur lequel nous ne sommes pas d'accord concerne les programmes de collège : monsieur Baron considère que l'introduction des civilisations lointaines constitue un gadget inutile qui vient tronquer la chronologie de l'Histoire de France. Je pense qu'il n'en est rien. Non seulement ces ouvertures culturelles sont nécessaires pour comprendre le monde actuel, mais elles ne privent pas l'Histoire de France d'une chronologie cohérente.

 

Ces débats sont toujours un peu frustrants car ils obligent à résumer le propos, quitte parfois à le caricaturer.

Il me semblait donc important de rappeler que nous nous retrouvons sur la plupart des points, dont celui essentiel de la défense de notre discipline.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoire et enseignement
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