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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

28 août 2010 6 28 /08 /août /2010 13:26

Au programme ce week-end, cet excellent article du Nouvel Obs qui s'associe à l'INA(Institut National de l'Audiovisuel) depuis quelques semaines pour inaugurer une nouvelle rubrique très intéressante.

L'objectif est d'apporter une perspective historique aux principaux sujets qui font l'actualité par l'intermédiairedes archives de la télévision. La méthode présente certes quelques limites car elle ne peut guère prétendre remonter le temps au-delà des années 1950. Néanmoins, elle me semble très enrichissante pour illustrer de façon simple et efficace comment des thématiques récurrentes peuvent provoquer des réactions parfois très différentes dans une société à quelques décennies d'intervalle. Ainsi, ce petit exercice sur le temps court apparaît finalement comme un excellent révélateur de l'accélération de l'histoire dans une société qui semble zapper les évènements au même rythme effréné que les 543 chaînes sur l'écran de son téléviseur. Il nous permet donc de nous interroger dans le cadre de ce blog sur l'évolution de la mémoire collective soumise à l'omniprésence, voire la surabondance, d'information.

L'exemple développé cette semaine concerne le discours sécuritaire en politique. Il permet d'illustrer la persistance de cette thématique dans l'affrontement droite/gauche en France et de montrer que les arguments des uns et des autres n'ont finalement guère évolué.

Et pourtant, à en croire un récent sondage, les français semblent développer sans cesse un sentiment d'insécurité toujours plus fort. N'est-il donc pas permis de penser qu'au-delà des vaines polémiques politiciennes, le principal responsable de ce sentiment qui ronge les citoyens et provoquent chez certains d'entre-eux des comportements et des jugements excessifs, c'est le discours politique lui-même qui se nourrit de surenchère ?

Bonne lecture et bon week-end : http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/politique/20100827.OBS9094/flash-back-quand-l-insecurite-s-invite-en-politique.html

 

PS : Autant que faire se peut, je m'efforcerai de relayer cette rubrique chaque semaine sur ce blog, tout en la commentant bien sûr.  

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et médias
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8 juillet 2010 4 08 /07 /juillet /2010 09:42

 

De retour sur la toile après quelques semaines studieuses et laborieuses dans les manuels d'histoire, je me penche quelques heures sur ma "boîte-mails" en me disant que l'on a finalement jamais autant communiqué qu'à notre époque. Certes, les plus rigoureux me rétorqueront que la situation de communication présente est pauvre, fugace et même fuyante... et ils n'auront pas tort ! Mais ne doit-on pas se réjouir malgré tout de pouvoir depuis notre appartement provincial atteindre numériquement les merveilleuses archives du centre de San Francisco par exemple. Ne doit-on pas non plus se réjouir de pouvoir communiquer en temps réel avec nos collègues d'outre-mer, d'outre-atlantique, d'outre-rhin... pour ne pas dire d'outrer-tombe en pensant bien évidemment au regretté François-René de Chateaubriand pour lequel le lecteur peut désormais consulter librement l'oeuvre sur le site Internet Gallica.

Néanmoins, le doute persiste. Que reste-t-il de nos amours archivistiques à l'époque du tout numérique ? Derrière la formidable avancée des possibilités cybernétiques, ne doit-on pas craindre d'être confronté à des enjeux bien plus graves ?

A mon sens, la question ne peut pas être présentée trop simplement. Dans un premier temps, nous devons reconnaître que l'avancée des sciences informatiques est une chance pour l'historien et pour la diffusion de la science historique. Votre serviteur le vérifie régulièrement lorsque, muni de son appareil photo numérique, il se rend aux archives nationales pour chasser les documents qu'il pourra ensuite étudier pendant des semaines (voire des mois) au gré de son emploi du temps chaotique bien peu adapté aux horaires d'ouvertures administratifs des centres. Miracle de la technologie, l'artisan-historien peut parfois même travailler sans quitter son atelier et recevoir sa matière première directement sur son écran. Les exemples ne manquent pas mais pour rester en France, nous pouvons citer le travail de la Bibliothèque Nationale de France (BNF) qui propose régulièrement par l'intermédiaire de sa bibliothèque numérique (Gallica) de magnifiques reproductions thématiques. Si l'on couple cette possibilité à l'ascension récente des réseaux sociaux et autres modes de communication modernes (newsletter, flux RSS, etc.), on donne naissance à un outil puissant et jamais atteint jusqu'alors de diffusion des archives.

Néanmoins, dans un second temps, on devrait peut-être davantage s'interroger sur les enjeux qui entourent cette évolution. Je suis d'ailleurs souvent surpris de constater que, si les archivistes se confrontent parfois à la question, peu d'historiens les rejoignent dans leur réflexion. On peut néanmoins citer le manuel de Jean-François SOULET sur l'Histoire immédiate qui, en lien avec cette réflexion épistémologique sur un courant encore marginal de l'historiographie, se pose la question des sources numériques.

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Cette problématique dépasse pourtant à mon sens l'enjeu strictement scientifique pour interroger plus largement l'avenir de notre société. Quelle image de nous, quelles traces allons-nous en effet laisser à nos successeurs ? Comment les historiens de l'an 3000 vont-ils bien pouvoir écrire notre histoire ? Avec quelles sources ?

La diffusion de l'outil informatique ne s'est en effet pas contenté de modifier nos méthodes de travail, elle a également révolutionné nos pratiques sociales. L'exemple le plus évident est celui de l'échange épistolaire. J'ai récemment rencontré sur les terrasses ensoleillées de Châlons-en-Champagne une charmante jeune fille qui me présentait son travail passionnant (mené sous la direction de Robert Muchembled) sur les lettres d'amour d'Henri IV. Je n'ai pas pu m'empêcher au cours de la discussion de penser qu'un lointain successeur, voulant travailler en 3010 sur les frasques amoureuses de Nicolas Sarkozy, serait probablement bien en peine de mener un tel projet à termes, à moins d'avoir éventuellement consersé précieusement un double de sa carte SIM... Et encore faudrait-il que le Président de la République et les réceptionnaires de ces messages n'aient pas effacé ces messages. Car l'une des conséquences dramatiques de cette envolée de communication numérique est de diminuer proportionnellement la valeur symbolique des mots échangés. Recevoir un courriel devient un acte tellement banal qu'on ne prend plus le temps désormais de l'archiver, de le sauvegarder, de l'imprimer... et il tombe rapidement dans l'oubli !

Il faut ajouter à ces considérations deux préoccupations modernes qui accélèrent encore ce phénomène : l'économie et l'écologie. Combien de fois n'ai-je pas sursauté en apprenant qu'une ville, une administration, une bibliothèque avait détruit plusieurs liasses de documents à défaut d'avoir la place pour les conserver. De même, que penser de ces messages bien-pensant qui, à la fin de nos courriels, nous invitent à ne pas imprimer pour sauver la planète ? Mais, à vouloir préserver quelques arbres, n'est-ce pas notre histoire que nous abattons progressivement ?

Ne doit-on d'ailleurs pas considérer que les premiers effets de cette évolution commencent déjà à se faire ressentir sur la toile sous la forme d'une lutte plus ou moins latente entre histoire et mémoire ? Que pensez en effet d'une véritable comparaison entre des sites proposant une lecture historique du passé (renseignée, désacralisée objectivée) et une lecture mémorielle dans laquelle l'émotion est largement mobilisée ? La concurrence est rude sur Internet et à cette course aux visiteurs, on peut considérer que les sites communautaires ont déjà pris une longueur d'avance.

 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et médias
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5 octobre 2008 7 05 /10 /octobre /2008 14:18

Après les lois mémorielles, nous découvrons une nouvelle forme de négation de la mémoire : l’interdiction stricte et formelle pour un acteur de l’histoire d’évoquer son passé.

Je ne connaissais pas encore ce dispositif judiciaire et je l’ai découvert avec perplexité à l’occasion de l’affaire Rouillan évoquée dans les médias depuis le jeudi 02 octobre 2008.

 

Jean-Marc Rouillan est un ancien membre d’Action Directe, groupe terroriste d’extrême-gauche des années 1980 particulièrement connu pour avoir été à l’instigation de l’assassinat de Georges Besse, ancien patron des usines Renault.

Il a été arrêté en 1987 et condamné à la prison à perpétuité pour terrorisme. Il bénéficie depuis décembre 2007 d’un régime de semi-liberté conditionnelle. C’est-à-dire qu’il dort toutes les nuits en prison mais qu’il peut occuper un emploi la journée et… adhérer au Nouveau parti  anticapitaliste (NPA) nouvellement créé par Olivier Besancenot !

Or, cet initiative ne semble pas être du goût de la justice. Cette dernière prétend utiliser l’interview qu’il a accordée à l’Express pour le renvoyer à la case « prison » sans passer par la case « tribunal », ni « média ».

Or, dans cette fameuse interview, Jean-Marc Rouillan n’appelle pas au renouvellement des actes qu’il a commis dans son passé ; il se contente d’évoquer les limites qui lui sont imposées quand à sa liberté d’expression et de proposer sa lecture de la société française après plus de vingt années d’emprisonnement. Il ne ressent peut-être personnellement aucun remord quant à son crime passé, mais il paraît tout de même aberrant de le condamner préventivement pour une pensée qu’il n’a pas directement exprimée.

 

Le journaliste Gilles ROF (dont nous devons saluer le coup de maître)  termine  son interview par la question suivante : « Les mémoires d’Action Directe sont-ils écrits ? ». La réponse à cette question permet à Jean-Marc Rouillan de préciser que cela n’est pas possible en raison de l’interdit judiciaire qui frappe l’histoire de ce sujet (ou plus précisément les acteurs susceptibles d’écrire cette histoire).

Cet état de fait rappelle que, décidément, les pouvoirs politique, législatif, et judiciaire exercent encore un contrôle très étroit sur l’histoire de notre pays.

A titre de comparaison, imaginons pas exemple que la justice allemande ait décidé en 1946 d’interdire à Rudolf Hoess d’écrire sa vision de l’histoire des camps de concentration. Nous aurions alors été privés d’un document historique fondamental pour notre compréhension du système concentrationnaire.

 

Puisque Jean-Marc Rouillan a pu être condamné à plusieurs années de prison, il me semble que la justice est sensée avoir une connaissance précise du mouvement Action Directe afin de justifier sa sanction. Alors pourquoi, vingt années plus tard, interdire que l’histoire soit livrée publiquement par l’intermédiaire d’un ouvrage ?

Il me semble que l’on surveille et que l’on fiche beaucoup ces derniers temps. Et pourtant, la police ne serait pas en mesure de garder un œil sur un homme qui est en situation de semi-liberté conditionnelle !

Soyons honnête et réaliste : ce n’est pas vraiment l’interview de Jean-Marc Rouillan qui est en cause dans cette affaire, mais c’est plutôt son adhésion au Nouveau parti anticapitaliste d’Olivier Besancenot qui dérange. Les autorités craignent, peut-être à juste titre, que ce membre au passé troublant ne fasse preuve d’un prosélytisme terroriste auprès d’un mouvement qui se réclame, lui aussi, d’un passé dit « révolutionnaire » qui fait trembler nos énarques bien pensants.

Or, par les sanctions qu’elle retient, la justice bafoue la liberté d’expression et met l’histoire sous muselière. Certes, moins directement qu’avec l’application des lois dites « mémorielles », mais du coup, avec peut-être davantage de perfidie.

 

Cette situation me rappelle chaque jour de plus en plus la citation d’Henri IV lors de la promulgation de l’Edit de Nantes : « La mémoire de toutes choses passées depuis mars 1585 ainsi que de tous les troubles précédents demeure éteinte et assoupie come une chose non advenue […]. Nous défendons à nos sujets de quelque état et qualité qu’ils soient d’en renouveler la mémoire […] mais de se contenir et de vivre ensemble comme frères […] ».

 

Et pourtant, les huguenots ont continué à être persécutés…

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et médias
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