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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Paperblog : Les meilleurs actualités issues des blogs

Cherche La Pépite

2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 10:54

 

Au fil des quelques 250 articles que compte désormais ce blog, nous avons montré que le phénomène mémoriel est omniprésent : dans les rues, dans les discours, dans les musées, dans les médias, au cinéma, à l'école...

L'un de nos sujet de prédilection demeure néanmoins les manifestations mémorielles dans le domaine politique. En 2012, nous nous étions amusés avec Mémorice de France à recenser et commenter chacune de leurs apparitions durant la campagne électorale. Depuis quelques mois, nous travaillons également à mieux comprendre et actualiser  la théorie du Point Godwin.

 

Désormais, nous suivrons aussi régulièrement les manifestations de la mémoire dans un lieu aussi emblématique que l'Assemblée nationale qui a été à l'origine de nombreuses polémiques mémorielles. Nous espérons ainsi pouvoir déceler la dimension mémorielle de certaines lois en préparation, identifier les groupes de pression à l'oeuvre dans l'hémicycle, et comprendre les logiques mémorielles portées par nos députés.

 

assemblee-nationale.jpg

 

Il apparaît tout d'abord que la plupart des manifestations mémorielles à l'Assemblée nationale s'exprime sous la forme de questions posées aux ministres par les députés. La réponse est parfois très tardive...

 

Commémorer le traité de Paris

Jean-David SIOT, député des Bouches-du-Rhône, a demandé le 6 novembre 2012 au Ministre des Affaires Étrangères si  le gouvernement français a l'intention de commémorer le traité de Paris du 10 février 1763 qui a mis fin à la guerre de Sept Ans entre la France et la Grande-Bretagne en cédant au pouvoir britannique des territoires et des populations françaises de Nouvelle-France (actuels Quebec, Louisiane et Acadie).

Le gouvernement rappelle en réponse que la France entretient "des liens particulièrement étroits avec l'Amérique du Nord, et en particulier avec ses communautés francophones". Un colloque sera organisé en novembre 2013 sur les traités de 1763 et 1783 par  la commission franco-québécoise des lieux de mémoire communs en partenariat avec le ministère des affaires étrangères, le ministère de la défense et les archives nationales. Le gouvernement se dit cependant prêt à examiner d'autres initiatives qui pourraient émaner des autorités nord-américaines concernées.

La réponse est pour le moins étonnante car le gouvernement semble considérer qu'un colloque  constitue une manifestation mémorielle. Nous avons déjà évoqué cette situation à plusieurs reprises sur ce blog car il s'agit en effet d'une réalité pratique : de nombreux colloques sont organisés pour motifs mémoriels qui permettent souvent de trouver plus facilement des financements.

Il paraît également surprenant de constater que le gouvernement souhaite examiner des initiatives qui émaneraient exclusivement "des autorités nord(américaines concernées" : doit-on comprendre par cette formule que la France n'aurait pas la légitimité pour organiser de telles commémorations ? Le gouvernement souhaite-t-il s'épargner l'idée de commémorer une cession de territoire ? Il faut reconnaître que la situation est pour le moins originale. Bien que la France ait conservé des liens culturels étroits avec les populations francophones d'Amérique du Nord, commémorer le traité de Paris revient à commémorer un conflit à l'issue duquel la France sort affaiblie et perd une grande partie de ses colonies ( lire le traité ici)

 

Commémorer La Boëtie

Germinal PEIRO, député de Dordogne, a demandé le 23 octobre 2012 au ministre de la Culture et de la Communication d'ajouter la commémoration de la mort en 1563 du poète français Étienne La Boëtie (originaire de Dordogne...) dans la liste des célébrations nationales établie par la direction du patrimoine du ministère de la culture.

La réponse indique que la mort d'Etienne de la Boëtie a bien été retenue par le Haut comité des Commémorations nationales et qu'une notice lui sera consacrée dans le prochain Recueil imprimé des Commémorations nationales : "cette notice, ainsi que la liste des manifestations culturelles organisées autour de la mémoire et de l'oeuvre d'Étienne de La Boétie, seront également accessibles sur le site Internet des Commémorations nationales". Force est de constater qu'à la date du 2 janvier 2012,  ce n'est pas encore le cas sur le site en question....

 

Commémorer Bigeard... ?

Parfois, la réponse tardive du ministre ne peut que faire sourire. Le 11 septembre 2012, Philippe Meunier, député du Rhône, demandait au ministre de la Défense la date du transfert des cendres du général Bigeard aux Invalides après que le gouvernement vietnamien ait refusé qu'elles soient dispersées au-dessus du champ de bataille de Dien Biên Phù.

Le ministre de la Défense répond dans une jolie formule qu'il a décidé le transfert des cendres du général Bigeard  au mémorial national des guerres en Indochine de Fréjus, "en plein accord avec sa famille et dans le respect des différentes mémoires qui lui sont attachées".

Fort heureusement,  le croisement des sources permettra aux futurs historiens de comprendre un tel décalage entre la question et la réponse puisque le projet de transfert des cendres aux Invalides avait été décidé par le gouvernement précédent et qu'il a suscité une polémique invitant le nouveau ministre à réviser un tel projet.

 

Commémorer la guerre d'Algérie

La visite d'Etat de François Hollande en Algérie a suscité de nombreuses questions à l'Assemblée nationale. Elles sont assez symptomatiques de l'influence de la dimension mémorielle dans le travail de nos députés qui posent des questions dans le contexte de cette visite alors qu'elles auraient du être posées en amont afin de préparer la rencontre.

La dimension mémorielle repose également sur la répétition des questions identiques qui semblent être l'oeuvre d'un groupe de pression mémoriel ayant adressé des courriers à l'ensemble des députés.

Ainsi, cinq députés demandent au ministre de la Justice de reprendre les négociations avec les autorités algériennes  afin que les archives des anciennes colonies du Maghreb restées sur place soient récupérées.

Deux députés demandent également au gouvernement ce qu'il envisage au sujet des anciens combattants nés en Algérie et morts au combat dans ce même pays entre 1953 et 1962. La loi prévoit en effet l'inscription du nom du défunt sur le monument aux morts de sa commune de naissance ou de dernière domiciliation ou sur une stèle placée dans l'environnement immédiat de ce monument. Or, pour les anciens combattants d'Afrique du nord, morts pour la France, nés et enterrés en Algérie française, la loi est de fait inapplicable. Les négociations à ce sujet risquent d'être sensibles avec les autorités algériennes mais témoigneraient d'une réelle volonté de tourner la page d'une histoire difficile.

Marietta KARAMANLI, député de la Sarthe, attire quant à elle l'attention du gouvernement sur  les corps disparus des soldats français tués en Algérie. La question demeure cependant très floue car la députée évoque les problèmes de localisation de ces corps et l'attente d'informations sur les circonstances de leur disparition... tout en demandant leur rapatriement !!!

Enfin, Daniel GOLDBERG, député de Seine-Saint-Denis, pose une question très intéressante sur  la multiplication des dates commémoratives relatives à la Guerre d'Algérie. Le conseil constitutionnel vient en effet de valider la loi instituant la reconnaissance officielle du 19 mars comme « Journée nationale du souvenir et du recueillement, en mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d'Algérie ». Or, la date du 5 décembre pour la « commémoration en hommage aux morts d'Afrique du Nord » instituée par le décret du 23 septembre 2003 reste en vigueur, multipliant et complexifiant encore davantage la question des commémorations.

 

Commémorer la Première Guerre mondiale

Jean-Yves LE DEAUT, député de Meurthe-et-Moselle, pose la question récurrente des fusillés pour l'exemple à l'approche du centenaire de la Grande Guerre et s'interroge sur la possibilité d'une réhabilitation demandée depuis plusieurs années, acceptée par plusieurs présidents de la République et Premiers ministres successifs, sans que la décision effective ne soit jamais prise.

Comme Jean-Yves LE DEAUT, nous nous sommes interrogés à plusieurs reprises sur ce blog sur cette question des fusillés pour l'exemple (d'abord  en mars 2012, puis en avril 2012) et nous attendons la réponse du ministre avec impatience.

Les députés Jean-Jacques CANDELIER, François ASENSI, Marie-George BUFFET, Patrice CARVALHO, Gaby CHARROUX, André CHASSAIGNE et Jacqueline FRAYSSE ont déposé le 12 décembre 2012 une proposition de loi visant à abroger l’article 1er de la loi n° 2012-273 du 28 février 2012 fixant au 11 novembre la commémoration de tous les morts pour la France. Cette décision annoncée par Nicolas Sarkozy en 2011 et assumée par François Hollande en 2012 n'a cependant guère de chance d'être acceptée.

 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et Assemblée nationale
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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 06:59

 

A ceux qui voudraient compléter la lecture de ce blog par d'autres articles de jeunes chercheurs sur les études mémorielles, nous conseillons la lecture de  cette revue en ligne passionnante que nous avions déjà signalée un peu rapidement :

 

conserveries mémorielles

 

Fondée en 2006 à l’initiative de Bogumil Jewsiewicki dans le cadre de la Chaire de recherche du Canada en histoire comparée de la mémoire, Conserveries mémorielles est, depuis 2010 accueillie par le Centre interuniversitaire d’études sur les lettres, les arts et les traditions (CELAT) à Québec et par l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP) à Paris. Jocelyn Létourneau (professeur à l’Université Laval) et Henry Rousso (directeur de recherche au CNRS) sont aujourd’hui les directeurs de cette publication animée par de jeunes chercheurs en sciences humaines et sociales (...).

Depuis sa fondation, Conserveries mémorielles a pour ambition d’explorer différents champs de la mémoire. Elle sollicite la collaboration de chercheurs provenant de tous les domaines des sciences humaines. Elle entend privilégier les thématiques pouvant être abordées dans une perspective internationale et transdisciplinaire. Les auteurs sont invités à proposer des textes en anglais ou en français en réponse aux appels à contribution diffusés par la revue.

 

Parmi les derniers numéros publiés, on peut citer des thèmes novateurs tels que "Mémoire et travail", ou encore un formidable dossier sur les "angles morts" avec des thèmes qui seront familiers aux lecteurs de ce blog ( cimetières-jardin,  17 octobre 1961,...) 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Recensions
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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 09:29

 

Le 12 décembre 2012,  une note de service a été adressée aux rectrices et recteurs d’académie, ainsi qu'aux directrices et directeurs académiques des services de l’éducation nationale afin de désigner des référents académiques "Mémoire et Citoyenneté".

Cette création intervient dans le cadre de la préparation des commémorations des deux guerres mondiales pour lesquelles une mission interministérielle a été mise en place, ainsi que des comités académiques regroupant l'ensemble des partenaires susceptibles d'être impliqués dans ces manifestations à prévoir : Office national des anciens combattants et victimes de guerre, associations mémorielles, trinômes académiques, collectivités territoriales...

Selon cette note d'information, des représentants des équipes éducatives doivent rejoindre ces comités académiques car "l'école a un rôle essentiel à jouer dans la transmission de la mémoire auprès des enfants et des jeunes".

 

Commemorations-a-l-ecole.jpg

La présence des enfants et adolescents lors des commémorations est souvent organisée dans le cadre de projets pédagogiques

 

L'intérêt principal de ce document repose sur les missions confiées à ce référent "Mémoire et Citoyenneté" car elles permettent de définir le rôle officiel de l'école dans la transmission de la mémoire, ce qui n'avait jamais été clairement identifié auparavant :

- Le référent sera amené à suivre avec une attention particulière la préparation du centenaire de la Première Guerre mondiale (2014-2018) et le soixante-dixième anniversaire des combats de la Résistance, des débarquements, de la Libération et de la victoire (2013-2015) dans l'optique d'une large participation de la communauté éducative.

- Les concours scolaires ;

. le concours national de la Résistance et de la déportation (collèges et lycées) ;

. le concours des petits artistes de la mémoire (écoles).

- Les journées de commémoration (écoles, collèges et lycées) :

. la commémoration de l'armistice de 1918, journée des morts pour la France : le 11 novembre ;

. la journée de la mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l'humanité : le 27 janvier ;

. la commémoration de la victoire de 1945 : le 8 mai ;

. la journée nationale de la mémoire de la traite négrière, de l'esclavage et de leur abolition : le 10 mai.

- Les projets soumis à la commission bilatérale de coopération pédagogique (soutien du ministère de la défense aux projets pédagogiques mis en œuvre dans les établissements scolaires dans le domaine de l'histoire et de la mémoire des conflits contemporains - écoles, collèges et lycées).

- Les actions éducatives dans le domaine de la mémoire menées par les institutions et associations ayant un partenariat conventionné avec l'éducation nationale : l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre, les fondations mémorielles, le Mémorial de la Shoah, certains musées nationaux, etc.

 

En somme, cet homme-mémoire est surtout créé afin d'assurer le succès des commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale en favorisant une large participation des élèves.

Puis se sont ajoutées d'autres missions révélatrices de l'omniprésence du fait mémoriel à l'école :  coordonner l'organisation des traditionnels et pléthoriques concours mémoriels et organiser les relations avec les institutions et associations mémorielles qui pénètrent de plus en plus dans les salles de classes en proposant des ateliers, des voyages scolaires, des rencontres, des débats, des projections de films...

 

Hélas, contrairement à nos attentes, le ministère de l'Education nationale n'a pas profité de cette occasion pour définir plus précisément la place que doit occuper la mémoire dans l'enseignement scolaire.

Aujourd'hui, beaucoup de professeurs d'histoire ont pris pour habitude de diffuser des films à forte connotation mémorielle dans le cadre de leur enseignement (La liste de Schindler, Le pianiste...). Ils organisent également beaucoup de sorties scolaires liées à des thématiques mémorielles car elles permettent d'obtenir les meilleures subventions (au camp du Struthof, d'Auschwitz, au Mémorial Charles de Gaulle, au Mémorial de la Shoah...). Enfin, les programmes scolaires sont de plus en plus influencés par les revendications mémorielles : l'étude de l'esclavage et des traites négrières a été introduite après la loi Taubira et le génocide arménien a fait son apparition dans les nouveaux programmes de troisième depuis la rentrée 2012 à la suite des débats sur sa reconnaissance à l'Assemblée nationale française.

 

Cette inflation mémorielle n'a jamais été suivie d'une véritable réflexion sur la place de la mémoire à l'école et sur le rôle de l'école dans la compréhension du phénomène mémoriel.

Seuls quelques élèves de terminale L et ES étudient depuis la rentrée 2012 un chapitre lié aux mémoires de la Seconde Guerre mondiale ou de la guerre d'Algérie. Il conviendrait d'étendre cet enseignement sous une forme adaptée aux élèves de collège.

De même, une étude devrait être menée sous l'autorité du ministère de l'Education nationale afin d'évaluer quantitativement et qualitativement la place des mémoires à l'école et réfléchir à leur juste intégration dans le cadre des missions culturelles, intellectuelles et citoyennes dévolues à l'enseignement.

Pour l'instant, l'annonce de ces référents "Mémoire et Citoyenneté" ne donne l'impression que d'une nouvelle entrée en force des préoccupations mémorielles dans les salles de classe, souvent au détriment d'une véritable compréhension du passé par l'intermédiaire de la science historique. 
 

Actualisation du 04 août 2014

Dans une question adressée au gouvernement le 12 février 2013, le député UMP du Rhône Georges FENECH s'inquiète de la faible participation des jeunes aux cérémonies commémoratives. Selon lui :

Il est de notre devoir de ne pas laisser les générations à venir ne voir que sous l'aspect des matières scolaires les conflits actuels et passés. Il conviendrait au contraire de les impliquer lors des cérémonies afin qu'ils puissent tirer les conséquences des moments douloureux de notre histoire

Assemblée nationale

 

Selon ce député, l'enseignement de l'histoire à l'école de la République ne serait pas suffisant et l'Education nationale devrait avoir pour mission de compléter cette formation par l'obligation d'assister à des commémorations. Monsieur Georges Fenech ne précise pas en quoi le fait d'assister à une cérémonie commémorative pourrait apporter une valeur ajoutée par rapport à un cours d'histoire, mais sa formulation implique que l'enseignement scolaire serait nécessairement inférieur à l'implication des élèves aux communions mémorielles autour des monuments aux morts (comme certains continuent à penser que "l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur"). 

On aurait aimé que le ministre de l'Education nationale réponde à cette question en mettant en avant le travail de ses enseignants dans l'apprentissage d'un esprit critique et éclairé par rapport aux événements du passé. La réponse des services du ministère consiste cependant en une longue liste des actions et dispositifs qui invitent d'ores et déjà les professeurs à inscrire leurs élèves dans une démarche mémorielle. 

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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 09:11

 

 

Le 20 décembre 2012, le président de la République française François Hollande a prononcé un discours important devant le Parlement algérien. Après la loi du 23 février 2005 proposant que « les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord » (article 4, alinéa 2), puis les atermoiements de Nicolas Sarkozy jouant régulièrement entre refus de la repentance et déclarations électoralistes, le chef d'Etat était attendu de pied ferme en territoire algérien.

Sa déclaration était d'autant plus attendue que l'ancien premier secrétaire du Parti Socialiste, puis  candidat à la présidentielle, avait multiplié les gestes d'apaisement dans ce conflit des mémoires qui mine les relations franco-algériennes depuis plusieurs décennies. En 2006,  il avait notamment déclaré au journaliste Edwy Plenel : "S’il faut que, sur 1956 et les pouvoirs spéciaux, je sois plus explicite, je le fais ici, au nom du Parti socialiste aujourd’hui. Nous sommes comptables du passé et responsables de l’avenir. La SFIO a perdu son âme dans la guerre d’Algérie. Elle a ses justifications mais nous devons encore des excuses au peuple algérien".

Le lendemain de sa victoire aux primaires socialistes, le candidat officiel du Parti Socialiste s'était également rendu à une cérémonie de commémoration du 17 octobre 1961.

D'aucuns ont pensé que cette posture du candidat engagerait les actes du Président. La réponse de l'intéressé au JT de France 2 fut cinglante et étrange d'un point de vue politique : "Moi, je suis président de la République, j'engage la France, je n'engage pas un parti". D'un côté, on comprend que le chef de l'Etat rappelle sa mission de représentant de la Nation, et non pas seulement d'un parti ; d'un autre côté, on s'étonne cependant que l'élu affirme aussi directement que les postures adoptées par l'homme durant sa carrière et sa campagne électorale ne l'engagent pas en tant que président de la République. 

 

C'est dans ce contexte que François Hollande est monté à la tribune du Parlement algérien pour se poser cette question : "Sommes-nous capables d’écrire ensemble une nouvelle page de notre histoire ?".

Et de continuer en réponse à cette question rhétorique : "Cette vérité, nous la devons à tous ceux qui par leur histoire, par leur histoire douloureuse, blessés, veulent ouvrir une nouvelle page (...) Et la vérité je vais la dire ici, devant vous". 

A ce stade introductif, la plupart des historiens ont déjà décroché : ainsi, François Hollande détiendrait LA vérité ! Non pas une vérité, non pas sa vérité, mais bien LA vérité ! A l'exception de quelques collègues ayant séché les cours d'épistémologie de l'histoire, rares seront ceux qui oseront assumer un ton aussi péremptoire. Voilà Kant, Hegel et Thomas Kuhn balayés d'un coup. Visiblement, l'Histoire de France pour les Nuls  que lisait assidument le premier secrétaire du Parti Socialiste ne contenait pas cette célèbre citation de Maurice Sartre : « La vérité en histoire, dont on conviendra aisément qu’elle relève de l’utopie ».

 

Le ton utilisé par le chef d'Etat a au moins le mérite de créer un horizon d'attente insoutenable et de maintenir en haleine un auditoire ainsi préparé à une déclaration fracassante : "Pendant 132 ans, l’Algérie a été soumise à un système profondément injuste et brutal, ce système a un nom, c’est la colonisation, et je reconnais ici les souffrances que la colonisation a infligées au peuple algérien. Parmi ces souffrances, il y a eu les massacres de Sétif, de Guelma, de Kherrata, qui, je sais, demeurent ancrés dans la conscience des Algériens, mais aussi des Français. Parce qu’à Sétif, le 8 mai 1945, le jour même où le monde triomphait de la barbarie, la France manquait à ses valeurs universelles. La vérité, elle doit être dite aussi sur les circonstances dans lesquelles l’Algérie s’est délivrée du système colonial, sur cette guerre qui, longtemps, n’a pas dit son nom en France, la guerre d’Algérie".

Et de continuer par un "voilà", comme s'il venait d'accomplir une oeuvre titanesque, comme s'il venait, en quelques phrases, de débloquer des décennies d'affrontement mémoriel entre les deux pays.

 

Nous ne savons pas vraiment ce qu'en ont pensé les Algériens, mais l'effet stylistique a très bien fonctionné auprès des journalistes français qui n'ont cessé depuis de répéter en boucle ces quelques mots qui, selon des sources algériennes, porterait "la touche de Benjamin Stora", longuement reçu à l'Elysée. Si tel est vraiment le cas, l'intéressé ne manque pas d'humour car il a déclaré lors d'une interview que l'essentiel à retenir de la visite de François Hollande en Algérie "sera la qualité du discours" !

Un portrait dans Paris-Match confirme que Benjamin Stora mérite l'appelation d'"historien du président", bien qu'il semble entretenir une relation plus distante que celle qu'occupait Henri Guaino avec Nicolas Sarkozy. S'il faisait bien partie des invités de la délégation officielle accompagnant François Hollande, son influence est apparemment restée minime dans le cadre de cette visite où l'histoire a finalement été réduite à un stade symbolique. On aurait pourtant été en droit d'attendre des négociations utiles sur l'accès aux archives et une coopération intellectuelle portée par le discours présidentiel. Visiblement, le sujet était trop compliqué à caser entre les négociations économiques de la RATP et celles de France Telecom...

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 11:46

 

Nous avons rappelé dans notre précédent article que la théorie du Point Godwin est l'invention d'un avocat née de l'observation des forums et lieux de débats américains. Si ses conclusions ont rapidement été vérifiées à l'échelle internationale, elles demeurent, comme toute manifestation de l'esprit humain, attachées à une époque et à un contexte géographique particulier : celui des États-Unis au début des années 1990. Depuis, l'évolution des réseaux sociaux et du rapport des sociétés au passé (et plus particulièrement au nazisme et au génocide des juifs d'Europe) a sensiblement fait évoluer cette théorie.

 

L'enlisement depuis quelques jours du débat autour de l'exil fiscal de l'acteur Gérard Depardieu en Belgique ne pouvait pas échapper à cette règle. Chaque article publié sur ce sujet fait l'objet d'innombrables commentaires, détournements et caricatures... qui finissent irrémédiablement en Point Godwin !

L'intervention de mastodontes du cinéma et de la culture française à la rescousse de leur congénère ne pouvait qu'offrir une manifestation originale et inédite de ce phénomène populaire.

Catherine Deneuve en fut l'instigatrice en s'adressant à Philippe Torreton dans Libération : "Qu’auriez vous fait en 1789, mon corps en tremble encore !". 

Cette stupeur et ces tremblements furent ensuite partagés par la patronne du MEDEF, Laurence Parisot, qui déclarait sur France Info : "On est en train de recréer un climat de guerre civile, qui s’apparente à 1789". 

Quelques heures plus tard  sur l'antenne de RTL, c'était au tour du lunetier Alain Afflelou de déclarer : "On est en train de faire une guerre de tranchées, on est en train de revenir en 1789, il faut arrêter de dire que les chefs d'entreprise sont des voleurs, sont des voyous, sont des gens malhonnêtes".

 

Beaucoup de journalistes ont réagi à cette manifestation nouvelle du Point Godwin qu'ils ont appris à découvrir dans la modération de leurs articles sur l'Internet. Pierre Haski, co-fondateur du Rue 89, a livré  l'un des papiers les plus complets sur le sujet, rappelant les précédents et leur interprétation politique, dont notamment une césure inédite entre la gauche française et son traditionnel soutien du monde de la culture et des médias.

Satisfaits par cette référence, rares sont ceux cependant à s'être aventurés dans une analyse du contexte mémoriel dans lequel apparaît cette polémique. Cette petite phrase glissée dans le débat sur l'exil fiscal n'est pourtant pas seulement révélatrice d'une adaptation française de la théorie du Point Godwin ; elle est aussi symptomatique de la redécouverte de la centralité du phénomène révolutionnaire dans l'inconscient collectif national.

 

Notre chroniqueur Mémorice de France avait déjà observé l'émergence de ce phénomène lors de sa couverture des élections présidentielles françaises de 2012.

Les discours de Jean-Luc Mélenchon ont été inlassablement truffés de références révolutionnaires. Il s'en confessait d'ailleurs ouvertement à Emmanuel Laurentin dans un ouvrage paru durant la campagne : "Le tonnerre de la Révolution, l'onde de choc de 1789 m'habitent encore". Ses références dignes d'une "culture d'un maître d'école" selon l'historien Christophe Prochasson ont été sévèrement jugées par Michel Onfray et Laurence Parisot qui lui reprochent son admiration pour des hommes qui ont porté les germes du terrorisme et de la dictature, tels que Robespierre et Saint-Just.

Devant ce véritable rapt de l'héritage révolutionnaire par l'extrême gauche, le candidat socialiste avait bien tenté de ramener à lui la couverture mémorielle. Ainsi, dans un discours prononcé le 4 avril, il promettait qu'en cas de victoire, le Parlement continuerait à travailler jusqu'au 4 août pour mettre en oeuvre une réforme fiscale sonnant "la fin des privilèges". Dans son meeting du Bourget, François Hollande reproduisait d'ailleurs cette référence en rappelant que "chaque nation a une âme. L’âme de la France, c’est l’égalité. C’est pour l’égalité que la France a fait sa révolution et a aboli les privilèges dans la nuit du 4 août 1789".

Même Marine Le Pen avait fini par en appeler à une révolution porteuse d'une "nouvelle nuit du 4 août" dans un discours prononcé le 10 décembre 2011, tentant alors de républicaniser son parti.

 

A l'exception des historiens spécialisés, rares sont ceux à avoir saisi sur l'instant cette résurgence du phénomène révolutionnaire au sein du débat public. Ce fut cependant le cas de Jean-Luc Chappey, Bernard Gainot, Guillaume Mazeau, Frédéric Régent et Pierre Serna qui ont profité de ce contexte mémoriel pour publier un petit opuscule formidable intitulé  Pour quoi faire la Révolution ? 

 

PourQuoiFaireLaRevolution.png

 

Que nous révèle finalement ce contexte mémoriel sur l'actuel polémique autour d'un Point Godwin 1789 ?

1. Tout d'abord, que le point Godwin est une théorie malléable susceptible d'évoluer en fonction des acteurs, de l'époque et du contexte géographique.

2. Ensuite, que le nazisme en tant que référence universelle de l'horreur recule irrémédiablement.

3. Enfin, que le contexte politique français fait actuellement réapparaître un contexte mémoriel particulier dont les déclaration de Catherine Deneuve, Laurence Parisot et Alain Afflelou ne constituent que la partie émergée de l'iceberg. On avait beaucoup reproché à Nicolas Sarkozy pendant la campagne électorale de diviser la communauté nationale ; on s'aperçoit désormais que cette rupture a été intériorisée et même entretenue par l'opposition aujourd'hui au pouvoir. Au-delà de la traditionnelle dichotomie droite/gauche, le débat politique actuel semble se recentrer autour de fractures révolutionnaires traditionnelles entre riches et pauvres, privilégiés et exclus

 

On peut donc considérer d'un côté que le Point Godwin 1789 franchi par Catherine Deneuve est une manifestation maladroite de la préciosité langagière d'une actrice déconnectée des réalités ; mais on peut aussi d'un autre côté mettre cette déclaration en perspective du contexte mémoriel pour tenter de comprendre ce qu'elle nous révèle sur notre société. Parmi tous ceux qui ont moqué les propos de la Reine Deneuve, de l'intendante Parisot et de l'argentier Afflelou, personne finalement ne s'est réellement offusqué d'une condamnation en règle de la Révolution française, n'y voyant qu'une manifestation de violence du peuple contre les élites bienveillantes. Deux siècles d'historiographie réduits à néant par une petite phrase : voilà peut-être la véritable force de la théorie du Point Godwin !

 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et point Godwin
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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 12:40

 

Comme nous l'avions expliqué dans un précédent article, le point Godwin semblait a priori improbable dans le cadre du débat sur l'ouverture du mariage civil aux personnes de même sexe. En effet, la persécution des homosexuels par le régime nazi a laissé des traces mémorielles suffisamment importantes pour rendre un rapprochement quasiment impossible entre "nazisme" et "homosexualité". C'était sans compter sur le report au mois d'octobre du vote de cette loi au Parlement qui estime que le débat n'est pas encore assez abouti.

En effet, dans la logique de la théorie du Point Godwin, plus un débat perdure dans le temps, plus il est susceptible de sombrer dans un comparatif morbide avec les régimes totalitaires.

 

Une nouvelle étape vient d'être franchie le vendredi 30 novembre par la journaliste et essayiste Emmanuelle Duverger sur le site Boulevard Voltaire porté par son mari  Robert Ménard.

 Dans un article intitulé "Censure à la mode socialiste", elle s'emporte contre le sénateur-maire socialiste du XIXe arrondissement de Paris, Roger Madec, qui a fait couper l'électricité en plein tournage de l'émission Complément d'enquête sous prétexte qu'on lui aurait menti sur l'identité de l'invité. Il faut dire que l'invité annoncé (Louis-Georges Tin, président du Conseil représentatif des associations noires de France et du comité IDAHO de lutte contre l'homophobie et la transphobie) a finalement été remplacé par Frigide Barjot qui se présente elle-même comme "l'attachée de presse de Jésus".

La journaliste n'a alors pas de mots assez dure pour dénoncer ce qu'elle considère comme une "censure" de la part d'un "apparatchik socialiste".

 

Emmanuelle Duverger a cependant l'indignation variable car il ne lui semble pas gênant en revanche d'illustrer son article par une une capture d'écran de Chaplin caricaturant Hitler dans Le Dictateur, en lui ajoutant un petit rainbow flag (symbole du militantisme LGBT) sur la chemise.

 

Hitler-Chaplin-gay.jpg

 

Pire encore, quand on clique sur l'image pour l'enregistrer, on s'aperçoit que celle-ci a été validée avec les mots-clefs suivants : "boulevard-voltaire-roger-madec-fascisme-gay.jpg".

 

Aux yeux de la journaliste et de la rédaction de Boulevard Voltaire, le geste du Maire du XIXe arrondissement est donc assimilable à une forme de "fascisme gay" dont l'élu de la République serait un représentant. 

La thèse semblait visiblement un peu trop caricaturale (et juridiquement dangereuse) pour être littéralement défendue dans le texte, mais des traces subliminales de cette position extrémiste ont été conservées dans l'illustration. D'ailleurs, à lire les commentaires des lecteurs, le message a été parfaitement compris par sa cible !

 

Cette dernière manifestation du point Godwin est à rapprocher de la déclaration du député UMP Nicolas Dhuicq à l'Assemblée nationale le mardi 27 novembre 2012. Dans une tirade mémorable, ce dernier a expliqué sans rougir que les enfants élevés par des homosexuels sont des terroristes en puissance

"Vous me permettrez de considérer que souvent le terroriste a un défaut : il n’a jamais rencontré l’autorité paternelle le plus souvent, il n’a jamais eu de rapport avec les limites et avec le cadre parental, il n’a jamais eu cette possibilité de savoir ce qui est faisable ou non faisable, ce qui est bien ou mal (...) N’y a-t-il pas une certaine contradiction, M. le ministre, dans vos propos et ceux de votre gouvernement, alors que vous cherchez désespérément à reposer un cadre, à, dans le même temps, soutenir un projet de loi qui va jusqu’à rayer le mot de père du code civil.".

 

Cette déclaration est à mon sens une manifestation assez évidente de l'évolution de la théorie du Point Godwin et de notre régime mémoriel occidental.

Pendant plusieurs décennies, cette théorie a fonctionné en référence au nazisme (et parfois au stalinisme) car ces deux phénomènes historiques ont été construits et considérés comme le summum de la barbarie que pouvait atteindre l'humanité.

Nous avons rappelé à plusieurs reprises dans les articles consacrés à cette théorie qu'elle ne pouvait cependant pas être considérée comme universelle car d'autres civilisations ne se reconnaissent pas dans cette échelle de l'horreur. Or, il semble également que cette théorie soit destinée à évoluer assez rapidement dans notre propre régime mémoriel dans lequel les actions terroristes telles que les attentats, les lapidations et autres mises à morts brutales tendent à remplacer peu à peu le référentiel omniprésent des camps d'extermination.

 

Cette hypothèse sera vérifiée dans les prochains mois par l'intermédiaire des articles de cette rubrique qui vise à préparer une synthèse plus complète sur cette théorie du Point Godwin qui n'a en fait jamais été théorisée par son concepteur.

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21 novembre 2012 3 21 /11 /novembre /2012 17:59

 

Article actualisé le 13 janvier 2012 

Ce point Godwin s'est fait attendre ! Au regard du temps médiatique consacré à l'ouverture du mariage civil pour tous et de la quantité d'informations échangées sur les réseaux sociaux à ce sujet, cette dérive traditionnelle visant à rapprocher un sujet à l'idéologie nazie et/ou stalinienne est finalement plutôt tardive.

 

Le point Godwin a été atteint par le père René-Philippe RAKOTO, curé de la communauté des paroisses catholiques de Vendenheim, Mundolsheim, Eckwersheim et Lampertheim (Nord de Strasbourg). Dans son bulletin paroissial daté "Automne 2012" (qui a depuis disparu du site de la communauté), il signe un éditorial pour le moins surprenant dont voici quelques extraits :

"... Euthanasie, eugénisme, stérilisation forcée des handicapés, manipulations génétiques et expérimentation sur l'humain, avortement jusqu'à 6 mois de grossesse... On pourrait croire, en examinant la litanie, que ces choses sont contemporaines, choisies par un pays dit "avancé sur son temps et son époque, à la pointe de la modernité". Eh bien, cela se passait il y a plus de 70 ans en Allemagne sous le régime nazi (démocratiquement élu !) A l'époque, l'Allemagne n'en faisait pas trop la publicité car les mentalités étaient encore marquées par la morale judéo-chrétienne qui considérait cela comme immoral, injuste et surtout inhumain. Au nom de la dignité de l'homme, ces lois et pratiques allemandes étaient jugées comme abominables et dangereuses pour l'humanité, et pour cause, nous avons vu les dégâts qu'elles ont engendrés pour l'Allemagne et une bonne partie de l'Europe".

"Les seules choses qui pourraient manquer pour être "parfaitement moderne et en phase avec la société" seraient le mariage des personnes de même sexe et la possibilité pour ces mêmes personnes d'adopter des enfants".

"L'Église catholique aujourd'hui se retrouve dans la position de ceux qui peuvent être dénigrés et persécutés pour prétendre défendre la dignité de l'homme dans on intégralité et sans exception, comme au temps des nazis et des soviétiques".

 

Cette manifestation du point Godwin peut être considérée comme un modèle du genre.

Le propos ne sert qu'une cause : disqualifier les positions de son adversaire en les rapprochant des pires atrocités commises par les régimes nazis et soviétiques, quitte à travestir l'Histoire.

Sans que le lien ne soit vraiment expliqué, l'auteur entend nous faire comprendre que l'ouverture du mariage et l'adoption accordée aux personnes de même sexe peuvent être comparées à l'euthanaise, l'eugénisme, la stérilisation forcée des handicapés... Ces pratiques ayant été mises en oeuvre par les nazis, ceux qui voudraient aujourd'hui marier des homosexuels doivent donc être considérés comme tels !

 

Ce curé a visiblement l'habitude de prêcher auprès de convaincus, mais il serait bon de lui rappeler néanmoins quelques bases :

1. Le "régime nazi" n'a pas été "démocratiquement élu". Les Allemands ont accordé leurs suffrages à des représentants appartenant à un parti, mais c'est un non-sens que d'affirmer qu'un régime politique puisse être élu.

2. Il est indécent de lire sous la plume d'un ecclésiastique que l'Église catholique serait aujourd'hui "dans la position de ceux qui peuvent être dénigrés et persécutés".

L'une des raisons qui explique le caractère tardif et exceptionnel de ce point Godwin repose justement sur son impossibilité théorique en raison de la persécution des homosexuels par les nazis. Depuis  la polémique autour des propos de Christian Vanneste en début d'année 2012, la plupart des médias ont rappelé la nature et la mesure de cet aspect dramatique de la politique d'Hitler. Par conséquent, il devenait difficile d'établir un lien entre le mariage des homosexuels et le nazisme... sauf pour ce curé qui ne se contente d'ailleurs pas de formuler un point Godwin mais qui se positionne au passage en véritable victime des homosexuels ! 

 

Une belle démonstration donc de la force et de la validité de cette théorie mémorielle qui s'impose même dans les circonstances que l'on pourrait croire les plus improbables.

 

 

Actualisation du 13 janvier 2013

Interrogé par la chaîne d'information BFM-TV quelques minutes avant le départ de la "Manif pour tous", Xavier Bongibault, l'un des porte-paroles du mouvement, a renouvelé ce point Godwin en comparant le président de la République François Hollande à Hitler :

 

 

Il déclare ainsi : "On nous explique en permanence que les homosexuels sont pour ce projet de loi, parce qu'ils sont homosexuels. C'est une logique choquante et homophobe de la part de ce gouvernement. C'est dire que tous les homosexuels n'ont pour seul instinct sexuel que leur orientation sexuelle : c'est la ligne qui était défendue par un homme que l'Allemagne a bien connu à partir de 1933 et c'est la ligne que défend aujourd'hui François Hollande".

 

Encore une fois, on atteint ici les sommets du point Godwin.

Pour parvenir à stigmatiser son adversaire incarné par le chef d'Etat, l'intéressé n'hésite pas à manier l'anachronisme et la manipulation historique afin d'expliquer que l'actuel projet de loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe serait une entreprise fondée sur l'héritage de l'idéologie nazie.

Rappelons pour mémoire qu'entre 5 000 et 15 000 homosexuels ont été envoyés en camp de concentration entre 1933 et 1945 et que plusieurs dizaines de milliers d'autres ont été fichés, arrêtés, inquiétés, torturés et internés dans des hôpitaux psychiatriques où ils ont servi de cobayes à des expérimentations médicales.

 

En quelques minutes, la déclaration provocante de Xavier Bongibault a été relayée par les médias qui s'en offusquent, mais qui diffusent néanmoins l'information. Il aurait été intéressant que le journaliste ne se contente pas de cette petite phrase sans demander à l'intéressé de s'expliquer sur sa pensée et d'avancer quelques arguments pour la justifier.

Les colonnes de ce blog lui sont d'ailleurs ouvertes s'il souhaite nous faire part de sa théorie que nous ne manquerons pas d'étudier !

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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 13:57

Le sujet a souvent été évoqué sur ce blog et une rubrique y est même consacrée. C'est pourquoi il m'a semblé important de relayer auprès des lecteurs de ce blog l'article consacré à l'enseignement de l'histoire du genre et des homosexualité que j'ai récemment écrit pour le site Aggiornamento : à lire ici !

 

SAV du 19 novembre 2012

Ci-joint un courriel envoyé à M. Benoit, président de l'Association des Professeurs d'Histoire-Géographie, à la suite de sa "lecture critique" du travail référencé ci-dessus dans l'éditorial du n° 420 d'Historiens et Géographes :

Monsieur Benoit,

Cher collègue,

Je viens de prendre connaissance de votre éditorial du numéro 420 de la revue Historiens et Géographes.

Il y aurait beaucoup à dire sur ces “lettres ouvertes” multipliées qui semblent signifier au lecteur qu’il ne peut appartenir qu’à une catégorie bien définie par vos soins, mais je me contenterai de réagir sur ce qui m’est visiblement adressé directement.

Bien que n’étant pas un des “responsables d’Aggiornamento”, je me suis senti visé par l’une de vos remarques adressées à ce collectif : “Il n’est pas non plus nécessaire d’évoquer l’appartenance sexuelle des personnages historiques pour lutter contre l’homophobie, car il y a bien d’autres moyens pour être un enseignant porteur de tolérance”. Il semblerait que cette remarque constitue une réponse au texte que j’ai publié dans les colonnes du site.

Sur le fond, je ne peux que vous inviter à relire ce texte qui ne se résume pas du tout à cette phrase caricaturale. Au contraire, cette démonstration qui se veut argumentée précise bien que la proposition de la ministre n’est pas satisfaisante et qu’il serait complètement inutile de vouloir “ficher” les personnages historiques en fonction de leur sexualité supposée. En revanche, il serait plus intéressant d’envisager une véritable éducation à l’histoire des sexualités (sans communautarisme, qu’elles soient homosexuelle, hétérosexuelle ou autres).

Sur la forme, je suis tout aussi surpris de constater que dans votre lettre ouverte de quelques lignes, le collectif Aggiornamento soit résumé aux thèmes de la chronologie, du récit… et de l’homosexualité des personnages historiques ! Certes, mon texte est actuellement publié en “Une” du site car il est le dernier paru. J’aimerais néanmoins vous indiquer qu’il est suivi de plusieurs dizaines d’autres contributions sur des thématiques bien plus diverses et riches que celles auxquelles vous semblez vouloir réduire ce collectif.

Enfin, j’aimerais justement m’arrêter un instant sur ce terme de “collectif” dont la signification est à mes yeux importante.

Ce texte est en fait une réaction à un débat mené par les membres du collectif autour des déclarations de la ministre. Certains n’étaient pas d’accords avec mon positionnement ; d’autres m’ont soutenu et encouragé à écrire ce texte... pour que finalement une réflexion argumentée soit proposée à chacun.

Il n’est pas dans mon ambition avec ce texte de fixer la ligne officielle d’Aggiornamento, mais de proposer des éléments permettant de faire avancer le débat autour d’un sujet qu’il m’a été permis d’approfondir au cours de mes recherches universitaires.

Ainsi, chacun apporte sa petite pierre à l’édifice sans rechercher titre, gloire, reconnaissance institutionnelle...et c’est très bien ainsi !

Face aux critiques et menaces incessantes vis-à-vis de l’enseignement de l’histoire, il me semble important de pouvoir discuter, débattre, réfléchir, pour finalement faire valoir la valeur ajoutée de notre discipline dans la formation intellectuelle et civique de notre jeunesse.

Je ne suis pas certain que ces critiques internes récurrentes de part et d’autre soient utiles à notre cause commune. Je m’en suis toujours gardé et c’est pourquoi j’ai adhéré en toute connaissance de cause à l’APHG, tout en m’investissant ponctuellement dans le collectif Aggiornamento.

Or, je m’interroge aujourd’hui : Pourquoi l’APHG s’obstine-t-elle à vouloir refuser le débat et à s’entendre sur un minimum de revendications communes ? Comment l’APHG peut en arriver à cette aberration visant à croire qu’il faut choisir son camp pour défendre l’enseignement de l’histoire en France ?

J’ai cru comprendre par l’intermédiaire de plusieurs collègues que nous étions plusieurs à avoir fait ce choix de dépasser les divergences pour défendre sur tous les fronts notre discipline et notre métier.

A titre personnel, par cette tribune, vous ne me laissez même pas la liberté de choisir puisqu’en tant que président de l’APHG, vous venez de condamner les prises de position de l’un de vos adhérents sans même le contacter pour en discuter avec lui.

Je le regrette et je trouve ceci d’autant plus contradictoire que vous en appelez dans le même éditorial à une campagne massive d’adhésion. Encore faudrait-il comprendre qu’adhérer ne signifie pas acquiescer silencieusement. J’ai une autre vision de l’engagement et du débat démocratique.

Cordialement. 

 

 

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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 06:51

 

Les mémoires n'auront jamais été autant évoquées dans les intitulés des colloques. Voici encore deux propositions qui ont retenu notre attention pour le mois de novembre.

 

Mémoires algériennes en transmission : histoires, narrations et performances postcoloniales (15/16 novembre 2012 - Aix-en-Provence)

Dans le cadre du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie, ce colloque se propose de croiser les regards algérien et français autour de la pluralité des mémoires algériennes. L’objectif est de déplacer la réflexion du terrain hypermédiatisé et événementiel des revendications politiques à celui des transmissions intergénérationnelles et des recompositions mémorielles d’acteurs anonymes, héritiers d’un passé dont ils deviennent les témoins indirects. Le dialogue de chercheurs d’horizons différents (histoire, sociologie, anthropologie, sciences politiques, géographie, littérature, visual studies, colonial et postocolonial studies) contribuera à cartographier des deux côtés de la Méditerranée les mouvements et les singularités des narrations mémorielles des nouvelles générations ainsi que, le cas échéant, leurs points de contact ou de friction avec les récits collectifs (locaux, nationaux, transnationaux) véhiculés dans l’espace public et dans les univers associatif et artistique ( Programme complet ici). 

 


Mémoires des migrations et temps de l’histoire (22/23 et 24 novembre 2012 - Paris)

Depuis une trentaine d’années, les mémoires sont devenues omniprésentes dans l’espace public, et un objet d’étude pour l’histoire et les sciences sociales. Dans cet ensemble, les migrants occupent une place singulière. En France, ils ont été acteurs de ces mobilisations mémorielles, sans toujours le faire au nom de leurs origines. Dans le champ scientifique, des études portant sur les mémoires des migrations ont déjà permis d’éclairer un groupe ou un événement, mais leur historicisation reste encore largement à définir et à explorer.

L’approche par les mémoires des migrations permet d’envisager l’émigration et l’immigration. Par ailleurs, elle pose comme hypothèse la pluralité des mémoires selon les groupes, les motifs et les conditions de départ, les espaces d’installation, les statuts et les époques. Elle laisse également ouverte la définition de ce qui fait mémoire, par-delà l’expression des souvenirs individuels. Elle permet surtout de rendre compte de la dimension mondiale de ces expressions mémorielles dans l’espace public, et des travaux qui leur sont consacrés.

Le colloque « Mémoires des migrations et temps de l’histoire » s’inscrit dans cette perspective internationale, qu’il s’agisse des pays d’origine, des sociétés d’installation, mais aussi des circulations de la mémoire qui épousent, sans la reproduire, la diversité et la discontinuité des expériences migratoires. En réfléchissant ainsi aux mémoires des migrations et aux usages du passé, bien au-delà du cas français, le colloque devrait permettre tout à la fois de mettre en lumière des singularités et de faire émerger des traits communs, qu’il s’agisse de la construction des mémoires, des acteurs et des vecteurs qui les portent, de leur circulation et enfin, des conflits qu’elles suscitent ou dont elles rendent compte.

Cette approche apparaît indissociable d’une réflexion autour de l’historicité de ces mémoires. Il s’agit d’abord de s’intéresser, à travers des cas particuliers, à leur dynamique dans le temps, aux questions de transmission mais aussi au silence et à l’oubli, et à l’articulation de ces approches diachroniques avec la circulation des mémoires au sein d’espaces géographiques et sociaux.

Plus généralement, le colloque s’intéressera à la place des mémoires de migration dans les évolutions générales du rapport au passé au sein d’une société donnée. Enfin, plusieurs communications permettront de replacer ces mémoires dans un processus de plus longue durée, et de réfléchir, au-delà des mobilisations contemporaines pour la reconnaissance, au rôle tenu par la mémoire dans l’histoire des migrations depuis le xixe siècle, notamment dans la formation des identités de groupe et dans la constitution de réseaux transnationaux et diasporiques (Programme complet ici

 

PS : Si vous souhaitez être informé(e)s des nouveaux articles disponibles sur ce site, n'hésitez pas à vous inscrire à la newsletter à gauche de votre écran (environ deux courriels par semaine). 

 

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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 09:26

 

Abstract: The commemorations of the centenary of the World War I approach. One of the main stakes will be to succeed in associating the various forms of national memories.

 

 

Je sais bien que l'école est désormais réputée pour ne plus apprendre les grandes dates de l'histoire de France aux enfants mais dans mon souvenir la Première Guerre mondiale était encore associée à "14-18".

 

Le doute était néanmoins permis depuis quelques semaines tant cet évènement a été placé au centre de l'attention. Cela a d'ailleurs commencé dès novembre 2011 lorsque le magazine L'Histoire a consacré un très beau portrait à Joseph Zimet, le chef d'orchestre de la "symphonie mémorielle" pour le centenaire de la Grande Guerre. Une relative accalmie s'en est suivie, jusqu'aux RDV de l'Histoire de Blois 2012  où plusieurs manifestations ont été consacrées aux commémorations à venir.

Ce week-end, le relais a été passé à la télévision française, et plus précisément à Arte et son émission Le Blogueur, qui a consacré  un très bon documentaire aux mémoires de la Première Guerre mondiale.

 

Le-Blogueur.png

L'émission est encore visible quelques jours sur Arte+7 pour ceux qui ne l'ont pas encore enregistrée.

 

Cette forte médiatisation peut s'expliquer pas plusieurs éléments :

1. L'intérêt jamais démenti de la société française pour cette guerre. 

2. L'émulation constante de plusieurs collectifs d'historiens dynamiques qui s'emploient à renouveler notre lecture de cet évènement.

3. Le contexte politique actuel qui remet partiellement en cause les projets préparés sous la majorité précédente.

 

A cette allure, on peut néanmoins se demander si un sentiment de lassitude, voire d'overdose, ne risque pas de submerger l'opinion avant même le lancement officiel des commémorations.

 

Quoiqu'il en soit, l'émission consacrée aux mémoires de la Première Guerre mondiale mérite d'être vue pour comprendre ce qui se prépare non seulement en France, mais aussi chez nos voisins européens qui n'ont pas nécessairement entretenu une mémoire similaire d'un évènement pourtant commun.

 

Le premier aspect intéressant de ce travail repose sur une démonstration de la diversité des lieux de mémoire. Alors que Nicolas Offenstadt accueille le présentateur de l'émission devant le monument aux morts de Levallois-Perret qui symbolise la forme la plus répandue du souvenir de la Première Guerre mondiale en France, la caméra nous embarque également au gigantesque Mémorial de la porte de Menin à Ypres (Belgique), dans le  cimetière de Tyne Cot (Belgique) qui est le plus grand cimetière militaire britannnique d'Europe, à l'Historial de Peronne (France), mais aussi devant un monument à Berlin et au musée historique allemand  (car il n'existe visiblement pas de musée véritablement consacré à cet évènement en Allemagne et même le monument présenté est finalement peu valorisé sur les guides touristiques).

 

monument-aux-morts-1914-1918-levallois-perret

Monument aux morts de la Première Guerre mondiale de Levallois-Perret

 

Memorial-de-la-Porte-de-Menin-Ypres-Belgique.jpg

Mémorial de la Porte de Menin à Ypres

 

Tyne-Cot.jpgCimetière de Tyne Cot

 

Historial-de-Peronne.jpgHistorial de Peronne

 

Cette grande diversité des lieux de mémoire est révélatrice de constructions mémorielles résolument nationales.

 

La France a par exemple entretenu une mémoire essentiellement victimaire du conflit par l'intermédiaire de ces centaines de monuments aux morts qui ont été semés sur le territoire et qui rappelaient sans cesse le sacrifice humain du pays dans le conflit. 

 

A l'inverse, l'Allemagne n'a pas été en mesure d'enclencher un processus mémoriel similaire. Le témoignage d'un jeune lycéen allemand dans le documentaire est assez révélateur : "En cours, la Première Guerre mondiale ne sert qu'à nous expliquer comment on arrive à la Seconde".

Plusieurs éléments peuvent permettre de comprendre cette situation.

D'abord, le statut de vaincu qui rend toujours plus difficile la construction mémorielle (comment honorer les victimes d'un conflit lorsqu'on en est considéré comme le responsable ?).

Ensute, l'absence de combats sur le territoire national entraîne souvent une mémoire moins visible car celle-ci repose souvent sur des traces matérielles susceptibles d'accueillir et d'entretenir le souvenir. 

Enfin, bien que cet aspect ne soit pas envisagé dans le documentaire, je pense qu'il ne faut pas négliger l'influence du récit national nazi sur la construction mémorielle allemande, y compris après 1945. Pendant des années, les Allemands ont été abreuvés d'une propagande qualifiant le Traité de Versailles de Diktat et exploitant la moindre bavure dans l'occupation de la Rhénanie. La nouvelle défaite de 1945 a certes été un nouveau choc faisant entrer les Allemands dans une ère de culpabilité (visible d'ailleurs dans ce documentaire), mais elle n'a pas nécessairement aboli le lien entretenu et instrumentalisé par Hitler d'une Seconde Guerre mondiale vécue comme une revanche de la Première.

 

L'exemple des lieux de mémoire belges présentés dans ce documentaire méritent enfin une place particulière en raison de leur caractère international. Que ce soit la porte de Menin à Ypres ou le cimetière de Tyne Cot, ces lieux ont un commun d'honorer la mémoire des soldats britanniques sur le territoire belge. La Grande-Bretagne a en effet fait le choix de ne pas rapatrier les corps de ces hommes morts au combat. Cette décision a finalement eu des conséquences mémorielles importantes car elle nécessite désormais des échanges constants et un respect mutuel entre les deux pays, éloignant ainsi le spectre d'un nouveau conflit.

 

La réussite des commémorations de la Grande Guerre reposera probablement sur cet aspect essentiel qui consiste à réunir l'ensemble des acteurs liés à cet évènement, tout en respectant et en associant la diversité des manifestations mémorielles.

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