Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
  • Contact

C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.

Partenaires

Paperblog : Les meilleurs actualités issues des blogs

Cherche La Pépite

7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 13:56

 

C'est devenu un marronier sur ce blog : la mémoire de Philippe Pétain n'en finit plus de rebondir et de se développer en France. Parmi les initiatives récentes, nous venons de prendre connaissance d'une messe célébrée le 10 novembre 2011 dans la chapelle de l'Ossuaire de Douaumont dans la Meuse... réitérant ainsi une pratique en vigueur depuis 60 ans ! 

Les commanditaires de cet hommage religieux ne sont pas a priori les membres de la famille du défunt maréchal mais les membres d'une Association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain (ADMP)  qui possède un site Internet pour diffuser leurs idées (ce dernier ne semble cependant pas être mis à jour depuis 2009).

 

Messe-pour-Petain-copie-1.jpg

 

Si cette association n'est pas très active sur la toile (quoiqu'elle possède aussi un compte Facebook), elle semble plus efficace dans les milieux catholiques puisqu'une autre messe est également célébrée le 24 avril de chaque année à Cauchy-à-la-Tour (Pas-de-Calais), ville natale de Philippe Pétain en 1856. Il faut néanmoins préciser que le contexte de cette manifestation est tout à fait particulier puisque, selon les journalistes de  La Voix Du Nord, la messe est célébrée en latin et en présence d'un conseiller régional Front National.

Hubert MASSOL, le Président de l'ADMP profite toujours de cet évènement pour rappeler les revendications de son association :

   - révision du procès de 1945 (permettant, par l'intermédiaire de la réhabilitation de Pétain, d'engager un processus plus général de réhabilitation de l'extrême droite vis-à-vis de la collaboration).

   - transfert de la dépouille de Philippe Pétain de l'île d'Yeu à Douaumont.

 

Avec un porte-parole aussi actif et ambitieux, on risque d'entendre parler encore régulièrement du maréchal.

Repost 0
Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et commémorations
commenter cet article
17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 13:48

 

Il était impossible de ne pas écrire quelques mots sur ce blog en ce jour anniversaire du dramatique massacre des Algériens à Paris le 17 octobre 1961.

 

Les médias ont pour la plupart réalisé un travail formidable : les interviews sont de qualité, les reportages sont renseignés et les archives sont passionnantes. J'ai particulièrement apprécié le travail du journal Le Monde.

 

Plutôt que d'ajouter une contribution qui aurait été inutile et de moindre qualité par rapport à celles de mes collègues spécialistes de la question, j'ai préféré proposé au Nouvel Observateur une analyse mémorielle de ce tragique évènement pour lequel les victimes n'ont toujours pas reçu l'hommage qu'elles méritent.

 

L'article est à lire à l'adresse suivante : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/205160;17-octobre-1961-une-memoire-politique.html

 

Actualisation du 23 avril 2012

Pour approfondir la question :

Emmanuel BLANCHARD, La police parisienne et les Algériens (1944-1962), Nouveau Monde éditions, 2011, 447 p

Recension disponible sur La Vie des Idées.

Repost 0
Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et commémorations
commenter cet article
14 juin 2011 2 14 /06 /juin /2011 19:58

Dans le cadre de la candidature des sites du Débarquement au patrimoine mondial de l’UNESCO, des rencontres internationales sont organisées au Mémorial de Caen du 15 au 17 juin 2011.

 

On peut certes s’agacer de cette énième candidature qui dénature progressivement cette liste censée regrouper des sites ayant « une valeur universelle exceptionnelle ». D’ailleurs, nous ne savons pas encore sur quel(s) critère(s) la candidature des plages du Débarquement est retenue.  Il n’en demeure pas moins que ce dossier est particulièrement intéressant car il repose sur une conception mémorielle du patrimoine. Ce n’est en effet pas tant la beauté et l’exceptionnalité du site, ni même ses constructions humaines qui sont avancées. C’est tout simplement la mémoire attachée à un lieu sur lequel un éminent évènement s’est produit relativement récemment.

Dès lors, Simone Veil a été sollicitée pour parrainer le projet. Quel lien me direz-vous entre l’ancienne ministre rescapée des camps et les plages du Débarquement ? La mémoire encore une fois. La mémoire d’une déportée à Auschwitz qui, un jour de juin 1944, trouve un fragment de journal relatant le Débarquement de Normandie et qui recommence à espérer.

Le parrainage, aussi prestigieux soit-il, ne suffit pas cependant à défendre un dossier à l’échelle internationale. Des sondages sont donc réalisés auprès de la population normande afin de présenter au monde ce territoire comme un symbole « de paix », « de réconciliation », mais aussi l’envie des habitants de voir reconnaître leurs terres à l’étranger. De plus, comme rien ne s’obtient désormais sans un bon lobbying, l’Etat a accepté de donner un petit coup de pouce en organisant le dernier sommet du G8 à Deauville. La manifestation a été l’occasion pour les porteurs de projet de remettre aux principaux chefs d’Etat une lettre visant à défendre le projet. Enfin, un bon dossier ne peut être digne de ce nom sans une caution scientifique. C’est dans ce cadre que sont organisées ces rencontres internationales dont voici le programme :

 

Mercredi 15 juin 2011

9h30-10h00 

Ouverture du colloque
par M. Laurent BEAUVAIS, président de la région Basse-Normandie, M. Philippe DURON, député-maire de Caen, M. Stéphane GRIMALDI, directeur du Mémorial de Caen

Matinée : Mémoire, lieux de mémoire.

Président de séance : Stéphane SIMONNET (Directeur scientifique – Mémorial de Caen) 

10h00-10h30 

Présentation des résultats de l’étude CSA : « La Bataille de Normandie et le devoir de mémoire selon les Bas-Normands.»
Mme Elisabeth-Martine COSNEFROY, directeur général de l’Institut CSA

10h30-11h00 

Mémoire et histoire des guerres : questions du temps présent.
M. Jean-Pierre RIOUX, inspecteur général honoraire de l’Education nationale

11h20-11h50 

La mémoire des victimes : la place des cimetières militaires comme lieux de mémoire.
Mlle Kate LEMAY, doctorante, Indiana University (États-Unis)

11h50-12h20 

Retour sur l’histoire d’une dualité JourJ / Bataille de Normandie.
M. Jean QUELLIEN, professeur d’histoire contemporaine, Université de Caen - CRHQ

Après-midi : Les États face aux enjeux de mémoire

Président de séance : Pierre LABORIE (Directeur d’études à l’EHESS) 

14h30-15h00  

Mémoires, Musées et Mémoriaux en France.
M. Stéphane GRIMALDI, directeur du Mémorial de Caen

15h00-15h30 

Représentation du Débarquement et de la Bataille de Normandie dans l’exposition permanente du Musée d’Ottawa – Mémoire du 6 juin et de la Bataille de Normandie au Canada.
M. Jeff NOAKES, historien, Musée canadien de la guerre, Ottawa (Canada)

15h30-16h00 

Le Débarquement et la Bataille de Normandie dans la mémoire collective américaine de 1945 à nos jours.
M. William KEYLOR, professeur d’histoires et relations internationales, Université de Boston (États-Unis)

16h30-17h00 

L’ouverture du second front et ses représentations en URSS et en Russie de 1944 à nos jours.
Mme Natalia NAUMOVA, docteur en histoire, Université de Moscou (Russie)

17h00 -17h30 

Représentation du Débarquement et de la Bataille de Normandie dans l’exposition permanente du Musée – Mémoire du 6 juin et de la Bataille de Normandie au Royaume-Uni.
M. Roger SMITHER, Imperial War Museum, Londres (Royaume-Uni)

18h00-20h00 

Quand les correspondants de guerre britanniques filment le 6 juin 1944.
M. Georges GUILLOT, réalisateur-Scénariste

Projection du film « En première ligne », documentaire de 52 minutes, réalisé par Georges Guillot. Une coproduction La Gaillarde Productions-France Télévisions.

Le 6 juin 1944, l’opération Overlord débute tôt le matin. Les première embarcations touchent le rivage de la France occupée à 6h30. Aujourd’hui, 68 ans plus tard, le réalisateur Georges Guillot présente un film sur le D-Day « vu » par « des soldats britanniques de l’image ». Il a recueilli auprès de Peter Norris, Harry Oakes, John Aldred et Peter Handford leurs souvenirs du Débarquement de Normandie en rapport avec leur activité de photographe et de caméraman. Ces correspondants de guerre ont pris des images, devenues une des « mémoires de ce jour-là ». Témoins « privilégiés », ils apportent aujourd’hui un éclairage différent sur cet événement, ainsi qu’une lecture étayée de leurs souvenirs. « En première ligne », diffusé il y a plusieurs mois sur France 3, reste avant tout un film « de mise en perspective critique » de ces première images de guerre en Normandie et de leur utilisation, portant ainsi une profonde réflexion sur la notion de « vérité historique ».

Jeudi 16 juin 2011

Matinée : Constructions et évolution d’une mémoire collective

Président de séance : Denis PESCHANSKI (Directeur de recherche au CNRS) 

9h15-9h45 

Vision du Débarquement et de la Bataille de Normandie  dans les témoignages bas-normands.
M. Etienne MARIE-ORLEACH, Université de Caen - CRHQ

9h45-10h15  

“Private Ryan” between Viet Nam and Iraq : The changing representation of War and Patriotism in American Cinema.
M. Richard GOLSAN, Distinguished Professor of French, Texas A&M University (États-Unis)

10h15-10h45 

Les images comparées du Débarquement dans les actualités françaises, britanniques, allemandes et américaines.
M. Dominique FORGET, Directeur de la société "Archives de guerre"

11h15-11h45  

Les images comparées du Débarquement dans les documentaires TV
Mme Isabelle VEYRAT-MASSON, directrice du laboratoire Communication et Politique - CNRS

11h45-12h15  

Discours politiques et commémorations officielles : les présidents français et alliés dans les cérémonies commémoratives du 6 Juin et de la Bataille de Normandie de 1945 à nos jours.
M. Marc-Olivier BARUCH, directeur d’études - EHESS

12h15-12h45  

Les trous de mémoire de la mémoire : mobilisations et interventions des acteurs de «proximité» lors des cérémonies commémoratives du 6 juin 1944.
M. Pierre LABORIE, directeur d’études - EHESS

Après-midi : Une mémoire partagée du 6 juin ?

Président de séance : Stefan MARTENS (Directeur adjoint – Institut historique allemand de Paris) 

14h30-15h15  

La place du 6 juin et de la Bataille de Normandie dans les manuels scolaires européens.
Dr Susanne GRINDEL, responsable adjointe de la section “Europe”, Georg Eckert Institut
M. Jean-Baptiste PATTIER, Ecole IJBA, Bordeaux

15h15-15h45 

Une bataille décisive ? Retrouver le 6 juin 1944.
M. Jean-Luc LELEU, docteur en histoire, ingénieur de recherche – CNRS - CRHQ

15h45-16h15 

En voie de l'européanisation? L'Allemagne, le 6 juin 1944 et la représentation de la Seconde Guerre mondiale dans l’après-guerre froide.
M. Jörg ECHTERNKAMP, historien, directeur de projet, Institut de recherche en histoire militaire, Potsdam (Allemagne)

16h15-16h45 

Le 6 juin 1944, la ligne d'horizon.
Jean Louis DEOTTE, professeur des Universités en philosophie, Paris VIII – Saint Denis

17h15-17h45 

Conclusions et perspectives.
Denis PESCHANSKI, directeur de recherche au CNRS, Université I – Panthéon-Sorbonne

Vendredi 17 juin 2011

Matinée : Préserver et transmettre la mémoire du Débarquement de Normandie

10h00-12h00  

Table ronde

Quelle transmission de la Mémoire et quelle valorisation du patrimoine ? 

• Les outils d’interprétation et de transmission, notamment auprès de jeunes,
• La préservation des lieux de mémoire,
• La valorisation du patrimoine mémoriel de la construction d’une filière autour du tourisme de mémoire (Espace historique de la Bataille de Normandie),
• La candidature des sites du Débarquement : présentation des lignes directrices et des valeurs portées par la candidature,

Conclusions par M. Alain TOURRET, Vice-président de la région Basse-Normandie.

 

 

Bien qu’ils s’inscrivent dans un cadre quasiment promotionnel, on peut s’attendre à des débats passionnants au regard de la liste des intervenants et du plan adopté par le comité scientifique. Il ne s’agit en effet pas seulement de porter une candidature, mais de réfléchir collectivement à la portée mémorielle d’un évènement dont on n’a vraisemblablement étudié toutes les facettes historiques. Dès lors, nous pouvons considérer cette manifestation comme l’une des rares réflexions universitaires d’envergure où la question mémorielle sera au centre des discussions, et non pas à la marge.

 

 Plages-du-debarquement-de-Normandie.jpgplage-du-debarquement-de-Normandie.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plages du débarquement de Normandie en 1944 et aujourd'hui

Repost 0
Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et commémorations
commenter cet article
15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 12:32

 

Vous n’avez pas pu y échapper : c’est le cinquantenaire du procès de l’ancien nazi Adolf Eichmann.

Le 11 avril 1961 s’ouvrait en effet à Jérusalem un procès essentiel pour la construction mémorielle du peuple juif et pour l’ensemble de l’humanité désormais durablement marquée par le génocide commis par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale.

 

Il ne m’appartient pas de refaire ici l’histoire de ce procès. La question a été admirablement traitée par les auteurs qui contribuent au très bon numéro de L’Histoire datée du mois de mars 2011.

Les articles d’Annette Wieviorka et d’Hanna Yablonka notamment expliquent pourquoi et comment ce procès est devenu « historique » en s’inscrivant dans un cheminement mémoriel complexe d’une Nation en recherche d’identité collective. Les déclarations du Premier ministre israélien Ben Gourion au journal Le Monde en juin 1960 sont sur ce point très révélatrices. Lorsqu’il affirme que le procès Eichmann sera « le Nuremberg du peuple juif », il considère que l’Etat d’Israël ne pouvait alors pas se contenter des condamnations prononcées au nom des Nations Unies dont il ne faisait pas encore partie.

C’est donc par l’intermédiaire d’un procès et d’une condamnation expiatoire que la mémoire du génocide était censée se cristalliser pour mieux permettre aux rescapés de se relever et d’avancer.

 

Ce qui m’interroge davantage, c’est cette volonté de commémorer ce procès en France et partout dans le monde. L’évènement est certes important dans l’histoire du peuple juif pour toutes les raisons que nous avons évoquées précédemment. Sa commémoration l’est-elle autant ? Doit-on considérer qu’il s’agit d’un « évènement historique » qui mérite d’être régulièrement remémoré ?

Soyons clair : je ne conteste pas du tout l’intérêt des multiples manifestations scientifiques organisées autour de cette commémoration. La lecture de ce numéro de L’Histoire fut passionnante, j’ai déjà prévu de me rendre à l’exposition organisée au mémorial de la Shoah sous la direction d’Henry Rousso et j’ai passé plusieurs heures à visionner les enregistrements vidéo du procès mis en ligne récemment par You Tube. Tout ce qui peut permettre de mieux connaître le passé de l’humanité doit être selon moi encouragé.

 

Nonobstant, je reste perplexe sur le principe de commémoration qui s’impose progressivement autour du procès, et pour plusieurs raisons :

            - Tout d’abord, parce que ce procès est un acte mémoriel en lui-même. Il a permis au peuple juif de se rassembler, et de se faire reconnaître autour d’un souvenir tragique scellant son unité. En soi, ce n’est pas un problème puisque chaque nation célèbre son passé lors d’une fête nationale. Or, c’est exactement autour de cette articulation que je m’interroge car l’anniversaire du procès Eichmann n’est pas officiellement considéré comme une date symbolique et commémorative… et pour cause !

            - Il s’agit tout de même de commémorer la mise à mort d’un homme qui n’est certes pas dénué de responsabilités, mais à qui on a tout de même imposé la figure du bouc-émissaire.

Cette situation est plutôt rare et c’est en cela qu’elle m’intéresse autant. Les commémorations sont généralement héroïques et célèbrent une grande victoire (souvent en occultant les sacrifices visant à l’obtenir), ou bien tragiques et entretiennent le souvenir des victimes (souvent en occultant de la même façon ceux qui ne correspondent pas au modèle dominant).

Dans le cas précis du procès Eichmann, héroïsation et victimisation s’entremêlent de façon beaucoup trop complexe pour qu’un message clair soit délivré. La succession des survivants (parfois complètement étrangers dans leurs parcours à la moindre décision qu’aurait pu prendre Eichmann au cours de la guerre) relève plutôt de la logique victimaire. Néanmoins, les critiques adressées par d’autres pays à l’Etat d’Israël sur sa légitimité à juger seul un nazi, ainsi que le verdict final, introduisent une nuance héroïque, voire vengeresse, des victimes s’acharnant contre leur ancien bourreau, la transformant ainsi en un martyr dont personne n’oserait (et ne pourrait vraiment) se réclamer.

 

Curieux phénomène finalement que celui de condamner un homme, d’écraser jusqu’à sa mémoire et son nom, pour ensuite mieux le commémorer.

Eichmann-a-son-procesVictime au proces Eichmann

                  Adolf Eichmann et un témoin lors du procès tenu en 1961

Repost 0
Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et commémorations
commenter cet article
24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 15:14

 

Excellente réflexion de Joseph Savès sur le site Herodote.net à propos des récentes décisions du ministère de la Culture visant à supprimer la mention du sulfureux écrivain de la liste des célébrations nationales (lire l'article ici)

Les orientations récentes de la mémoire nationale officielle sont décidément fort surprenantes...

louis-ferdinand-celine.jpg

Repost 0
Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et commémorations
commenter cet article
12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 07:54

Certains mots ont un sens symbolique tellement fort qu'ils semblent occulter toute autre forme de signification générique : c'est le cas du mot "génocide" qui est essentiellement utilisé pour désigner le massacre des Juifs d'Europe durant la Seconde Guerre mondiale. Cette situation n'est pas surprenante puisque le mot lui-même a été créé à cette époque pour désigner les pratiques de l'Allemagne nazie. Formé du grec genos (origine ou espèce) et du suffixe latin cide (provenant de caedere, tuer), le terme est inventé en 1944 par Raphael Lemkin, professeur de droit international à l'université de Yale. Il désigne alors dans son acception la plus simple "la destruction d'une nation ou d'un groupe ethnique".

Puis, progressivement, le mot évolue, essentiellement dans un contexte juridique : il est d'abord utilisé dans le cadre du tribunal de Nuremberg, puis repris par l'assemblée générale des Nations-Unies qui adopte en 1948 une Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. Le terme est alors précisé dans l'article II pour désigner :

a) le meurtre de membres du groupe;

b) une atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe;

c) la soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle;

d) des mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe;

e) le transfert forcé d'enfants du groupe à un autre groupe.

On comprend alors que la signification est bien plus large que celle véhiculée notamment par les programmes scolaires qui n'utilisent le terme que dans le cadre de la Seconde Guerre mondiale.

Les massacres pouvant être désignés de la sorte sont pourtant nombreux et certains tentent parfois d'en dresser  une liste exhaustive comme c'est le cas sur Wikipédia. De telles entreprises demeurent néanmoins soumises à critiques car elles proposent une relecture téléologique de l'histoire à partir d'une notion strictement contemporaine. C'est pourquoi elles ne peuvent faire l'économie d'une réflexion épistémologique minimum telle que celle proposée par David El Kenz dans l'ouvrage qu'il a dirigé sur l'histoire des masacres.

massacre.jpg

David EL KENZ, Le massacre, objet d'histoire, Paris, Gallimard, 2005.

 

Le massacre de Srebrenica, un génocide ?

L'usage précis des mots devient essentiel dans ce contexte puisque plusieurs expressions cohabitent parfois et laissent paraître quelques choix idéologiques. Ainsi, cet article du Nouvel Observateur daté du lundi 12 juillet 2010 intitulé "La Bosnie commémore les 15 ans du massacre de Srebrenica" dont le chapeau laisse perplexe :

'Le massacre, qualifié de génocide par la justice internationale, a fait près de 8.000 victimes musulmanes, tuées par les forces serbes bosniaques en juillet 1995'.

En lisant cette phrase, on peut avoir l'impression que l'auteur met en doute la nature génocidaire de cet évènement... et pour cause ! De plus, la désignation de ces victimes dites "musulmanes" laisse perplexe.

Pour comprendre, il faut rappeler brièvement la nature des évènements mentionnés. Le massacre de Srebrenica survient dans le contexte de la guerre de Bosnie-Herzégovine qui se déroule de 1992 à 1995. La chute du communisme a en effet bousculé l'ordre régional de l'Europe de l'Est et plus particulièrement la Yougoslavie qui se disloque sous l'effet d'une montée des nationalismes.

carte-yougoslavie-1998.gif

Carte de l'ex-Yougoslavie

Le massacre de Srebrenica constitue probablement le paroxysme de cet affrontement. Du 13 au 16 juillet 1995, l'armée des Serbes de Bosnie s'empare de Srebrenica, une enclave bosniaque encerclée depuis le début du conflit où se sont réfugiés des milliers de personnes, protégées jusqu'alors par les Casques bleus de l'ONU.

330px-carte-de-bosnie-herzegovine-srebrenica.png

Les "victimes musulmanes" évoquées par l'article du Nouvel Obs désignent en fait une nationalité de slaves du sud de tradition musulmane. En l'absence de nationalité bosniaque officiellement reconnue, les habitants de cette région sont en effet qualifiés de "Musulmans" en référence à leur religion.

 

Le génocide, vecteur de mémoire

La qualification de génocide pour la massacre de Srebenica a été reconnue pour la première fois en 2004 par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) et plus particulièrement par le juge Theodor MERON.

Cette désignation a été contestée à plusieurs reprises. En 2006, la Cour Internationale de Justice (CIJ) a pourtant confirmé l'utilisation du terme "génocide" en éludant partiellement la question des responsabilités. Si le massacre a bien été commis par l'armée serbe bosniaque et que la Cour reconnaît que la Serbie n'a rien fait pour l'empêcher, elle considère aussi que "ces actes de génocide ne peuvent être attribués aux organes étatiques".

Outre ces questions d'ordres géopolitique et économique (car elles posent nécessairement la question des indemnisations), des voix se sont élevés également pour rappeler que malgré l'émotion populaire suscitée par un tel massacre dans toute l'Europe, la désignation devait prêter à réflexion. C'est le cas de Rony Brauman, Président de Médecins sans frontières de 1982 à 1994 qui affirme à propos du massacre de Srebrenica :

"Les faits sont pourtant clairs et acceptés par tous, mais on a appelé ça un génocide. Srebrenica a été le massacre des hommes en âge de porter des armes. C'est un crime contre l'humanité indiscutable, mais on a laissé partir des femmes, des enfants, des vieillards, des gens qui n'étaient pas considérés comme des menaces potentielles. Nous sommes donc face à  un massacre d'un classicisme déprimant mais d'un très grand classicisme quand même. Que l'on en ait fait un génocide montre bien que tous les massacres d'une certaine envergure ayant fait l'objet d'une certaine préparation entrent dans cette qualification. C'est une notion qui a perdu en profondeur tout ce qu'elle a gagné en surface".

Si elle peut paraître iconoclaste sur certains points, la réflexion de Rony Brauman ne manque pas à mon sens de légitimité. Il semble en effet que la notion de "génocide", d'abord inventée dans un contexte juridique, soit tombée bien vite dans l'escarcelle de la mémoire avant même que l'histoire n'ait pu réellement se l'approprier.

Depuis quelques années, de nombreuses actions sont ainsi menées afin d'ancrer dans la mémoire l'idée d'un génocide musulman qui demeure néanmoins flottant en histoire.

En 2003 par exemple, un mémorial était inauguré par Bill Clinton sur l’ancienne base du bataillon néerlandais à Potocari. Ce dernier a la particularité d'être non seulement un lieu de mémoire, mais également un lieu d'inhumation pour la plupart des victimes identifiées progressivement par des tests ADN.

potocari-001.jpg

Srebrenica.jpg

Il est à noter également que le massacre de Srebrenica constitue désormais un élément essentiel de l'identité collective des Musulmans des Balkans dont les membres sont disperçés dans une sorte de "diaspora".

On comprend donc dans le cadre du massacre de Srebrenica que la mémoire est bien au service d'un projet qui dépasse le simple souvenir. Il constitue désormais un lieu de revendications sur lequel se réunit annuellement  toute une population qui veut montrer au monde entier la légitimité de son existence commune.

Repost 0
Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et commémorations
commenter cet article
9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 10:51

 

Comme chaque année, la journée nationale du souvenir de la déportation a fait couler beaucoup d’encre. Retour sur l’édition 2010 de cette commémoration qui n’a pas manqué d’attiser encore les étincelles du communautarisme par un vent printanier de polémique.

 

Il faut se rendre à l’évidence, presque plus personne ne se rend aux cérémonies commémoratives.

Alors que les contestations se soulevaient en masse à l’occasion du rapport d’André Kaspi en 2008 proposant maladroitement la suppression de journées du souvenir, rares sont ceux qui ont mis leurs paroles en actes pour démontrer que ces commémorations ont encore un sens de rassemblement citoyen.

Le constat initial de cette commission reste donc d’actualité : les cérémonies du souvenir sont désertées.

 

Des cérémonies renouvelées

Ne pouvant en réduire le nombre, les officiels ont reçu pour mission de les moderniser afin d’augmenter leur fréquentation. La préfecture de Côte d’Or qui organise l’évènement auquel j’ai assisté cette année a eu une idée particulièrement judicieuse : faire appel à une chorale de collégiens afin d’interpréter le chant des partisans, le chant des marais et la Marseillaise. L’idée n’est guère originale mais elle a le mérite d’être efficace car ces enfants sont venus accompagnés par plusieurs dizaines de spectateurs constitués de leurs parents, frères et sœurs, voire grands-parents, qui ne sont généralement pas présents à cette cérémonie.

Le choix des enfants n’a pas non plus été laissé au hasard : ce sont en effet des élèves du collège Marcelle Pardé de Dijon qui ont été choisis, afin de rendre hommage à l’ancienne directrice de leur école qui s’est engagé dans la résistance. Elle a été arrêtée puis déportée à Ravensbrück en août 1944 où elle mourut en janvier 1945.

 

Un corporatisme mémoriel inquiétant

D’autres villes en France avaient émis des idées similaires et toutes aussi intéressantes. C’est le cas à Parthenay dans les Deux-Sèvres où Nathalie Lanzi, une enseignante d’histoire-géographie avait pris l’initiative d’organiser une lecture par ses élèves d’un texte inédit et rédigé spécialement pour cette occasion par Ida Grinspan, rescapée du camp d’Auschwitz.

Dans ce court récit, l’auteur raconte comment ses parents ont voulu la protéger en l’envoyant dans le département des Deux Sèvres afin de la protéger contre d’éventuelles rafles qu’ils pressentaient. Elle fut alors admirablement accueillie dans une famille, aidée par la maîtresse d’école et intégrée dans la classe et dans le village par l’ensemble des habitants.

Dans cette description idyllique d’une France moins antisémite qu’on veut parfois bien la présenter, elle consacre néanmoins six lignes à ceux qui, sans les nommer, ont largement contribué à son arrestation :

« J’ai été arrêtée le 31 janvier 1944 par 3 gendarmes, l’inhumanité même, de ces 3 hommes, le chiffre 3, chiffre impair qui montre bien la détermination d'être solidaires de ne pas se laisser influencer face à la jeunesse, face aux suppliques de ma nourrice, des demandes insistantes du maire de la commune pour ne pas m’emmener moi, si jeune, si innocente, qui avait la malchance d’être née juive! Alors que les armées alliées sont en train de délivrer l’Europe des allemands, 3 gendarmes français, ont obéit aux ordres de m’emmener à Niort pour connaître le pire ».

 

La plume est certes un peu acide mais peut-on réellement attendre autre chose d’une rescapée des camps de concentration ? Doit-on l’obliger, au nom de l’union nationale, à refouler le souvenir de ces trop longues années passées dans les camps nazis ?

 

2006-0715-j-ai_pas_pleure.jpg

Le témoignage d'ida Grinspan a également fait l'objet d'un ouvrage

 

La municipalité semble avoir pris sa décision à ce sujet : la lecture de ce texte a finalement été refusée par la municipalité et notamment, selon la presse, par Michel Birault, ancien gendarme et adjoint en charge des affaires patriotiques, soutenu par le maire de la commune Xavier Argenton.

Dans le courriel envoyé à la professeure d’histoire-géographie, les intéressés précisent :

« Ne stigmatisons pas une catégorie professionnelle qui dans ces temps troubles avait obéi aux ordres de l'autorité légitime. [Ce texte] n'est pas de nature à apaiser les ressentiments à une époque où le repentir est malheureusement mis en exergue ».

 

De tels propos laissent perplexes.

La professeure en question s’est défendu d’attiser les tensions : « Mon objectif n'était pas de blesser mais de dire l'histoire. Je suis attachée au devoir de mémoire et au souci de vérité ». Ce que Nathalie Lanzi semble cependant oublier à ce stade de l’affaire, c’est qu’il n’est déjà plus guère question d’histoire ; Il est question de politique, de conflits locaux (l’intéressée vient d’être élue au Conseil Régional) et surtout de mémoire.

On peut en effet se demander s’il est encore possible aujourd’hui, à une époque où le politique appelle au rassemblement national face à ce qu’il décrit comme une menace extérieure (la fameuse « crise »), s’il est encore possible d’évoquer sans dommage le souvenir d’époques précédentes où, face à un danger bien plus tangible, des français ont nui à d’autres français, en toute impunité. Une telle évocation pourrait en effet laisser penser que cette situation est reproductibe, voire que certains français en sont en partie responsables.

On peut également s’interroger (sans nécessairement condamner a priori) sur la place que prennent les forces de l’ordre dans notre société quand un ancien gendarme, devenu représentant de la République, continue à protéger par corporatisme l’histoire et la mémoire de son ancien corps de métier.

Le communautarisme que les hommes politiques stigmatisent bien volontiers ne serait donc pas exclusif aux identités de genre, de religion, ou encore d’origine. Il faudrait aussi regarder à mon sens du côté des corporatismes professionnels qui défendent jalousement leurs privilèges au détriment de l’égalité républicaine, par l’intermédiaire de minces pouvoirs et d’éventuels relais politiques qui leur permettent d’influer jusque dans l’écriture de l’histoire et la construction de la mémoire.

 

Catégories mémoriels vs catégories historiques

Le texte original d’Ida Grinspan avait au moins le mérite de se distinguer un peu du discours officiel convenu des associations d’anciens déportés, internés et résistants qui véhiculent inlassablement les mêmes poncifs bienveillants.

J’ai été néanmoins surpris à la lecture du traditionnel message d’entendre la mention explicite de quelques motifs d’arrestation. Dans ce court texte de quelques lignes sont ainsi évoquées successivement les Juifs, les Tziganes, mais aussi les « camarades » qui peuvent faire référence aux opposants politiques.

Ce texte qui se présente comme un message « de tolérance, de paix, d’amitié et de solidarité entre les hommes et les peuples » ne poserait aucun souci si, en l’état, il n’oubliait pas les autres catégories. Depuis quelques années en effet, afin de contenir les concurrences mémorielles qui s’exercent autour de ces cérémonies, il a souvent été rappelé aux nouveaux prétendants (notamment les associations militantes homosexuelles) qu’il était impossible de citer tous les motifs dans les discours et que par défaut, aucun ne devait l’être. Or, nous sommes ici forcés de constater que cette règle n’a pas été appliquée et qu’encore une fois, on passe sous silence les mêmes catégories.  

Une seule exception a pu être observée sur le territoire national. Il s’agit du discours d’Hubert Falco, Secrétaire d'Etat à la Défense et aux Anciens Combattants qui, dès le début de son intervention, prend quelques secondes pour évoquer les homosexuels. On peut cependant regretter qu’ici aussi, d’autres catégories demeurent dans le silence, faute de groupes de pression pour faire entendre leur voix.

 

tablo-triangles.jpg

Ce document retrouvé à Dachau illustre les différentes catégories persécutées par le régime nazi 

 

65 ans après le retour des premiers rescapés, certains silences n’ont donc toujours pas été dépassés…

Cet article nous donne néanmoins l'occasion de rappeler qu'à une époque pas si éloignée, le pouvoir présidentiel veillait encore à une lecture de l'histoire et à une construction de la mémoire radicalement différente de celles qui apparaissent en filigrane dans les manifestations développées ci-dessus.

 

 

Repost 0
Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et commémorations
commenter cet article