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  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 17:16

Mémorice PrésidentDemain, lundi 5 décembre 2011, quelques uns des plus grands historiens français seront réunis dans une même salle pour un exercice académique essentiel dans la carrière d'un historien : son habilitation à diriger des recherches.

 

Ainsi, Pascal ORY (Université Paris I-Sorbonne), Christian GRATALOUP (Université Paris VII – Denis Diderot), François HARTOG (EHESS), Bogumil JEWSIEWICKI (Université Laval, Québec, Canada), Henry ROUSSO (IHTP-CNRS) et Jean-François SIRINELLI (Sciences Po) vont écouter pendant quelques minutes une synthèse des travaux d'un de leurs collègues pour lui permettre ensuite d'encadrer de nouveaux doctorants promis à un brillant avenir intellectuel.

 

Le jury est particulièrement prestigieux car le candidat l'est aussi : il s'agit en effet de Patrick GARCIA que tous les étudiants en histoire connaissent pour l'ouvrage historiographique et épistémologique incontournable qu'il a dirigé avec Christian Delacroix et François Dosse : Les courants historiques en France XIXe-XXe siècles. 

Les-courants-historiques.gif

 

Si nous relayons cette information sur ce blog, ce n'est pas seulement parce que Patrick Garcia a bercé nos études d'histoire. C'est aussi parce qu'il est un brillant historien qui a consacré son doctorat à l'étude du Bicentenaire de la Révolution française. L'un de ses domaines de recherche concerne donc la commémoration et les usages publics du passé.

Son habilitation sera d'ailleurs l'occasion pour lui de présenter un essai inédit intitulé : Grammaires de l’incarnation. Les Présidents de la République et l’histoire (1958-2007). 

 

Vous vous doutez donc bien, chers lecteurs, qu'avec un tel CV, les deux auteurs de ce blog se sont réunis pour saluer et féliciter l'impétrant.

Ils espèrent avec impatience que le contrat a déjà été signé avec un éditeur et que l'ouvrage sera bientôt sur les rayons des meilleurs libraires. 

De plus, ils pensent que Patrick Garcia aurait beaucoup de réflexions très intéressantes à partager sur la présidentielle à venir du fait de ses travaux.

Les pages de ce blog et l'équipe de Mémorice lui sont ouvertes.

 

Mickaël Bertrand et Mémorice de France


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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 17:09

Mémorice Président

 

Je ne suis visiblement pas le seul à penser que l'enjeu de la prochaine éléction présidentielle est historique. Tout dépend maintenant de la signification que chacun place derrière ce terme. 

 

Cette semaine dans Libération, l'humoriste-trublion Stéphane Guillon s'est essayé à un exercice intéressant qu'il était impossible de ne pas relayer sur ce blog (à lire ici).

Dans un billet intitulé Le quiquennat de la mort, il dresse la situation d'un séminaire d'historiens et sociologues se réunissant le 6 mai 2032 pour débattre 30 ans après de la victoire de Nicolas Sarkozy aux élections présidentielles.

 

En sciences humaines et sociales, cette pratique a un nom : il s'agit d'histoire contrefactuelle ou d'uchronie. Certains tentent même depuis quelques temps d'en faire un champ disciplinaire reconnu et un renouvellement historiographique capable de redonner un peu de vie à une discipline qui ne cesse de s'essoufler, jusqu'à en faire tomber les dernières miettes du haut de la falaise (Je me dois de préciser ici que le responsable de ce blog a tenu à ajouter ce paragraphe en m'expliquant que ses lecteurs François Dosse et Roger Chartier comprendraient... Si tel est le cas, merci de m'expliquer !)

 

Bref, je reprends le contrôle de la plume pour préciser que si Stéphane Guillon souhaite reproduire l'exercice, il est le bienvenu dans notre équipe de campagne. Son article s'inscrit en effet parfaitement dans la logique de ma candidature.

La question qu'il place dans la bouche de nos futurs enfants est d'ailleurs particulièrement pertinente (le "nos" étant ici théorique et généralisant ; Stéphane et moi-même n'avons pas encore consommé notre union) :

«Comment nos parents ont-ils pu se faire b… une seconde fois ?» 

Certes, je vous accorde que nos enfants finiront forcément un jour par prononcer cette phrase, que ce soit pour commenter l'élection présidentielle de 2012, les négociations économiques et écologiques en cours et à venir, ou bien la dernière énormité qu'ils viennent de nous faire avaler pour mieux nous cacher qu'ils vont à une Hell Party, écouter du Sanmon et absorber du Cuicui (inutile d'aller chercher sur Google, tous ces noms viennent d'être inventés pour coller avec l'uchronie que je vous distille progressivement depuis quelques lignes).

Sous une formulation un peu rustre, ce que l'humoriste essaie donc de nous faire comprendre relève d'une réflexion sur la postérité. Eh oui ! Vous ne vous en étiez peut-être pas rendu compte à la lecture de son billet, mais Guillon a chatouillé votre intellect au plus profond et révélé votre capacité à mettre en lien le passé, le présent et le futur.

 

Le passé tout d'abord. Qui se souvient encore des vacances indécentes sur le yacht de Bolloré ? De la soirée au Fouquet's ? Des rolex ? Du plan com' autour d'une rencontre dysneylandisé avec Carla ? De son silence parallèle face aux affaires qui n'en finissent pas, d'Hortefeux à Woerth en passant par Amara ? Qui se souvient de ses promesses de campagne ? De son assurance en parlant d'une République irréprochable ? De son orgueil à affirmer qu'on ne serre pas la main à un dictateur ? De son mépris enfin en promettant que personne ne logerait plus dehors sous sa présidence ?

 

Le présent, lui, sera bien tourmenté dans les prochaines semaines. La crise, ce mot tellement insignifiant pouvant désigner autant la fin du monde qu'une dispute conjuguale, sera sur toutes les lèvres. Et pendant ce temps bien sûr, il ne sera pas question de regarder dans le rétroviseur. La situation tragique (ou présentée comme telle) nous obligera à regarder droit devant, à fixer un cap, quitte à resserer parfois les oeillères pour ne pas trop voir ceux, nombreux, qui seront alors laissés au bord de la route.

 

Le futur sera quant à lui présenté comme rayonnant, resplendissant ; que dis-je, éblouissant ! La gauche, le centre, la droite et leurs extrêmes respectifs voudront nous faire croire qu'ils détiennent LA solution à tous nos problèmes. C'est de bonne guerre et c'est le principe de la politique : essayer de faire croire aux citoyens que tout peut-être réglé en quelques propositions infantilisantes quand on sait pertinnement que le monde est bien plus complexe.

 

Moi, Mémorice de France, je vous exhorte de voter pour celui qui ne vous méprise pas suffisament au point de penser qu'il faille caricaturer le monde au même niveau que les histoires que vous raconter chaque soir à vos enfants. Dans les deux cas, c'est le même but qui est recherché : l'endormissement.

Moi, Mémorice de France, je vous conseille de relire votre histoire pour ne pas reproduire les mêmes erreurs que nos prédecesseurs.

Moi, Mémorice de France, je vousinvite à rejointe mon mouvement et à soutenir ma candidature.

 

Pour écrire ensemble l'histoire, sans perdre la mémoire

Mémorice de France

 

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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 14:50

Mémorice Président

 

Jamais je n'aurais pensé en me lançant dans cette campagne présidentielle devoir travailler autant pour réagir aux propos de mes concurrents.

 

Je ne vois que deux explications à cette inflation des propos historico-mémoriels :

   1. Mes concurrents se sont ligués contre ma candidature qu'ils jugent vraiment trop dangereuse (et ils ont raison de le croire).

    2. La campagne présidentielle constitue un moment particulièrement fort durant lequel les candidats tentent d'incarner le plus fidèlement possible le pays qu'ils prétendent diriger. Dès lors, le recours à l'histoire est utilisé comme un outil visant à rassembler la communauté nationale. 

 

La dernière "petite phrase" en la matière n'est pourtant pas sortie de la bouche d'un candidat mais d'un de ses proches qui l'a soutenu et qui fait désormais partie de son équipe de campagne : il s'agit de Gérard Collomb, sénateur-maire de Lyon et désormais  chargé des relations avec les entreprises et les grandes villes dans la campagne de François Hollande.

 

Cette semaine, dans le Parisien-Aujourd'hui du mardi 22 novembre, l'intéressé a déclaré à propos de l'accord PS/EELV qu'il s'est "toujours battu contre les khmers rouges" et qu'il refusera par conséquent de plier devant les "khmers verts" et leur "terrorisme intellectuel". Les écologistes apprécieront !

 

J'ai immédiatement convoqué mes conseillers en communication pour préparer une réaction à cette déclaration qui m'a fait renverser mon café sur mon écharpe tricolore (Je l'ai discrètement emmené au pressing avant de croiser Michelle Alliot-Marie...  de peur qu'une telle maladresse soit interprétée comme un outrage au drapeau).

J'ai alors été surpris par la tempérance d'un de mes conseillers face à ce raccourci historico-mémoriel : "Tu sais Mémorice, il faut être percutant, trouver des phrases chocs, interpeler l'esprit des électeurs. C'est ça la stratégie de Gérard et des autres ! Et ça marche : il fait la Une des Journaux ! ".

Fichtre ! Diantre ! Faut-il résolument accepter les règles de la nouvelle communication politique ou est-il encore possible de parler à l'intelligence des électeurs plutôt qu'à leur "esprit"  aussi volatile qu'une réforme du quinquennat ?

 

Nous nous sommes donc mis au travail pour demander quelques explications au maire de Lyon :

   1. Que veut-il dire par : "Je me suis toujours battu contre les Khmers rouges" ? A-t-il fait son service militaire au Cambodge ? A-t-il participé à des actions internationales contre ce mouvement militaire entre 1975 et 1979 ? Ou bien se contente-t-il d'enfoncer des portes ouvertes en condamnant a posteriori ce que beaucoup ont regardé sans broncher à l'époque ?

   2. Est-il conscient de la comparaison hasardeuse et outrageante qu'il commet autant à l'encontre d'EELV que des victimes de ce régime sanguinaire ? Ne le regrette-t-il pas ?

 

La comparaison historique est en effet une pratique courante chez les hommes politiques. Parfois, elle peut être éclairante ; souvent, elle est absolument abusive et ne sert que des intérêts immédiats et électoraux.

 

Le dernier a avoir publiquement mobilisé l'histoire des khmers rouges s'appelle François Devoucoux du Buysson. En 2003, il a publié un ouvrage intitulé Les Khmers roses, Essai sur l'idéologie homosexuelle (Editions Blanche).

Khmers-roses.jpg

 

L'auteur le reconnait lui-même aujourd'hui, son livre a été boudé par le plupart des médias et librairies alors que son travail pose (avec une tonalité certes dérangeante et parfois polémique) des problématiques intéressantes. Le maire de Paris, Bertrand Delanoé, avec qui l'auteur semble entretenir des relations plutôt tendues, n'a visiblement guère apprécié la comparaison qui le plaçait métaphoriquement à la tête d'une communauté prête à tout pour s'emparer du pouvoir. 

 

Aujourd'hui, des amis de la victime semblent s'être emparés de l'arme qui les menaçait jadis. Ne serait-il pas judicieux que Bertrand Delanoé intervienne auprès de son collègue et ami Gérard Collomb afin de lui faire retrouver raison ?

 

Pour écrire l'histoire, sans perdre la mémoire

Mémorice de France

 

Mémorice De France a désormais sa page Facebook (cliquer ici) et sa page Twitter (cliquer ici) sur lesquelles vous pouvez réagir à ses propositions, discuter et lui soumettre des idées. 


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22 novembre 2011 2 22 /11 /novembre /2011 12:31

Mémorice Président

 

 

 

 

 

Comme tout bon candidat qui se prépare à l'échéance présidentielle, j'étudie avec précision les propositions et inflexions idéologiques de mes concurrents.

 

Ce week-end, c'était au tour de  Marine Le Pen de se lancer officiellement dans la course. Pour les plus courageux, je vous propose d'écouter son discours retransmis par la chaîne parlementaire :

 

 

 

 

 

 

 

 


Il ne s'agit pas pour moi de me prononcer ici sur les propositions économiques et sociales d'un parti qui a encore présenté récemment des candidats pour le moins surprenants aux élections régionales : les talents semblent tellement rares dans les cadres du parti qu'il est nécessaire de recourir à des escort-girl, des gardes du corps et autres jeunes gens condamnés par la justice pour apologie de crime contre l'humanité, injures à caractère raciste et violences volontaires.

En revanche, je m'interroge beaucoup sur les axes historico-mémoriels de la campagne de la nouvelle candidate Marine Le  Pen. Voulant briser (ou du moins le faire croire) son complexe oedipien, cette dernière n'a cessé ces derniers mois de rappeler son indépendance face aux lourds héritages paternels. Il faut en effet lui reconnaître que cela ne doit pas être facile de justifier sans cesse les excès passés de son père.

Soit. Reconnaissons lui donc la blancheur immaculée d'une Jeanne d'Arc qui n'aurait pas encore été brunie par la fumée pestilentielle d'un feu "détail de l'histoire".

Penchons nous donc naïvement sur son discours et tentons de comprendre sa lecture de l'histoire. Plusieurs éléments ont été très judicieusement relevés par  Nicolas Lebourg, chercheur et spécialiste de l'extrême-droite pour le Nouvel Observateur : 

1. "le banquet des mille"
La manifestation organisée ce week-end a été baptisée  "Le banquet des Mille" par l'organisation frontiste. La salle ne pouvait-elle contenir que mille personnes ? Marine est-elle une inconditionnelle lectrice du Banquet de Platon ?
Pas du tout. Il s'agit en fait d'une référence érudite à une manifestation du 14 mars 1948 visant à rassembler en association les droites françaises contre la IVème république, contre l'inéligibilité des anciens collaborateurs avec l'occupant nazi et pour la réhabilitation de la mémoire du Maréchal Pétain.
En termes de symbole, on peut difficilement faire plus clair... même si cela jette du coup une ombre sur la blancheur immaculée précedemment supposée. 

2. L'économiste modèle : François Perroux
Reprenant les thématiques portées par le candidat à la primaire socialiste Arnaud Montebourg, Marine Le Pen semble vouloir surfer sur la vague de la "démondialisation". Pas question pour autant de donner l'impression que le programme du Front National est un mélange des idées du PS et de l'UMP. Du coup, Marine et ses conseillers tentent de justifier cet emprunt en mobilisant les idéologues du parti.
Parmi les économistes, peu sont directement liés à l'extrême droite. François Perroux n'est donc pas un représentant de cette tendance politique. Ces travaux sont aujourd'hui encore reconnus et salués par ses successeurs. Néanmoins, son parcours durant la Seconde Guerre mondiale est un peu particulier : professeur à la faculté de droit de Paris entre 1939 et 1945, il codirige la revue maréchaliste La Communauté française, collabore à  Idées, revue de la Révolution nationale, puis crée en 1942 un groupe de réflexion, Renaître, avec Yves Urvoy.

Bref, il semble encore difficile au Front National de renouveler suffisament les idées pour qu'elles ne trouvent pas systématiquement leurs racines au temps du Maréchal.
Sur ce point précis, je trouve d'ailleurs que les journalistes politiques n'approfondissent pas assez leurs interviews de la candidate du Front Nationale.
Quelles sont ses idées sur l'enseignement de l'histoire en France ? Souhaite-t-elle le réformer ? Contrôler les programmes ? A-t-elle une opinion sur les lois mémorielles ? Assistera-t-elle aux cérémonies commémoratives de la Journée nationale de la déportation en avril 2012 ?
Ces sujets peuvent sembler très pointus et ne pas intéresser les citoyens au premier abord. Et pourtant, je pense que c'est en éclairant la vision de l'histoire d'un candidat qu'on peut (entre autres sujets, il ne s'agit pas d'être exclusif) mieux comprendre sa vision de la France et ses projets pour l'avenir.  

Pour écrire l'histoire, sans perdre la mémoire
Mémorice de France

PS : Vous êtes de plus en plus nombreux à suivre ma candidature et ses décryptages historico-mémoriels dans la perspective de 2012. N'hésitez pas à vous abonner pour être régulièrement informés des nouveaux articles (à gauche de l'écran).  
 

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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 21:23

Mémorice Président

 

Georges Orwell nous avait bien mis en garde dans 1984 : celui qui contrôle l'histoire détient le pouvoir. Pouvait-il imaginer que ce scénario de science-fiction puisse être inversé dans la réalité en 2011 ?

 

Etant moi-même présent aux commémorations du 11 novembre sous l'Arc de Triomphe dans le cadre de  ma déclaration de candidature à l'élection présidentielle, je n'avais pas remarqué le vent de Sarkozysme qui s'est diffusé sur la France autour des monuments.

 

Ce sont des militants et soutiens de ma candidature qui m'ont informé de leur étonnement, voire de leur panique pour certains, à entendre leurs Maires respectifs prononcer des discours surprenants tout en gesticulant inhabituellement des épaules.

 

Il aura fallu plusieurs jours pour que l'enquête permette d'élucider ce mystère :  l'Elysée a imposé le discours de Nicolas Sarkozy à de nombreux Maires de France par l'intermédiaire d'une injonction préfectorale.

 

L'information a été révélée par une courageuse enquête de Sylvain Lapoix sur OWNI. Depuis, on ne peut pas vraiment affirmer que les médias se soient affolés autour de cette information pourtant hallucinante.

 

Que faut-il comprendre de cette initiative ? Nicolas Sarkozy doit-il être considéré comme le nouvel historien en chef de la République ? S'agit-il d'une énième étape dans le sabotage de la science historique française ? Doit-on comprendre que la liberté d'expression des élus municipaux est désormais abolie ? 

 

Devant une telle atteinte aux libertés fondamentales, je m'engage solennellement à rétablir la liberté d'expression des élus si je le deviens moi-même par les urnes le 6 mai 2012 et, bien entendu, à rétablir l'enseignement de l'histoire en Terminale Scientifique.

Il n'est décidément pas acceptable que l'histoire de notre pays soit dicté par le pouvoir exécutif (que ce soit par l'intermédiaire de discours, d'une maison de l'Histoire de France ou de financements publiques attribués en fonction des sujets qui agréent l'Elysée).

 

Pour écrire l'histoire, sans perdre la mémoire

Mémorice De France


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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 18:00

Mémorice Président

 

Je vous avais bien dit que la campagne serait historique ou ne serait pas.

 

Nicolas Sarkozy ayant été informé de  ma récente déclaration de candidature, il s'est empressé de réagir aujourd'hui, quitte à prendre quelques distances avec son thème initial, et surtout avec la réalité.

 

En déplacement à Bordeaux pour parler de lutte contre les fraudes sociales, le président de République a souhaité rendre hommage à mon engagement dans la course vers la présidentielle. C'est donc avec plaisir que je lui rend la politesse ! (A ce rythme, je vais bientôt devoir embaucher un nègre : il parait que ceux de Rama Yade et de Joseph Macé Scaron ont récemment été mis en disponibilité. Appelez-moi les mecs !!!)

 

Mon principal concurrent s'est donc fendu aujourd'hui d'un discours particulièrement ambigu : comment en effet savoir s'il s'agissait de la parole présidentielle ou bien des promesses du candidat Sarkozy ? (Soyons réalistes ! Quand on connaît le coût d'un tel déplacement, on comprend assez facilement pourquoi le candidat en poste souhaite retarder au maximum sa déclaration de candidature : après 4 ans de bons et loyaux services, il considère probablement que les Français lui doivent bien quelques meetings...).

 

Tel un bachelier peu inspiré devant sa copie, le candidat Sarkozy s'est donc penché discrètement au dessus de l'épaule de son camarade de classe. Habitué des fonds de salle, il n'a pas trouvé d'autre voisin qu'Henri Guaino. N'ayant pas retenu la leçon de son précédent larcin lors du contrôle sur la place de l'homme africain dans l'Histoire, il a renouvelé l'expérience en espérant que le professeur-électeur ne remarquerait rien. Pas de bol, Mémorice de France fait partie de la même promotion et associe sa particule à la délation.

 

Jugez par vous même l'objet du délit :

 

 

 

Pour ceux qui ne parviennent pas à supporter plus de cinq minutes de face-à-face avec le Président, vous pouvez également lire  le discours sur le site de l'Elysée ou bien faire confiance à mon honnête résumé (à vos risques et périls puisque j'ai endossé depuis hier le costume d'homme politique).

Selon Nicolas Sarkozy (et sur ce point nous sommes d'accords), le Président de la République doit protéger le modèle social français issu du  Conseil National de la Résistance.

En revanche, le candidat Sarkozy prétend que "ceux qui ont trahi l'héritage du CNR, ce sont ceux, qui depuis des décennies, ont refusé toute réforme par lâcheté politique ou par opportunisme". Pire encore, "La fraude : c'est la plus terrible et la plus insidieuse des trahisons de l'esprit de 1945. C'est la fraude qui mine les fondements mêmes de cette République Sociale que les frères d'armes de la Résistance ont voulu bâtir pour la France et qu'ils nous ont léguée".

 

Il fallait oser. Voici que le modeste artisan qui ne déclare pas quelques heures de travail est assimilé à un pilleur de la République aux accents germaniques et aux bottes cirées !

Certes, la fraude sociale existe et il convient de lutter contre son éventuelle expansion. Prenons garde cependant à ne pas exagérer son étendue pour en faire un argument politique trop facile contre une gauche peut-être parfois un peu trop laxiste dans ce domaine.

 

Prenons garde aussi, et surtout, à ne pas laisser le Président de la République frauder avec l'Histoire de manière encore plus ostentatoire que ceux qu'il dénonce.

Ce discours n'a en effet pas pour unique objectif d'allumer un contre-feu à ma déclaration de candidature (vaine tentative de toute façon, j'ai déjà été interviewé par le canard de mon village). Les propos du président sont une réponse tardive, mais calculée, aux critiques qui lui ont été adressées dès les premiers mois de son quinquennat. Si tout le monde connaît désormais le visage rayonnant de  Stéphane Hessel  et son cri d'indignation relayé dans tous les pays du monde par des collectifs divers et variés, peu savent vraiment que cette aventure est née d'un film que le pouvoir avait partiellement réussi à censurer en 2009 :

 

 

Aujourd'hui, Nicolas Sarkozy s'inquiète de cette indignation qu'il avait négligé dans l'euphorie de son début de quinquennat. Quand les collectifs des Indignés se multiplient partout sur la planète, il craint que son nom soit associé au système que tout le monde dénonce et sort l'artillerie lourde en tentant d'inverser l'accusation.

 

L'Histoire est cependant obstinée et  les coups portés sous sa présidence à l'enseignement de cette discipline ne sont pas encore suffisamment efficaces pour empêcher les citoyens de comprendre cette falsification. Pouvait-il cependant imaginer que les coups les plus efficaces viendraient de son camp ? C'est en effet Denis Kessler, ex-président du MEDEF, qui a exposé dans les termes les plus simples et efficaces la logique du quinquennat sarkozyte (un texte précieux qu'il est de plus en plus difficile de trouver sur Internet) :

"Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie.

Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme…

A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance !

A l’époque se forge un pacte politique entre les gaullistes et les communistes. Ce programme est un compromis qui a permis aux premiers que la France ne devienne pas une démocratie populaire, et aux seconds d’obtenir des avancées - toujours qualifiées d’historiques - et de cristalliser dans des codes ou des statuts des positions politiques acquises.

Ce compromis, forgé à une période très chaude et particulière de notre histoire contemporaine (où les chars russes étaient à deux étapes du Tour de France, comme aurait dit le Général), se traduit par la création des caisses de Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, l’importance du secteur public productif et la consécration des grandes entreprises françaises qui viennent d’être nationalisées, le conventionnement du marché du travail, la représentativité syndicale, les régimes complémentaires de retraite, etc.

Cette architecture singulière a tenu tant bien que mal pendant plus d’un demi-siècle. Elle a même été renforcée en 1981, à contresens de l’histoire, par le programme commun. Pourtant, elle est à l’évidence complètement dépassée, inefficace, datée. Elle ne permet plus à notre pays de s’adapter aux nouvelles exigences économiques, sociales, internationales. Elle se traduit par un décrochage de notre nation par rapport à pratiquement tous ses partenaires.

Le problème de notre pays est qu’il sanctifie ses institutions, qu’il leur donne une vocation éternelle, qu’il les tabouise en quelque sorte. Si bien que lorsqu’elles existent, quiconque essaie de les réformer apparaît comme animé d’une intention diabolique. Et nombreux sont ceux qui s’érigent en gardien des temples sacrés, qui en tirent leur légitimité et leur position économique, sociale et politique. Et ceux qui s’attaquent à ces institutions d’après guerre apparaissent sacrilèges.

Il aura fallu attendre la chute du mur de Berlin, la quasi-disparition du parti communiste, la relégation de la CGT dans quelques places fortes, l’essoufflement asthmatique du Parti socialiste comme conditions nécessaires pour que l’on puisse envisager l’aggiornamento qui s’annonce.

Mais cela ne suffisait pas. Il fallait aussi que le débat interne au sein du monde gaulliste soit tranché, et que ceux qui croyaient pouvoir continuer à rafistoler sans cesse un modèle usé, devenu inadapté, laissent place à une nouvelle génération d’entrepreneurs politiques et sociaux. Désavouer les pères fondateurs n’est pas un problème qu’en psychanalyse".

Denis Kessler dans Challenges, le 4 octobre 2007

 

IMémorice de France ne pouvait pas laisser l'Histoire être réécrite dans un meeting de l'UMP. La campagne s'annonce décidément passionnante !

 

Pour écrire l'histoire, sans perdre la mémoire

Mémorice de France


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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et politique
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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 11:48

 

"RiMemorice-President.pngen ne sert de courir, il faut partir à point" : tel le messager Phidippidès s'apprêtant à rejoindre Athènes depuis Marathon, j'ai décidé de laisser quelques longueurs d'avance à mes concurrents présidentiables. Ils en auront bien besoin ! 

 

Néanmoins, mes conseillers en communication me pressent depuis quelques jours pour rendre publique ma candidature officielle. Il faut dire que Claire Chazal commençait à s'impatienter et que mon vieil ami Eric Zemmour (ramassé un jour apeuré au seuil d'un amphi baptisé "Mathiez") voulait l'exclusivité d'une déclaration en Une du Figaro (Le pauvre n'a jamais remis les pieds dans un cours d'histoire : il a élu domicile au local de l'UNI).

 

Bref, quelle plus belle occasion finalement pour se déclarer que le 11 novembre ! Cette date chargée d'histoire et de mémoire résume à elle seule la marque que je souhaite apposée à ma campagne présidentielle.

 

Je m'appelle Mémorice de France et je suis candidat

à l'élection présidentielle française !!!

 

Ma démarche n'est pas partisane, ni récupérable. Je ne suis ni socialiste, ni communiste, ni gaulliste, ni opportuniste et encore moins extrémiste. En revanche, je suis persuadé que l'Histoire de France risque d'être encore bien malmenée en cette période présidentielle et que les démarches mémorielles vont se multiplier à mesure que l'échéance approche.

C'est pourquoi il m'a semblé important de représenter avec vous et pour vous (Ah ! La bonne vieille stratégie démagogique du tribun partageant les préoccupations de la plèbe) une voix discordante qui ne soit ni celle du système, ni celle d'une quelconque opposition. Elle s'exprimera ici pendant quelques semaines jusqu'à ce que le joli mois de mai nous conduise aux urnes.

Je profite d'ailleurs de cette occasion pour remercier l'auteur de ce blog qui a accepté de m'héberger durant cette période. Ensemble, nous analyserons régulièrement l'actualité historico-mémorielle : lui apportant les "références" qu'il convient d'étaler pour être pris au sérieux par la caste des journalistes omnipotents, et moi tentant de décrisper sa plume souvent trop coincée pour être comprise du peuple (un truc qui m'a été refilé par mon vieux pote Mélénchon avant qu'il ne deviennent un peu trop ronchon).

 

Que mes concurrents se le tiennent donc pour dit : cette fois-ci, pas question d'invoquer impunément la mémoire de Jaurès et Blum  dans un meeting de l'UMP :

 

Sarozy et jaurèsSarkozy, Blum et les communistes (cliquez sur la photo pour visionner la vidéo) 

Pas question non plus de laisser le candidat socialiste sombrer trop rapidement dans une démarche communautaire (et électoraliste) de la repentance, ni même d'autoriser un candidat extrêmiste parler de "détails" de l'Histoire : 
Cette fois-ci, c'est sérieux et ça commence dans les cimetières de la Première Guerre mondiale. 
Alors que je me recueillais respectueusement, bercé par la sonnerie aux morts (ambiance musicale ci-jointe), j'ai été happé par un ouragan. Pas le temps pour l'actuel président de la République de s'attarder trop longtemps devant les monuments. Il faut avouer que ça n'a jamais été son truc, le recueillement. Il nous l'avait déjà bien fait comprendre en 2008 au plateau des Glières sous l'oeil attentif de Gilles PERRET dans son documentaire Walter, retour en résistance
Vendredi, la cérémonie était cependant plus solennelle : est-ce cela la "hauteur présidentielle" tant débattue ? Ou bien doit-on y voir un exercice d'acteur rôdé par une équipe de communiquants grassement rémunérés (qui n'ont pas oublié d'envoyer au pied venteux de l'Arc de Triomphe un enfant de couleur à peine habillé pour que notre généreux et paternel Président entoure sa nuque fragilisée d'une écharpe protectrice) ?
Sarkozy-11-novembre-2011.jpg
Quoiqu'il en soit, il était présent et il a délivré son précieux message présidentiel : les derniers poilus étant disparus (et n'ayant donc plus de bulletin de vote), le 11 novembre doit désormais devenir "la date de commémoration de la Grande Guerre et de tous les morts pour la France". 
Bigre ! En quelques mots, il vient de me rafler les voix des familles des soldats morts pour la France en Afghanistan, en Lybie et dans tous les autres pays dans lesquels il a engagé l'armée française depuis son installation à l'Elysée.
Pas le temps cependant de s'expliquer : il faut déjà repartir ! Direction Meaux pour inaugurer le tout nouveau (et un peu trop neuf selon Philippe Dagen du Monde) musée de la Grande Guerre commandé par son meilleur ami/ennemi Jean-françois Copé. Impossible cependant de ne pas laisser glisser un regard nostalgique vers le Fouquet's à travers la berline noire qui le reconduit à l'Elysée. C'était la belle époque ! Celle durant laquelle il avait encore le droit de porter ostensiblement une Rolex à son poignet.
Sur le chemin de Meaux, il a probablement demandé au chauffeur d'augmenter le son de la radio : insuffisament échaudée par sa précédente sortie historique à l'occasion du 14 juillet, Eva Joly réitère en proposant que le 11 novembre devienne une journée européenne pour la paix. Pourquoi pas après tout ?!
N'est-ce d'ailleurs pas la perspective esquissée par Joseph ZIMET (adjoint au directeur de la mémoire, du patrimoine et des archives à la direction de la mémoire, du patrimoine et des archives (DMPA) du ministère de la Défense et des Anciens Combattants) lorsqu'il propose une cérémonie d'ouverture européenne des commémorations à Sarajevo le 28 juin 2014 ? (voir son rapport ici). N'est-ce pas son idée qui vient d'être pillée par la candidate écologiste lorsqu'il proposait aussi de célébrer le centenaire de la mort de Jean Jaurès (décidément, encore lui...), symbole étincelant des pacifistes ? (Je précise au passage que l'auteur du blog m'a promis de développer prochainement une fiche sur ce rapport que je pourrai allègrement mobiliser lors des débats qui vont m'opposer aux autres candidats).
Et pendant ce temps, au parti socialiste... François Hollande reste "au-dessus de la mêlée", affirmant ne pas souhaiter réagir à la proposition de son principal concurrent Nicolas Sarkozy. C'est un pari audacieux : soit, tel Romain Rolland, il sera couronné l'année suivante du prix Nobel présidentiel ; soit les commentateurs s'aperçevront qu'il n'avait en fait aucune alternative à proposer à défaut d'avoir pour l'instant un Joseph Zimet dans son équipe de campagne...
Pour écrire l'histoire , sans perdre la mémoire
Mémorice de France

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15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 12:18

 

Nous l'avions annoncé sur ce blog à la fin du mois de septembre : Nicolas Sarkozy s'est rendu en Arménie le 6 octobre 2011 en compagnie de Patrick Devedjian et Charles Aznavour.

 

 

 

Objectif de l'opération : faire oublier aux électeurs de la communauté arménienne française (estimée à 500 000 personnes) sa précédente promesse de campagne en 2007 où il s'était engagé à soutenir le vote d'une loi réprimant spécifiquement la négation du génocide de 1915.

L'exercice aurait du être difficile, voire impossible. C'est sans compter cependant sur l'opération minutieuse d'oubliance des promesses non-tenues du candidat Sarkozy-2007. En voici un petit récapitulatif :

 

1. Une promesse écrite : la lettre à Alexis Govciyan, président du Conseil des Organisations Arméniennes de France (CCAF)

Le 24 avril 2007, à quelques jours de l'échéance présidentielle, le candidat écrit une lettre dans laquelle il s'engage fermement à condamner le négationnisme du génocide arménien :

"Je partage pleinement votre volonté que la France s’oppose au négationnisme d’État, à une propagande qui vous meurtrit, une propagande indigne. Et la France doit non seulement condamner le négationnisme par la loi, mais ne jamais accepter une quelconque propagande d’État.

C’est au Parlement, aux représentants de la Nation, de donner à notre pays ses lois. Il lui appartient de tracer la frontière entre l’acceptable et l’inacceptable. Et il peut, à ce titre décider que la négation du génocide est un acte qui franchit cette frontière. Au-delà de l’insulte à la mémoire des victimes et à leurs descendants, la négation porte atteinte à l’ensemble de la société. La liberté d’expression, ce n’est pas celle de manipuler l’histoire ni celle de nier les évidences historiques.

Je suis pour la liberté d’expression individuelle, pour la liberté de pensée des historiens et chercheurs, même si la réalité du génocide est indéniable. Par contre, je n’accepte pas que les Arméniens de France soient menacés ou empêcher de dénoncer le négationnisme en France.

[...] Si je suis élu, je m’emploierai à promouvoir, les relations entre l’Arménie et la France dans tous les domaines. Je m’engagerai aussi dans la recherche d’une solution aux conflits dans le Caucase. Je m’attacherai enfin à lutter, en France, contre toute approche négationniste à l’égard du génocide arménien."

 

2. Un déni non-assumé ? Les révélations de Wikileaks

Les belles promesses du candidat en campagne ont été visiblement vite rattrapées par d'autres priorités diplomatiques et économiques. Selon certains documents diplomatiques publiés ensuite par Wikileaks, le 29 mai 2007, soit seulement quelques jours après l'élection présidentielle, Jean-David LEVITTE (conseiller diplomatique de l'Elysée) se rendait à Ankara pour rassurer la Turquie. Il aurait alors affirmé à ses interlocuteurs que le Président s'asurerait en personne que le projet de loi français pénalisant le négationnisme arménien serait enterré au moment de son vote au Parlement.

 

3. Le rapport Accoyer ou comment justifier un retournement de situation

Au mois de décembre 2008, le gouvernement a finalement pris clairement position contre la proposition de loi qui sanctionne la négation du génocide arménien. Adopté par les députés en octobre 2006, ce texte n'a pas été transmis au Sénat.

Pour justifier ce retournement de situation, le gouvernement a avancé un rapport sur les lois mémorielles intitulé «Rassembler la nation autour d'une mémoire partagée» (librement consultabe à cette adresse). Issu d'une mission créée au printemps 2008 par le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, ce rapport stipule que le rôle du Parlement "n'est pas d'adopter des lois qualifiant ou portant une appréciation sur des faits historiques, a fortiori quand elles s'accompagnent de sanctions pénales". 

Au passage, ce rapport précise également que le Parlement ne doit pas prescrire le contenu des manuels scolaires tout en réaffirmant l'attachement des députés à l'enseignement obligatoire de l'histoire (décidément, les dernières décisions en la matière nous montre que le gouvernement n'est plus à une contradition près).

 

4. La loi refusée au Sénat : indépendance législative ou pression exécutive ?

Essayant de passer outre cette décision gouvernementale, l'affaire rebondie au mois de mai 2011. Une exception d'irrecevabilité à la proposition de loi est cependant présentée au Sénat le 4 mai 2011 par le député UMP Jean-Jacques Hyest. Au final, la proposition de loi est donc enterrée et ficelée jusqu'aux prochaines élections présidentielles et législatives.

 

Les lecteurs réguliers de ce blog savent qu'une telle décision me réjouit. Je fais partie de ces historiens qui considèrent les lois mémorielles comme inutiles, voire dangereuses dans certains cas.

Néanmoins, je reste perplexe sur la méthode. Comment le président Sarkozy peut-il encore décemment se présenter en Arménie, y recevoir un accueil aussi chaleureux, et réitérer ses promesses non-tenues de 2007 sans que personne ne s'en offusque ? Comment peut-on assumer un tel affront envers la communauté arménienne après avoir déployé autant d'énergie à nier ses engagements ? 

Que le président se rende en Arménie pour soutenir leurs revendications, soit. Qu'il prononce un discours en hommage aux victimes du génocide arménien, soit. Je serais même prêt à le soutenir lorsqu'il invite la Turquie a "revisiter son histoire" puisque cette remarque ne dépasse pas le cadre légal.  Mais pourquoi s'obstiner à renouveler sa promesse d'une loi réprimant la négation du génocide arménien en France ? Pense-t-il vraiment que cette décision sera de taille à infléchir la position turque qui n'a pas dérivé un seul instant jusqu'à présent ?

 

L'échéance présidentielle qui s'annonce risque donc d'être particulièrement active sur le plan historique et mémoriel (et pas seulement sur le dossier arménien). Le blog Histoire, Mémoire & Sociétés va créer pour l'occasion une nouvelle rubrique consacrée aux présidentielles 2012 et compte sur ses lecteurs pour lui relayer toutes les informations susceptibles de l'intéresser dans les discours, interviews et programmes des candidats.

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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 17:24

 

Le 6 octobre 2011, Nicolas Sarkozy se rendra en visite d'Etat en Arménie. Il sera accompagné du chanteur Charles Aznavour et du président du conseil général des Hauts-de-Seine, Patrick Devedjian.

Selon le blog d'Arnaud Leparmentier sur LeMonde.fr, un conseiller du président de la République aurait jusitfié le voyage diplomatique en ces termes : "Il faut que nous gèrions ceux qui veulent des lois mémorielles, mais nous n'allons pas entrer en guerre avec la Turquie. Donc, le président fait un geste en allant en Arménie".

 

Le président de la République veut frapper fort (quitte à devoir prendre l'avion accompagné de M. Devedjian avec lequel les relations n'ont pas été très chaleureuses ces derniers mois) car il est concurrencé sur cette question par François Hollande. Dès le lendemain du basculement du Sénat dans une majorité de gauche, le candidat à l'investiture socialiste a invité ses camarades sénateurs à reprendre le dossier jusqu'alors bloqué de la pénalisation du négationnisme du génocide arménien.

 

Le vote arménien semble donc particulièrement courtisé dans la perspective de 2012... au détriment encore une fois d'un véritable questionnement sur l'utilité ou la dangerosté des lois mémorielles. A vouloir surenchérir pour obtenir des voix, les candidats à la présidentielle risquent d'ouvrir à nouveau la boîte de Pandore !

 

Doit-on comprendre que le vote des Arméniens est plus rentable que celui des historiens ?...

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2 juin 2011 4 02 /06 /juin /2011 17:25

L'activité du blog s'est un peu réduite ces dernières semaines et je m'en excuse auprès des plus fidèles lecteurs. La fin d'année scolaire (et universitaire) est un peu chargée mais l'aventure ne s'arrête pas. L'actualité ne cesse de nous montrer que les réminiscences mémorielles sont omniprésentes et que l'histoire reste toujours indispensable pour en comprendre les subtilités. 

Pour tous ceux qui souhaitent alimenter leur soif inextinguible autour de ces questions, je leur conseille d'assister à une journée d'étude organisée à Lyon le 16 juin 2011 sur les interférences entre les savoirs historiques enseignés et la politique.

 

Voici la présentation et le programme :

L’école est un lieu d’observation privilégiée des transferts des savoirs vers les pratiques. Loin d’être immédiats, ces déplacements sont médiés par le politique. Ces médiations prennent différentes formes, inscription dans les programmes, les projets, les controverses publiques. Les acteurs du milieu scolaire sont interrogés par l’usage politique qui est fait des savoirs scientifique. L’interpellation mobilise les acteurs du système scolaire, lesquels font entendre plusieurs réponses, du déni de légitimité à la reconnaissance de la capacité du politique à intervenir dans des débats portés dans l’espace public. L’histoire est particulièrement interrogée par ces déplacements de savoirs devenus des usages ; mobilisée par le pouvoir dans l’enceinte scolaire, elle est devenue, redevenue, un enjeu dans l’espace public.

Programme :

10h Introduction Jacques Michel (professeur IEP de Lyon, responsable du GREPH)

10h 30 Vincent Chambarlhac (Maître de conférences Ub UMR CNRS 5605) : « On n’apprend plus l’histoire à nos enfants». Sur un débat de la fin des années 1970

11h Thierry Hohl (PRAG IUFM de Bourgogne) : Quelle histoire enseignée? Retour sur le projet socialiste de 2010

14h30 Corinne Bonafoux (Maître de conférences à l'Université de Savoie détachée à l'INRP): Histoire et mémoire dans l’espace scolaire (titre sous réserve)

15h30 Débat : Laurence de Cock (responsable du CVUH, animatrice du groupe Aggiornamento pour l‘histoire-géographie), Gilles Vergnon (Maître de conférences HDR en histoire contemporaine à l'Institut d'Etudes Politiques de Lyon) : des usages de l'histoire dans l'espace public.

 

Je ne pourrai personnellement pas être présent à cette journée d'étude. Si des lecteurs souhaitent nous proposer un compte-rendu, ce serait parfait. Je connais la plupart des intervenants (soit pour avoir été leur étudiant, soit pour avoir lu leurs livres) et je peux vous assurer que la réflexion sera renseignée et stimulante.

Notons au passage que la plupart des intervenants sont également membres du Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire. Cette association très active et utile rassemble des chercheurs et enseignants en histoire qui ont choisi de sortir de leur "tour d'ivoire" et de revendiquer leur place au sein du débat public. Ses membres interviennent donc régulièrement et sous toutes les formes afin de ne pas laisser l'histoire et ses enseignements pervertis par d'éventuelles esprits malintentionnés. Nous aurons d'ailleurs probablement à reparler très prochainement de leurs activités, prises de positions et éditions.

 

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