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  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 16:51

 

L’omniprésence du fait mémoriel dans notre société a pour conséquence une forte demande sociale de la part des élèves qui sont quotidiennement interpellés par des commémorations, anniversaires, et polémiques mémorielles. Le professeur d’histoire apparaît alors comme une ressource régulièrement sollicitée.

Sans sombrer dans l’excès, je pense que les professeurs ont tout intérêt à saisir cette attention de nos élèves pour la question mémorielle afin de mieux les reporter à l’histoire et leur redonner le goût d’une discipline qui leur permet très souvent d’arborer un regard neuf et critique sur le monde et les sociétés qui nous entourent.

Cet article constitue une proposition d’activité qui peut être adaptée en classe.

 

****

Les niveaux de classes conseillés

 

Troisième

De la guerre froide au monde d’aujourd’hui (relations Est-Ouest, décolonisation, éclatement du

monde communiste) 

Terminale Es et L

Le modèle idéologique soviétique

L’Europe de 1945 à nos jours (Le temps des démocraties populaires 1948-1989)

Terminale S

Les relations internationales depuis 1945 (La guerre froide – 1947-1991)

 

Perspective pédagogique

 

Enseigner la Guerre Froide et le modèle idéologique soviétique n’est pas simple.

Nourris d’une culture occidentale doublée d’une forte conscience républicaine et démocratique (à laquelle contribue largement l’enseignement de l’histoire-géographie), nos élèves rencontrent souvent des difficultés à comprendre le fonctionnement de sociétés géographiquement si proches de nous, et pourtant si éloignées d’un point de vue idéologique.

 

L’approche mémorielle et artistique peut aider à surmonter cette difficulté.

En observant directement les traces du passé dans le paysage mémoriel russe, les élèves peuvent apercevoir quelques éléments essentiels qui ont fait la puissance du modèle soviétique.

 

Cette proposition d’activité s’appuie sur les travaux d’Eric LUSITO, photographe autodidacte français.

Il a voyagé pendant six années dans l'ancien espace soviétique à la recherche de ces sites militaires qui représentaient l'ambition et la puissance de l'URSS : le résultat de son travail a été rassemblé dans sa première monographie After the Wall dont les extraits étudiés sont disponible à cette adresse.

 

Cette séance peut donc parfaitement s’intégrer dans le cadre de l’enseignement de l’Histoire des Arts.

 

 

Bibliographie

LIvre-1.jpg

  

After the Wall Traces of the Soviet Empire

Texte de Francis Conte, université Paris IV Sorbonne

100 images, 120 pages, 25 x 30 cm

Imprimé par Bortolazzi & Stei, Vérone, Italie

Edité par Dewi Lewis Publishing, UK

ISBN 9781904587750

 

 

KOZOVOÏ Andreï, Par delà le Mur, La culture de guerre froide soviétique entre deux détentes, Éditions Complexe, 2009, 310 pages. (http://clio-cr.clionautes.org/spip.php?article2757)

 
Exploitation pédagogique

 

Je propose d’utiliser ce corpus au fil du chapitre, mobilisant ainsi chaque document dans le cadre d’une thématique précise. En fonction des niveaux de classe, il est possible d’intégrer une à deux photographies par séance, induisant ainsi l’essentiel des notions prescrites par les programmes.

La colonne de gauche présente une miniature de la photographie (toutes sont disponibles dans un plus grand format sur le site) et la colonne de droite propose des axes de réflexion à développer en classe en lien avec les thèmes du cours.

Photo-1.jpgMig-21, Mongolie. Cette base aérienne soviétique a été construite dans les années 1970 en vue d’un éventuel conflit avec la Chine. Les différents frontaliers entre la Chine et la Russie remontent au moins au XVIIe siècle. Le conflit frontalier sino-soviétique était particulièrement inquiétant, l'URSS comme la Chine étant des puissances nucléaires.
Les provocations à la frontière et les affrontements ont conduit à des centaines de victimes de chaque côté.

 

- La course aux armements (notamment nucléaires)

 

- Les tensions sino-soviétiques permettent d’introduire la pluralité des communismes.

 

- Le cas particulier de la Mongolie (en lien avec les polémiques actuelles autour de ce territoire).

 

- Eventuellement, transition vers la crise des « euromissiles » à partir de 1977.

  

 

photo-2.jpgZone 120, Mongolie. Bâtiment militaire construit en 1982. Le slogan se lit : « Gloire au Parti Communiste d'Union Soviétique ».
Après 1955, quand Khrouchtchev condamne les «excès» du style Empire de Staline, l'architecture soviétique est marquée par l'austérité géométrique.

 

- L’architecture (HDA) au service de la propagande du régime.

 

- Nikita Khrouchtchev (1894-1971)

 

- Dénonciation du stalinisme

 

photo-3-copie-1.jpg

Zone 3D, Kazakhstan. Construite en 1956 comme station au sol pour suivre le premier satellite Spoutnik, elle est devenue ensuite l'une des bases soviétiques les plus sophistiquées pour l'observation spatiale, fournissant un contrôle satellite et une surveillance des objets dans l'espace.

 

- La course à l’espace comme composante de l’affrontement

    * 1957 : Premier satellite, Spoutnik 1

     * 1961 : Premier vol d’un homme dans l’espace : Youri Gagarine

    * 1965 : Première sortie d’un homme dans l’espace 

 

- Puis phase de « Détente » avec le vol conjoint Apollo-Soyouz en 1975.

 photo-4-copie-1.jpg

« Celui qui vient à nous avec un glaive, périra par le glaive » - tiré du film d'Eisenstein, Alexandre Nevski.

 

- La dimension guerrière (offensive ou défensive) du régime.

 

- Omniprésence de la propagande d’Etat (et notamment le statut particulier d’Eisenstein).

 

- Les monuments commémoratifs

 

Photo-5.jpgTerrain de parade, Mongolie. Au début des années 1970, les monuments à la Grande Guerre Patriotique sont devenus une caractéristique omniprésente du paysage soviétique. Un soldat du nom d’Alexeï a servi de modèle pour l'un des premiers. A la base de la statue, une inscription indique « Tout ce qui a été construit par le peuple, doit être impérativement défendu ». La zone en face de la statue était utilisée pour les défilés et les parades militaires. 10 à 15 000 soldats, personnel et leurs familles vivaient ici.

 

- La dimension guerrière (offensive ou défensive) du régime.

 

- Les monuments commémoratifs

 

- Valorisation du soldat en tant que représentant du peuple, de la collectivité.

 

salle-de-sports.jpg

« La victoire commence ici ! », salle de sports, Lettonie.

 

- Le sport au service de l’Etat

 

- Embrigadement de la jeunesse

 

- Les démocraties populaires / Les républiques socialistes au sein de l’URSS

photo-6.jpgIntérieur du Palais de Culture de la 57ème Division de Missiles, Kazakhstan.
La fin de la Seconde Guerre mondiale a vu émerger l’URSS comme l’une des deux superpuissances. La célébration de la victoire sur l’Allemagne nazie devint un culte et donna une légitimité au régime. Les réalités douloureuses de la guerre trouvèrent souvent leur expression dans des images allégoriques semi-religieuses de mères tenant leurs enfants morts dans les bras.

 

- La propagande d’Etat

 

- Utilisation de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale (et notamment de la victoire de Stalingrad) comme catalyseur.

(mise en abîme intéressante de la mémoire dans la mémoire).

photo-7.jpg

Poster de 1976. Les officiers soviétiques sont les fils fidèles du peuple.

 

- La propagande d’Etat

 

- Valorisation de l’armée

 

- Lien entre l’Etat, l’armée et le peuple => Idéal égalitaire (promotion sociale par l’engagement dans l’armée).

 

- Sens du sacrifice

 

 

photo-8.jpgPanneau d’instruction indiquant l'utilisation du traitement d'urgence par auto-injection pour se protéger contre les attaques chimiques.

 

- Les conséquences de la Guerre Froide.

 

- La course aux armements

 

- La modernisation des armements

 

- Crainte internationale après le traumatisme d’Hiroshima et Nagasaki.

 

- Accords SALT

 

 

Conclusion

L’ensemble de ces documents doit permettre aux élèves d’amorcer une réflexion plus approfondie sur l’histoire, la mémoire et les traces omniprésentes dans notre environnement.

Il suffit parfois d’ouvrir les yeux sur ce qui nous entoure pour mieux comprendre un passé tellement inscrit dans la pierre qu’il en devient invisible.

Les élèves doivent notamment comprendre que l’enseignement de l’histoire a aussi pour finalité de les « déniaiser » face à cette réalité quotidienne pour mieux former leur esprit critique.

On pourra notamment proposer une ouverture sur les noms de rue, les identités mémorielles des quartiers ou encore le tourisme mémoriel

 

 

Limites du corpus documentaire

 

            - L’ennemi numéro 1 (les Etats-Unis) n’apparait pas directement dans le dossier. Il est toujours implicite. Cette dimension peut aussi faire l’objet d’une analyse par les élèves : l’existence même de l’ennemi est tellement niée que celui-ci n’apparaît pas dans le paysage mémoriel.

 

            - L’objectif de ce travail photographique est de montrer les vestiges de la Guerre Froide dans le paysage mémoriel russe. Il peut donner l’impression d’une actuelle Russie complètement dévastée après l’implosion de l’URSS. Les chapitres d’histoire et de géographie suivants devront permettre au professeur de corriger ce prisme documentaire en démontrant que l’actuel Russie est aussi un acteur important de monde d’aujourd’hui.

 

            - L’absence de certains aspects dans le corpus documentaire doit également prêter à réflexion. Il est à noter par exemple qu’aucune photographie n’illustre la répression des dissidents et d’éventuelles traces des camps du Goulag. Cette absence génère aussi du sens : elle montre que la déportation des opposants aux confins de la Sibérie avait justement pour objectif la discrétion et la minimisation des traces, pour le présent comme pour l’avenir (il est possible de prolonger cette réflexion avec les travaux novateurs de Florent BRAYARD).

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et identités nationales
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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 12:32

 

Vous n’avez pas pu y échapper : c’est le cinquantenaire du procès de l’ancien nazi Adolf Eichmann.

Le 11 avril 1961 s’ouvrait en effet à Jérusalem un procès essentiel pour la construction mémorielle du peuple juif et pour l’ensemble de l’humanité désormais durablement marquée par le génocide commis par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale.

 

Il ne m’appartient pas de refaire ici l’histoire de ce procès. La question a été admirablement traitée par les auteurs qui contribuent au très bon numéro de L’Histoire datée du mois de mars 2011.

Les articles d’Annette Wieviorka et d’Hanna Yablonka notamment expliquent pourquoi et comment ce procès est devenu « historique » en s’inscrivant dans un cheminement mémoriel complexe d’une Nation en recherche d’identité collective. Les déclarations du Premier ministre israélien Ben Gourion au journal Le Monde en juin 1960 sont sur ce point très révélatrices. Lorsqu’il affirme que le procès Eichmann sera « le Nuremberg du peuple juif », il considère que l’Etat d’Israël ne pouvait alors pas se contenter des condamnations prononcées au nom des Nations Unies dont il ne faisait pas encore partie.

C’est donc par l’intermédiaire d’un procès et d’une condamnation expiatoire que la mémoire du génocide était censée se cristalliser pour mieux permettre aux rescapés de se relever et d’avancer.

 

Ce qui m’interroge davantage, c’est cette volonté de commémorer ce procès en France et partout dans le monde. L’évènement est certes important dans l’histoire du peuple juif pour toutes les raisons que nous avons évoquées précédemment. Sa commémoration l’est-elle autant ? Doit-on considérer qu’il s’agit d’un « évènement historique » qui mérite d’être régulièrement remémoré ?

Soyons clair : je ne conteste pas du tout l’intérêt des multiples manifestations scientifiques organisées autour de cette commémoration. La lecture de ce numéro de L’Histoire fut passionnante, j’ai déjà prévu de me rendre à l’exposition organisée au mémorial de la Shoah sous la direction d’Henry Rousso et j’ai passé plusieurs heures à visionner les enregistrements vidéo du procès mis en ligne récemment par You Tube. Tout ce qui peut permettre de mieux connaître le passé de l’humanité doit être selon moi encouragé.

 

Nonobstant, je reste perplexe sur le principe de commémoration qui s’impose progressivement autour du procès, et pour plusieurs raisons :

            - Tout d’abord, parce que ce procès est un acte mémoriel en lui-même. Il a permis au peuple juif de se rassembler, et de se faire reconnaître autour d’un souvenir tragique scellant son unité. En soi, ce n’est pas un problème puisque chaque nation célèbre son passé lors d’une fête nationale. Or, c’est exactement autour de cette articulation que je m’interroge car l’anniversaire du procès Eichmann n’est pas officiellement considéré comme une date symbolique et commémorative… et pour cause !

            - Il s’agit tout de même de commémorer la mise à mort d’un homme qui n’est certes pas dénué de responsabilités, mais à qui on a tout de même imposé la figure du bouc-émissaire.

Cette situation est plutôt rare et c’est en cela qu’elle m’intéresse autant. Les commémorations sont généralement héroïques et célèbrent une grande victoire (souvent en occultant les sacrifices visant à l’obtenir), ou bien tragiques et entretiennent le souvenir des victimes (souvent en occultant de la même façon ceux qui ne correspondent pas au modèle dominant).

Dans le cas précis du procès Eichmann, héroïsation et victimisation s’entremêlent de façon beaucoup trop complexe pour qu’un message clair soit délivré. La succession des survivants (parfois complètement étrangers dans leurs parcours à la moindre décision qu’aurait pu prendre Eichmann au cours de la guerre) relève plutôt de la logique victimaire. Néanmoins, les critiques adressées par d’autres pays à l’Etat d’Israël sur sa légitimité à juger seul un nazi, ainsi que le verdict final, introduisent une nuance héroïque, voire vengeresse, des victimes s’acharnant contre leur ancien bourreau, la transformant ainsi en un martyr dont personne n’oserait (et ne pourrait vraiment) se réclamer.

 

Curieux phénomène finalement que celui de condamner un homme, d’écraser jusqu’à sa mémoire et son nom, pour ensuite mieux le commémorer.

Eichmann-a-son-procesVictime au proces Eichmann

                  Adolf Eichmann et un témoin lors du procès tenu en 1961

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et commémorations
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10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 09:22

 

Je reproduis ci-dessous le texte de présentation d'un colloque organisé à Saint-Denis le 2 avril 2011 :

 

Quel travail de mémoire(s), pour quelle société ?

La question des mémoires collectives est très présente dans le débat public actuel. Qu’elles constatent la négation du passé colonial et esclavagiste de l’État français ou qu’elles appellent à la reconnaissance de cultures spécifiques et bafouées, les revendications mémorielles sont venues bousculer le récit national et ses célébrations.

La place du passé dans les constructions identitaires pose la question de ce qui fait appartenance, de ce qui différencie les groupes ou les rassemble. Nous souhaitons ainsi nous interroger, au cours de cette journée, sur cette évolution et sur ce qu’elle pro­duit. Notre ville est une ville de tradition, une ville chargée d’histoire donc de mémoire.

Depuis toujours, elle est une terre d’accueil et de travail pour des populations venues du monde entier. Nous avons la certitude que notre ville peut tirer avantage de cette diversité. Sa jeunesse peut être une immense force de progrès à condition qu’elle soit respectée. Celle-ci doit construire, au fil du temps, ses propres réponses à partir de l’existant. La connaissance des uns et des autres, la connaissance des uns par les autres, la reconnaissance de chacun, participent de cette construction commune.

Cette spécificité dionysienne nous a conduits, ces dernières années, à développer une politique mémorielle qui ne trouvait pas forcément un écho au plan national. Le temps est venu de montrer que la République n’a rien à craindre et tout à gagner de mettre en partage ces mémoires singulières qui disent le pays d’origine, l’enfance, les raisons d’exil, les parcours des parents, la cuisine, les repères, les musiques, la langue.

S’arrêter pour nous interroger sur cette évolution, c’est se donner les moyens d’entrer dans la complexité d’une société en mouvement. Croiser les données scientifiques et le travail des acteurs de terrain, c’est nous aider à mieux comprendre les enjeux socié­taux et politiques pour ne pas nous laisser influencer par la politique gouvernementale actuelle qui bafoue toute différence et instrumentalise la question. C’est prendre le temps de se demander quel projet de société nous voulons construire aujourd’hui pour les générations futures.

 

Le programme de la journée peut-être consulté sur la page suivante.

 

De telles manifestations me confirment des idées largement développées sur ce blog :

   - l'historien peut (et doit) avoir sa place dans le débat publique,

   - l'entrée mémorielle est intéressante pour comprendre nos sociétés passées et contemporaines.

   - l'échelle locale (mais on pourrait faire le même constat à l'échelle internationale) inaugure des réflexions et des actions qui devraient progressivement émerger à l'échelle nationale.

 

Des villes de plus en plus nombreuses en France commencent à comprendre que nommer une nouvelle rue, inaugurer une fresque murale, voire construire et réhabiliter de nouveaux bâtiments et de nouveaux quartiers ne sont pas des actes anodins. Leur donner du sens peut aussi relever de l'acte politique et citoyen.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Lieux de mémoire
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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 13:42

 

Régulièrement, les médias nous refont le coup du devoir de mémoire.

L’expression est tellement usée depuis plusieurs années qu’elle en devient presque agaçante et répulsive.

Quelle est donc en effet cette injonction lancinante à se souvenir de choses qu’il n’est même pas permis de comprendre ? Pourquoi le citoyen devrait-il se rendre chaque année en pèlerinage au mémorial de la Shoah alors qu’il n’est plus autorisé qu’à apprendre par pointillés l’histoire de ce drame lors d’une scolarité lycéenne en série S ?

 

Cette semaine, à l’occasion de la sortie d’un DVD de témoignages des rescapés réalisé par l’Union des déportés d’Auschwitz, les journaux se sont surpassés en poncifs, déclarations bienveillantes et autres bonnes intentions dénuées de réflexion critique.

Comme à chaque anniversaire et commémoration depuis vingt ans, la même rengaine est déclamée avec force de conviction : Comment allons-nous pouvoir enseigner la Shoah quand tous les survivants auront disparu ? Comment allons-nous pouvoir lutter contre les attaques négationnistes sans avoir un témoin à leur mettre sous le nez ?

 

La langue et les doigts commencent généralement à me démanger à ce moment de la discussion quand j’entends ce genre d’absurdités car elles représentent justement à mon avis le principal danger face aux arguments des négationnistes. Comment donner l’impression en effet d’adopter une position ferme, scientifique et indéniable si l’on tremble par avance de ne pas pouvoir la soutenir en l’absence d’une voix frêle, hésitante et parfois gâteuse en fond sonore ?

J’ajouterai qu’on fait bien peu confiance à l’Histoire également si l’on se persuade que l’absence de témoins vivants permet n’importe quelle dérive. Que pensez alors de nos collègues antiquisants, médiévistes et modernistes qui ont eu l’imprudence de laisser disparaître Périclès, Charlemagne et Louis XIV sans dégainer leurs dictaphones et caméras ? Décidément, les chaires universitaires et les salles de classe seraient peuplées de charlatans !  Que fait la police des mémoires ?

 

Il serait bon également de préciser aux défenseurs de la société protectrice des témoins que nous n’avons jamais accumulé plus de témoignages que pour la Seconde Guerre mondiale. Le Centre de Recherche d’Histoire Quantitative vient d’ailleurs de lancer un programme de recension des récits de guerre tellement les publications sont nombreuses et éparses. Une telle initiative pourrait d’ailleurs être élargie ensuite autour des documentaires, des interviews médiatiques, voire des interventions publiques tant les témoins ont été invités à s’exprimer (certes, tardivement...). Il faut également ajouter à ces diverses interventions les différents projets d’enregistrement qui ont été mis en place, notamment par l’USC Shoah Foundation Institute, la fondation créée par Steven Spielberg avec les bénéfices de son film, La Liste de Schindler.

 

Dans cette cacophonie mémorielle, il faut absolument lire l’interview de Georges Bensoussan et Sophie Ernst dans Libération . Leur propos est limpide et instructif. Parmi les meilleurs morceaux, on retiendra la réponse de Georges Bensoussan à propos des voyages scolaires à Auschwitz : « Je suis très sceptique. La plupart du temps, ce sont des voyages éclair d’une journée. Or, comme il ne reste plus grand-chose, si on n’en sait pas déjà beaucoup, on ne voit rien. On est alors dans l’émotionnel, le compassionnel et le devoir de mémoire, avec des collégiens qui ne comprennent pas la portée de ce qu’ils voient ».

 

On ne le répètera donc jamais assez : Vive le devoir d’histoire !!! (même pour les Terminales Scientifiques) et haro sur le devoir de mémoire.

 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et médias
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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 16:31

 

Les parutions de ce début d’année 2011 confirment l’intérêt grandissant du fait mémoriel en histoire… et confirment surtout l’intérêt intellectuel d’une telle approche dans le renouvellement de notre lecture du passé.

 

Le récit national pour nos enfants : une histoire en miettes

Depuis les années 1980 et l’édition des Lieux de Mémoire dirigée par Pierre Nora, il était généralement admis qu’une sorte de « mythe national » avait été inculqué à nos enfants. Les contributeurs le rappellent à plusieurs reprises dans l’immense somme que constitue cette œuvre magistrale, mais c’est Pierre Nora lui-même qui se charge d’un chapitre sur « Lavisse, instituteur national » dans lequel il qualifie son célèbre manuel d’ « Evangile républicain ». En 1884 déjà, Ferdinand Buisson, directeur de l’enseignement primaire, encensait l’ouvrage dans une lettre à son auteur : « Le voilà, le petit livre d’histoire vraiment national et vraiment libéral que nous demandions pour être un instrument d’éducation, voire même d’éducation morale ! ». 

 Ernest Lavisse Portrait d'Ernest Lavisse

Le Petit LavisseCouverture du manuel Lavisse. Cliquez sur l'image pour lire l'ouvrage sur Gallica.

 

 Depuis cette époque, nous pensons parfois avec fierté et orgueil être protégés de la tentation d’une participation à l’écriture du « roman national » (au sens d’une lecture idéalisée et nationalisée de l’histoire de France). Ayant décelés les dérives de la IIIe République, nous en serions vaccinés. Pour ma part, je préfère laisser à nos successeurs le soin de relire avec le recul nécessaire l’histoire que nous apprenons à nos enfants dans l’école de la République au XXIe siècle. Leurs critiques seront peut-être encore plus virulentes que les nôtres pour le XIXe siècle…

D’autant plus qu’une étude récente menée par Annie BRUTER (à écouter sur ce site) démonte en partie nos certitudes un peu schématiques sur l’apparition de ce « roman national ». A l’occasion d’un séminaire international sur l’enseignement de l’histoire de France avant la IIIe République à l’Institut national de recherche pédagogique, elle montre notamment que ni la Révolution française, ni la IIIe République n’a inscrit l’histoire de France au programme de l’école primaire mais que cet enseignement est une réalisation… du Second Empire ! (plus exactement, une loi est adoptée en ce sens le 10 avril 1867). Il convient donc de relativiser notre lecture téléologique d’un enseignement du « roman national » dont la généalogie reposerait d’abord sur la Révolution, puis sur la IIIe République par l’intermédiaire de ces célèbres hussards noirs de la République. L’usage d’une chronologie plus fine nous permet de remettre partiellement en question la construction du mythe mémoriel.

L’étude d’Olivier Loubes dans l’Histoire (coll n° 44, juillet-sept 2009) avait d’ailleurs déjà partiellement esquissé cette hypothèse en faisant remarquer que le « Petit Lavisse », s’il demeure un best-seller sur le temps long, n’en a pas moins connu des évolutions non-négligeables dans son contenu durant les décennies de son succès.

Le mythe du « roman national » se fissure donc de plus en plus.

 

Mémoire et idées reçues sur la résistance

On retrouve Olivier Loubes dans l’Histoire du mois de mars 2011 pour nous proposer cette fois-ci un compte-rendu du dernier ouvrage de Pierre Laborie : Le chagrin et le Venin ; La France sous l’occupation, mémoire et idées reçues (Bayard, 2011, 360 p.).

 

Le chagrin et le veninPierre LABORIE, Le chagrin et le venin 

 

Je ne m’écarterai guère de son propos lorsqu’il nous explique que Pierre Laborie livre « une magistrale leçon d’histoire sur la mémoire de la France sous Vichy, sur la résistance et les comportements en temps de guerre et sur les conséquences politiques de l’identification actuelle des français à la veulerie supposée de leurs pères ».

On pensait avoir fait le tour de la question avec Henri Rousso ; on s’aperçoit qu’il n’en est rien, que l’on n’a pas encore débusqué tous les usages idéologiques de la mémoire, que le chagrin distille encore efficacement le venin.

La plume de Pierre Laborie est efficace. Elle assène quelques coups ciblés. Elle ajoute surtout un nouveau bataillon dans la guerre des mémoires de la Seconde Guerre mondiale dont personne ne semble vouloir signer l’armistice.

Cette étude doit donc être lue comme un manifeste : celui d’une histoire parmi les mémoires.

 

La fabrique de l’histoire au prisme de la mémoire

La préhistoire n’est pas en reste dans cette relecture des constructions mémorielles. L’ouvrage dirigé par Sophie Archambault de Beaune, Ecrire le passé : la fabrique de la Préhistoire et de l’Histoire à travers les siècles (CNRS éditions, 2010, 425 pages, 29 euros) apporte une solide contribution à ces réflexions restées jusqu’alors très minoritaires dans ce champ historiographique.

 

Ecrire le passé

Sophie A. de Beaune, Ecrire le passé

 

Réunis à l’occasion d’un colloque organisé en 2008 à l’Université Jean Moulin – Lyon III, les différents contributeurs de cet ouvrage montrent comment la préhistoire, et notamment les découvertes archéologiques, ont pu aussi faire l’objet d’une lecture mémorielle non pas seulement à l’époque contemporaine, mais sur le temps long.

Une trentaine d’articles se succèdent et sont autant d’exemples d’utilisations politiques, idéologiques et identitaires de la préhistoire et de ses sources.

Véronique Grandpierre nous en fournit un bon compte-rendu sur le site des Clionautes. Elle cite par exemple ces historiens soviétiques qui présentaient les actions des pirates (latrones) de l’Afrique romaine des IIe et IIIe siècles après Jésus-Christ à la lumière de la lutte de classe, et en faisait du brigandage social. Elle évoque également cette cérémonie organisée en août 1942 et en présence de Philippe Pétain au cours de laquelle des mottes de terres prélevées aux quatre coins de la France dans des lieux chargés de symboles (le bûcher présumé de Jeanne d’Arc, l’île de Sainte-Hélène…) ont été placés sous le monument de Vercingétorix à Gergovie.

Dépassant les frontières chronologiques et territoriales, les contributions rassemblées dans cet ouvrage permettent également d’appréhender quelques grandes lignes d’une histoire mémorielle qui reste à écrire : ainsi, dès le XIIe siècle, le moine Sigebert réussit à présenter l’antique ville de Metz comme l’égale des grandes cités romaines. Plus tard, certains archéologues et historiens de l’art se sont mis au service du nazisme pendant la Seconde Guerre Mondiale afin de justifier l’annexion de la Moselle en cherchant à prouver l’ancienneté du peuplement germanique et le caractère intrinsèquement allemand du patrimoine mosellan.

Enfin, il faut noter la qualité du propos introductif de Sophie Archambault de Beaune qui, en toute modestie, replace ce projet éditorial dans son contexte historique sans toutefois être dupe des pesanteurs de son époque : « À l’heure où il est question des projets de réforme qui voudraient faire de l’histoire une discipline facultative pour l’enseignement du secondaire, il est urgent de rappeler qu’elle ne se caractérise pas seulement par une accumulation de savoirs que d’aucuns jugent plus ou moins inutiles, mais qu’elle peut aussi être un instrument de pouvoir »… à méditer !

 

Le vol de l’histoire par la mémoire européenne

Il faut en revanche être très âgé et avoir un sacré tempérament pour se permettre un livre comme celui que vient de commettre Jack Goody : Le vol de l’histoire, Comment l’Europe a imposé le récit de son passé au reste du monde (traduction française de Fabienne Durand-Bogaert, NRF Essais, Gallimard, 2010).

 

Le vol de l'histoireJack GOODY, Le vol de l'histoire

L’anthropologue âgé de 91 ans et professeur à l’université de Cambridge s’offre le luxe de relire les grands penseurs du XIXe et du XXe tels que Fernand Braudel, Norbert Elias ou encore Mosses Finley pour leur reprocher une lecture du monde trop européo-centrée.

Ainsi, selon lui, l’historiographie française et européenne aurait imposé sa lecture de l’histoire et sa périodisation en omettant plus ou moins volontairement le reste de la planète. Le lecteur outragé apprendra donc qu’Athènes n’aurait pas été seule à inventer la démocratie et la liberté, ou encore que l’essor du féodalisme serait bien postérieur à l’essor de la « guerre équestre », apportée de longue date par les migrations asiatiques à travers les steppes.

Il faut avoir le cœur bien accroché pour se plonger dans ce livre qui déracine autant l’horizon que les certitudes. Dommage cependant qu’il faille attendre 91 ans pour oser se permettre la provocation…

 

A la lecture de ces ouvrages, et de dizaines d’autres à paraître en 2011, on s’aperçoit donc que la perspective mémorielle évolue progressivement. Elle n’est plus celle d’un Jacques Le Goff s’interrogeant sur les images successives d’un Saint Louis chevauchant les siècles de son aura biographique. De plus en plus, la mémoire permet de revenir sur l’histoire, de la relire, voire de la corriger. Nouveau paradigme ou simple mode ? Seule l’histoire justement nous permettra de savoir si la mémoire réussira à ramasser ses miettes.

 

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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 08:45

 

Alexandre Jardin est un écrivain français qui s’est fait connaître par plusieurs romans tels que Le Zèbre, Le Zubial ou encore Chaque femme est un roman

Il s’inscrit parfaitement dans cette famille bien connue du paysage culturel français : les Jardin. Son nouveau livre, Des gens très bien (publié chez Grasset en janvier 2011), comme bien d’autre de sa plume ou de celle de ses aïeuls, entretient le mythe d’une famille un peu particulière dont le public littéraire poursuit les aventures, les mésaventures et les folies depuis plusieurs décennies.

Des-gens-tres-bien.gif

 

Autant le dire tout de suite : je ne suis guère consommateur d’une telle littérature qui s’apparente à mon avis aux mécanismes bien huilés de la téléréalité. Je ne suis pas non plus particulièrement admirateur de la plume d’Alexandre Jardin. Soit. Il n’en demeure pas moins que ses livres se vendent bien et que son dernier roman m’a particulièrement intéressé.

 

Des gens très bien raconte un énième épisode de la famille Jardin. Le récit est écrit à la première personne et constitue une introspection de l’auteur sur son passé, celui de son père, mais aussi, et surtout, celui de son grand-père : Jean Jardin, directeur de cabinet de Pierre Laval du 20 avril 1942 au 30 octobre 1943.

Depuis plusieurs années, Alexandre Jardin s’interroge donc sur les logiques qui ont conduit son grand-père à la collaboration ; plus particulièrement, le petit-fils cherche à savoir si son aïeul a pu être impliqué dans la rafle du Vél d’Hiv du 16 juillet 1942.

jean-jardin.jpgalexandre-jardin.jpeg

 Jean Jardin (ci-dessus) et Alexandre jardin 

 

Dans une écriture purement narrative, l’auteur propose à son lecteur de l’accompagner dans une recherche d’ordre historique. Le procédé est particulièrement intéressant car, à de rares exceptions, les historiens demeurent souvent discrets sur leurs interrogations initiales, leurs motivations et leurs pérégrinations conduisant à l’élaboration d’articles, d’ouvrages, voire de synthèses. La méthode ne doit cependant pas induire en erreur. Alexandre Jardin n’est pas historien. Si sa démarche est intéressante et peut inspirer, elle n’est nullement révélatrice des réalités (car elles sont multiples) du cheminement de la pensée historique. Là où l’écrivain multiplie les entretiens, consulte les témoins et se laisse souvent emporter par son intime conviction guidée par une vision romancée des réalités, l’historien multiplie les lectures d’ouvrages historiques, consulte les archives et tente de limiter les prismes de sa subjectivité dans l’interprétation de l’histoire.

 

La différence majeure entre les deux démarches repose sur ce qui nous intéresse sur ce blog : la mémoire.

Des Gens très bien n’est donc pas tant un livre d’histoire (l’auteur n’en a d’ailleurs jamais eu la prétention) mais plutôt une lecture mémorielle du passé qui soulève des enjeux particulièrement importants.

 

Tout d’abord, Alexandre Jardin nous fait part de son malaise face à un passé qui ne passe pas. Certains ont avancé un coup médiatique ; je pense qu’il n’en est rien et que ce sentiment de l’auteur n’est pas feint. D’ailleurs, bien loin d’apporter une valeur ajoutée à la réflexion, ce trouble nuit à la narration. Le lecteur s’agace face à ces interminables listes de reproches d’un petit-fils à son grand-père et s’ennuie quand ces dernières sont inlassablement répétées. L’indignation atteint d’ailleurs des sommets de ridicule lorsque l’écrivain reproche à sa grand-mère de ne pas penser en 1942 comme il le fait en 2010 : « Barbie torturait à Lyon ; elle se torturait à Charmeil que son mari fût si peu disponible pour lui réciter des vers de Rainer Maria Rilke » (p. 54). Il regretterait presque également l’indifférence des autres à son égard : « personne ne voit en moi le représentant d’une famille de vichystes ou le légataire, malgré moi, d’une débâcle morale. On me prend même pour quelqu’un de normal » (p. 193). A n’en pas douter, Alexandre Jardin ne sait que faire de cette mémoire qui lui colle à la peau comme un tee-shirt trop court sur un ado.

 

Le malaise devient alors contagieux : pourquoi donc cet homme cherche-t-il tant à prouver la culpabilité de son grand-père quand la plupart des historiens (de Pierre Assouline à Serge Klarsfeld) lui expliquent qu’aucune preuve ne permet d’affirmer catégoriquement que Jean Jardin répond à la figure stéréotypée du salaud. On a parfois l’impression qu’Alexandre Jardin regrette, qu’il aurait voulu que son grand-père soit condamné de son vivant, ou de façon posthume.

Il est vrai en revanche qu’on peut s’étonner du silence des archives et de la discrétion médiatique dont jouit le personnage. Comment se fait-il par exemple, au moment où les journaux s’enflamment autour du passé vichyste de François Mitterrand, qu’aucun journaliste ne soit allé rechercher la postface que le Président de la République avait accordé au livre de Jean Jardin, La Bête à Bon Dieu ? Nous ne sommes pas loin de croire, avec l’auteur, que Jean Jardin, directeur de cabinet du chef du gouvernement français pendant dix-huit mois, avait eu l’intelligence de développer une conscience mémorielle prudente, et qu’il a donc travaillé à contrôler, et surtout à limiter, les traces qui auraient pu ensuite le compromettre. Cette dimension peu développée dans l’historiographie mériterait des recherches plus approfondies telles que celles proposées ponctuellement par Florent Brayard.

 

Si les sentiments compliqués qui traversent l’esprit d’Alexandre Jardin peuvent être compréhensibles, je pense que ce dernier réduit beaucoup trop son champ d’analyse pour en fournir une explication satisfaisante. A vouloir limiter son malaise à des relations strictement interpersonnelles, l’écrivain oublie qu’il est essentiellement conditionné par la société qui l’entoure. Ainsi, la nausée qui l’envahit régulièrement n’est pas la seule conséquence de sa filiation avec un homme qui a pu participer à l’organisation de la rafle du Vel d’Hiv. Elle est le résultat d’une dissension qui ne trouve pas de cohérence à ses yeux entre sa mémoire individuelle, la mémoire de sa famille et la mémoire nationale française. L’auteur esquisse d’ailleurs parfois quelques pistes qu’il n’ose approfondir :

« Glacé, j’avançais dans une France qui osait la lucidité plus lentement que moi » (p. 32)

 

Rongé par la colère et une forme de culpabilité héréditaire masochiste, il ne veut pas comprendre comment et pourquoi une famille, voire toute une Nation, a accepté de fermer les yeux sur certains aspects de son histoire pour mieux avancer vers l’avenir. Alexandre Jardin ne parvient pas en somme à s’extraire de son époque et de sa génération (la fameuse troisième génération…) pour porter un regard compréhensif et apaisé sur ceux qui ont accepté l’hypocrisie et ménagé la paix sociale. C’est pourquoi, même au sein de sa propre famille, certains lui ont reproché une lecture moralisatrice de l’histoire et se sont fâchés devant un tel déballage de bons sentiments anachroniques.

Alexandre Jardin n’est pourtant pas totalement dupe de cette réalité qu’il ne semble pas vouloir accepter complètement. Il écrit notamment : « Le logiciel mental indispensable pour se représenter l’action du Nain Jaune n’était pas encore installé dans les esprits en 1978 ; or, l’époque ne perçoit que ce que le contexte culturel rend sensible » (p. 41).

D’autres témoins l’ont d’ailleurs aidé dans son cheminement mémoriel. Dans la multitude des personnages évoqués dans ce roman, on note la présence remarquable de l’actuel ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, décrit comme « un homme qui, lui aussi, avait dû être esquinté par une famille de gens très bien où l’on pratiquait une cécité intensive » (p. 59). On comprend par cette phrase, mais par d’autres également qui s’inscrivent dans la même logique politique, que son ouvrage n’ait pas reçu un accueil très enthousiaste. L’écrivain remue parfois des choses que personne n’a plus vraiment envie d’entendre, ni de voir.

Aux côtés de ces "people" indispensables à l’écriture d’Alexandre Jardin, on rencontre d’autres personnages tout aussi importants. Il s’agit notamment de Jörg Hoppe, fils unique du commandant du Stutthof à qui on avait toujours caché les activités de son père lors de la Seconde Guerre mondiale, avant qu’il ne les découvre par l’intermédiaire de son professeur qui lui révèle en pleine salle de classe. Cet exemple hallucinant ne semble pourtant pas permettre à l’auteur de relativiser son expérience personnelle.

 

Au-delà des états d’âme égocentriques qui occupent la majorité de son propos, Alexandre Jardin propose également des réflexions essentielles autour de la mémoire. C’est le cas par exemple lorsqu’il s’interroge sur l’apparente absence de remords et de sentiment de culpabilité chez les bourreaux (de manière générale, sans se focaliser sur l’histoire de la déportation). L’historiographie recèle en effet de récits de témoins victimes de l’histoire. Annette Wieviorka notamment a très bien analysé ce sentiment compliqué qui hante les survivants, qui les réveille toutes les nuits, qui empêche certains de parler, voire qui pousse les plus faibles au suicide. Or, avons-nous jamais parlé de la mémoire des bourreaux, de ceux qui ont entraîné des milliers de personnes vers la mort, et qui sont ensuite retournés vivre normalement dans une société apaisée ? Comment ces hommes et ses femmes, à qui l’on n’a jamais vraiment laissé la parole, se sont-ils accommodés de leur mémoire ?

Un des rares qui ait bien voulu se livrer après cette expérience dramatique fût Rudolf Hoess. Pourtant, comme nous l’explique Alexandre Jardin, rares sont ceux qui ont bien voulu croire à la sincérité de ses arguments et de ses éventuels remords. Rares sont ceux qui acceptent un instant de se mettre dans la peau du bourreau. 

 

Il n’en reste pas moins qu’à la lecture de cet ouvrage, les idées sur la mémoire se bousculent, avec des citations qui ne manqueront pas de faire réfléchir le lecteur. Rien que pour cela, il vaut la peine de parcourir ce roman :

            - « Un jour, je me ferai greffer la mémoire d’un autre » (p. 65).

            - « Cette histoire était liquidée ; et moi je restais là, possédé par une mémoire qui n’était pas la mienne, une culpabilité qui ne me concernait pas directement, une honte qui n’effleurait même pas les miens » (p. 179).

            - « En rentrant vers Paris, cafardeux et à pleine vitesse, je me suis dit qu’il me faudrait un jour ou l’autre choisir ma mémoire, comme tous les Jardin qui suivront » (p. 179-180).

            - « Je ne supportais déjà plus d’être assigné à notre mémoire » (p. 180).

            - « Chacun fait comme il peut avec cette mémoire-là… » (p. 205).

            - « J’ai toujours eu très mal à ma mémoire ; assez pour devenir écrivain léger » (p. 269).

            - « Je croise un laudateur du régime, quelques futurs épurés qui, entortillés de fatigue, finissent de boucler tardivement leurs dossiers de collabos, ainsi que deux futurs ministres gaullistes qui feront des trous dans leur mémoire » (p. 276).

 

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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 21:50

 

 

Pour ceux qui ne le savent pas encore (au-delà du microcosme professoral), la réforme de l’enseignement en lycée a pour conséquence une révision profonde des programmes.

Les médias ont peu relayé cette information (un scandale chassant l’autre…), mais l’enseignement de l’histoire recule progressivement à l’école. Hélas, plus personne ne parvient à élever la voix au-dessus des querelles pour réaffirmer que l’histoire est la « mémoire d’un peuple » qui « confère à la nation son identité » comme cela avait été fait à l’Assemblée nationale en 1980.

 

A défaut, les premières propositions de programmes de Terminale L et ES (puisque l’enseignement de l’histoire en Terminale S a été supprimé) viennent d’être communiqués (notamment par l’intermédiaire de l’indispensable Association des Professeurs d’Histoire-Géographie (APHG) qui rencontrait mercredi 2 mars l’Inspection Générale).

Si je m’insurge (avec nombre de mes collègues) contre la diminution des heures d’enseignement d’histoire, je me réjouis de voir apparaître dans ces propositions une réflexion intitulée « Rapports des sociétés à leur passé ».

Celle-ci se décline en deux points :

1. Histoire et patrimoine

Au choix : étude d’une ville (centre urbain ancien) au choix : Rome / Jérusalem/ Paris

2. Histoire et mémoire

Au choix :

· L’historien et les mémoires de la seconde guerre mondiale.

· L’historien et les mémoires de la guerre d’Algérie.

 

On retrouve dans ces propositions l’expression d’une liberté pédagogique renforcée qui se présente comme la contrepartie d’une réforme difficile à mettre en place.

 

J’observe avec satisfaction la diversification de l’approche mémorielle qui ne se résume plus à la seule période de la Seconde Guerre mondiale mais qui s’élargit à d’autres champs.

L’approche patrimoniale tout d’abord est particulièrement intéressante si elle permet aux élèves d’amorcer une réflexion sur l’historicité de leur environnement (voir les premières propositions sur ce blog dans la rubrique « Lieux de mémoire »).

L’introduction d’une réflexion sur les mémoires de la guerre d’Algérie était attendue depuis que le secrétaire d’Etat chargé aux Anciens Combattants avait annoncé en septembre 2010 la création d’une Fondation pour la Mémoire de la Guerre d’Algérie.

Je suis en revanche beaucoup plus circonspect quant à l’intitulé : « L’historien et les mémoires » alors que le thème général est « Rapports des sociétés à leur passé ». Doit-on comprendre que cette étude devra se réduire à une synthèse historiographique telle qu’on en trouve déjà dans certains manuels ? Le rapport des sociétés à leur passé devra-t-il être réduit à la vision des historiens ?

Espérons plutôt que ces projets évolueront vers une définition plus large du sujet.

 

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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 10:40

 

Les journalistes, à l’instar du Président Nicolas Sarkozy dimanche soir, ne cessent de répéter que les révoltes qui éclatent successivement au Sud de la Méditerranée constituent un moment historique à l’échelle planétaire.

Je serai pour ma part beaucoup plus prudent sur la dénomination à adopter dans ces circonstances. S’agit-il de révoltes ? de révolutions ? de crises ? Autant de concepts suffisamment riches et complexes qui invitent à se montrer prudent tant que l’utilisateur n’a pas défini le sens exact qu’il entend leur donner.

Gardons nous donc de qualifier d’historiques ces évènements que seule l’histoire (et ses lectures mémorielles) pourront juger.

 

En revanche, il me semble plus intéressant à ce stade d’envisager des éléments d’une lecture historique et mémorielle qui pourront éventuellement nous aider à mieux comprendre ce qu’il se passe de l’autre côté de la Méditerranée.

Tout d’abord, il est nécessaire de rappeler que toute analyse générale de ce phénomène jusqu’à présent régional comporte des failles. Certes, les Libyens s’inspirent des Egyptiens, qui ont été eux-mêmes transportés par les Tunisiens, mais la singularité des revendications ne doit jamais être oubliée. Les historiens spécialistes de ces régions apportent notamment des éléments de réflexion qui nous permettent de mieux comprendre leurs différences. Benjamin Stora par exemple a donné une remarquable interview au journal 20 minutes dans laquelle il fait le point sur les éléments qui rassemblent et ceux qui séparent ces pays du Maghreb et du Machrek.

La mémoire peut également nous permettre de mieux comprendre ces sociétés.

Pour ce faire, il nous faut tout d’abord observer quelques éléments de démographie dans les pays concernés.

Eléments démographiques dans les pays arabes 

On s’aperçoit alors aisément que l’un des éléments caractéristiques des pays actuellement traversés par des émeutes populaires est le différentiel important entre l’ « âge du leader » (qu’il soit roi, président, rais ou autre) et l’âge médian des populations.

Cet argument n’est pas nouveau. Il a été invoqué à plusieurs reprises dans d’autres situations pour expliquer la chute de nombreux régimes. Il apparaît donc logique de le rappeler aujourd’hui concernant les pays arabes qui s’illustrent dans ce graphique par des dirigeants particulièrement âgés qui gouvernent sur de jeunes individus.

 

 

Cette constatation n’est pas sans conséquence sur les mémoires nationales.

Qui sont en effet ces dirigeants parvenus à s’imposer pendant plusieurs décennies sans encombre à la tête de leur pays ? Pour la plupart, ils sont arrivés au pouvoir à la fin des années 1970 et au début des années 1980 en prenant la succession (plus ou moins légalement) de prédécesseurs qui s’étaient illustrés par un anticolonialisme très fort. Ils constituent donc une sorte de « deuxième génération politique » venant rééquilibrer les rapports de force avec les anciennes métropoles. D’où l’actuel embarras des démocraties occidentales qui ont, pour la plupart, soutenues ces dictateurs avec lesquels elles entretenaient des rapports incestueux.

 

 

Ainsi, Ben Ali prend-il la succession de Bourguiba (symbole de la résistance tunisienne anticoloniale) en 1987 dans des conditions obscures (les services secrets italiens l’auraient notamment soutenu dans cette course au pouvoir). Depuis, Bel Ali était considéré comme un relais important des démocraties occidentales dans le règlement des conflits au Moyen-Orient et en Afrique.

Ben-Ali-et-Colin-Powell.jpg Ben Ali et Colin Powell en 2004

 

Hosni Mubarak est arrivé à la présidence égyptienne en 1981 à la suite de l’assassinat d’El Sadat (ancien proche collaborateur et ministre de Nasser). Il a également largement coopéré avec les démocraties occidentales lors de la guerre du Golfe en 1991 et les négociations pour la résolution du conflit israélo-palestinien.

 

Mubarak-et-Bush.jpgHosni Mubarak et George W. Bush en 2002

 

Mouammar Kadhafi est arrivé au pouvoir bien plus tôt que ses deux autres collègues. Il s’impose à la tête de la Lybie en 1969 à la suite d’un coup d’Etat. Son originalité repose essentiellement sur le fait qu’il regroupe les deux générations politiques que nous avons identifiées précédemment. Il arbore tout d’abord une posture très anticolonialiste au début de son règne en demandant notamment aux Etats-Unis d’évacuer les bases militaires sur le territoire national libyen et en nationalisant de nombreuses entreprises, notamment pétrolières. Puis, au bout de dix ans, il prend la mesure des changements géopolitiques sur la planète et dans sa région. Il cède alors le titre de chef de l’Etat en 1979, tout en conservant de fait la réalité du pouvoir entre ses mains en tant que « Guide de la Révolution ». A ce titre, il modère progressivement ses critiques envers les démocraties occidentales et pratique un politique de « la main tendue » en repentance de ses liens obscurs avec plusieurs organisations terroristes. 

sarkozy-et-kadhafi.jpg

Mouammar Kadhafi et Sarkozy en 2007

 

Il n’est pas question, à partir de cette analyse trop succincte, d'éclaircir totalement des évènements qui par définition s’expliquent toujours par une multitude de causalités conjoncturelles et structurelles. Néanmoins, nous voudrions ici esquisser quelques hypothèses d’explications structurelles qui n’ont pas été développées dans les médias jusqu’à présent.

N’assiste-t-on pas à une véritable révolution dans ces pays ? (et cette fois-ci j’insiste sur le terme, au sens de renversement brutal dans la vision et l’ordre des choses, entraînant des conséquences irrémédiables sur l’organisation d’une société). Les émeutes et manifestations se cristallisent toujours autour d’un évènement et d’une personne (à l’exemple d’un Louis XVI ou d’un Nicolas II) mais ne sont-elles pas aussi révélatrices de crises plus profondes entre les visions du monde d’un dirigeant et de ses sujets ?

Partant de ce principe, comment interpréter les contestations actuelles de ces dirigeants arabes que nous venons d’évoquer ? Deux hypothèses d’ordre mémoriel s’offrent à nous :

            - Soit les habitants de ces pays ont complètement oublié le mythe de la résistance coloniale qui est au fondement de leurs systèmes politiques respectifs. Dès lors, on pourrait considérer que la cicatrice coloniale est complètement refermée et que ces hommes adhèrent désormais à la doctrine et au fonctionnement de leurs anciennes métropoles. C’est cette option qui est actuellement véhiculée par les médias occidentaux au prétexte qu’en utilisant Facebook et Twitter pour organiser leurs révoltes, les insurgés se sont également appropriés notre culture.

            - Soit les habitants de ces pays connaissent eux aussi une vague mémorielle qui influence progressivement leur vision du monde (après tout, pourquoi cette région du monde serait-elle une des rares épargnées ? Et d'ailleurs, ne sommes nous pas au lendemain du cinquantenaire des commémorations des indépendances coloniales). Dès lors, la cicatrice coloniale serait aussi béante et problématique qu’elle ne l’ait actuellement en France. La contestation qui s'est exprimée contre Ben Ali, Mubarak et Kadhafi serait donc aussi dirigée contre une politique jugée trop conciliante envers les anciennes métropoles.

 

A mon avis, les deux options ne doivent pas être négligées. Hélas, malgré ma lecture attentive des reportages et autres nombreux articles sur les évènements actuels (en français ou en anglais), je n’ai trouvé encore aucun spécialiste suffisamment pointu et informé pour m’expliquer le stade actuel de la construction mémorielle au nord de l’Afrique. Pourtant, une partie des enjeux se joue peut-être dans ce domaine : soit les habitants de cette région du monde choisiront d’adhérer au modèle occidental (accomplissant peut-être ainsi tardivement la prévision de Fukuyama), soit ils décideront de s’y opposer en apportant leur soutien aux principaux adversaires du modèle occidental (accomplissant ainsi plutôt les prévisions d’Huntington).

Seule l’histoire pourra éclairer cet aspect de la mémoire que nous n’aurons pas su anticiper.

 

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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 17:52

 

Ils apportent régulièrement des axes de lecture sur l’actualité. Ils sont des espaces de liberté dans lesquels les auteurs acceptent de prendre quelques libertés avec les normes et règles de la plume universitaire. Ils sont réactifs, actualisés et commentés : ce sont les blogs des historiens !

 

Voici un panel de quelques historiens qui acceptent de se livrer régulièrement à cet exercice périlleux, chronophage, mais tellement enrichissant. Ils seront désormais disponibles dans les liens des blogs « amis ».  

 

Gérard NOIRIEL : Performances

L’auteur : Un des pionniers de l'histoire de l'immigration en France. Il s'est également intéressé à l'histoire de la classe ouvrière, et aux questions interdisciplinaires et épistémologiques en histoire. Il est aujourd'hui directeur d’études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS). 

Objectif du blog : Réfléchir aux rapports entre l’art, la science (sociale) et l’action politique, rendre compte des expériences (spectacles, enquêtes, débats publics) qui s'inscrivent dans cette démarche, notamment au sein de l’association DAJA (http://www.daja.fr), avec l’espoir d’apporter des réponses neuves à la crise que traverse aujourd’hui la culture publique. Telles sont les ambitions de ce blog, que je compte alimenter tous les dimanches.

 

Vincent DUCLERT : Entre histoire et politique

L’auteur : Professeur agrégé à l'EHESS, Directeur adjoint de la Mention Histoire. Chargé de mission auprès du président de l’EHESS pour l’information scientifique. Membre des conseils scientifiques de l’Institut Mémoire de l’édition contemporaine et du Centre de recherche de l’Historial de la Grande Guerre. Membre du comité de rédaction de la revue Cahier Jean Jaurès. Professeur associé à Columbia University (Programs in Paris). Vincent Duclert est l'un des meilleurs spécialistes français de l'affaire Dreyfus. Il a notamment publié la biographie la plus complète sur le capitaine Dreyfus. Pour cet ouvrage, il a obtenu le prix Jean-Michel Gaillard en 2006.

Objectif du blog : Réagir à l’actualité autour des thématiques historiennes et politique en France.   

 

Guillaume MAZEAU : Lumières du Siècle

L’auteur : Maître de conférences à l'Institut d'Histoire de la Révolution française (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne) après avoir enseigné au lycée Auguste Béhal de Lens, membre du CVUH (Comité de Vigilance sur les Usages Publics de l'Histoire),

Objectif du blog : Il s'intéresse à la Révolution française et plus généralement aux Lumières, à travers lesquelles il tente de mieux décrypter notre contemporain...

 

Benjamin STORA : Voix du Sud

L’auteur : Benjamin Stora est Professeur des universités. Il enseigne l’histoire du Maghreb contemporain (XIXe et XXe siècles), les guerres de décolonisations, et l’histoire de l’immigration maghrébine en Europe, à l’Université Paris 13 et à l’INALCO (Langues Orientales, Paris). Il a publié une trentaine d’ouvrages, dont les plus connus sont une biographie de Messali Hadj (réédition Hachette Littérature-poche, 2004) ; La gangrène et l’oubli, la mémoire de la guerre d’Algérie (La Découverte, 1991) ; Appelés en guerre d’Algérie (Gallimard, 1997) ; Algérie, la guerre invisible, Ed Presses de Sciences Po (2000).  Il a dirigé avec Mohammed Harbi l’ouvrage collectif, La guerre d’Algérie, aux édition Robert Laffont (en poche, Hachette Littérature, 2006).

Benjamin Stora a également son site personnel

Objectif du blog : Réagir à l’actualité autour des thématiques historiennes, et notamment autour des questions d’immigration. 

 

Esther BENBASSA : Passage Benbassa

L’auteur : Universitaire et intellectuelle française, spécialiste de l'histoire du peuple juif.

Objectif du blog : Réagir à l’actualité.

 

Paul DIETSCHY : Histoire(s) du sport

L’auteur : Ancien élève de l’École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud, agrégé et docteur en histoire. Je suis maître de conférences à l’Université de Franche-Comté et co-anime un séminaire sur l’histoire du sport au Centre d’Histoire de Sciences Po. Je travaille depuis presque vingt ans sur l’histoire du sport et du football. J’ai notamment publié en 2006 avec Patrick Clastres, Sport, société et culture en France du XIXe siècle à nos jours, (Paris, Hachette, coll. Carré histoire), et en 2008 avec David-Claude Kémo-Keimbou, Le football et L’Afrique, (Paris, EPA). Mon Histoire du football, (Paris, Perrin) est paru quelques semaines avant le mondial sud-africain.

Objectif du blog : Longtemps délaissé par la recherche, le sport est devenu un object d'études à part entière. Lancé à l'occassion du mondial en Afrique du Sud, Histoire(s) de Sport analyse l'actualité sportive avec un regard d'historien. Le mien.

 

Mathieu BOUCHARD : La question de Palestine, une passion française

L’auteur : Mathieu Bouchard est doctorant en histoire contemporaine à l'Université Paris 1. Sa thèse s'intitule "Les Français et le Moyen-Orient (1947-1958). Une histoire culturelle des relations internationales."

Objectif du blog : Dans les médias comme au café du commerce du coin, chacun a son opinion sur le conflit israélo-palestinien. Et cela ne date pas d'hier. Depuis la fin des années 1940, la question de Palestine est une passion française, c'est-à-dire une affaire suscitant des prises de position parfois très tranchées, brisant les clivages politiques traditionnels et permettant à la société française, en parlant de la question de Palestine, de parler aussi d'elle-même, de son histoire, de ses divisions et de ses contradictions. Mise en perspective historique de ce qu'on appelle aujourd'hui "l'importation du conflit israélo-palestinien".

 

Les lecteurs de cet article peuvent également proposer d’autres blogs d’historiens qui auront retenu leur attention (et notamment de nos consoeurs qui, visiblement, sont largement sous-représentées sur la toile).

 

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26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 11:16

 

La toile révèle parfois de véritables pépites. Au gré des newsletters, recensions et autres flux RSS, un blog a retenu mon attention ce matin : il s’agit de celui de Mathieu BALU, citoyen français installé à Munich.

Le-dernier-jugement.jpg Cliquez sur la bannière pour être redirigé vers le blog

 

Partant de l’ouverture du procès de John Demjanjuk (auquel nous avions déjà consacré un article sur ce blog) qui se tient justement dans la capitale du Land de Bavière, ce bloggeur s’interroge « sur la façon dont l’Allemagne a su tourner la page après la période nazie, et en particulier comment, soixante ans exactement après le début de la dénazification par la justice allemande, une période comme celle-ci peut rentrer, dépassionnée, dans les livres d’histoire et les mémoires collectives ».

Mathieu Balu a donc choisi avec intérêt le titre "Le dernier jugement" partant du principe (partiellement faux en fait) que ce procès serait le dernier et qu'il serait donc nécessaire pour les Allemands de tourner une page de leur histoire.

 

L’originalité de ce travail repose sur plusieurs principes :

            - d’abord, par une observation participante rare d’un français immergé dans la culture allemande et qui souhaite néanmoins exercer un regard critique,

            - ensuite, une approche plutôt riche qui ne se contente pas de réflexions rhétoriques mais qui analyse le sens du quotidien dans la mémoire nationale.

            - enfin, par le caractère abouti du projet qui, après plusieurs mois d’observation, se termine par une conclusion.

 

Cette conclusion me paraît d’ailleurs très pertinente au sens où elle dépasse la problématique de départ, ne considérant plus que l’Allemagne devrait « tourner la page », mais plutôt s’approprier cette page de son histoire dans une logique de construction mémorielle (ce qui est déjà partiellement le cas).

 

Il apparaît donc au fil des articles que :

            - malgré la proximité géographique et les réaffirmations récurrentes de l’amitié franco-allemande, la France connaît encore mal l’Allemagne. Englués dans nos débats sur l’identité nationale, la repentance ou encore le passé colonial, nous ne nous sommes pas assez interrogés sur notre histoire et l’éventualité d’une mémoire commune avec notre voisin.

            - au-delà d’un relatif désintérêt, on peut également observer sur certains sujets une véritable forme d’incompréhension. Ainsi, les regards français ont-ils été relativement circonspects lors de la récente démission du président allemand Horst Köhler à la suite d’une phrase malheureuse sur les motifs de l’engagement des troupes allemandes dans la guerre en Afghanistan.

 

Je reste donc persuadé que dans les relations internationales, comme pour les affaires intérieures, des conseillers avisés sur l’histoire et la mémoire ne seraient pas inutiles pour insuffler quelques conseils à nos dirigeants dont les propos peuvent parfois blesser l’histoire et la mémoire nationale de leurs interlocuteurs.  

 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et identités nationales
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