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  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 11:57

 

English abstract : In order to conserve information about storm Xynthia, the administration edited a document called “Elements of memory from storm Xynthia”. Such a good initiative, however the project reveals lacks of investment and finalities.


Sans parler d’effet de mode il apparait néanmoins que la question de la mémoire des catastrophes devient plus prégnante et préoccupe les autorités. Preuve s’il en est, le document « Eléments de mémoire de la tempête Xynthia » commandé par la DREAL Poitou-Charentes.

La tempête Xynthia a marqué les esprits ; c’est la dernière catastrophe naturelle meurtrière sur le territoire métropolitain révélant l’impréparation des citoyens, et un système de prévention réglementaire contourné. Le 27 février 2010, 65 départements français avaient été placés en vigilance orange par Météo France, et quatre en vigilance rouge dont la Charente-Maritime où les vents forts – de plus de 130 km/h – couplés à une marée ascendante ont entrainé l’inondation de plusieurs communes par phénomène de submersion marine. 59 riverains sont morts, pris dans leur sommeil, dont 35 en Vendée et 12 en Charente maritime. A cela s’ajoutent les coûts directs et indirects induits par la catastrophe.

Affirmant des intentions louables, les pouvoirs publics ont décidé de recenser des éléments de mémoire. Ceci dans le but de :

- « décrire le phénomène “hydrométéorologique” survenu,

- recenser des données détaillées sur l’évènement,

- établir un état des lieux précis des zones submergées sur des cartes au 1/25 000e (ou plus précises selon les enjeux touchés),

- servir de document de mémoire à la population, aux élus concernés, et à tous les acteurs gestionnaires du territoire. »

85 communes ont été identifiées, 79 d’entre elles on répondu au questionnaire qu’elles ont reçu. En plus des enquêtes auprès des mairies, un travail de terrain a permis de cartographier la zone.

 

Le travail entamé dès mai 2010 a été remis en mars 2011 par le bureau d’étude. Il est disponible depuis début septembre 2012 sur le site de la DREAL Poitou-Charentes, et mi-novembre 2012 sur le site de la préfecture de la Charente-Maritime. Nous ne l’avons pas trouvé sur le portail de la préfecture de Vendée, département qui avait pourtant connu le plus de morts, dans la commune de la Faute-sur-Mer.  

 

La disponibilité limitée n’est pas le seul problème. Nous déplorons un document difficile à lire (sur le site de la DREAL il faut télécharge 8 fichiers compressés, et sur le site de la préfecture de Charente-Maritime il faut télécharger une à une chacune des pages au format PDF).

 

Sur le fond, les auteurs reconnaissent les limites de leur document : « Il faut cependant noter que les informations y restent générales et leur précision limitée :

- le recueil d’informations et les rencontres avec les riverains ont débuté au mois de mai 2010, soit deux mois après l’évènement ; de nombreuses informations quant aux niveaux atteints sont alors effacées et certaines informations obtenues peuvent être erronées,

- l’emprise des zones inondées regroupe celles issues d’une submersion directe lors de l’évènement et celles issues des inondations indirectes (exutoires fermés générant une évacuation difficile du réseau d’eau pluviale dans les zones basses),

- la précision des informations recueillies et cartographiées est celle du 1/25 000e (voire du 1/10 000e dans les secteurs urbains denses). »

 

A cela s’ajoute le fait que le bureau d’étude s’est contenté de légender la carte de manière minimaliste ; en effet celle-ci n’explicite même pas à quoi correspond l’unique code couleur de la plage colorée bleue (le bon sens veut que ce soit la zone submergée lors de l’événement). 

 

Tempête Xynthia

Ce document se résume finalement en une compilation de cartes et de questionnaires remplis par les communes. Il n’y a aucune analyse critique de la situation ; c’est un simple document d’archive, une sorte de photographie à grande échelle.

On peut difficilement reprocher aux auteurs de ne pas avoir dépassé leurs objectifs initiaux. En revanche cette suite d’informations brutes et non traitées ne semble pas destinée à être partagée avec les autres départements côtiers qui pourraient profiter de ce retour d’expérience. Au mieux, des étudiants pourront se servir de cette base de données comme un point de départ d’une étude sur les conséquences de la submersion marine sur un territoire.

L’initiative doit dont être saluée, mais on peut néanmoins regretter que l’Etat ne se donne pas les moyens d’aller jusqu’au bout d’une démarche mémorielle. Un document d’archive a bel et bien été établi, mais son devenir et son utilité restent bien incertains. N’oublions pas qu’il a fallu Xynthia pour que la France se dote d’un plan submersion rapide, et qu'elle reste la catastrophe naturelle à cinétique rapide la plus meurtrière de la décennie en France (CRED 2013). Comment un fichier difficilement accessible et dont les informations ne sont pas vulgarisées pourrait suffire à sensibiliser une population qui choisi d’habiter sur la côte en feignant d’ignorer les vagues et les tempêtes ?

 

Arnaud Mangematin

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoire des catastrophes
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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 22:43

 

Abstract : L’apocalypse Joyeuse is a piece of work from an historian of Sciences, Technics and Environment. It relates how technologic progresses are always accompanied with the creation of new risks. The idea one seem to discover recently is in fact at least two hundred years old.

 

L-Apocalypse-joyeuse.jpgJean-Baptiste FRESSOZ, L’apocalypse joyeuse, une histoire du risque industriel, Paris, Seuil, 2012.


Jean-Baptiste Fressoz, historien des sciences, des techniques et de l’environnement dépeint dans cet ouvrage l’émergence d’une conscience des risques en parallèle aux progrès technologiques. Par sa dimension résolument historique, cette étude permet de mieux comprendre comment nos prédécesseurs ont appréhendé l’apparition de nouveaux dangers. Leur mémoire longtemps occultée nous permet de mieux cerner les problématiques actuelles de la gestion des risques.


Malgré un titre marqué par un catastrophisme amusé, cet ouvrage témoigne d’un travail de recherche étoffé et précis. L’évocation du progrès technique est souvent associée dans l’imaginaire collectif à la révolution industrielle, avec ses grosses machines fumantes et ses petits hommes fragiles. J.B. Fressoz se détourne pourtant de cette vision caricaturale pour s’intéresser à des risques moins évidents, souvent méconnus  et qui touchent pourtant une société bien plus large que les seuls ouvriers de l’industrie.

Sous une forme narrative, il détaille par exemple la controverse entre les pro et les anti vaccine pour lutter contre la variole (vaut-il mieux prendre le risque de mourir par l’inoculation en se faisant vacciner ou en attrapant la variole ?). Il présente également le débat qui a eu lieu autour de la pollution des usines chimiques sur les « choses environnantes » (eau, air, sol) et les conflits de corporations que cela a pu entraîner. Il analyse enfin comment l’illumination de Paris la nuit par des lampes au gaz a été conditionnée par des éléments étrangers au simple constat de la dangerosité des réserves et conduites de gaz en plein Paris.

 

L’un des enseignements les plus marquants de cette étude repose sur la persistance des problématiques et mécanismes de gestion face aux risques que portent les progrès techniques. Si nous ne devions retenir que quelques aspects :

1. La perception des risques varie fortement en fonction du point de vue adopté. Beaucoup ont soutenu le principe de la vaccine, mais ne l’envisageaient pas le moins du monde s’agissant de leurs propres enfants. Encore aujourd’hui, les risques sont bien plus supportables lorsqu’ils sont pris par les autres (le fameux principe NIMBY).

2. L’histoire ne retient pas les balbutiements, mais seulement la solution finale : si au début du XIXème plusieurs méthodes coexistent pour lutter contre la variole, c’est la vaccine qui est seule considérée aujourd’hui comme responsable de l’éradication de la variole.

3. M. Chaptal illustre parfaitement en 1811 le concept de conflit d’intérêts dans l’affaire de l’insalubrité d’une manufacture d’acide dont il est propriétaire, tout en étant ministre de l’Intérieur ; un institut d’étude est certes consulté, mais son rapport est signé par Chaptal : « Ainsi le délinquant, l’expert, le juge, et le surveillant ne sont dans cette affaire qu’une seule et même personne » (p. 171)

4. Les manufacturiers de la soude artificielle ont réalisé un lobbying intense pour profiter de taxes avantageuses sur leur produit plutôt que d’importer une soude d’origine naturelle depuis l’Espagne.

5. Le facteur économique de la mise en place de mesures de protection peut subitement rendre un risque bien plus acceptable. Lorsque les experts des années 1820 ont jugé après une étude qu’il était très risqué de mettre des réserves de gaz dans Paris, le gouvernement s’est rendu compte qu’indemniser les entrepreneurs qui avaient déjà développé ces installations ainsi que tous les utilisateurs qui avaient adapté leurs équipements pour recevoir le gaz serait bien trop onéreux et a donc décidé d’une autorisation d’exploitation malgré les risques.

6. Le principe du pollueur-payeur est apparu à partir des années 1800 avec la création de ligne « dommages », « indemnités », « frais judiciaire » (p. 149) dans les bilans comptables des entreprises polluantes. Elles visaient à planifier le dédommagement des riverains de l’impact de leur activité sur les cultures : un moyen de gagner une paix sociale, mais pas de protéger l’environnement.

 

Si Jean-Baptiste Fressoz insistait lors d’une conférence organisée par Librest et la Vie des idées le 25 septembre sur son statut d’historien et réfutait une quelconque ambition de faire une critique de la société du XXIème siècle, il esquisse néanmoins en conclusion un lien entre la gestion des risques au XIXème et les différentes époques qui ont suivi.

Ce que l’on semble découvrir aujourd’hui sous le terme de « crise environnementale » est en fait une problématique qui existait auparavant, tout comme il existe également une continuité historique des mécanismes d’approche et de gestion des risques.

Si aujourd’hui l’actualité nous pousse à remettre en cause le bien fondé de l’énergie nucléaire et des OGM, qui sait ce qu’en aura retenu la société dans quelques décennies ?

 

Arnaud Mangematin

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoire des catastrophes
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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 06:22

 

Abstract : In South-Est of France, two decades after deadly high-speed flood, several prevention measures have been set up. A film is about to be presented at a local scale to sensitize the population facing risk, and to register in the collective memory the history of tragic events.


Au début du mois de septembre 2012, divers articles et manifestations sont venus rappeler les dix ans des inondations des 8 et 9 septembre 2002 dans le Gard. Quelques jours plus tard, la mémoire des vingt ans des crues torrentielles dans le Vaucluse en 1992 était également ravivée.

Ces deux événements meurtriers (41 morts pour l’événement de 1992 et 22 en 2002) ont pour point commun une cinétique rapide. De très fortes pluies tombent sur une zone géographique et une période restreinte, et c’est toute une région qui s’inonde. Cette cinétique rapide, principale source des pertes humaines et matérielles est récurrente dans la Sud-Est même si ces épisodes restent exceptionnels.

 

  Vaison la Romaine, 1992, vidéos amateurs de la crue torrentielle qui a fat 41 morts.

 

 

Vingt ans plus tard, c’est un autre film que les habitants locaux s’apprêtent à voir : De l’eau de la Boue et des larmes,  proposé par l’association Mémoire :

 

De l'eau de la boue et des larmesDe l’eau, de la boue et des larmes

(cliquez sur l'image pour accéder à la vidéo) 

 

Nous ne pouvons d’abord que louer les efforts qui ont été faits tant dans le Gard que dans le Vaucluse, d’un point de vue technique, réglementaire, sociologique et en intégrant une dimension mémorielle à la prévention des catastrophes. Ceci d’ailleurs malgré les signaux contradictoires que les autorités politiques envoient, par exemple en entraînant l’annulation des grands ateliers de l’Isle sur la Sorgue qui devait déboucher sur la création d’un lieu de mémoire des inondations

 

La lecture des articles de presse et le visionnage de la bande annonce du film suscitent plusieurs remarques :

   1) Le souvenir d’événements catastrophiques remonte avec une certaine régularité dans la conscience collective par l’intermédiaire de l’actualité. L’oubli, s’il n’est pas totalement évité est au moins limité.

      2) La vidéo sur la mémoire de la catastrophe de Vaison-la-Romaine est a priori une  bonne initiative, porteuse de sens et de conviction. Elle peut être rapprochée de l’initiative menée par l’Institut pour l’Histoire et la Mémoire des Catastrophes (Ihmec) que nous avions déjà évoquée sur ce site. Dans ces deux entreprises mémorielles, les témoignages sont utilisés comme des outils de prévention : « Pour que perdure cette mémoire, des cafés seront installés à l’issue de chaque projection pour que les habitants puissent continuer d’échanger sur les traces laissées par ce drame et des cahiers seront à leur disposition pour écrire leurs souvenirs, des livres qui seront ensuite remis aux archives départementales du Vaucluse ».

     3) Ces différentes initiatives ont contribué à augmenter le nombre de communes qui se conforment à leur obligation de mise en place d’un plan de prévention des risques d’inondation (PPRI) visant à limiter la construction en zone inondable.

     4) Ceci est à mettre également en relation avec l’engagement de l'Etat dans la prévention des crues torrentielles. Ce dernier a en effet publié en février 2011 un rapport intitulé Plan de submersion rapide, Submersion marine, crue soudaine et rupture de digue. 

 

En revanche nous souhaiterions apporter une précision sur les termes qui sont employés dans chacun des communiqués autour de la mémoire des inondations du Gard et du Vaucluse  et plus précisément autour de l’expression « Culture du risque ».

Ces mots relèvent d’un véritable non-sens idéologique. Certes, il faut que chacun soit au fait des risques auxquels il est exposé, et qu’il assimile la prévention dans sa vie quotidienne. Néanmoins il ne saurait être question que les risques s’inscrivent comme une fatalité dans une culture collective par le biais des réminiscences mémorielles. En somme, oui à la connaissance du risque ! Oui à une culture de la prévention ! Mais non à une culture du risque qui se contenterait de raviver régulièrement la mémoire des catastrophes. 

Arnaud Mangematin et Mickaël Bertrand

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoire des catastrophes
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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 09:34

 

Abstract : Disasters memory, the example of the river floods

 

En complément de notre  nouvelle catégorie consacrée aux mémoires des catastrophes, et en réponse à nos interrogations sur l'éventuelle universalité de ces réflexions, un fidèle lecteur nous a envoyé  cette photographie prise récemment dans la petite ville de Bacharach au bord du Rhin (Rhénanie-Palatinat, Allemagne) :

 

Bacharach

 

Elle témoigne d'une pratique partagée au moins en Europe qui consiste à garder une trace mémorielle des grandes crues depuis... 1882 !

Il est d'ailleurs intéressant de constater que les plaques commémoratives ne sont pas installées dans une logique de "record" visant à installer une plaque uniquement lorsque le plus haut niveau d'une crue est dépassée. Bien au contraire, ces traces mémorielles nous permettent de conserver un témoignage régulier des différentes crues, en complément d'autres témoignages (notamment photographiques) et la  communication des archives de Météo-France.

 

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27 août 2012 1 27 /08 /août /2012 21:03

 

Après trois ans d'existence et plus de 200 articles, je suis heureux d'accueillir sur ce site un nouveau rédacteur qui viendra régulièrement alimenter une nouvelle catégorie consacrée au sujet passionnant des mémoires des catastrophes.

Bienvenue donc à lui et à tous ceux qui voudront nous rejoindre pour partager leurs connaissances et leurs compétences autour des thématiques mémorielles.

 


 

Abstract: Everyone remember the huge devastating tsunami that occured in end December 2004. It made 90 000 victims in Banda Aceh; and only seven in Simeulue thanks of the memory of similar past-event in 1907. Simeulue’s population was aware of the best way to react facing such disaster, which allowed saving lives. 

 

La question du lien entre société, mémoire et catastrophe a déjà été évoquée  sur ce blog. Nous nous proposons, à travers une nouvelle série d’articles, de l’approfondir en ouvrant  une nouvelle catégorie

Nous pourrons aborder le sujet d’au moins trois façons différentes mais pas antinomiques :

   1. Apprécier le souvenir qu’une société a des catastrophes qui l’ont affecté ;

  2. Observer les bénéfices que tire une communauté qui cultive la mémoire des événements catastrophiques passés ;

   3. Analyser les différentes façons d’entretenir la mémoire des catastrophes.

 

Le cas de Simeuleu, petite île indonésienne touchée par le tsunami du 26 décembre 2004 en Asie du Sud-Est, nous permet d’évoquer le deuxième aspect.

 

Simeulue 1


Simeulue-2.png

Rappelons que le tsunami a été causé par un séisme sous-marin dans l’océan Indien. D’une magnitude de 9,3 sur l’échelle de Richter, c’est l’un des tremblements de terre les plus violents jamais enregistré. Les vagues gigantesques qui ont ensuite déferlé dans toute la région ont causé la mort de plus de 250 000 personnes. L’Indonésie est le pays le plus touché totalisant 170 000 décès dont 90 000 dans la province de Banda Aceh, où plus d’un quart de l’agglomération est rasée

 

Banda-Aceh.jpgBanda Aceh après le tsunami.

Seules restent la grande mosquée et les dalles qui indiquent l’emplacement des constructions ( National Geographic, 14 janv. 2005)

 

Dans l’archipel indonésien, à l’Ouest de Banda Aceh, Simeulue est une île bien plus petite que Sumatra, mais tout aussi exposée aux aléas tsunamis. Pourtant, seulement (sic) sept personnes sont mortes ce jour de décembre 2004. Certes, il y avait moins d’habitants à Simeuleu qu’à Banda Aceh, mais ce n’est pas la raison principale.

 

Dans Tsunarisque, le film réalisé sur le programme éponyme d’un consortium franco-indonésien de scientifiques, un habitant de Simeulue témoigne :

Tsunarisque.pngClisquez sur l'image pour voir le film

 

Selon ce témoignage d’un homme qui dit avoir 105 ans (en 2006), l’île de Simeulue a déjà connu un tsunami important en 1907 au cours duquel la mer s’est retirée et une vague gigantesque s’est abattue sur l’île : « Quand l’eau s’est retirée, tout était rasé, il y avait des dauphins des requins et des crocodiles dans les rizières […] il y avait même des cadavres dans les arbres ».

Depuis, l’histoire du tsunami de 1907 est transmise, comme une légende, souvent lors d’une tempête – un événement exceptionnel en rappelant un autre – de père en fils.

Les habitants de l’île savent qu’un séisme, fréquent dans la région, n’annonce pas toujours un tsunami, mais que le retrait brusque de l’eau est l’annonce d’un tsunami et qu’il faut courir dans les montages se mettre à l’abri.

 

A Banda Aceh en revanche, une rescapée affirme que « personne ne savait qu’un séisme pouvait provoquer un tsunami ». Ainsi, lorsque la mer s’est retirée brusquement et a laissé sur le sable des poissons qui ne demandaient qu’à être ramassés, nombreux sont ceux qui, parmi une population dont une frange non-négligeable vit sous le seuil de pauvreté, ne se sont pas souciés du danger et se sont pour la plupart fait emporter par les trains de vagues qui sont arrivés à une vitesse de 50 km/h cinq minutes seulement après le retrait de la mer.

 

Et pourtant l’événement du 26 décembre 2004 n’est pas un événement isolé.

Il est exceptionnel par son ampleur, mais il s’inscrit dans la liste d'une trentaine de tsunamis meurtriers enregistrés depuis les années 1960 dans l’archipel indonésien. Il apparait donc clairement qu’il y a un manque de connaissances sur les risques naturels auxquels sont exposées des populations autochtones.

On peut d’ailleurs ajouter que la situation géographique et géomorphologique de l’île de Simeulue permettait de rejoindre rapidement un espace de protection en hauteur, ce qui n’est pas le cas de Banda Aceh où très peu de bâtiments ont résistés, et où les vagues ont pu atteindre encore 20 mètres de hauteur à un kilomètre à l’intérieur des terres.

 

Ceci illustre parfaitement l’intérêt d’entretenir une mémoire des événements catastrophiques passés. Non seulement dans leurs effets pour garder en mémoire le danger que l’aléa représente, mais aussi le déroulement de l’événement afin que la population exposée soit capable de reconnaître les signes annonciateurs de la catastrophe et adopte un comportement adapté. Il faut évidemment pour cela qu’elle ait reçu une information suffisante de la part des pouvoirs publics, ou d’autres entités.

 

Arnaud MANGEMATIN

 

A lire pour de plus amples informations : Culture des catastrophes, culture des risques (Benjamin PELLETIER)

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