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  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 09:21

 

Un nouvel article publié dans le Nouvel Obs en réponse à l'article de Dimitri Casali dans Le Figaro Magazine sur les "nouveaux programmes" d'histoire au collège : A lire ici.

 

Une modeste contribution à un débat récurrent, mais qui m'apparait bien anachronique dans le contexte actuel. 

 

Bonne lecture

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoire et enseignement
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26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 07:28

ikea.jpg

 

Victime de ce que l'on appelle un "marronnier" dans le jargon journalistique, le responsable de la communication du groupe Ikea a probablement dû écourter ses vacances pour préparer sa riposte à la sortie d'un nouvel ouvrage sur le passé nazi de son patron, Ingvar Kamprad, fondateur historique du célèbre marchand de meuble à la marque bleue et jaune. Il faut reconnaître que le vieil homme ne lui facilite pas la tâche en accordant une interview à la journaliste suédoise Elisabeth Aasbrink dans laquelle il rappelle son indéfectible admiration pour Per Engdahl, chef de file du néonazisme suédois pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Il n'en faut pas davantage pour que les braises encore rougissantes de la polémique s'attisent à nouveau dans un éternel retour de flamme.

 

Erreur de jeunesse ou patron d'extrême-droite ?

Ces déclarations suffisent-elles à jeter l'opprobre sur Ikea ? Je ne le pense pas. Malgré les recherches acharnées des journalistes, aucun élément ne permet pour l'instant de démontrer qu'Ingvar Kamprad a illégalement flirté avec l'extrême-droite.

Soyons simples : que peut-on reprocher à cet individu ?

   - soit vous êtes un consommateur très exigeant et vous considérez que les opinions idéologiques des PDG auxquelles vous rapportez de l'argent conditionnent vos achats. Dans ce cas, il vous faudra être un citoyen très informé et accepter une grande marge d'erreur. Devez-vous par exemple vider votre bouteille (neuve !!!) de N°5 dans le lavabo sous prétexte que Coco était une collabo ?

   - soit vous considérez que l'opinion des dirigeants est un élément bien trop fluctuant pour s'y fier et qu'il vaut mieux s'en tenir au terrain des faits et de la légalité. Ce que j'attends des historiens et des journalistes suédois, c'est qu'ils nous montrent si Ingvar Kamprad a profté de ses amitiés nazies pour développer son entreprise. A-t-il par exemple financé des partis d'extrême-droite ? A-t-il favorisé la promotion de cadres nazis dans son entreprise ? etc.

 

Ingvar Kamprad : un autre Louis Renault ?

Cette polémique venue d'Europe du Nord révèle des logiques mémorielles auxquelles on prête bien moins d'attention en France, tant elles pourraient nuire à l'un des fleurons de l'industrie française : Renault. Un combat tout aussi acharné confronte pourtant depuis plusieurs années quelques historiens (dont Annie Lacroix-Riz) et la famille de Louis Renault qui se fait garant d'une mémoire pour le moins aseptisée.

 

renault-et-hitler.jpg

 

La polémique a commencé autour d'une célèbre photographie montrant l'industriel français aux côtés d'Hitler et de Göring à un salon de l'automobile de Berlin avant-guerre. Utilisée au Centre de la Mémoire d'Oradour-sur-Glane, le commentaire suivant illustrait l'image :

« L'occupant disposait de 400 millions de francs par jour aux termes de l'armistice. Il ajoutait une victoire économique à sa victoire militaire. « Pouvait-on faire autrement que de travailler avec eux ? ». La majorité du patronat de l'armement, aéronautique¸ chimie, automobile, haute-couture...collabora. Louis Renault, « Une seule chose compte : moi et mon usine », fabriqua des chars pour la Wehrmacht. Renault sera nationalisé à la Libération ».

Les petits-enfants ont été blessés par ce qu'ils considéraient comme une atteinte à la mémoire de leur grand-père. Ils ont donc intenté un procès. Le 1er juillet 2010, un arrêt de la cour d'appel de Limoges condamnait le Centre de la Mémoire d'Oradour-sur-Glane pour avoir injustement associé le constructeur Louis Renault à l'un des pires crimes perpétrés par les nazis sur le territoire national.

 

Depuis, une bataille acharnée s'est ouverte entre les différents acteurs de ce procès. Par médias interposés, ils se répondent régulièrement, mobilisant chacun leurs historiens respectifs. Les descendants de Louis Renault s'offusquent d'un amalgame autour de la collaboration de leur grand-père quand Annie Lacroix-Riz soutient que, malgré l'entreprise de réhabilitation mémorielle familiale, l'industriel a bien profité d'un contexte de guerre pour collaborer avec l'ennemi et développer son entreprise.

Ce débat est absolument passionnant pour les historiens qui sont ainsi invités à réfléchir sur l'histoire des entreprises (encore trop peu explorée en France, par crainte d'éventuelles pressions ou atteintes à la sacro-sainte objectivité) et à relativiser les notions bien trop caricaturales de résistance, collaboration et attentisme.

Il est cependant devenu beaucoup trop glissant depuis que la famille de Louis Renault a décidé de judiciariser la question. Il faut reconnaître que les enjeux sont énormes. Si l'entreprise de réhabilitation mémorielle atteint son objectif final, c'est la légalité de la nationalisation de l'entreprise par l'Etat français qui devra être remise en question. Dès lors, nous serions confrontés à une situation inédite où l'Etat devrait soit indemniser (mais à quel hauteur ?) les héritiers de Louis Renault ; soit céder ses parts dans l'entreprise.

Cette affaire semble complètement dingue et elle l'est. Symbole des dérives mémorielles et judiciaires de notre époque, elle nous fait porter un jugement insensé sur l'histoire.

 

Qu'on laisse donc Ingvar Kamprad s'arranger avec sa propre conscience, tout comme jadis Louis Renault avec la sienne. Si ces hommes ont enfreint les règles de la moralité, les consommateurs sauront bien leur faire payer. S'ils ont franchi les barrières de la légalité, ce sera à la justice de trancher. Dans ces affaires, comme dans beaucoup d'autres, il convient de distinguer rigoureusement histoire, mémoire et actualité.

 

 

Actualisation le 24 septembre 2011 : Après Ikea que nous évoquions ci-dessus (en lien avec Renault), et après la SNCF que vous avons évoqué dans un précédent article (voir ici), voici une nouvelle étude qui égratine encore un peu plus l'image des industriels européens durant la Seconde Guerre mondiale : Hugo Boss et son passé nazi (lien ici).

Ces révélations en cascade constituent elles-mêmes un élément mémoriel fort intéressant : pourquoi les historiens ont-ils attendu autant de temps pour travailler sur le passé des industriels ? Doit-on y voir seulement l'oeuvre d'un champ historiographique en construction ou bien une tendance plus profonde de désenchantement du monde de l'entreprise dans un contexte de crise économique favorable à ce genre d'études ?

A mon sens, ces deux éléments sont à l'oeuvre et, si tel est le cas, sont révélateurs d'une profonde mutation de notre société. Comparaison n'est pas raison et il n'est pas question d'avancer des comparaisons trop audacieuses sans précaution. Néanmoins, ne peut-on pas considérer que l'Ancien Régime a sombré lorsque le tiers-état s'est progressivement débarassé des mystifications entourant le clergé sacré et la noblesse respectée ? 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et conflits
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20 août 2011 6 20 /08 /août /2011 17:24

 

Logo-regard-sur-l-est.gif

 

Le dernier dossier de la revue en ligne Regard sur l'Est porte sur "Le renouveau du monde juif en Europe centrale et orientale". La problématique de cette réflexion collective part du présupposé suivant : "Présents pendant plusieurs centaines d’années en Europe centrale et orientale, les Juifs ont fait l’objet de persécutions (pogroms, Shoah…), avant d’être comme «évincés» de l’espace public durant la période communiste. Toutefois, depuis la fin des années 1980, on assiste dans certains pays à une recherche, une reconnaissance, voire une renaissance de l’héritage juif".

Il s'agit donc d'une réflexion globale sur la mémoire de la culture juive dans un espace où cette communauté a particulièrement souffert. Parmi les articles proposés, certains adoptent une perspective résolument mémorielle qui méritent d'être signalée sur ce blog.

 

La question de la Shoah est évidemment omniprésente dans ce dossier.

L'article de Stephan STACH par exemple nous montre que l'Allemagne n'a pas toujours adopté une position commune autour de la mémoire de la Shoah. Ainsi, pendant longtemps, RFA et RDA ont développé des mémoires parallèles autour d'un évènement de passé commun. Les articles suivants sur la Roumanie, l'Albanie, la République Tchèque ou encore le Bélarus confirment bien à quel point l'unité géographique régionale n'est pas le gage d'une unité mémorielle. Les évolutions politiques ultérieures ont donc des conséquences qui sont visiblement plus fortes qu'une éventuelle unité culturelle, voire un passé commun.

 

Ces différentes études de cas permettent ainsi de rendre compte d'une formidable diversité, mais aussi de la fragilité du passé qui, au gré des vents politiques, peut souffrir d'interprétation parallèles, voire contradictoires. C'est pourquoi, parmi tous les critères qui permettent aujourd'hui de mesurer le degré de démocratisation, nous ne devrions pas non plus oublier celui d'écrire, de lire et d'apprendre l'histoire. A notre connaissance, il n'existe en effet pas de dictature qui n'ait essayé d'exercer un contrôle autoritaire sur l'interprétation du passé. 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et identités nationales
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18 août 2011 4 18 /08 /août /2011 08:55

 

L'esprit encore quelque peu embrouillé par l'ambiance estivale, c'est avec de nouveaux projets pour ce blog que j'aborde cette rentrée universitaire. Au programme :

   - des articles beaucoup plus courts et réguliers viendront compléter les articles de fond. L'objectif est d'être beaucoup plus réactif à l'actualité mémorielle et de répondre à une volonté de recensement plus précis.

   - des interventions ponctuelles d'historiens et autres spécialistes de la mémoire, afin que ce blog devienne un véritable lieu d'échanges, de débats et de réflexion commune.

   - Et toujours des articles plus fouillés sur les réminiscences de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs.

 

 

Aujourd'hui, je vous fais partager cette réflexion très intéressante de Patrice GUENIFFEY dans l'introduction de son dernier ouvrage sur la Révolution française (Histoires de la Révolution et de l'Empire, Tempus/Pellerin, 2011, 744 pages, 12 euros).

 

Patrice-Gueniffey.jpg

 

 Patrice Gueniffey est un historien français et directeur d'études à l'EHESS.

 

Dans l'introduction de cet ouvrage, l’auteur exprime l’idée que la Révolution française est entrée dans la «mémoire morte» de l’Histoire. Avant la chute du mur de Berlin, «la division du monde en deux blocs, et la menace que l’existence d’un bloc communiste puissant faisait peser sur le reste du monde, avaient assuré la subordination durable des intérêts économiques à la volonté politique». Or, et nous ne pouvons que suivre l'analyse de l'historien à la lumière des évènements actuels, le politique a tendance a être subordonné de plus en plus par l'économique.

 

Différentes nuances doivent être apportées à cette affirmation :

   1. Elle exprime l'avis d'un spécialiste de la Révolution française qui ne se contentera jamais assez de l'aura de son sujet de prédilection.

   2. Elle est exprimé par un historien plutôt critique dans son approche de la Révolution.

 

Néanmoins, son propos est intéressant car il envisage d'identifier "à chaud" (à l'échelle de l'histoire et non de l'actualité) la fin d'un cycle. Au-delà des gesticulations politiques de dirigeants ne sachant plus s'ils doivent rentrer de vacances de peur d'affoler les marchés financiers, Patrice Gueniffey  se propose d'expliquer l'essouflement de l'historiographie de la Révolution française non pas seulement par un désintérêt intellectuel, mais par des difficultés d'identification de la part de sociétés contemporaines qui sont tellement dépolitisées qu'elles ne parviennent plus à comprendre les passions et engagements de leurs aïeux.

 

A ma connaissance, les historiens du politique ne se sont pas encore saisis d'une telle problématique et c'est regrettable. Je me prends parfois à rêver qu'un nouveau Fernand Braudel puisse avoir l'ambition d'une telle réflexion dans la continuité de son oeuvre.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et historiens
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6 août 2011 6 06 /08 /août /2011 08:47

Rudolf Brazda s’est éteint le mercredi 03 août 2011. Il était le dernier survivant connu de la déportation nazie pour motif d’homosexualité. A cette occasion, quelques journalistes m’ont demandé de réagir d’un point de vue historien, mais aussi mémoriel :

 

Sur le Nouvel Obs : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/179793;la-mort-du-dernier-deporte-pour-homosexualite-nous-impose-un-devoir-d-histoire.html

 

Sur Têtu : http://www.tetu.com/actualites/france/on-estime-entre-5-000-et-15-000-le-nombre-de-deportes-pour-homosexualite-19928/10

 

Bonne lecture.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et homosexualités
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23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 10:22

Le site du Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah fournit un formidable compte-rendu d’une conférence proposée par  Etienne François qui a codirigé avec Hagen Schulze un ouvrage intitulé Mémoires allemandes / Deutsche Erinnerungsorte chez Gallimard en 2007.

 

 memoires-allemandes.gif

 

Le compte-rendu est un peu brouillon mais il fournit une mine de renseignements et d’axes de réflexion sur la mémoire d’une ville centrale dans l’histoire du XXème siècle.

 

Une ville-mémoire

L’exposé développe l’idée que la ville de Berlin est un immense lieu de mémoires où se croisent des influences diverses, parfois complémentaires, mais aussi contradictoires. L’histoire de cette ville est tellement riche, et son passé suscite de telles émotions, qu’elle a été un espace mémoriel de prédilection depuis plusieurs décennies.

Cette simple constatation n’est pas anodine. Elle nous permet de réaliser que certains lieux sont plus mémoriels que les autres, non seulement parce qu’ils véhiculent une charge symbolique forte du fait de leur centralité historique, mais aussi parce qu’ils ont accepté de porter dans la longue durée le poids affectif d’évènements chargés de tensions cathartiques.

Il faut donc, à un moment donné, que des acteurs décisionnels aient assumé l’inscription d’un lieu dans une mémoire, presque comme un aménagiste décide de construire un nouveau quartier.

 

Les acteurs de la mémoire

Pour exister, la mémoire doit en effet être « défendue et revendiquée par un groupe ».

Etienne François propose de catégoriser ces acteurs en deux parties :

       - Les institutions telles qu’une l’Etat, la ville, voire un conseil de quartier.

     - Les membres de la société civile qui peuvent être des individus indépendants, mais aussi une association, une Eglise, un historien…

Pour ma part, je considère que cette classification est un peu trop élémentaire et qu’elle simplifie à l’excès la complexité de l’émergence d’une revendication mémorielle. Certes, le prestige de la fonction exige que le représentant institutionnel soit souvent mis en avant lors de l’inauguration d’un projet. L’autorité publique étant souvent le principal contributeur financier, elle sera d’autant valorisée sur le papier, voire sur le marbre d’une plaque apposée à l’entrée du lieu.

Une fois ce biais politicien évacué, on s’aperçoit souvent que la force requérante est systématiquement civile (à l’exception près d’un homme politique particulièrement impliquée dans la publicité d’une mémoire). A l’initiative d’un musée, d’un monument, d’une plaque commémorative, on trouve généralement un groupe d’hommes et de femmes qui travaillent depuis plusieurs années à préserver une mémoire et qui parviennent à un moment donné à une reconnaissance suffisamment large, ou à une stratégie de lobby suffisamment efficace, pour que leur revendication soit acceptée par les acteurs institutionnels.

Il convient dès lors de se demander pourquoi et comment de si nombreuses revendications sont parvenues à un tel niveau de reconnaissance à Berlin ces dernières années.

 

Les motivations mémorielles

Le conférencier propose quatre types de motivations que l’on peut assez facilement résumer à deux si l’on ne décompose pas à outrance la définition du mot « mémoire ».

D’une part, et c’est la raison la plus logique, on trouve généralement une forme de repentance dans l’acte mémoriel. Par la construction d’un édifice, l’autorité publique souhaite s’exonérer d’un évènement qui porte ombrage à son passé. Le lieu mémoriel sert alors à rappeler les valeurs qui sont considérées comme justes (en opposition au mal qui a pu être commis antérieurement). Or, il est important de préciser que cette action est autant tournée vers l’intérieur de la communauté exécutante (les Berlinois, voire les Allemands en général s’agissant de la capitale fédérale) que vers l’extérieur. Un monument est en effet construit pour être vu, voire pour être visité. L’acte de contrition mémorielle est donc aussi résolument tourné vers le monde afin de rendre publique le repentir.

D’autre part, et c’est une conséquence directe de la dimension internationale évoquée ci-dessus, il serait malhonnête de nier la caractéristique touristique de ces entreprises mémorielles. Nous l’avons déjà évoqué à plusieurs reprises sur ce blog, les lieux de mémoire sont aujourd’hui des destinations touristiques privilégiées et qui rapportent beaucoup d’argent aux pays qui savent les valoriser et les faire fructifier.

 

Des mémoires complémentaires et des mémoires oubliées

L’exposé d’Etienne François se termine par une typologie qui présente le mérite de recenser les principaux lieux de mémoires berlinois. Il faut également consulter le compte-rendu d’Anne Pasques qui fournit de nombreux liens très utiles vers les sites (en allemand) de ces monuments à découvrir et visiter.

Néanmoins, la typologie proposée mériterait d’être encore affinée. L’auteur propose en effet de décomposer les principaux lieux de la façon suivante :

-          les mémoires reconnues et revendiquées,

-          les mémoires oubliées ou inexprimées

-          les mémoires enchevêtrées.

Cette recension déjà bien fournie ne permet pas l’exhaustivité. Elle identifie des lieux très intéressants qui montrent que Berlin est une grande capitale européenne qui assume son passé (qu’il soit positif ou négatif).

La partie consacrée aux mémoires oubliées ou inexprimées mériterait cependant d’être développée, ne serait-ce que dans les nuances sous-entendues par l’auteur. La mémoire oubliée n’est pas la mémoire inexprimée. Dans le premier cas, la mémoire a pu faire l’objet d’un culte mémoriel (c’est le cas par exemple de la mémoire communiste dans l’ex-RDA), mais ce dernier est complètement tombé en déshérence. Cette constatation devrait prêter à réfléchir de nombreux militants de la mémoire qui considèrent trop souvent que l’inscription dans la pierre représente la garantie d’une postérité. Or, l’étude de Berlin montre que la pierre et les statues peuvent vieillir et, à défaut d’entretien matériel et symbolique, perdre leur charge mémorielle.

La mémoire inexprimée est différente car elle n’a jamais émergée de l’oubli. L’auteur cite de nombreux exemples parmi lesquels la mémoire ouvrière, la mémoire révolutionnaire, ou encore, la mémoire de la guerre (au sens belliciste du terme). Là aussi, l’absence de mémoire est révélatrice d’un sens qu’il conviendrait d’expliquer. La dichotomie bien connue entre mémoire victimaire et mémoire héroïque permet déjà d’expliquer de nombreux points, mais ce n’est pas suffisant. Les historiens de la mémoire doivent encore s’interroger sur l’absence durant des décennies, voire des siècles, de contextes favorables à l’émergence en Allemagne de mémoires qui se sont librement exprimées dans d’autres pays de la même aire culturelle.

Enfin, dans cette typologie, Etienne François omet complètement les mémoires contestées. Cette lacune nuit à son propos car sa présentation suppose que la mémoire serait quasiment statique, sans vie, alors que l’un des apports majeurs de l’histoire autour de ces questions repose justement sur la démonstration de mémoires volatiles, presque éphémères à l’échelle d’une civilisation. L’accélération du temps présent et l’inflation des entreprises mémorielles contribue d’ailleurs à accentuer ce phénomène. A trop vouloir répondre favorablement à toutes les mémoires, aussi marginales soient-elles parfois, et surtout sans essayer de les rassembler dans de grandes entreprises mémorielles nationales, les institutions décrédibilisent inconsciemment l’histoire et la mémoire de leurs pays.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Lieux de mémoire
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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 08:07

Les formes d’expression mémorielle n’en finissent pas de se multiplier. Dans ce domaine, l’Allemagne est particulièrement active. Après les musées, les plaques commémoratives, les noms de rues et les monuments, ce sont désormais des pavés qui ont pour mission de préserver la mémoire et qui ont été scellés devant les domiciles ou les lieux d'arrestation des victimes du nazisme. Mercredi 20 juillet 2011, 19 nouveaux pavés seront installés à Bruxelles et à Liège. 

 

L’initiative revient à l’artiste Gunter DEMNIG qui, depuis plusieurs années, sillonne les routes européennes pour disséminer dans le sol cette modeste contribution à la mémoire individuelle et collective. L’entreprise ne serait guère exceptionnelle et originale si elle ne s’inscrivait pas dans une échelle aussi vaste. Depuis 1994, ce sont en effet plus de 17 000 Stolpersteine (littéralement : pierre sur laquelle on trébuche ou pierre d'achoppement) qui ont été posées dans le sol allemand, puis autrichien, belge, hongrois, italien et hollandais.

D’une initiative individuelle à la limite de la légalité (Gunter DEMNIG s’est tout d’abord passé d’autorisation officielle pour creuser dans les trottoirs de Cologne), l’entreprise mémorielle s’est progressivement imposée dans plus de 400 villes. Depuis, le projet est soutenu par de nombreuses municipalités et institutions telles que l’association pour la mémoire de la Shoah en Belgique. 

 

Une initiative efficace

Si cette idée simple et anodine s’est imposée aussi rapidement, c’est qu’elle mobilise des aspects particulièrement efficaces d’une stratégie mémorielle.

Tout d’abord, malgré son ampleur, l’initiative ne coûte presque rien. Ces petits dés de béton ou de métal de 10 cm de côté recouverts d'une plaque en laiton sont estimés à 95 euros par pièce.

Ensuite, le projet repose sur un fort investissement populaire à toutes les étapes de la réalisation. Ainsi, ce sont généralement des individus, des associations, des écoles ou bien des communes qui prennent l’initiative de contacter l’artiste pour installer une nouvelle pierre à l’édifice mémoriel. Ils assurent dans ce cas le financement initial ainsi que l’entretien courant.

Puis, de par son inscription dans l’espace public, ce pavé doré attire le regard du passant. Alors que nous ne prêtons plus guère d’attention aux noms des rues qui sont souvent réduits à leur fonction utilitaire, ces pierres étonnent par leur insignifiance initiale et véhiculent finalement davantage la mémoire des noms.

C’est sans compter également sur le fort investissement émotionnel des habitants de la rue dans laquelle est déposée cette modeste pierre. Bien plus performante qu’une cérémonie, qu’une commémoration, voire qu’un cours d’histoire, la multiplicité de ces traces du passé inscrites dans le paysage urbain quotidien montre que la terreur nazie s’est imposée partout, et qu’elle a fait des victimes qui auraient pu être nos voisins.

Enfin, cette initiative fonctionne bien car elle permet d’associer adroitement l’histoire et la mémoire. Pour qu’une pierre soit installée, il faut en effet qu’un dossier soit suffisamment étayé afin de connaître le nom de la victime, quelques éléments biographiques, et la certitude qu’elle ait été arrêtée à l’endroit où la pierre sera apposée. Ainsi, en passant par la mémoire, ce projet soutient un devoir d’histoire.

 

Des projets originaux pour renouveler la mémoire

Si toutes ces raisons expliquent le succès grandissant du projet de Gunter DEMNIG, il faut néanmoins signaler que son initiative s’inscrit dans la continuité d’autres artistes qui ont exploré avant lui des stratégies mémorielles similaires.

C’est le cas notamment de Jochen GERZ qui, à partir de 1990, entreprend de réaliser clandestinement un Monument contre le racisme. Avec l’aide de ses étudiants de l’école des Beaux-Arts, il descelle progressivement et discrètement les pavés de la place devant le château de Sarrebrück, ancien quartier général de la Gestapo. Sur chaque pavé, il inscrit le nom d’un cimetière juif d’Allemagne et le remet ensuite en place, face contre terre.

Ce monument mémorial est donc invisible ! Il n’a été officialisé que bien plus tard, et la Schlossplatz a alors été rebaptisée Platz des Unsichtbaren Mahnmals (place du mémorial invisible).

Platz des Unsichtbaren Mahnmals

 

Tout comme Gunter DEMNIG, Jochen GERZ considère que le monument traditionnel (Denkmal en allemand) ne permet plus de commémorer des évènements aussi tragiques que la Seconde Guerre mondiale et le génocide des Juifs d’Europe. L’artiste mobilise donc une nouvelle forme de commémoration (Mahnmal en allemand, un terme apparu après la guerre) qu’il développe sous la forme d’anti-monuments qui symbolisent l’enfouissement de souvenir de ces évènements tragiques dans nos mémoires. En parallèle à ce projet, il a également construit à Hambourg un Monument contre le fascisme qui s’est progressivement enfoui sous la terre entre 1986 et 1993.

 

Nous ne connaissons pas hélas d’initiatives aussi stimulantes sur le territoire français et nous nous étonnons qu’aucun pavé de Gunter DEMNIG n’ait été encore installé en France…

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Lieux de mémoire
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10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 16:17

 

Le 9 juin 2011, la ville de Lyon a inauguré son premier jardin de la mémoire au sein du nouveau cimetière de la Guillotière et à proximité du crématorium municipal. Il a pour vocation d’accueillir les cendres des défunts. Que représente un tel lieu dans les rapports qu’entretient notre société avec la mémoire de ses morts ?

 

Le jardin de la mémoire de Lyon se présente sous la forme d’un petit square accueillant et bucolique. Il est doté de chemins balisés dans une nature maîtrisée. Des bancs sont installés autour d’une fontaine et de nombreux lieux isolés sont aménagés pour favoriser le recueillement des familles endeuillées. 

 

Jardin-de-la-memoire-a-Lyon.png

Jardin de la mémoire de Lyon (source : lyon-info.fr)

 

Le jardin de la mémoire n’est pas en effet un espace où les personnes âgées viennent pratiquer des activités de mémorisation en groupe ; ce n’est pas un site Internet de partage des exercices du docteur Makato rendu célèbre par la Nintendo DS. Hélas, ce n’est pas non plus un lieu paisible offert à votre serviteur pour rédiger ses réflexions sur la mémoire dans notre société.

Le jardin de la mémoire, c’est une appellation poétique qui désigne une nouvelle forme de cimetière cinéraire.

 

Une réponse logique à une nouvelle demande sociale

Le jardin de la mémoire de Lyon n’est pas le premier du genre. D’autres sites ont été inaugurés sur le même principe en France (c’est le cas notamment en Bretagne). Cette pratique demeure néanmoins minoritaire pour le moment car elle est le résultat encore balbutiant d’une évolution sociétale lancinante.

Le constat initial est simple : les Français ont de plus en plus recours à la crémation lors de leur disparition. Face à cette constatation, les autorités ont réformé la législation en vigueur. Contrairement aux croyances populaires, il n’est pas permis aux familles de conserver librement les cendres du défunt, ni de les disperser sans autorisation. En l'absence de volonté spécifique, le cimetière reste le lieu de destination imposé. Pour tout désir du devenir de l'urne ou des cendres hors d'un cimetière, il faut que la volonté du défunt ait été clairement manifestée, par exemple dans le cadre d’un testament crématiste.

Les jardins de la mémoire sont donc une réponse logique à l’augmentation du recours à la crémation en France et au désarroi des familles souvent surprises d’apprendre que les cendres du disparu sont protégées par une législation très précise et contraignante.

 

Vers une nouvelle étape dans l’histoire de la mort en Occident

Le brillant historien Philippe Ariès aurait vraisemblablement un nouveau chapitre à ajouter à sa réflexion sur l’histoire de la mort en Occident à la lueur de cette nouvelle pratique.

 

Histoire-de-la-mort-en-occident.png

Philippe ARIES, Essais sur l’histoire de la mort en Occident, Paris, Gallimard, 1996.

 

Alors que les cimetières étaient placés au centre de la communauté (au sens propre, comme au sens figuré) à l’époque médiévale, ils ont été progressivement relégués aux périphéries des villes et des villages. L’argument hygiéniste est régulièrement invoqué pour expliquer cette évolution mais cette interprétation doit cependant être complétée par d’autres éléments qui concernent notamment la place et le rôle des morts dans nos sociétés.

A une époque où l’on recherche par tous les moyens à repousser une inéluctable rencontre avec la grande faucheuse, la présence des morts incommode. Il suffit pour s’en convaincre de constater l’état de délabrement général de nos cimetières. En seulement quelques décennies, ces allées funèbres ont été délaissées par les plus jeunes d’entre nous, trop pressés par un mode de vie qui ne laisse plus de temps au recueillement annuel sur les tombes de nos proches.

 

Dans ces conditions, l’inauguration de ces nouveaux lieux de mémoire apparait presque comme une réaction conservatrice de la symbolique mémorielle face à la mort. Si la disparition physique de nos corps nous effraie, la crainte est encore plus importante concernant notre mémoire. La dématérialisation de nos existences (encouragée par la mise en place d’identités virtuelles et de passeports numériques) trouve ses limites lorsque l’être se confronte au néant que pourrait constituer l’oubli en l’absence de trace matérielle.

Ainsi, les jardins de la mémoire ne constituent-ils pas seulement un lieu d’accueil pour les cendres. Ils se proposent également de sanctuariser la mémoire des individus sous la forme écologique d’un arbre ou, de manière plus ironique à Lyon, d’une borne numérique qui permet de retrouver à travers un écran tactile le nom et l’année de décès d’une personne incinérée.

 

Il reste à savoir si la mémoire des "grands hommes" suivra le même cheminement que celle des anonymes. Peut-on imaginer par exemple qu’un mémorial aurait été inauguré à Colombey-les-deux-Eglises si le général De Gaulle avait décidé de se faire incinérer et de disperser ses cendres. Est-ce que, comme semble le penser les Américains qui ont immergé le corps d’Oussama Ben Laden, l’absence d’une sépulture suffit à empêcher (ou du moins à limiter) l’émergence d’une mémoire héroïque et/ou victimaire ? Une étape importante sera franchie lorsqu’un homme d’Etat décidera de son vivant de disperser ses cendres sans se soucier de la postérité.

 

Actualisation le 9 septembre 2012 :

Arnaud Esquerre, Les os, les cendres et l’État, Paris, Fayard, 2011 : cet ouvrage offre un éclairage nouveau sur cet article en contextualisant le rapport des sociétés face à la mort. Un compte-rendu peut-être consulter ici.

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6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 10:06

 

Le procès de Nuremberg fait régulièrement l’objet de critiques révisionnistes. Malgré la gravité des faits reprochés aux accusés, nombreux sont ceux qui reprochent les conclusions hâtives d’une justice expéditive et prédéfinie par les vainqueurs. A l’occasion d’une affaire judiciaire récente, la Russie s’est présentée comme le protecteur résolu du célèbre procès. Ses motivations méritent cependant d’être éclairées.

 

L’affaire se déclare autour du cas de Vassily Kononov. Né en Lettonie, le jeune homme devient soviétique lorsque son pays natal est annexé par l’URSS en 1940. Adoptant sa nouvelle nationalité, il décide de s’engager dans l’Armée Rouge lorsque l’URSS est attaquée par les nazis en juin 1941. Il s’illustre alors par de nombreux actes de résistance qui lui valent la reconnaissance de son nouveau pays.

 

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Vassily Kononov en 1941

 

Dans son parcours, un évènement tragique est à l’origine de ses ennuis judiciaires ultérieurs. Selon le récit de son avocat, Vassily Kononov est chargé en 1944 d’une mission particulière : exécuter une sentence de la cours martiale ordonnant la peine capitale pour quelques habitants du village letton de Malye Baty, jugés coupables de l’extermination d’un groupe de partisans soviétiques. Par cet acte, le jeune homme prouve qu’il adhère sans faille à sa patrie d’adoption, même si cela doit le conduire à éliminer d’anciens concitoyens.

C’est sur cette base que la justice lettone le condamne à la prison. Le pays ayant retrouvé son indépendance depuis l’implosion de l’URSS en 1991, son action considérée comme un devoir militaire en 1944 est requalifiée en tant que crime soixante ans plus tard. L’accusé conteste ce jugement et porte l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme qui lui donne raison en invoquant l’article 7 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme : « Nul ne peut être condamné pour une action ou une omission qui, au moment où elle a été commise, ne constituait pas une infraction d'après le droit national ou international. De même il n'est infligé aucune peine plus forte que celle qui était applicable au moment où l'infraction a été commise ».

Vassily Kononov est donc libéré jusqu’en 2010 où la Grande chambre de la Cour européenne des droits de l’homme revient sur sa décision. Fatigué par ces interminables batailles judiciaires, Vassily Kononov est décédé le 21 mars 2011.

 

Cette affaire est donc complexe et il n’est pas possible à mon avis d’adopter une position trop rigide. On peut supposer que le soldat Kononov n’a pas réalisé sa mission sans difficultés, ni réflexions existentielles. S’engager auprès de la force occupante soviétique pour protéger son pays d’un autre envahisseur est une chose, retourner son fusil contre des concitoyens qui ont fait le choix de soutenir le second occupant en est une autre. Cependant, l’intéressé avait-il le choix ? Pouvait-il refuser d’exécuter un tel ordre sans être accusé lui-même de trahison ?

 

La situation est d’autant complexe qu’elle s’inscrit désormais dans un contexte historique et mémoriel particulier. La Russie s’est notamment illustrée par des prises de positions très vives. A l’occasion d’une conférence organisée le 16 mai à Saint-Pétersbourg pour célébrer les 65 ans du procès de Nuremberg, le ministre russe de la Justice, Alexandre Konovalov, a évoqué le cas de Vassili Kononov. Pour lui, le cas Kononov n’est pas qu’une simple affaire judiciaire. Il révèle une tendance plus globale à revenir sur les conclusions de Nuremberg. Il s’agit donc d’une affaire de mémoire, d’histoire et de politique, voire de géopolitique.

L’enjeu pour la Russie est très simple : il faut absolument éviter que l’URSS soit considérée au même titre que l’Allemagne nazie. La position adoptée à Nuremberg est en effet très avantageuse pour l’URSS. Tandis que les regards étaient tournés vers les camps de concentration nazis et les atrocités commises par le régime d’Hitler, Staline a imposé au monde l’idée d’un pays respectable en dissimulant habilement derrière cette image d’Epinal les failles d’un système imposé par les annexions forcées et les exécutions sommaires.

Soixante-cinq ans plus tard, la Russie se fend donc d’une grande solennité en organisant les célébrations de l’héritage du procès de Nuremberg. L’observateur occidental ne doit cependant pas être dupe. Lors de ces cérémonies, ce n’est pas la lutte contre l’extrémisme et la protection des droits de l’homme qui sont célébrées, mais l’image teintée de propagande à la gloire d’une Russie glorieuse et éternelle.

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28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 11:56

 

Les expériences liées à la mémoire n’en finissent d’étonner tant elles sont riches et diverses. Memoro n’est cependant pas une action supplémentaire qui viendrait s’ajouter aux projets déjà bien nombreux d’histoire orale liés à la Seconde Guerre mondiale. Cette initiative mise sur la participation active et volontaire des internautes qui s’emparent de cet outil.

 

Memoro-copie-2.pngPage d'accueil du site Memoro.org : cliquez sur l'image

 

 

Un projet participatif

Le projet est né en 2008 à Turin par l’initiative de quatre jeunes Italiens particulièrement dynamiques et entreprenants. Valentina Vaio, Luca Novarino, Lorenzo Fenoglio et Franco Nicola ont décidé de réactualiser la pratique ancienne et initiatique du parcours de la mémoire auprès des anciens.

Son principe est simple : pourquoi conserver dans notre seule mémoire individuelle (et faillible) les histoires de nos grands-parents alors que les évolutions technologiques permettent désormais de les mettre en valeur, les conserver et les partager avec la planète entière tout en contribuant modestement à l’écriture d’une histoire mondiale ?

Il ne s’agit donc pas d’une activité strictement liée à un évènement ou une période historique précise, financée par des organismes à la philanthropie sélective. Sur Memoro, ce sont les acteurs et les utilisateurs qui décident de la valeur d’un témoignage et de son utilisation. La seule contrainte temporelle consiste à ne sélectionner (pour l’instant) que des témoignages de personnes nées avant 1950.

 

Une mémoire internationale

L’une des autres richesses de ce projet repose sur la croyance en une valeur universelle de la mémoire. Dès lors, la dimension internationale s’est rapidement imposée et des liens ont été tissés entre les chasseurs de mémoire d’Italie et d’autres passionnés en Allemagne, Espagne, France, Royaume-Uni, Argentine, Puerto Rico, Venezuela, États-Unis, Japon et enfin au Cameroun. Cette liste déjà impressionnante est appelée à s’étendre encore davantage dans les prochains mois (en Suisse, Belgique, Pologne, Grèce, Maroc, Namibie, Malawi, Suède, Australie, Chine). Elle témoigne pourtant déjà d’une diversité intéressante qui contourne les limites d’une mémoire souvent strictement nationale, voire locale ou communautaire.

On peut cependant regretter que le site ne permette pas encore d’effectuer une recherche sur l’ensemble des réseaux nationaux à partir d’un mot-clef tapé en anglais. Ce sera peut-être l’une des évolutions à proposer dans les années à venir.

 

Une réflexion profonde et sérieuse sur l’histoire et la mémoire

Autre aspect très pratique de Memoro : le format très court et thématique des vidéos mises en ligne. Sur ce site, pas de discours fleuves et de témoignages filés. Les intervenants acceptent de relater un souvenir précis de leur vie, quitte ensuite à multiplier pour un seul témoin les vidéos qui lui permettront de recenser tous les évènements importants qu’il souhaite partager.

Certes, nos amis sociologues avanceront probablement les limites et les failles d’une telle procédure, et ils auront raison. Un bon témoignage n’est exploitable que lorsqu’il est placé dans son contexte d’élocution et de mémoration. Néanmoins, malgré toutes ces précautions méthodologiques, un souvenir n’en devient jamais pour autant infaillible. Ce cadre est parfaitement assumé par les concepteurs du site qui ne prétendent pas faire œuvre d’histoire et se spécialisent sans regret dans une entreprise de mémoire.

Ce choix ne signifie pas pourtant que Memoro est une réalisation d’amateurs nostalgiques. Au contraire, les choix méthodologiques et scientifiques sont mûrement réfléchis en amont. L’organisation du site est sérieuse et répond aux exigences du projet et des utilisateurs. Enfin, les concepteurs et participants ont le souci de diffuser et de rendre utiles leurs travaux. Progressivement, des partenariats sont donc passés avec des entreprises, des institutions, des médias, voire des universités pour enrichir le projet, le perpétuer, et surtout, rendre disponible ses milliers d’heures de témoignages à tous ceux qui veulent s’en emparer.

 

Vers une nouvelle forme de tourisme mémoriel

Enfin, Memoro ne se contente de collecter et de collectionner les mémoires comme le ferait un lépidoptérophile en épinglant ses papillons sur un mur de liège. Par l’intermédiaire de ce projet, ces initiateurs ne veulent pas seulement donner de la matière aux historiens. Ils croient aussi fermement dans la possibilité de rapprocher les hommes par la mémoire.

A l’échelle internationale tout d’abord, on ne peut que constater que la mémoire d’un soldat italien engagé dans l’armée mussolinienne, mobilisé dans l’occupation du sud de la France durant la Seconde Guerre mondiale, avant d’être fait prisonnier par les Nazis, permet de relativiser l’écriture d’une histoire bien trop souvent nationale.

A l’échelle nationale ensuite, la rencontre d’un reporter et du témoin permet également de créer une alchimie intéressante entre les générations qui prennent conscience, le temps d’une interview, d’être les outils d’une mémoire qui se transmet. Le public scolaire pourra donc trouver sur ce site non seulement des ressources pour apprendre, mais aussi des activités pédagogiques à placer sous le signe de la mémoire et de l’histoire.

Enfin, à l’échelle locale, Memoro permet l’organisation de véritables « tours de la mémoire » durant lesquels des équipes partent pendant quelques jours à la rencontre des témoins d’une région. Encore une fois, le site innove en proposant une nouvelle forme de tourisme mémoriel, participatif et citoyen.

 

Rendez-vous à l’adresse suivante : http://www.memoro.org/

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