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  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Paperblog : Les meilleurs actualités issues des blogs

Cherche La Pépite

18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 09:33

Mémorice Président

 

Nous attendions cette déclaration depuis longtemps. A un moment ou à un autre, les candidats à l'élection présidentielle se sont tous prononcés sur l'enseignement de l'histoire en France... à l'exception de l'extrême-droite qui demeure très évasive sur le sujet.

 

Pourtant,  un ouvrage récent que nous avons évoqué sur ce blog met en valeur la culture historique de l'actuel président d'honneur du Front National et père de la candidate du parti. 

 

Pourquoi donc un tel silence sur l'enseignement de l'histoire d'un pays dont on entend prendre le pouvoir ?

 

Marine Le Pen a apporté quelques minces éléments de réponse samedi 17 mars 2012 lors d'un meeting en Corse où elle a fait l'apologie des "valeurs ancestrales qui sont aussi les valeurs primordiales de notre civilisation" ( tiens, cela me rappelle un autre discours...) :

 

 

 

Après avoir flatté ses auditeurs en rappelant leur rôle dans l'histoire de notre pays (en évoquant au passage l'empire colonial français), elle fait deux propositions simples : "l'apprentissage de l'histoire du territoire de chaque région dans les programmes scolaires" et "la création d'un Institut National du Patrimoine".

 

Difficile pour le moment de savoir à quoi cela correspond vraiment puisque la plupart des journalistes ont esquivé cette question des enjeux historiques et mémoriels de leurs interviews.

Concernant le premier point, nous pouvons tout de suite répondre à Marine Le Pen. Sa proposition est déjà mise en application par les programmes officiels qui, régulièrement, invitent les enseignants d'histoire à choisir des exemples locaux susceptibles d'éveiller la curiosité des élèves.

Concernant l'Institut National du Patrimoine, nous restons davantage perplexe. Ce projet a-t-il pour ambition de se substituer à l'actuelle Maison d'Histoire de France ou bien de créer une nouvelle institution ? Dans quel but ? Avec quelques présupposés idéologiques ?

 

L'histoire a cet avantage de permettre à la plupart des candidats de convoquer à la tribune les figures et les thématiques qui réveillent la fierté nationale et le sentiment patriotique. Marine Le Pen a semble-t-il décidé de jouer l'originalité et d'apparaître là où ne nous l'attendions pas. En s'adressant directement aux Corses et en leur promettant de favoriser leurs "valeurs ancestrales", elle ouvre la boîte de Pandore des communautarismes. Comment ne pas promettre ensuite aux Basques, aux Bretons et aux Alsaciens les mêmes attentions ? Comment ne pas envisager non plus d'accorder de tels honneurs aux Juifs et aux Musulmans de France qui, par milliers, ont contribué à l'histoire nationale ?

 

A vouloir taper trop fort sur la mondialisation et les technocrates européens, l'argumentaire de Marine Le Pen se radicalise autour des particularismes, voire des communautarismes, qui pourraient réveiller quelques revendications indépendantistes.

 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et politique
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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 17:20

Mémorice Président

 

L'idée d'Emmanuel Laurentin, irremplaçable présentateur de l'excellente émission La Fabrique de l'Histoire sur France Culture, est absolument géniale et indispensable. 

 

Dans un livre paru le 8 mars en librairie, il interroge plusieurs hommes politiques sur leur vision et leur rapport à l'histoire, ce que nous avons régulièrement appelé de nos voeux dans plusieurs articles sur ce blog.

 

L'ensemble, préfacé par l'historien Christophe Prochasson, spécialiste de l'histoire culturelle de la politique, constitue un outil tout aussi indispensable que les programmes et les discours des candidats pour faire son choix. 

 

QueDoiventIlsHistoireCOUV-defintive.jpg

Emmanuel Laurentin (dir.), préface de Christophe Prochasson, Que doivent-ils à l’histoire ?, coéd. Bayard/France Culture, 186 p., 16,50 €.

 

Pour compléter votre lecture, l'édition de l'ouvrage a été accompagnée d 'une série d'émissions qui peuvent encore être téléchargées sur Internet. De plus, certains médias ont publié de  larges extraits qui permettent déjà de se faire une idée du contenu.

On y apprend notamment que François Bayrou a une conception cyclique de l'histoire mais qu'il considère qu'une révolution n'est plus possible aujourd'hui car "les gens ne savent plus prendre une pioche, une faux, et aller se battre". On s'ennuie un peu (beaucoup...) quand Nicolas Dupont-Aignan nous récite son discours formaté sur De Gaulle. On s'étonne de voir François Hollande citer François Mitterrand parmi ses "héros" de l'histoire mais on s'émeut à la lecture des propos de Jean-Luc Mélenchon racontant comment il a développé le goût de l'histoire de la Révolution française après qu'une jeune fille dont il était amoureux lui ait offert une histoire de la Révolution française écrite par Thiers en échange d'un recueil de poèmes (décidément, c'était une autre époque...).

 

Il ne faut bien entendu pas être dupe des ficelles d'une opération parfois transformée en opération de communication par les candidats interviewés. Néanmoins, dans les références choisies et les orientations historiographiques défendues, on peut parfois saisir quelques bribes d'informations pour mieux comprendre la construction intellectuelle (quand elle existe) des prétendants au pouvoir.

 

François Hollande rappelle l'importance de Max Gallo qui, dans l'entourage présidentiel de François Mitterrand, permettait souvent de prendre du recul face aux grandes décisions. Depuis, l'historien a été remplacé par des conseillers en communication et autres sondeurs qui tentent encore parfois de se donner un vernis d'érudition historique. Dans l'entourage de Nicolas Sarkozy,  Patrick Buisson cumule désormais toutes ces casquettes à la fois.

 

Qui sera la conscience historique du prochain président de la République ? D'ailleurs, de tels conseillers vont-ils perdurer ? Dans ce domaine, aussi, les historiens devraient peut-être penser à défendre leur discipline et leur utilité sociale car les risques sont forts d'être engloutis, dans les médias, à l'université, comme sous les dorures, par les économistes, les juristes et politistes.

 

hollande-et-l-histoire-pour-les-nuls.jpg

François Hollande lit l'Histoire de France pour les Nuls lors de ses vacances en 2007

 

 

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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 13:52

Mémorice Président

 

Et de deux !

 

A la suite de notre précédent article sur la prise de position de  François Bayrou pour le rétablissement de l'enseignement de l'histoire en Terminale scientifique, nous avons reçu de nombreuses réactions : "Que disent les autres ?", "Doit-on voter pour François Bayrou ?", "Avez-vous reçu une proposition pour devenir le prochain ministre de l'Education nationale de François Bayrou ?"...

 

Je tiens à rassurer les fidèles lecteurs de cette chronique, je n'ai pas l'intention pour l'instant de retirer ma candidature à l'élection présidentielle française.

Si plusieurs concurrents commencent à redouter la force de notre mouvement, ils se contentent pour l'instant de piller quelques points de notre programme sans pour autant s'emparer de l'ensemble de nos propositions.

 

A l'extrême gauche, Jean-Luc Mélenchon s'est également exprimé sur l'histoire à l'occasion de  ses voeux à la communauté éducative le 30 janvier 2012 :

 

 

 

Autour de la 56ème minute, Jean-Luc Mélenchon expose ses positions sur l'enseignement de l'histoire :

"S'il faut proposer quelques idées, en voici. (...) Dans les cours, révision générale des programmes pour en expulser le sexisme, rétablissement de tout ce qui concourt à la formation d'une conscience éclairée. Il est absolument inadmissible qu'on ait retiré l'enseignement de l'histoire de certaines branches. Il y sera rétablit. Et, quand il est enseigné, il sera d'abord revérifié. Il n'est pas supportable que par une espèce d'aberration venant de je ne sais qui, on globalise, sous couleur de totalitarisme, la mise dans un pot commun du nazisme et de ses victimes communistes. C'est un attentat contre l'esprit. Nous ne le tolérerons pas. De la même manière qu'il n'est pas acceptable qu'une quelconque génération de jeunes Français ou en tout cas de jeunes qui passent pas nos écoles, une quelconque génération n'ai pas appris au moins une fois de A jusqu'à Z l'histoire de la glorieuse Révolution de 1789. Et bien sûr, des autres révolutions populaires qui ont été les étapes de la construction de notre pays. Exact, la commune".

 

Jean-Luc Mélenchon s'engage donc sur le rétablissement de l'histoire en terminale S... mais à quel prix ?

Doit-on comprendre dans son discours qu'il envisage de devenir le grand ordonnateur des programmes de l'enseignement publique ? Comment compte-t-il peser sur les orientations des programmes ? Sur les sujets mêmes qui feront l'objet d'une attention particulière ? Ainsi que sur les orientations historiographiques ?

Ne nous voilons pas la face. L'enseignement de l'histoire a toujours été pensé et justifié comme un outil permettant de justifier la République, puis les orientations idéologiques au sein de cette République.Sur le fond, nous souhaitons également que l'enseignement accorde une place plus grande à l'histoire sociale.

Néanmoins, sur la forme, doit-on accepter pour autant qu'un candidat à l'élection présidentielle affirme avec autant d'aplomb qu'il imposera sa marque sur la formation intellectuelle des plus jeunes afin de distiller les idées qui sont les siennes. Est-ce  une conception vraiment démocratique du pouvoir ? Est-ce vraiment la meilleure façon de concourir "à la formation d'une conscience éclairée" ?

 

En d'autres temps et d'autres circonstances, on utilisait un terme précis pour qualifier cette pratique : la propagande.

 

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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 15:09

Mémorice Président

 

Il fallait que cela arrive... les idées défendues dans notre programme électoral viennent d'être pillées par d'autres candidats à l'élection présidentielle.

 

Samedi 4 février, François Bayrou a dévoilé son programme pour l'éducation dans lequel l'histoire occupe une place de choix.

L'ancien professeur agrégé de lettres classiques et ministre de l'Education nationale de 1993 à 1995 a carrément pris position sur les programmes et l'organisation de l'enseignement en histoire.

Selon un article du quotidien Le Monde, il propose non seulement que l'histoire redevienne un enseignement obligatoire en terminale scientifique, mais aussi que la chronologie redevienne la logique organisatrice des programmes.

 

François Bayrou est donc pour le moment le seul candidat a avoir officiellement répondu aux revendications du  manifeste de  l'Association des professeurs d'Histoire-géographie (APHG).

 

Le problème, c'est qu'il n'a pour l'instant pas estimé nécessaire de faire apparaître cet engagement dans son programme officiel.

 


François Bayrou est donc bien rentré dans le débat de l'histoire... mais pas encore vraiment dans l'histoire !

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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 13:14

Mémorice Président

 

J'ai reçu hier soir le coup de fil d'un ami en pleurs. D'un naturel plutôt confiant, qu'on qualifie d'ailleurs volontiers d'arrogant, ce dernier était meurtri par une bien triste affaire.

 

Alors qu'il dissertait librement ce week-end avec des amis de sa famille, il s'est laissé allé à la confidence.

Par malchance, une cousine à la jambe légère était venue accompagnée d'une récente conquête masculine dont on avait pas pris la peine de vérifier l'identité et les attributs à l'entrée de la maison de campagne familiale.

Bien mal leur en a pris. Connaissant les moeurs de la cousine Marine, ils auraient du se douter que l'invité avait la langue généreuse et peu encline à rester sagement dans sa bouche.

 

L'intéressé a donc parlé et répété le secret de famille de mon pauvre ami : "Toutes les civilisations ne se valent pas".

Pas de quoi fouetter le chat de la cousine me direz-vous ! Oui mais... il s'avère que mon ami a quelques responsabilités dans la gestion des cultes de la principauté d'un autre de nos amis.

 

Nous avons dès lors appelé notre ami Brice de Nice qui, remettant sa mèche rebelle face aux tornades qui ont l'habitude de l'entourer, nous a conseillé d'utiliser le traditionnel "coup du contexte". Après tout, le vieux tonton Jacques ne l'a-t-il pas toujours répété : "Plus c'est gros, mieux ça passe !" (en y repensant bien, je me souviens soudainement que tonton Jacques aimait beaucoup la cousine Marine).

Le problème, c'est que la conquête de la cousine est un geek qui ne se déplace jamais sans son IPhone et qu'il avait alors activé la fonction dictaphone (car c'est désormais scientifiquement prouvé, les geek sont tous de gauche, à l'exception de la tante Nadine à qui on ne parvient plus à retirer son Iphone de la main depuis noël). Le petit couplet de mon ami a donc bien pu être replacé dans son contexte :

"Il y a des comportements, qui n'ont pas leur place dans notre pays, non pas parce qu'ils sont étrangers, mais parce que nous ne les jugeons pas conformes à notre vision du monde, à celle, en particulier de la dignité de la femme et de l'homme, a-t-il déclaré. Contrairement à ce que dit l'idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas. Celles qui défendent l'humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient. Celles qui défendent la liberté, l'égalité et la fraternité nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique. En tout état de cause, nous devons protéger notre civilisation."

 

Bref, mon ami était triste de voir son secret de famille ainsi révélé à la face du monde.

Il ne lui restait donc plus qu'à convoquer les neveux Arno et Philippe pour prendre le relais.

Le premier est venu défendre son vieil oncle en proclamant qu'il "dit des choses évidentes. Si la gauche veut faire campagne sur le fait que le nazisme hitlérien ou les talibans valent la civilisation française ou britannique, qu'ils le fassent".

 Le second a poursuivi plus longuement : "C'est justement quand nous n'avons plus eu, dans le passé, cette conscience de la valeur de notre civilisation, que nous avons accepté l'inacceptable. Accepter l'idée que n'importe quelle autre valeur égale les nôtres conduit un jour des hommes à collaborer avec ceux qui mettent des juifs dans des trains, qui déportent des populations entières au goulag, qui réduisent en esclavage, ou qui appliquent la lapidation à des femmes aux motifs que l'on sait (...) Cette supériorité morale de nos valeurs s'est construite avec joies et larmes dans notre Histoire. En nier la valeur, c'est faire le lit des tyrans. GUÉANT est victime d'une chasse aux sorcières par ceux qui n'ont rien retenu des leçons de l'Histoire. Victor Hugo réveille toi, la gauche est devenue folle !". 

Par ces déclarations, les deux neveux viennent de remporter exæquo le  prix Godwin 2012 (du nom de l'inventeur d'une théorie selon laquelle plus un débat dure, plus les probabilité qu'un interlocuteur ait recours à une comparaison impliquant Adolf Hitler ou le régime nazi augmente). Le record a en effet été explosé et devient inégalable puisqu'il n'a même pas laissé le temps à d'éventuels interlocuteurs de réagir. 

 

Devant de tels arguments, les détracteurs de mon ami n'ont donc pas pris la peine de décrypter ses propos. En somme, la pratique du détournement de l'attention utilisée avec succès par le chef de la principauté a été encore particulièrement efficace.

Comment aurait-on pu sinon justifier de tels propos gardés secrètement dans la famille depuis la IIIème République et qui ont permis à l'arrière grand-père de s'enrichir en ouvrant une affaire dans l'Algérie des barbares (c'est-à-dire celle qui n'avait pas encore profité des bienfaits de notre colonisation).

Comment aurait-on pu dissimuler qu'avant de se marier et de faire des enfants, mon ami avait connu quelques aventures homosexuelles avec un américain qui a ensuite publié un ouvrage intitulé "Le choc des civilisations" ? (Ahhhh que ces intellectuels sont assommants à vouloir disserter sur l'oreiller).

Comment aurait-on pu éviter le débat permettant de montrer que la première des intolérances, c'est justement celle qui consiste à croire qu'une civilisation est meilleure que les autres. Qui peut en effet prétendre que la lapidation des femmes est une pratique défendable ? Personne ! Mais qui peut prétendre en même temps que ces femmes ne peuvent trouver refuge en France ? Que leurs voiles représentent un danger pour l'ordre public ? Que leurs enfants qui ont fait des études dans les universités françaises n'ont pas d'autre vocation que de retourner dans leur pays d'origine pour subir le même sort que leurs mères ?

 

Décidément, chaque civilisation a ses propres valeurs... mais aucune n'est encore parvenue à la perfection irréprochable en considérant les autres avec tant d'arrogance.

 

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Mémorice de France


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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 14:05

Mémorice Président

 

Depuis que j'ai commencé à contribuer à ce blog afin de commenter les actualités historico-mémorielles en lien avec l'élection présidentielle française de 2012, je ne cesse de répéter à qui veut bien l'entendre que cette pratique n'est pas réservée à une petite bande d'historiens qui se regarderaient le nombril en comparant les tailles de leurs frises chronologiques.

 

Hier encore, j'essayais d'apporter quelques modestes éléments d'analyse permettant de comprendre en quoi  le discours de Nicolas Sarkozy en mémoire de Jeanne d'Arc n'est pas qu'une tentative de récupération des bulletins catholiques et Front National. Dans la courte biographie que le président de la République dresse de la Pucelle, il est aussi possible de comprendre sa vision du présent et quelques éléments qui constitueront l'ossature de son programme politique.

 

Un peu plus tôt dans la campagne, j'avais relayé et commenté  l'excellent article de Nicolas LEBOURG sur l'héritage historico-mémoriel du Front national renouvelé par Marine Le Pen. Il ne suffit pas en effet d'écouter les discours des chefs de rang ; il faut également comprendre comment la cuisine interne d'un parti accommode sa sauce en fonction d'un passé souvent mouvementé, dissimule l'aigreur d'un évènement peu flatteur par un peu de sel et lie parfois les antagonismes de plus mauvais goût par une épice qui masque toutes les autres saveurs.

N'étant moi-même pas un spécialiste de l'histoire des partis politiques, je traque avec acharnement les travaux de collègues historiens et/ou journalistes pour vous les faire partager sur ce lieu d'échanges et de discussion.

 

Aujourd'hui, c'est au tour du Front de Gauche d'être allongé sur la table de travail (après examen, Jean-Luc MELANCHON confirme qu'il a préféré passer un après-midi chez Drucker et son célèbre canapé rouge... on se demande bien pourquoi !?)

Sylvain BOULOUQUE, "historien et décrypter de la gauche radicale" pour le Nouvel Observateur nous propose des éléments de réflexion très intéressants sur l'héritage historico-mémoriel de ce parti récent (mis en place à partir de 2008).

L'émergence d'une nouvelle coalition électorale nécessite en effet, plus que tout autre parti traditionnel, de réfléchir sur son positionnement idéologique dans les cases de l'échiquier politique français : 

 

1. Un front révolutionnaire

Positionné à l'extrême gauche (puisqu'il rassemble le Parti de Gauche, la Gauche Unitaire, la Fédération pour une alternative sociale et écologique et le Parti Communiste français), le Front de Gauche entretient un lourd héritage révolutionnaire. Sylvain Boulouque nous rappelle d'ailleurs que les tracts et affiches mettent largement en scène cet héritage en rappelant subtilement la prise de la Bastille par le peuple français :

Front-de-gauche-bastille.jpg

 

2. Un nouveau front populaire

Autre héritage évident : celui du Front Populaire de 1936. Le Front de Gauche constitue en effet un cartel visant à rassembler des formations plus ou moins modestes afin de dépasser les particularités et lutter efficacement contre ce qui est considéré comme une menace commune : la politique ultra-libérale.

 

3. Un front pionnier

Le troisième front qui n'est pas envisagé explicitement par Sylvain Boulouque peut-être caractérisé de front pionnier, c'est-à-dire d'une machine qui avance un peu dans tous les sens et qui, pour ratisser large, multiplie les références et héritages historiques.

Ainsi, Jean-Luc Mélanchon revendique régulièrement dans ses discours l'héritage de Jaurès qu'il bataille (probablement à raison d'ailleurs, tant le personnage est riche et complexe) au Parti Socialiste. Néanmoins, Jean-Luc Mélanchon n'oublie pas non plus de mobiliser l'héritage communiste par l'intermédiaire de citations de Jean Ferrat mais aussi, dans le logo du Front de Gauche, d'une étoile à cinq branche qui n'est pas sans rappeler le drapeau soviétique :

   drapeau-sovietique.jpgDrapeau-Front-de-Gauche.png

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Néanmoins, il n'est pas anodin de constater que sur  le site de campagne du Front de Gauche aux Présidentielles de 2012, l'étoile a mystérieusement disparu. S'agit-il d'un simple oubli, d'une simplification d'un logo imposé par des conseillers en communication ou bien d'une modification substantielle des orientations idéologiques du cartel ? Les propositions à venir du candidat Mélanchon nous permettront probablement d'éclaircir ce mystère dans les semaines à venir... à moins qu'il ne continue à surfer sur le mélange (et surtout l'addition) des héritages historiques et mémoriels.

 

D'autres portraits historico-mémoriels de candidats à suivre prochainement... car même si vous allez voter pour Mémorice de France, il n'est pas inutile de connaître ses concurrents.

 

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Mémorice de France

 

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 15:34

Mémorice Président

C'était l'actualité historique et mémorielle de la semaine et il ne nous était pas possible d'éviter le sujet sur ce blog. Vendredi 6 janvier 2012; le président de la République Nicolas Sarkozy s'est rendu dans les Vosges pour honorer la mémoire de Jeanne d'Arc, née vers janvier 1412 à Domrémy.

 

Pourquoi le 6 janvier ?

 Puisque Nicolas Sarkozy s'est fait accompagner d'historiens (qui ont visiblement prêté main forte à Henri Guaino pour l'écriture de son discours), ces derniers ont dû l'informer que la date de naissance exacte de la pucelle n'est pas établie. Quelle logique a donc bien pu guider le président de la République ? L'organisation le lendemain d'une cérémonie par le Front National au pied de la statue parisienne de Jeanne d'Arc, place des Pyramides, peut fournir quelques pistes de réflexion...

Si la dimension éminemment politique d'un tel déplacement présidentiel ne peut être occultée, je pense (comme quoi tout arrive) que le chef de l'Etat a eu raison ! Il n'a d'ailleurs nullement tenté de dissimuler son intention dans son discours, appelant à "ne pas laisser (Jeanne d'Arc) entre les mains de ceux qui voudraient s'en servir pour diviser". Je n'aurais moi-même pas renié son propos lorsqu'il affirme que "Jeanne n'appartient à aucun parti, à aucun clan".

D'ailleurs, la présence du président de la République trouve toute sa légitimité dans le fait que la naissance de la pucelle était inscrite dans  la liste officielle des commémorations établie par le Haut Comité des commémorations nationales (dont la notice bibliographique rédigée par Colette Beaune, l'une des meilleures spécialistes dans ce domaine, ne s'avance pas sur la date du 6 janvier) :

 

 

Cette concession faite, il n'en reste pas moins que le discours du chef de l'Etat est surprenant, voire préoccupant sur plusieurs points :

 

1. Une nouvelle entorse dans le principe de laïcité

Dressant la biographie de Jeanne, Nicolas Sarkozy structure son discours sur les principaux éléments biographiques qu'il ponctue de multiples commentaires. Il décide alors de s'arrêter sur ces voix censées avoir guidé la pucelle vers son destin. Comme à son habitude, plutôt que d'esquiver un sujet glissant, il s'engouffre dans la brèche presque par provocation, si ce n'est encore une fois pour esquisser un clin d'oeil à une frange d'un électorat qu'il tenterait de séduire. Prudent, il commence tout d'abord par dissocier la nature de ces voix, divines pour les uns, républicaines pour les autres. Il n'en demeure pas moins que, ce petit rappel théorique terminé, il finit par choisir son camp en rappelant que Jeanne "incarne les racines chrétiennes de la France". Le principe de laïcité en prend un coup...

 

2. De nouvelles contradictions dans la politique mémorielle de la France

L'évènement étant organisé sous la forme d'une commémoration d'Etat, il est difficile pour le président de la République de ne pas justifier un tel déplacement. Nicolas Sarkozy ponctue alors son discours de petites phrases particulièrement croustillantes :

   - "Commémorer, c'est remercier ; ne pas commémorer, c'est oublier et, au fond, ne pas savoir". 

   - "Il n'y a pas d'avenir pour un pays qui ne sait pas se souvenir ; il n'y a pas d'avenir pour un pays qui oublie d'où il vient".

Doit-on dès lors comprendre que le président de la République s'est repenti et qu'on ne l'entendra plus s'insurger contre cette mémoire qu'il réduit régulièrement à une forme de repentance ? Doit-on supposer qu'en cas de réélection, il acceptera par exemple de commémorer officiellement  la mémoire avortée du massacre du 17 octobre 1961 ? J'en doute malheureusement. Le régime mémoriel de Nicolas Sarkozy, c'est toujours celui des héros, des grandes figures à la mode qui, dans sa lecture personnelle de l'histoire, ont participé à la construction de l' "identité de la Nation".

 

Je persiste à croire que c'est en décryptant la lecture historique d'un individu qu'on parvient à mieux le comprendre. Dans le cas de Nicolas Sarkozy, c'est particulièrement révélateur. Ce qui l'intéresse dans Jeanne d'Arc, c'est l'histoire de cette jeune fille modeste, n'ayant même pas appris à lire (surtout pas la Princesse de Clèves), et qui est pourtant parvenu à s'imposer comme une icône dans l'Histoire de France. Il s'émerveille d'ailleurs dans son discours devant ce "lien tissé mystérieusement au travers des siècles", rêvant probablement d'un destin similaire.

Ce que Nicolas Sarkozy n'a cependant pas compris, et ce que la lecture superficielle de ses fiches ne pourra jamais lui apprendre, c'est que Jeanne d'Arc n'a pas traversé les siècles aussi simplement que son discours essaie de le faire croire. Son histoire est le fruit d'une longue construction mémorielle qui varie dans le temps et dans l'espace comme l'a formidablement bien montré Michel WINOCK dans le tome III des Lieux de Mémoire dirigé par Pierre Nora (p. 4427).

Nicolas Sarkozy, en voulant incarner la France dans le faste et les dorures, ne représente encore une fois que lui-même et sa conception d'une histoire héroïsante et "bling-bling", d'une histoire qui  pervertit les plus grandes figures historiques en historock, d'une histoire qui méprise le reste du peuple français tout juste bon à donner la claque devant des discours et des spectacles sans valeur.

 

Plus que jamais, ma candidature est utile.

 

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Mémorice de France

 

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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 08:52

Mémorice Président

 

Nous avons longuement hésité avec Mémorice de France afin de savoir qui devait réagir sur ce blog aux avancées récentes et précipitées à propos du génocide arménien. Nous avons finalement décidé de nous associer une fois de plus pour écrire un article commun, tant le sujet allie une dimension électoraliste et dédaigneuse de l'Histoire.

 

Inutile de feindre un faux suspens, nous sommes tous les deux contre cette loi ridicule et significative du quinquennat qui se termine. Avant d'avancer nos arguments respectifs, il nous semble nécessaire de renvoyer ici nos lecteurs au texte qui, bien que discuté partout et par tous, a visiblement rarement été lu.

 

 

Un argumentaire aberrant

Nous sommes particulièrement surpris de constater que les députés qui présentent cette loi justifient strictement leur initiative par la transposition inéluctable de la législation européenne. Cela manque un peu de panache !

Il faut reconnaître que les députés ont du mal à justifier leur initiative autrement que par une demande électoraliste (malgré les contestations faussement offusquées de la majorité et du ministre des Affaires Européennes Jean-Philippe Leonetti). En France, en Europe et jusqu'en Turquie, personne n'est dupe de cette stratégie et pourtant, les dirigeants politiques français continuent à pratiquer la langue de de bois dans un mépris total de leurs électeurs.

Les socialistes aussi sont tombés dans le piège tendu par Nicolas Sarkozy. A l'approche des présidentielles, ils ne peuvent guère se détourner d'un potentiel électoral estimé à plus de 400 000 personnes. La stratégie initiale de François Hollande consistait justement à dénoncer les promesses non-tenues de son principal concurrent. Avec l'accélération du calendrier imposé par Nicolas Sarkozy, il n'a d'autre choix que de le soutenir en espérant ainsi neutraliser l'effet d'aubaine pour le président sortant.

 

Soyons honnêtes, à qui peut bien s'adresser une telle loi si ce n'est à la communauté arménienne française ? Malgré une recherche acharnée, aucun journaliste n'est parvenu à trouver en France le témoignage d'une personne qui revendique son négationnisme. Il est donc peu probable que des condamnations soient prononcées tant le phénomène négationniste est minoritaire autour de cette question. Au contraire,  les interviews menées jusqu'en Turquie montrent que la plupart des habitants sont conscients qu'il s'agit d'un problème purement politique et ils n'hésitent pas à reconnaître que leur pays devrait réfléchir à une reconnaissance.

Dans ces conditions, la loi n°2001-70 du 29 janvier 2001 relative à la reconnaissance du génocide arménien de 1915 n'était-elle pas suffisante ? Avions-nous vraiment besoin d'ajouter un volet répressif à une reconnaissance officielle de la République française

 

Autre problème posé par cette argument : il va falloir se tourner désormais auprès de nos 26 partenaires européens pour leur demander d'adopter une loi similaire. S'il s'agit vraiment d'un impératif communautaire, comment expliquer que la France soit l'un des rares pays à adopter une disposition aussi répressive ?

 

Une loi précipitée et irrationnelle

Sur la forme, nous nous étonnons de la précipitation avec laquelle cette loi a été votée à l'Assemblée nationale. Alors que la  loi Gayssot a suscité (et suscite encore) d'innombrables débats, oppositions et polémiques, les députés qui proposent cette nouvelle disposition législative ont préféré précipiter le dossier plutôt que d'amorcer une véritable réflexion réclamée par tous.

 

Il est d'ailleurs surprenant de constater que parmi les défenseurs actuels de cette nouvelle loi liberticide, on retrouve les pourfendeurs d'hier de la version Gayssot. En 1990, le projet était en effet présenté par une majorité de gauche. Les députés de droite n'avaient alors pas de mots assez durs pour condamner cette initiative. Parmi eux, le Premier ministre-adjoint François Fillon qui aujourd'hui se contente d'un docile silence face aux caprices de son Premier ministre - Président Nicolas Sarkozy.

 

Qu'advient-il également dans ce contexte des conclusions de  la mission parlementaire présidée par Bernard Accoyer qui recommande depuis 2008 que le Parlement n'adopte plus de telles lois dans un souci d’apaisement et de réconciliation autour du passé ? Les travaux de réflexion et de consultation n'ont-ils donc aucune valeur face à la volonté solitaire d'un Président en campagne ?

 

Dans cette précipitation, qui s'est soucié de la constitutionnalité d'un tel texte législatif ? Depuis quelques jours, les sénateurs Robert Badinter (PS) et Jean-Jacques Hyest (UMP) tentent de rappeler le risque d'"irrecevabilité constitutionnelle de ce type de proposition ou projet de loi". En vain. Si tel était le cas, ce serait un véritable fiasco pour la Présidence. Les initiateurs de cette nouvelle proposition ont en effet un peu trop vite oublié qu'une loi similaire a été très récemment bloquée au Sénat par un processus d'exception irrecevabilité. Qu'est-ce qui permet aujourd'hui au législateur de croire qu'il n'en sera pas de même ? N'est-ce d'ailleurs pas justement l'une des facettes de la stratégie électoraliste visant à rendre encore plus éblouissant l'engagement présidentiel ?

 

Des conséquences économiques et politiques bien réelles

En attendant le dénuement des débats, les conséquences annoncées par la Turquie sont déjà nombreuses et inquiétantes. Recep Tayyip Erdogan a annoncé la suspension immédiate des visites politiques bilatérales et de la coopération militaire avec la France. Les navires de guerre français sont désormais interdits d'entrer dans les ports turcs et les avions de l'armée devront demander une autorisation avant de pénétrer dans son espace aérien. L’ambassadeur turc à Paris a été rappelé et, par mesure de réciprocité, l’ambassadeur français devrait faire de même.

Pour l'heure, la Turquie en reste à ce stade en termes de sanctions diplomatiques mais Ankara a déjà prévenu qu'elles seraient suivies de sanctions économiques si le texte était adoptée au Sénat. Les précédents dans ce domaine nous invitent à prendre très au sérieux de telles menaces.

En 2001, au moment de l'adoption du texte sur la reconnaissance du génocide arménien, la Turquie avait interrompu les négociations avec les entreprises françaises sur le marché du gazoduc Nabucco et avait bloqué l'entrée de Gaz de France dans le projet en 2008.

En 2006, lors de l'adoption de la proposition de loi sanctionnant la négation du génocide, Ankara avait gelé sa coopération militaire avec Paris. L'espace aérien turc avait été fermé aux avions militaires français qui allaient en Afghanistan.

Alain Juppé n'a d'ailleurs pas manqué de rappeler que la Turquie venait de commander 100 Airbus et qu'il y a 1.000 entreprises françaises en Turquie dont Axa et Renault qui y possède l'un de ses plus grand site de production.

Sarkozy espère-t-il rattraper le coup après sa réélection comme il l'avait fait en 2007 avec la Libye ? Devrons-nous accepter qu'Erdogan vienne nous ridiculiser sur notre propre territoire comme l'avait fait Kadhafi ? Doit-on imaginer qu'il puisse se faire photographier devant des tableaux de Robespierre, Carnot ou Barère, rappelant que les trois chefs révolutionnaires ont commis des documents qui permettraient à certains historiens d'affirmer que la France aurait commis un génocide vendéen

 

De telles conséquences sont absolument dramatiques pour la France et montrent l'inconsistance de Nicolas Sarkozy à l'approche des élections présidentielles. Ces promesses qu'il reconduit à la fin de son mandat ne sont pas neuves. En 2007, il avait proféré les mêmes menaces à l'encontre de la Turquie et s'était engagé  personnellement auprès du Conseil des organisations Arméniennes de France. Une fois élu, il était parvenu à enterrer plus ou moins discrètement ce dossier. Or, le candidat d'hier ne semble pas parvenir à gérer parfaitement la confusion des genres qu'il entretient lui-même entre son mandat actuel et et ses prétentions futures. A trop vouloir jouer au candidat, il en oublie parfois qu'il est encore président et que ses paroles et décisions ont beaucoup plus de poids que celles lancées sur le ton de la promesse au cours d'un meeting. S'il s'avisait à reconduire toutes ces remarques sur la démocratie en Russie, en Lybie ou au Venezuela, nous risquerions de nous retrouver rapidement très isolés.

 

Quoi qu'il en soit, la tension monte et elle ne sera pas sans conséquence. Nous avons été beaucoup amusés par la réponse du Premier ministre turc Erdogan qui accuse depuis vendredi 23 décembre la France d'avoir commis un génocide en Algérie. A la veille du cinquantenaire des Accords d'Evian qui va impulser une inflation éditoriale tout au long de l'année 2012, la question ne manque pas de piquant. Elle est bien entendue provocatrice mais elle a finalement le mérite de replacer la polémique sur le terrain de l'histoire. Elle montre que n'importe quel homme politique, au gré des tensions diplomatiques, peut s'amuser à semer la pagaille en pointant le passé national peu glorieux de son interlocuteur. A ce jeu, tout le monde peut gagner... mais seul les historiens peuvent se prévaloir du titre d'arbitre.

 

Il aurait peut-être été bon de les interroger dans ce domaine. Ils n'auraient probablement pas démenti la déclaration de Robert Bandinter : "Ce n'est pas aux parlementaires de dire l'histoire. Moins encore aux parlementaires français quand il s'agit de faits qui ont été commis en Asie mineure […] il y a un siècle, où il n'y a eu ni victime ni complicité française. Ça ne concerne en rien la France".
Encore une fois donc : laissons les historiens faire leur travail !

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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 09:11

Mémorice Président

Les candidatures se multiplient et le spectre d'un 21 avril (à l'endroit ou à l'envers) ne cesse d'être évoqué partout, par tous.

Avec tant de candidats, je me suis toujours demandé s'il était encore crédible d'évoquer un sens. Après tout, le but d'une telle partie n'est-il pas justement de ne plus savoir où donner de la tête ? De ne plus savoir dans quel sens vous allez puisque vos partenaires sont autant à gauche qu'à droite, devant et derrière ?

Le but ultime étant bien entendu toujours de niquer les extrêmes qui, relégués en début et en fin de peloton, ne pourrons jouir d'une position très confortable.

Ahhhhh si DSK ne s'était pas fait prendre à commencer la partie avant les autres, il aurait probablement mis son expérience à contribution pour donner un peu d'ordre dans ce qui ressemble pour l'instant à une débandade !

 

Le 21 avril disais-je. Cette date suffirait presque à justifier notre candidature. Elle est devenue un argument, un leitmotiv, voire une excuse pour les candidats trop faibles qui n'ont pas le courage de se lancer, mais aussi pour les plus forts qui peuvent ainsi imposer leur monopole.

Cette date est révélatrice de notre régime d'historicité qui se complaît dans un présentisme journalistique peu favorable à une réflexion de fond.

Cette date, finalement peu reluisante à l'échelle de l'histoire pluriséculaire de la France, a laissé un goût amer au bout des doigts de la plupart d'entre nous. Après plusieurs mois d'une partie insouciante où nous nous étions amusés sans nous protéger dans nos ébats et nos débats, nous étions contraints de nous diriger, penauds et confus, la queue entre les jambes, vers l'isoloir qui allait sceller notre destin dans une thérapie de choc.

 

Qu'est-ce donc que le 21 avril finalement ?

Pour moi, c'est la date légendaire de fondation de Rome en 753 avant JC. Certes, c'est éloigné chronologiquement et géographiquement ; mais n'est-ce pas plus réjouissant d'imaginer un avenir dans lequel un petit bout de la planète, pauvre et modeste, mais déjà riche culturellement et ambitieux, est parti à la conquête d'une nouvelle puissance.

Le 21 avril, c'est aussi le jour où Aristide Briand, talentueux et imposant président du Conseil dans les années 1920, a présenté avec son homologue allemand en 1928 un projet de traité visant à rendre la guerre hors-la-loi. Plutôt que de se réunir inlassablement pour tenter de panser des blessures économiques qu'ils ont contribué à ouvrir en jouant avec insouciance avec leurs camarades banquiers et patrons, ne pourrait-on pas imaginer que le couple Merkozy prenne un peu de hauteur et propose un traité plus ambitieux.

Le 21 avril, c'est aussi le droit de vote accordé aux femmes française en 1944, après de trop longues années de retard.

Le 21 avril enfin, c'est aussi la présentation par Condorcet à l'Assemblée Constituante d'un projet de décret général sur l'organisation de l'instruction publique.

Alors finalement, est-ce bien utile de retenir cette date du 21 avril 2002 qui a contribué à instaurer un climat de peur dans le pays sous l'ombre d'un homme qui n'a jamais rien compris au passé et qui entendait nous enfermer dans un avenir peu réjouissant ? Le ressasser sans cesse ne contribue-t-il pas à lui conférer une importance qu'il ne mérite pas ? Ne peut-on pas se doter de symboles plus positifs et encourageants ?

 

Un programme tourné vers l'avenir pour comprendre le présent, et réinventer le futur. Voilà mon programme résumé en une phrase qui fixe sa ligne directrice.

Je suis souvent amusé, parfois agacé, d'entendre mes concurrents présidentiables proposer des mesurettes qu'ils présentent toujours comme révolutionnaires, voire magiques. 

Si l'on fait un peu de tri dans notre mémoire sélective (et surtout si on veut bien arrêter de la laisser au contrôle de certains médias), on pourra ouvrir d'un air amusé l'album des présidentielles de 2007. Ah, que de bons souvenirs ! La belle et blanche Carla n'était pas encore délivrée de son château Faraghi sur la pointe du Cap Nègre, mais les sept nains s'affairaient déjà à construire le scénario parfait du conte de fée. La croissance ? Simplet ira la chercher avec les dents ! Les sans-abris ? Prof avait trouvé LA solution pour les supprimer d'un coup de baguette magique des rues du royaume ! La délinquance ? Grincheux s'en occupait déjà depuis des années et il allait pouvoir l'éradiquer définitivement grâce à ce nouveau quinquennat servi sur un plateau d'argent.

Hélas, les Français ont trop vite oublié leurs cours de littérature où il est rappelé qu'on n'écrit pas de bonnes histoires sans élément perturbateur et sans péripéties. Et là, patatra... la méchante sorcière Crisis est sortie du bois !

 

Mon programme propose aux Français d'éviter de se faire encore raconter des histoires comme à des enfants qu'on essaie d'endormir, pour mieux se tourner vers l'Histoire qui les responsabilise et les fait réfléchir.

Quitte à en décevoir quelques uns, j'affirme qu'il n'est pas possible pour un seul homme de trouver une solution miracle à tous les problèmes, tel un génie qui aurait une nouvelle idée tous les matins en se rasant (J'ajoute au passage que certains auraient mieux fait de se laisser pousser la barbe. Tout le monde sait que c'est un symbole de sagesse).

Plutôt que des idées et des réformes ponctuelles qui n'auraient déjà plus aucune valeur le lendemain matin puisque les marchés financiers se réveillent souvent du mauvais pied, que les collaborateurs internationaux changent aussi régulièrement qu'en France, je préfère proposer aux Français une ligne directrice, un chemin stable où les guides seraient mieux renseignés qu'un âne au milieu d'une forêt tropicale. 

 

Pour cela, j'ai déjà commencé à réfléchir à une équipe que je souhaite vous faire partager. En effet, j'ai toujours trouvé assez curieux de voter pour un seul homme sans vraiment savoir comment ensuite, par le jeu des tractations politiciennes, il distribue le pouvoir aux plus dociles ou aux plus offrants, sans réel souci de qualifications.

 

Voici donc les premières ébauches d'une équipe appelée à s'élargir et s'étoffer au gré des compétences, des envies et des spécialités. L'idée principale de ce gouvernement est d'assurer le plus souvent possible un binôme à la tête de chaque ministère, associant un historien et un spécialiste issu d'un autre corps professionnel, favorisant ainsi les débats, l'expérience et la réflexion. 

Certains ministères ont été regroupés, d'autres disparaissent, et certains apparaissent.

Enfin, quelques ministères demeurent pour l'instant orphelins et nos lecteurs pourront proposer quelques noms. 

 

Robert-Frank.jpgAu ministère des Affaires Etrangères et Européennes : Robert FRANK

 

 

 

 

 

 

 

 

Patrick-Garcia.jpg

 LAURENCE-DE-COCK.jpgAu ministère de l'Education Nationale, de la Recherche et de la Culture : Patrick GARCIA et Laurence DE COCK

 

 

 

 

 

 

 

Antoine-PROST.jpg  Yves-LESCURE.jpgAu ministère de la Défense et des Anciens Combattants et Victimes de Guerre : Antoine PROST et Yves LESCURE 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Emmanuel-TODD.jpgAu ministère du Travail : Emmanuel TODD

 

 

 

 

 

 

Jean-Noel-JEANNENEY.jpg   Francois-REYNAERT.jpgAu ministère des Médias et de la Communication :  Jean-Noël JEANNENEY et  François REYNAERT (dont je vous conseille au passage les articles dans le Nouvel Observateur. Vous ne pourrez plus vous en passer)

 

 

 

 

 

 

 

 

Au ministère du bonheur et des plaisirs : Alain CORBINAlain-CORBIN.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

christophe-studeny.jpgAu ministère des Sports :  Christophe STUDENY (proposé par Ernst pour ses travaux sur la vitesse et les déplacements - agrégé d'éducation physique et sportive)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marc-Boninchi.jpgphilippe-maurice.jpgAu ministère de la Justice :  Marc BONINCHI et  Philippe MAURICE (proposé par Ernst et dont je viens de découvrir la vie absolument incroyable)

 

 

 

 

 

 

 

Au ministère de la Santé :

 

Au ministère de l'Agriculture :

 

Au ministère de l'Economie et du Budget Durables :

 

 

 

Cet organigramme sera complété progressivement au fil des propositions et consultations.

 

Pour écrire ensemble l'histoire, sans perdre la mémoire

Mémorice de France

 

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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 08:03

Mémorice Président

 

Depuis quelques jours, la polémique ridicule ne cesse de se développer au détriment des principaux intéressés, nos voisins, amis et alliés Allemands, que personne n'est allé consulter.

 

Devant le tollé suscité au sein du gouvernement par les propos malheureux d'Arnaud Montebourg, difficile d'ignorer d'où l'incendie est parti.

Interrogé mercredi 30 novembre sur Public Sénat et France Info, le président du Conseil Général et député de Saône-et-Loire a dénoncé la "politique à la Bismarck" de la chancelière allemande Angela Merkel, qui est selon lui en train de "tuer elle-même la zone euro". Selon ces mots, la crise actuelle relèverait d'une question de "nationalisme allemand" dans laquelle la dirigeante construirait "la confrontation pour imposer sa domination".

 

 


Depuis, le nouveau jeu des journalistes et politiques consiste à ressortir des placards les casseroles des uns et des autres, afin de pouvoir se décerner mutuellement la palme de la germanophobie.

Le plus gros poisson dans cette pêche à l'absurde revient à Nicolas Sarkozy qui, durant la précédente campagne présidentielle en 2007, s'était illustré par des propos déjà très hasardeux dans lesquels il était difficile de ne pas saisir ses clins d'oeil nerveux dirigés vers l'est.


L'épisode est encore plus savoureux quand on prend connaissance des propos du chef de l'Etat dans l'interview qu'il a accordé au journal Le Monde lundi 12 décembre 2011. 
Comme un bon candidat non-déclaré, l'actuel président commence d'abord par taper sur ses opposants :
"Quant au mot de capitulation que j'ai entendu employer par certains, tout ce langage guerrier qui fleure bon le nationalisme d'antan, laissez-moi vous dire ce que j'en pense : je me sens français au plus profond de moi-même, mais mon amour de la France ne m'a jamais conduit à accuser nos voisins, nos alliés, nos amis. Et ceux qui cherchent à nourrir la germanophobie se déconsidèrent".

Les journalistes le renvoient alors courageusement à ses propos malheureux à l'encontre de l'Allemagne. L'intéressé a alors cette réponse absolument hallucinante :
"Les Allemands ont assumé leur histoire avec courage et lucidité. Nous n'avons rien à leur reprocher".

Ce que M. Sarkozy oublie un peu trop vite,c'est que ses propos s'inscrivaient justement dans le cadre d'une série de discours visant à marquer sa rupture avec la repentance. Selon lui, la France n'avait pas à rougir de son histoire (contrairement à son voisin germanique) et il fallait relever fièrement et orgueilleusement la tête plutôt que de la baisser en signe de recueillement et de respect. 
C'est probablement pourquoi il n'a pas hésité, à l'occasion des commémorations de la chute du Mur de Berlin en 2009, à diffuser une photgraphie de lui, tête haute et tournée vers l'avenir, en expliquant qu'il était présent pour ce moment historique et que tout son destin le portait alors à devenir un acteur de l'histoire... quitte finalement à réécrire un peu cette histoire qui ne lui laissait pas assez de place à son goût ! Nos voisins allemands n'ont pas vraiment apprécié la manipulation...
NicolasSarkozyMurBerlin.jpg

Dès lors, difficile aujourd'hui de comprendre ce qu'il entend par "assumer son histoire" : pense-t-il que l'Allemagne a arrêté de s'excuser ? A-t-il lui-même changé d'avis sur la question ? Ou bien tente-t-il tout simplement d'adapter son discours au gré des circonstances et des opportunités en espérant que personne ne le remarquera trop... ? 

Face à de telles agissements de part et d'autres de l'échiquier politique français, j'invite donc tous les citoyens français et allemands à s'unir derrière une candidature qui défend le respect et la paix des ménages dans le couple franco-allemand : la candidature de Mémorice de France.

Pour écrire ensemble l'histoire, sans perdre la mémoire
Mémorice de France

Actualisation : Un ami et sympathisant Mémoricien me rappelle une intervention particulièrement croustillante de Christian Estrosi le 26 novembre 2009 dans le cadre du débat sur l'identité nationale. C'est une véritable perle que je vous laisse découvrir :

Si vous aussi vous souhaitez faire partager des telles trouvailles pour illustrer cet article, n'hésitez pas à nous écrire !


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