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  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 22:43

 

Abstract : L’apocalypse Joyeuse is a piece of work from an historian of Sciences, Technics and Environment. It relates how technologic progresses are always accompanied with the creation of new risks. The idea one seem to discover recently is in fact at least two hundred years old.

 

L-Apocalypse-joyeuse.jpgJean-Baptiste FRESSOZ, L’apocalypse joyeuse, une histoire du risque industriel, Paris, Seuil, 2012.


Jean-Baptiste Fressoz, historien des sciences, des techniques et de l’environnement dépeint dans cet ouvrage l’émergence d’une conscience des risques en parallèle aux progrès technologiques. Par sa dimension résolument historique, cette étude permet de mieux comprendre comment nos prédécesseurs ont appréhendé l’apparition de nouveaux dangers. Leur mémoire longtemps occultée nous permet de mieux cerner les problématiques actuelles de la gestion des risques.


Malgré un titre marqué par un catastrophisme amusé, cet ouvrage témoigne d’un travail de recherche étoffé et précis. L’évocation du progrès technique est souvent associée dans l’imaginaire collectif à la révolution industrielle, avec ses grosses machines fumantes et ses petits hommes fragiles. J.B. Fressoz se détourne pourtant de cette vision caricaturale pour s’intéresser à des risques moins évidents, souvent méconnus  et qui touchent pourtant une société bien plus large que les seuls ouvriers de l’industrie.

Sous une forme narrative, il détaille par exemple la controverse entre les pro et les anti vaccine pour lutter contre la variole (vaut-il mieux prendre le risque de mourir par l’inoculation en se faisant vacciner ou en attrapant la variole ?). Il présente également le débat qui a eu lieu autour de la pollution des usines chimiques sur les « choses environnantes » (eau, air, sol) et les conflits de corporations que cela a pu entraîner. Il analyse enfin comment l’illumination de Paris la nuit par des lampes au gaz a été conditionnée par des éléments étrangers au simple constat de la dangerosité des réserves et conduites de gaz en plein Paris.

 

L’un des enseignements les plus marquants de cette étude repose sur la persistance des problématiques et mécanismes de gestion face aux risques que portent les progrès techniques. Si nous ne devions retenir que quelques aspects :

1. La perception des risques varie fortement en fonction du point de vue adopté. Beaucoup ont soutenu le principe de la vaccine, mais ne l’envisageaient pas le moins du monde s’agissant de leurs propres enfants. Encore aujourd’hui, les risques sont bien plus supportables lorsqu’ils sont pris par les autres (le fameux principe NIMBY).

2. L’histoire ne retient pas les balbutiements, mais seulement la solution finale : si au début du XIXème plusieurs méthodes coexistent pour lutter contre la variole, c’est la vaccine qui est seule considérée aujourd’hui comme responsable de l’éradication de la variole.

3. M. Chaptal illustre parfaitement en 1811 le concept de conflit d’intérêts dans l’affaire de l’insalubrité d’une manufacture d’acide dont il est propriétaire, tout en étant ministre de l’Intérieur ; un institut d’étude est certes consulté, mais son rapport est signé par Chaptal : « Ainsi le délinquant, l’expert, le juge, et le surveillant ne sont dans cette affaire qu’une seule et même personne » (p. 171)

4. Les manufacturiers de la soude artificielle ont réalisé un lobbying intense pour profiter de taxes avantageuses sur leur produit plutôt que d’importer une soude d’origine naturelle depuis l’Espagne.

5. Le facteur économique de la mise en place de mesures de protection peut subitement rendre un risque bien plus acceptable. Lorsque les experts des années 1820 ont jugé après une étude qu’il était très risqué de mettre des réserves de gaz dans Paris, le gouvernement s’est rendu compte qu’indemniser les entrepreneurs qui avaient déjà développé ces installations ainsi que tous les utilisateurs qui avaient adapté leurs équipements pour recevoir le gaz serait bien trop onéreux et a donc décidé d’une autorisation d’exploitation malgré les risques.

6. Le principe du pollueur-payeur est apparu à partir des années 1800 avec la création de ligne « dommages », « indemnités », « frais judiciaire » (p. 149) dans les bilans comptables des entreprises polluantes. Elles visaient à planifier le dédommagement des riverains de l’impact de leur activité sur les cultures : un moyen de gagner une paix sociale, mais pas de protéger l’environnement.

 

Si Jean-Baptiste Fressoz insistait lors d’une conférence organisée par Librest et la Vie des idées le 25 septembre sur son statut d’historien et réfutait une quelconque ambition de faire une critique de la société du XXIème siècle, il esquisse néanmoins en conclusion un lien entre la gestion des risques au XIXème et les différentes époques qui ont suivi.

Ce que l’on semble découvrir aujourd’hui sous le terme de « crise environnementale » est en fait une problématique qui existait auparavant, tout comme il existe également une continuité historique des mécanismes d’approche et de gestion des risques.

Si aujourd’hui l’actualité nous pousse à remettre en cause le bien fondé de l’énergie nucléaire et des OGM, qui sait ce qu’en aura retenu la société dans quelques décennies ?

 

Arnaud Mangematin

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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 07:20

 

Depuis que ce site existe, la question des mémoires de Pétain est quasiment devenue un fil rouge. Elle a fait l'objet de plusieurs articles présentant notamment l' Association pour défendre la Mémoire de Pétain, essayant de comprendre  le mouvement de retrait en 2010 des dernières rues "Pétain" en France, mais aussi en s'interrogeant sur l'absence de cet homme sur le Carrefour des Maréchaux à Verdun où il pourrait légitimement trouver une place.

La question est aujourd'hui relancée par le dernier ouvrage de Cécile Desprairie intitulé L'héritage de Vichy, Ces 100 mesures toujours en vigueur (Armand Colin, octobre 2012). 

 

L-heritage-de-Vichy.jpg

 

Autant le dire directement, je n'ai guère été enthousiasmé par la démarche qui consiste à recenser le plus largement possible les mesures adoptées entre 1940 et 1944 et perpétrées à la Libération.

En présentant cet ouvrage sous cet angle, l'auteur entretien le mythe mémoriel selon lequel Vichy serait une parenthèse dans l'histoire de France que le général De Gaulle serait venu refermer. Or, cette lecture politique et symbolique a été battue en brèche depuis bien longtemps par les historiens dans de nombreux domaines : Gérard Noiriel dans Les origines républicaines de Vichy, Marc Boninchi dans Vichy et l'ordre moral, et des dizaines d'autres ouvrages qui rappellent que la Révolution Nationale a laissé des traces presque indélébiles dans notre société.

Quoiqu'en dise Emmanuel Le Roy Ladurie dans la préface, je ne considère pas que ce livre "va déranger".  Il permet en revanche de rassembler dans ces quelques pages des exemples précis, approfondis et argumentés permettant de diversifier un peu l'éternel exemple sans cesse rabâché de la fête des Mères. En ce sens, Cécile Desprairie vient de combler efficacement une importante lacune éditoriale.

 

Ce qui nous intéresse davantage sur ce site, ce sont finalement les questions soulevées par l'existence d'un tel ouvrage. Pourquoi est-il encore nécessaire de rappeler en 2012 que le régime de Vichy n'a pas été qu'un gouvernement de façade visant à aménager l'occupation allemande ? Quarante ans après Paxton et son ouvrage qualifié de "révolution", pourquoi a-t-on l'air de redécouvrir encore une fois que le régime de Vichy a avancé un véritable projet de société qu'il a mis en place d'autant plus facilement qu'il était dénué de tout blocage institutionnel ?

Certes, certaines décisions étaient à ce point détestables qu'elles ont été abrogées dans l'urgence, mais de nombreuses autres n'étaient souvent que la continuité des réflexions législatives de la IIIème République ou bien des sujets qu'il aurait été impossible d'avancer dans un autre contexte. 

 

Bref, quarante ans après Paxton, je pense qu'il serait temps de proposer une réflexion sur la construction mémorielle du régime de Vichy à l'instar de ce que l'on enseigne désormais à nos élèves de Terminale pour la déportation et la résistance.

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1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 08:18

 

Deux nouveaux colloques seront consacrés à la question des mémoires au mois de novembre 2012.

 

1. Entre Histoires et Mémoires : la guerre au musée. Approches comparées (Du 8 au 10 novembre 2012, Craonne)
"Du livre au cinéma, du théâtre aux manuels scolaires, sans oublier les arts plastiques, la danse, le théâtre, la chanson, il existe de très nombreux supports de transmission, de mémorisation, de mémorialisation et d’oubli des faits de guerre, de leurs effets et de leurs causes plus ou moins lointaines. A travers ce colloque (...), il s’agit d’ analyser et de confronter les narrations et les mises en scènes de la guerre au XXe siècle dans différents types d’espaces muséaux tant français qu’étrangers. Dans la lignée des colloques du CRID 14-18, le traitement comparatiste de la Première Guerre mondiale dans les espaces muséaux français et étrangers sera privilégié ; toutefois, une place importante sera également attribuée à la comparaison (inter)nationale diachronique (guerres civiles, guerre d’Espagne, Seconde Guerre mondiale, conflits de décolonisation…)".

 Programme complet disponible ici.

 

2. Rencontre des mémoires : Mémoire et réconciliations (Du 13 au 15 novembre, Strasbourg)

"La réconciliation, dans la mémoire judéo-chrétienne, c’est le recours au Prince de la Paix, la repentance qui délivre du mal. Pour chacun d’entre nous, c’est chasser le ressentiment, faire la paix en soi-même et avec les autres. Pour les nations et les peuples, c’est tenter de sortir de la violence et de la haine, d’instaurer ou restaurer une unité après la division, le conflit, le crime. Pour tous et chacun,

se réconcilier, c’est donc solder les comptes avec le passé pour pouvoir envisager l’avenir. Au XXIe siècle, ce très ancien mot de « réconciliation » touche désormais à la religion et à l’identité, au droit et à la justice, à l’art et à la médiation : à la mémoire et à l’histoire, pour que le passé ne parasite plus le présent. Il dépasse la commémoration et la repentance collective. Il fait promettre réparation aux victimes et à leurs descendants. Il incite à produire des récits communs du passé. Il sous-tend des politiques de « pardon en vérité et justice ». Pour sortir des logiques maléfiques et criminelles, pour réinventer peuples et nations, se réconcilier est devenu un modèle moral d’équité nationale et internationale, inauguré en Afrique du sud en 1995 et répandu dans le monde, grâce notamment à de nombreuses commissions « vérité et réconciliation » et l’émergence d’une « justice transitionnelle ».

Cette propension du monde contemporain à la réconciliation multiforme pose de nombreuses questions d’histoire et de mémoire. Comment pardonner ce qui doit rester imprescriptible ? Comment sortir de l’alternative entre pardon et réparation, oubli et justice, amnistie et mémoire ? La réconciliation ne serait-elle qu’une injonction aussi morale que temporaire d’après conflit ? A-t-elle une histoire et un avenir ? Peut-elle conjurer la crise du futur ? En toute hypothèse, il convient de la confronter à son préalable : le devoir de vérité historique.

C’est cette confrontation, scientifique et libre, que nous proposons au public de cette nouvelle « Rencontre des mémoires », à partir d’exemples en France, en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient, de Katyn à Auschwitz, d’Oradour-sur-Glane à Jérusalem".

Programme complet disponible ici.

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31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 09:17

 

Abstract : Angela Merkel inaugurated a memorial for the European Gypsies during WWII. This article's purpose is to study the importance of this event in the culture of this people.

 

Mercredi 24 octobre 2012,  la chancelière allemande Angela Merkel a inauguré à Berlin un monument à la mémoire des Roms victimes du nazisme.

Si cet acte s'inscrit dans la logique mémorielle allemande qui peut être interprétée comme communautaire du point de vue français (ce monument est situé à proximité de ceux dédiés aux Juifs et aux homosexuels), il n'est pas sans poser question sur la construction mémorielle du groupe dont il est censé entretenir le passé.

 

Memorial-Roms.jpg

Mémorial de Berlin en hommage aux Roms victimes du nazisme (artiste : Dani Karavan)

 

Si les Roms ont souvent fait la Une des médias ces dernières années, force est de constater que nous connaissons finalement assez mal leur histoire et leur identité. Trop souvent, ce peuple est évoqué par l'intermédiaire d'hommes politiques qui dénoncent soit une intégration difficile, soit une stigmatisation raciste et xénophobe. Rares sont cependant les interventions des Roms eux-mêmes ou les articles d'analyse nous permettant de les comprendre.

 

Il suffit pour s'en rendre compte de s'arrêter un instant sur les articles qui ont été consacrés à cet évènement.  Le Monde par exemple parle d'un "Mémorial aux Tziganes victimes du nazisme" quand  Le Nouvel Observateur évoque "les Roms victimes de l'Holocauste".

Entre ces deux appellations, on prend conscience du flou et de l'incompréhension générale qui entoure ce peuple que l'on ne parvient pas vraiment à désigner (Tziganes, Roms, ou encore Sintis, Gitans, Gypsies...), dont on connaît mal l'histoire (n'est-il pas maladroit d'employer l'expression d'Holocauste dans ce cadre?), et auquel on ne donne pas la parole (à l'exception d'un  reportage sur Arte).

 

Cet article n'a pas la prétention de corriger ou compléter ce manque d'information. Au mieux peut-on simplement indiquer quelques références bibliographiques en fin de page (en espérant que d'autres contributeurs puissent les compléter).

En revanche, il me semble intéressant de réfléchir sur le sens de l'existence même d'un monument commémoratif.

 

Une étape dans le processus mémoriel allemand

Comme l'a rappelé Angela Merkel lors de son discours, cette inauguration constitue une étape dans le processus mémoriel de son pays : "Ce monument nous rappelle un peuple trop longtemps oublié. (...) L'hommage aux victimes comprend aussi une promesse, celle de protéger une minorité, un devoir pour aujourd'hui et demain (...) Les Roms souffrent encore aujourd'hui de discrimination et de rejet, ils doivent aujourd'hui encore se battre pour leurs droits. C'est le devoir de l'Allemagne et de l'Europe de les soutenir".

Par cette déclaration, la chancelière allemande oriente sensiblement la symbolique de cet évènement dans le domaine politique. Par sa présence, elle honore le "devoir de mémoire" qui incombe à son pays après l'expérience extrême et traumatisante du nazisme. En tant que chef d'Etat, elle réinvestit également cet acte commémoratif dans le présent en rappelant qu'il doit permettre d'orienter les choix politiques et sociétaux actuels.

Il n'a pas fallu plus de quelques minutes pour que cette posture politicienne soit dénoncée. A l'issue de la cérémonie, la chancelière a en effet été interpellée par un inconnu qui lui a lancé : "Et qu'en est-il des expulsés, Madame Merkel" ? L'individu n'a obtenu aucune réponse.

 

Une révolution dans le processus mémoriel rom

Si cette cérémonie est assez traditionnelle dans l'agenda d'un chef politique, il l'est beaucoup moins dans celui d'un représentant associatif, et encore moins dans celui de Silvio Peritore, vice-président du conseil central des Sintis et Roms.

Selon l'interview qu'il accorde à Arte , le caractère tardif de cette inauguration s'explique par plusieurs éléments :

1. La volonté initiale du peuple rom d'être intégré à un monument commémoratif commun à toutes les victimes, sans distinction de motif, qui n'a finalement pas pu être réalisée.

2. Le désintérêt général sur la mémoire des Roms, oubliée derrière d'autres mémoires plus visibles.

3. L'absence de lobby politique susceptible de défendre la mémoire des Roms auprès des élus et administrations.

 

Bien qu'il soit impossible d'assumer une telle posture de la part d'un représentant associatif, il me semble intéressant d'avancer également l'hypothèse d'une absence de culture mémorielle chez les Roms (tout du moins, incomparable avec celle développée depuis quelques décennies en Occident).

Il suffit pour s'en convaincre de s'arrêter un instant sur l'histoire de ce peuple. La parution récente d'études sur cette question rencontre de grandes difficultés à retracer les origines des Roms pour la simple raison que l'un des aspects essentiels de leur culture repose sur l'oralité et l'absence, voire le refus, de l'écrit. Ainsi, des pans entiers de l'histoire de ce peuple sont aujourd'hui constitués de légendes plus ou moins vérifiées par l'intermédiaire des traces laissées par ceux qui auraient croisé leur chemin.

Ces difficultés ne sont cependant pas symptomatiques de l'histoire ancienne des origines. Les évènements les plus récents pâtissent des mêmes limites, y compris concernant la tentative de génocide pour la Seconde Guerre mondiale.

C'est ainsi qu'en France, l'ancien camp d'internement de Tziganes de Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire) avait été complètement oublié jusqu'à ce qu'un ancien instituteur et érudit local en découvre les ruines par hasard et décide d'en écrire l'histoire.  Dans l'interview qu'il accorde à l'Express en 2010, il précise que "jamais un Montreuillais ne m'avait parlé de cette histoire et les Tziganes l'avaient aussi enfouie en eux, sans l'écrire car ce n'est pas leur culture".

 

L'inauguration d'un monument en mémoire des Roms victimes du nazisme à Berlin n'est donc pas tant significatif d'une étape importante dans le cheminement mémoriel allemand. Il s'inscrit au contraire dans une logique assez traditionnelle.

En revanche, il constitue une véritable révolution mémorielle pour les Roms qui décident ainsi de s'inscrire dans un cheminement culturel qui leur était jusqu'à présent étranger. Ce monument peut donc aussi être lu comme la manifestation évidente d'une forme d'acculturation qui pourrait faciliter à l'avenir une nouvelle forme d'intégration.

 

 

Bibliographie

Henriette Asséo, Les Tsiganes, une destinée européenne, Paris, Gallimard, 1994.

Henriette Asséo, De la « science raciale » aux camps, Les Tsiganes en Europe sous le régime nazi, Henriette Asséo, Herbert Heuss, Franck Sparing et Karola Fings, The Gypsies during the Second World War, Éditions de l'Université du Hertfordshire, 1999.

Éditions du Centre Régional de Documentation Pédagogique de Paris (CRDP Paris), Université Paris-Descartes, 1996.

Guenter Lewy, La persécution des tsiganes par les nazis, Paris, Éditions Belles Lettres, 2003

Jean-Pierre Liégeois, Roms et Tsiganes, Paris, La Découverte, 2009.

 

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 09:30

 

Difficile de passer à côté des Mémoriales organisées  au début du mois de novembre 2012 au Mémorial de Caen. Parmi les colloques, conférences, projections, ateliers pédagogiques et autres expositions, les lecteurs de ce blog seront plus particulièrement intéressés par cet évènement :

 

Journée pédagogique sur le thème "Histoire et Mémoire"

Lundi 12 novembre 2012

( lire le programme)

 

9h30-10h15

Introduction par Pierre Nora, historien, membre de l’Académie française

 

10h15-11h45

Débat animé par Emmanuel Laurentin avec la participation de :

Pierre Nora, historien, membre de l’Académie française

Laurent Wirth, inspecteur général de l’Éducation nationale

Jean-Claude Monod, professeur à l’École Normale Supérieure, chargé de recherche au CNRS

Christophe Bouton, professeur de philosophie, membre de l’Institut Universitaire de France - Université de Bordeaux 3

 

13h30-15h00 : Mémoriaux et parcours pédagogiques

 Débat animé par Emmanuel Laurentin (en attente de confirmation) avec la participation de :

• Benoît Falaize, chargé d’études à l’Institut national de la recherche pédagogique, spécialiste de l’enseignement des questions d’histoire contemporaine sensibles (Shoah, décolonisation, aspects mémoriels, etc.)

• Isabelle Bournier, directrice du service culturel et éducatif au Mémorial de Caen

• Pierre-Jérôme Biscarat, responsable pédagogique du Mémorial d’Izieu, co-auteur du Guide historique d’Auschwitz, éd. Autrement.

• Olivier Lalieu, historien, responsable des projets externes du Mémorial de la Shoah, co-organisateur avec le Mémorial de Caen et la Région Basse-Normandie des déplacements à Auschwitz de lycéens bas-normands.

 

16h00-16h15 : Groupe de réflexion sur « La place de l’histoire à l’école »

Introduction par Jean-Baptiste Pattier :

« L’enseignement de la Seconde Guerre mondiale dans les programmes scolaires de huit pays européens de 1945 à nos jours »

 

16h00-18h00

Modérateur : Jacky Desquesnes, IPR d’histoire-géographie, honoraire

Débat avec la participation de :

• Pierre Jérôme Biscarat, responsable du service pédagogique de la Maison d'Izieu

• Benoît Falaize, chargé d’études à l’Institut national de la recherche pédagogique

• Stéphane Grimaldi, directeur général du Mémorial du Caen

• Stanislas Hommet, directeur de l’IUFM de Caen

• Olivier Lalieu, historien, responsable des projets externes du Mémorial de la Shoah

• Gilles Manceron, historien, membre de la Ligue des Droits de l’Homme

• Hubert Tison, secrétaire général de l’APHG, directeur de la Rédaction de la revue Historiens et Géographes

• Laurent Wirth, inspecteur général de l’Éducation Nationale

• Un représentant du Rectorat ou de l’Académie.

 

Soirée de clôture

19h15-21h30

Conférence par Pierre Nora, historien, membre de l’Académie française « L’historien dans la cité : son rôle, son action, son engagement »

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28 octobre 2012 7 28 /10 /octobre /2012 11:13

 

Le 21 septembre 2012, le président de la République François Hollande inaugurait un Mémorial de la Shoah à Drancy. A cette occasion, il a donné un nouveau discours qui nous permet d’essayer de comprendre un peu plus la politique mémorielle qu’il entend mener à la tête de l'Etat. Pour l’heure, nous sommes obligés de constater que tout ceci demeure pour le moins confus et qu’il reste difficile d’identifier une véritable cohérence dans ce domaine.

 

Des maladresses récurrentes

Il s’agissait du troisième grand discours sur la question mémorielle du président François Hollande depuis son élection.

Le premier avait été prononcé le jour de sa prise de fonction et avait suscité une polémique autour de la mémoire complexe et multiple de Jules Ferry.

Le deuxième visait à commémorer la rafle du Vel d’Hiv et avait été également accompagné d’une salve de contestations. A l’époque, nous avions déjà réagi sur ce blog en écrivant que « le discours de François Hollande est (…) plus brouillon, sans véritable plan, et contient des affirmations maladroites ».

Le troisième discours était donc attendu avec impatience. Il a été plutôt épargné par la critique, mais il a aussi été beaucoup moins médiatisé. Le site de l'Elysée lui-même n’a d’ailleurs pas estimé utile de le publier, ce qui pose à mon avis un véritable problème d’accès aux sources pour les citoyens.

Cet article s’appuie dès lors sur la version vidéo publiée sur Internet :

 

 

Il convient tout d'abord de noter les multiples erreurs qui ponctuent régulièrement les discours du chef de l'Etat. Le jeu est un peu facile lorsqu’on est tranquillement installé derrière son bureau et il convient donc de ne jamais condamner trop fermement de telles maladresses. Néanmoins, l’exercice peut aussi être révélateur du degré d’investissement du président de la République dans un domaine qu’il ne semble guère maîtriser et pour lequel il ne semble pas en mesure de définir une vision cohérente.

 

La première étourderie réside dans l’imprécision des propos. Au moment des remerciements, le chef de l'Etat évoque le Mémorial de la Shoah, Serge Klarsfeld, mais aussi « la Fondation pour la Mémoire »… sans préciser de laquelle il s’agit ! (vers 4 min 20). François Hollande laisse ainsi penser par cet oubli qu’il ignore l’existence d’une Fondation pour la Mémoire de la Shoah, mais aussi d’une Fondation pour la Mémoire de la Déportation. La distinction n’est pourtant pas anodine.

 

La deuxième maladresse a créé un moment de flou dans l’assistance. Évoquant le souvenir du résistant Pierre Brossolette (qui n’est bien entendu pas choisi au hasard puisqu’il s’agit d’un homme politique socialiste), le chef de l'Etat parle des « z’héros anonymes de la guerre » (vers 7 min 50) avant de se reprendre. L’erreur est humaine, mais elle tombe ici au plus mauvais moment.

 

Enfin, la troisième maladresse laisse l’auditeur provincial pour le moins perplexe. Lorsqu’il dresse la liste des interrogations récurrentes et légitimes visant à essayer de comprendre comment l’horreur de la déportation a pu trouver des relais en France, le chef de l'Etat déclare : « Comment a-t-on pu, ici, à 15 km de Paris, laisser s’installer une telle souffrance ? » (vers 9 min 30). Ainsi, à en croire le président de la République française, il y aurait une sorte de logique géographique qui rendrait le camp de Drancy encore plus incompréhensible que ceux de Compiègne, de Beaune-la-Rolande ou de Pithiviers : sa proximité avec la capitale, vue comme le siège de la civilisation et un gage d’humanité, tandis que l’éloignement vers la province profonde permettrait d’expliquer davantage le silence des Français face à un tel massacre. Encore une fois, la formule est pour le moins gênante.

 

 

Quelle politique mémorielle pour la France ?

Le malaise autour de ce discours ne réside cependant pas seulement dans les petites erreurs. A l’issue de cette déclaration (et des précédentes), on s’inquiète également de l’absence d’une véritable politique mémorielle nationale.

A trop vouloir condamner les excès de son prédécesseur dans le domaine mémoriel, François Hollande semble désormais enfermé dans une posture toujours plus conciliatrice, modérée, et finalement molle de l’histoire et de la mémoire de France.

Dès le début de son discours, la précaution est de mise puisque le chef de l'Etat n’ose plus utiliser l’expression trop connotée de « devoir de mémoire » par peur d’être encore accusé de repentance. Il préfère alors évoquer les victimes en précisant que « nous leur devons la fidélité du souvenir ». L’art de ne pas dire ce que l’on pense…

 

La suite est à l’image de cette phrase introductive : aucune prise de position, aucune annonce officielle, mais un alignement de poncifs tels que « aujourd’hui, il s’agit de transmettre (…) Là, réside l’avenir de la mémoire », ou encore « continuer la chaîne du souvenir ».

 

Le propos est encore plus inquiétant lorsque François Hollande décide d’évoquer les liens entre la mémoire, l’histoire, et son enseignement :

 « La mémoire de la Shoah, c’est aussi l’histoire et donc l’affaire de l’Europe et de la France. L’école, l’école de la République, c’est le lieu où notre récit collectif se construit ; où les mémoires s’additionnent, se confondent, pour faire ce qu’on appelle le récit national, ce qui nous unit tous ! Il n’y a pas de concurrence entre les mémoires, il n’y a pas de hiérarchie entre elles, tout nous oblige ».

 

D’abord, je persiste à considérer que l’appropriation du terme de « Shoah » par le chef d’une République laïque pose problème en raison du caractère religieux qu’il sous-entend. Bien qu’il participe à une cérémonie visant à inaugurer un Mémorial de la Shoah, rien n’empêche le président de la République d’utiliser le terme consacré de « génocide des Juifs d’Europe » ou d’ « extermination des Juifs d’Europe » sans manquer de respect à ses hôtes.

Je reste également perplexe devant la définition pour le moins limitée, voire simpliste, du « récit national » par le chef de l'Etat. Selon François Hollande, il s’agirait donc d’un mélange sans conflit, ni concurrence, de l’ensemble des mémoires visant à faire communier unanimement la communauté nationale. Les professeurs d’histoire qui doivent enseigner depuis cette année une lecture historique des mémoires de la Seconde Guerre mondiale apprécieront cette vision en totale contradiction avec les programmes officiels qui invitent à enseigner « la réception plus ou moins large et non sans conflits des mémoires ».

 

Dans les années à venir, François Hollande devra assumer l’organisation d’autres grandes commémorations nationales et internationales (le centenaire des commémorations de la Grande Guerre approche et nous y consacrerons d’ailleurs prochainement un article). Le nouveau président de la République a également promis lors de sa campagne, et rappelé dans ce discours, que la place de l’histoire doit être rétablie et confortée. Il serait donc temps pour lui, et pour son équipe, de mener à bien une véritable réflexion afin de pouvoir proposer dans ce domaine une véritable politique cohérente.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et politique
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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 07:18

 

Avec la rentrée universitaire s'annoncent les colloques et séminaires qui vont rythmer l'année.

Parmi ceux qui concernent les thématiques de ce blog figurent le séminaire pluridisciplinaire dirigé par

Johann Michel (professeur à l'Université de Poitiers) et Gérôme Truc (doctorant à l'EHES) dont voici le programme :

 

L’objectif de ce séminaire interdisciplinaire (sociologie, histoire, science politique, philosophie) que nous menons depuis 2008 est d’analyser la mémoire en faisant varier les échelles d’analyse. Nous poursuivrons cette année notre enquête sur la fabrique de la mémoire publique officielle et sur les transformations des régimes mémoriels dans la France contemporaine et à l'étranger. Il s’agira d’étudier, d’une part, l’impact des instruments d’action publique sur les « grammaires » de la mémoire officielle, et d’autre part, les tensions pouvant exister entre les mémoires collectives d’un événement traumatique et sa mémoire publique officielle. Nous nous pencherons particulièrement, au carrefour des traditions pragmatique et herméneutique, sur la gestation des problèmes publics mémoriels et sur les mobilisations de victimes qui cherchent à traduire leurs revendications en politiques publiques. De nombreux chercheurs seront invités à présenter leurs travaux.

 

Mardi 13 novembre : Johann Michel (CEMS/EHESS), « Le compromis équivoque de la loi de 1983 relative à la commémoration de l’abolition de l’esclavage. Analyse des grammaires de justification dans les arènes parlementaires ».

 

Mardi 27 novembre : Johann Michel (CEMS/EHESS), « Les mobilisations des entrepreneurs de mémoire de l’esclavage au cours des années 1990. Analyse pragmatique de la formation d’un « trouble » mémoriel et identitaire ».

 

Mardi 11 décembre : Gérôme Truc (CEMS/EHESS), « Venir à Ground Zero et se souvenir " du 11 septembre. Une approche pragmatique. »

 

Mardi 8 janvier : Philippe Perchoc (FNRS) : « Le Parlement européen et l'Assemblée Parlementaire du Conseil de l'Europe comme forums de débats mémoriels européens »,

 

Mardi 22 janvier : Audrey Célestine (Lille III) : « Les mobilisations sociales en faveur de la mémoire de l’esclavage en France ».

 

Mardi 12 février : Christine Chivallon (LAM-Sciences po Borbeaux), « L’esclavage, du souvenir à la mémoire » (présentation-discussion de l’ouvrage de l’auteure paru chez Karthala en 2012).

 

Mardi 26 février : Gérôme Truc (CEMS/EHESS), « Commémoration publique et deuils privés. Conflits d'appropriation autour du mémorial aux victimes de l'attentat du 7 juillet 2005 à Londres ».

 

Mardi 12 mars : Paola Diaz (EHESS), "Commémorer une date pour oublier un événement: les 30 ans du coup d’État au Chili"

 

Mardi 9 avril : Cécile Jouhanneau (ISP, CERI), «Au-delà de la "guerre des mémoires". Mobilisations de victimes, compétition partisane et néo-corporatisme en Bosnie-Herzégovine ».

 

Mardi 23 avril : Valérie Rosoux (FNRS, Université catholique de Louvain), "Réconciliation : les limites d'un conte de fée".

 

Mardi 14 mai : Zsolt Horvath (Eötvös Loránd University (Budapest), Institute for Art Theory and Media Studies), « La grammaire politique de la mémoire: la mobilisation des "lieux communs" historiques dans l'arène politique en Hongrie contemporaine ».

 

 

 

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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 21:28

 

Avant de partir pour les Rendez-Vous de l'Histoire de Blois, je signale aux lecteurs de ce blog l'article que j'ai publié cette semaine dans le cadre d'un dossier consacré aux débats et polémiques qui entourent l'enseignement de l'histoire à l'école (cliquez ici) .

L'ensemble est coordonné par Laurence De Cock sur le site Aggiornamento.

Il rassemble des contributions aussi diverses que stimulantes, réalisées par une équipe qui entend défendre un enseignement de l'histoire moderne et ambitieux.

 

Actualisation du 29 octobre 2012

Le débat commencé au mois d'août 2012 se poursuit inlassablement dans tous les médias. Il serait trop long de reproduire ici l'ensemble des articles, reportages, débats qui ont été écrits et organisés autour de ce sujet. Je signale cependant aux lecteurs de ce cite cette interview croisée de Joël Cornette et Johann Chapoutot réalisée par Le Monde et qui fournit de nombreux éléments intéressants afin de poursuivre la réflexion.

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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 08:04

 

C'est fait. Le 17 octobre 2012, François Hollande a pu cocher une nouvelle case sur la liste des promesses de campagne qu'il envisage d'honorer.

 

Celle-ci avait une importance toute particulière car c'était la première et elle était mémorielle ! En effet, dès le lendemain de sa victoire aux primaires socialistes, il s'était rendu à Asnières en compagnie de Benjamin Stora pour assister au dévoilement d’une plaque commémorative. Il avait alors déclaré : "Il faut que la vérité soit dite. Sans repentance, ni mise en accusation particulière. Reconnaitre ce qui s’est produit. Aujourd’hui je le fais en tant que socialiste. Ensuite, ce sera sans doute à la République de la faire…". 

L'anniversaire du cinquantenaire de ce tragique évènement avait donné lieu à une inflation médiatique que nous avions relaté à l'époque  sur ce blog, mais aussi dans le cadre d'un dossier plus fouillé à l'intention des enseignants d'histoire-géographie qui peuvent désormais travailler avec leurs élèves de Terminale sur  les mémoires de la Guerre d'Algérie.

 

Or, le moins que l'on puisse dire, c'est que François Hollande a fourni le service minimum. Pas de déplacement officiel, pas de discours, pas de monument : la reconnaissance est venue d'un simple communiqué publié par l'Elysée et que l'on peut reproduire intégralement :

"Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l'indépendance ont été tués lors d'une sanglante répression.

La République reconnaît avec lucidité ces faits.

Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes".

 

On s'attendait à un peu plus de panache. On aurait souhaité que le président de la République prononce un discours du niveau de Jacques Chirac en 1995 concernant la rafle du Vel d'Hiv. On aurait aimé qu'il développe un peu la dimension mémorielle de son projet politique. Rien. 

Même l'historien Gilles Manceron considère que si la date est importante, elle ne marque finalement que  le "début d'un processus" qu'il convient de poursuivre et d'approfondir.

 

N'oublions pas non plus que François Hollande a fait une deuxième promesse dans le domaine mémoriel : celle de  la pénalisation de la négation du génocide arménien. Or, cette fois-ci, le président de la République ne pourra pas se contenter d'un simple communiqué.

 

PS : Vous êtes chaque jour de plus en plus nombreux à visiter ce site et je voulais vous en remercier. Je rappelle à ceux qui ne l'ont pas encore fait qu'il est possible de vous inscrire à la newsletter du site pour recevoir une notification lors de la publication d'un nouvel article. A bientôt.

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 18:26

 

Vendredi 12 octobre 2012, le prestigieux Prix Nobel de la Paix a été attribué à l'Union européenne (UE). Depuis, les réactions se multiplient pour dénoncer ou justifier cette décision. Et s'il s'agissait finalement d'une stratégie éculée des hommes politiques pour imposer aux Européens une construction à marche forcée ?

 

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Une caution historique discutée

Dans son discours, le président du comité a justifié cette décision par l'histoire. Il a notamment rappelé que "durant 60 ans, l’Union a contribué à l’instauration de la paix, à la réconciliation, à la démocratie et aux droits de l’homme". Il a également invoqué l'argument le plus évident en rappelant "les horreurs de la Seconde Guerre mondiale" tout en précisant que "depuis 1945, la réconciliation franco-allemande est devenue une réalité".

Il n'a pas fallu plus de quelques heures pour que les premières voix dissonantes se fassent entendre dans tous les médias. Henri Guaino et Nicolas Dupont-Aignon ont par exemple expliqué vendredi soir sur Europe 1 qu'ils n'étaient pas d'accord avec cette interprétation. Le premier a notamment affirmé dans une très belle formule que "ce n'est pas l'Europe qui a fait la paix ; c'est la paix qui a fait l'Europe". Selon l'ancienne plume de Nicolas Sarkozy, ce sont les peuples et les grands hommes politiques tels que Monnet, De Gaulle, Adenauer qui, lassés par la guerre, ont ouvert la voie à une construction européenne.

Comme souvent en histoire, ces deux interprétations peuvent être discutées et nous attendons donc avec impatience que les historiens spécialistes de la construction européenne tels que Robert Frank ou Denis Rolland se saisissent de la question pour apporter quelques éléments de réponse.

 

Un coup de force des fédéralistes

L'attribution du Prix Nobel de la Paix n'a cependant pas vocation à constituer un sujet de dissertation d'histoire pour les prochains candidats au baccalauréat. Il s'agit avant tout d'une récompense révélatrice des rapports de force géopolitiques à l'échelle internationale. 

Le président du comité n'a d'ailleurs pas pu s'empêcher d'évoquer cette réalité en précisant qu'actuellement "l’Union européenne rencontre de graves difficultés économiques". Cette phrase, bien que vouée à s'en défendre, témoigne bien de la dimension politique qui justifie cette décision. 

Il suffit d'ailleurs pour s'en convaincre d'étudier la composition du comité à l'origine du prix. Alors que le peuple norvégien a refusé l'entrée dans la Communauté Économique Européenne (CEE) en 1972, puis dans l'Union Européenne en 1994, les membres du comité se distinguent par un sentiment d'europhilie bien plus développé. Hasard du calendrier, Agot Valle, la seule membre eurosceptique du comité qui aurait pu jouer son véto est tombée malade au moment de la décision et n'a pas pu prendre part au vote.

La place était donc libre pour Thorbjørn Jagland, le président du comité depuis 2009, ancien premier ministre travailliste norvégien et surtout actuel secrétaire général du Conseil de l'Europe. Visiblement, le comité du Prix Nobel n'est pas doté de règles contre les conflits d'intérêts...

 

Vers un roman européiste

Le contexte dans lequel intervient cette décision n'est pas anodin. Alors qu'un tel prix aurait pu se justifier dans les années 1990, il apparaît aujourd'hui comme anachronique... sauf à considérer le calendrier politique de l'Union européenne qui tourne au ralenti depuis le refus du projet constitutionnel en 2005 et la crise économique sans précédent qui interroge véritablement pour la première fois les mécanismes d'une construction européenne.

Face à ce blocage institutionnel et le manque d'enthousiasme populaire, les hommes politiques et les technocrates de Bruxelles tentent depuis plusieurs années de trouver des solutions visant à développer le sentiment européen chez des citoyens qui en sont totalement dénués. L'adoption d'un drapeau et d'un hymne poursuivaient déjà cette ambition. La mise en place d'une monnaie commune appelée "euro" visait également à approfondir cet aspect. Les premiers ne sont cependant pas parvenus à supplanter les symboles nationaux et la monnaie commune pâtit actuellement d'une image plutôt négative. Il fallait donc trouver un moyen de rebondir !

La solution est venue des sciences sociales. Depuis quelques années, l'Union Européenne dote en effet assez généreusement des laboratoires de recherches tels que l'IRICE (Identités, relations internationales et civilisations de l’Europe) ou encore le CIFE (Centre international de formation européenne) qui produisent ainsi des études sociologiques instructives sur le sentiment européen et des ouvrages montrant qu'il existe une histoire de l'Europe avant même la construction européenne.

Le procédé est rodé. Il est mobilisé depuis des siècles par les États qui cherchent à renforcer leur souveraineté et développer le sentiment national au sein de leur population. En France, cette stratégie a été théorisé sous le terme de roman national et suscite d'ailleurs encore actuellement des débats et polémiques sur son degré d'application dans l'enseignement de l'histoire.

Tout porte à croire que le roman national subit actuellement une adaptation à l'échelle européenne. C'est en tout cas l'impression qui ressort à la lecture des travaux de l'historienne Stella Ghervas parmi lesquels figurent, entre autres, un ouvrage sur les symboles qui participent à la construction d'une identité européenne (Lieux d’Europe : mythes et limites, Paris, Editions de la MSH, 2008, co-dirigé avec F. Rosset). Dans une interview passionnante accordée à La Vie des Idées au mois de septembre 2012, l'historienne explique que l’idée de paix constitue le plus efficace principe de légitimation de l’Union qui pourrait actuellement être réactivé. Son propos a visiblement été entendu en très haut lieu...

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