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  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

27 avril 2011 3 27 /04 /avril /2011 16:05

On ne compte plus les maladresses commises par nos dirigeants concernant l’histoire et les mémoires. A croire que les myriades de conseillers en communication qui les entourent n’ont jamais fréquenté le moindre banc d’une faculté d’histoire.

La dernière « perle » en date concerne l’histoire de l’esclavage. Dans le cadre de l’année de l’Outre-mer, le ministère de l’Outre-mer (rattaché au ministère de l'Intérieur, de l'Outre-mer, des Collectivités territoriales et de l'Immigration) a décidé de regrouper au Jardin d'Acclimatation les différentes populations des outre-mer : L’action s’appelle « Un jardin en Outre-mer »).

un jardin en outre-mer

 Affiche de l'action "Un jardin en Outre-mer" au Jardin d'acclimation à Paris

 

Or, durant les mois qui ont précédé cette manifestation, personne parmi les organisateurs ne semble s’être inquiété de l’opportunité d’organiser un tel évènement dans un lieu connu pour avoir accueilli plusieurs exhibitions de « sauvages » de la fin du XIXème siècle jusqu’au début du XXème siècle (environ pendant soixante années).

Le site officiel du jardin d’acclimatation mentionne pourtant explicitement ces « spectacles ethnographiques ». Il est à noter d’ailleurs au passage le doublon autour de ce sujet dans la rubrique « L’histoire du Jardin ». Un premier article intitulé « Le temps des colonies » évoque ce sombre aspect dans des termes plutôt légers :

« De nombreuses manifestations s’inscrivent, en effet, dans le cadre de l’expansion coloniale. Elles contribuent à forger dans l’imaginaire français la représentation stéréotypée des populations colonisées. Certes, elles favorisent la rencontre et la découverte de l’autre, comme le souligne en 1903 le Guide du promeneur : « Les exhibitions ethnographiques, dont le Jardin d’Acclimatation a comme le monopole, ont le double mérite d’éveiller la curiosité de la foule et de l’instruire en mettant sous ses yeux des races humaines »».

Il faut pousser la curiosité un peu plus loin pour trouver un autre article intitulé « Des spectacles ethnographiques » qui développe le même sujet, mais en des termes plus critiques cette fois-ci :

« Cette mode remonte à 1810 quand une jeune Africaine callipyge, surnommée « la Vénus hottentote » (1789-1815), est exhibée d’abord à Londres puis à Paris où elle est notamment examinée par Étienne Geoffroy Saint-Hilaire. C’est le petit-fils de celui-ci, Albert, qui lance véritablement en France la vogue, profondément discutable, voire choquante, de ce que l’on va appeler des « attractions humaines ». Il s’inspire des exhibitions anthropozoologiques réalisées par l’Allemand Carl Hagenbeck (1844-1913), le « roi des zoos », qui, en 1875-1876, montre successivement au public des Lapons, trois Nubiens, une famille d’Inuits groenlandais ».

Exhibitions humaines

Affiche de 1887 présentant l'exposition des Ashantis au Jardin d'Acclimatation

 

Il a fallu encore une fois attendre l’indignation d’un collectif regroupant des chercheurs, des responsables associatifs et culturels, des romanciers et des cinéastes pour que les autorités réagissent et reculent. Nicolas Bancel, historien et professeur à l'Université de Lausanne (Il a codirigé l'ouvrage Zoos humains. Aux temps des exhibitions humaines) a ainsi pris la tête d’un collectif qui se rassemble sous le nom de "nous n'irons pas au Jardin d'acclimatation", en référence aux Surréalistes qui en 1931 avaient décidé de boycotter l’une des dernières expositions de ce genre en se regroupant sous le nom : "Nous n'irons pas à l'exposition coloniale".

Déjà, ces artistes et intellectuels avaient compris que de telles manifestations étaient complètement anachroniques. C’est pourquoi il paraît finalement encore plus aberrant de devoir le rappeler en 2011.

Quoiqu’il en soit, Marie-Luce Penchard, ministre chargée de l’Outre-mer, a entendu cet appel. Dans une lettre adressée à Françoise Vergès qui préside le comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, elle demande une mission d’étude sur la question des « zoos humains » et des exhibitions coloniales en France et plus particulièrement à Paris.

Cette lettre, qui nous a été communiquée, est révélatrice dans de nombreux extraits des incompréhensions qui règnent encore entre l’histoire et les mémoires dans l’esprit de bon nombre de nos dirigeants et de leurs conseillers.

lettre 1

Lettre 2

Lettre 3

Ces extraits nous montrent une forte dichotomie entre l’histoire et les mémoires dans l’esprit de ces rédacteurs. Ces deux facettes sont présentées comme antinomiques alors qu’elles sont intimement liées en réalité et qu’il n’est plus possible à notre époque d’affirmer que l’histoire viendrait s’imposer à la mémoire.

De plus, l’usage simultané des expressions « mémoire collective » et « mémoires » (au pluriel) signale une grave confusion des genres et une incompréhension totale des logiques qui conduisent aux débats actuels.

Enfin, il est surprenant de constater qu’un ordre de mission mentionne aussi explicitement les solutions attendues telles que « la pose de plaques ou l’organisation de cérémonies ». Ceci est d’autant plus regrettable que ces méthodes sont complètement dépassées et qu’elles sont d’ailleurs régulièrement critiquées par l’Etat lui-même comme une menace contre l’universalisme républicain.

Il est donc urgent d’envisager de nouvelles manifestations mémorielles en adéquation avec notre époque et notre société avant que le pavillon français des expositions universelles ne se transforme en une immense boulangerie où l’ouvrier en marcel blanc et béret noir se souvient du bon vieux temps en regardant tendrement ses six enfants blonds et sa femme dévouée.

 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et politique
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26 décembre 2010 7 26 /12 /décembre /2010 09:07

 

Le débat sur la peine de mort refait régulièrement surface de façon sporadique. Récemment, c’est le sulfureux Robert Ménard qui a remis le sujet au goût du jour et en direct à la télévision en commentant une décision de justice :

 

L’ancien président de Reporter Sans Frontière semble donc plus enclin à défendre la liberté d’information que le droit à la vie. Il n’a pas manqué d’être recadré immédiatement et très sèchement par le journaliste Julien Bugier, avant d’être condamné, un peu trop mollement à mon goût, dans la presse du lendemain.

 

Il faut reconnaître que le débat sur la peine de mort a toujours été pour le moins ambivalent. Nombreux sont les partisans de la célèbre loi du talion qui considèrent que la juste vengeance repose sur l’expression « œil pour œil, dent pour dent ». Ainsi, celui qui ôte la vie ne mériterait rien d’autre que de rejoindre sa ou ses victimes dans la mort.

 

Depuis quelques années, dans notre société où l’enfant tient une place de plus en plus centrale, les défenseurs de la peine de mort ont ajouté une flèche non négligeable à leur arc : les violeurs d’enfants devraient également selon eux être la cible des chaises électriques, guillotines et autres injections letales. Difficile face à cet argument faisant appel à l’émotion et à la condamnation populaire unanime de répondre par l’humanisme et les réflexions philosophiques sur le droit et la légitimité qu’un homme puisse ôter la vie à un autre homme. Une seule voix est jusqu’à présent parvenue à égaler l’émotion de ses détracteurs dans son discours contre la peine de mort. Il s’agit de Robert Badinter, ministre de la Justice et principal initiateur de l'abolition de la peine de mort en France, puis dans le monde :

 

Robert Badinter et la peine de mort Cliquez sur l'image pour accéder à l'ina.fr et visionner toutes les vidéos de l'Assemblée nationale au moment du débat sur la peine de mort.  

 

L’abolition de la peine de mort : une question mémorielle à défaut d’être historique

Il ne s’agit pas dans ce blog consacré aux questions mémorielles d’exposer les différentes positions pour mieux défendre la mienne. L’étude des conditions de l’abolition de la peine de mort dans le système pénal français est pour moi l’occasion d’ouvrir un axe de réflexion que nous n’avions jamais évoqué jusqu’alors et qui m’interroge de plus en plus : comment, dans une période relativement courte à l’échelle de l’histoire sociale, peut-on analyser un tel retournement durable et solide de l’opinion publique sur une question de société ?

 

Au-delà de l’affrontement des argumentaires des partisans les plus impliqués, il est en effet à mon sens plus fécond de s’interroger sur la place de ces questions de société dans l’opinion. Si l’on accepte de mettre de côté un instant les différents prismes qui sont autant de marges d’erreurs dans l’utilisation des sondages, on observera sur le long terme une évolution sensible et durable de l’opinion publique en faveur de l’abolition.

Ainsi, en 1908, un sondage du Petit Parisien recense 77% d’avis favorables à la peine de mort. Le lendemain du vote de l’abolition par l’Assemblée nationale en 1981, un sondage du Figaro recense encore 63 % de français favorables au maintien de la peine de mort. Enfin, d'après un sondage réalisé en septembre 2006 par TNS Sofres, les Français ne sont plus que 42 % à souhaiter le rétablissement de la peine de mort.

La balance semble donc s’être renversée ; mais sur ces questions comme sur bien d’autres, la valeur de ces sondages est très contestable. Elle dépend énormément du panel souvent réduit et peu révélateur. D’autres études montrent en effet que près de 80% des sympathisants de l’extrême-droite voteraient en faveur d’un établissement de la peine de mort alors que ce chiffre tombe à 30% parmi les sympathisants du Parti Socialiste. De même, les chiffres évoluent substantiellement en faveur de la peine de mort selon l’actualité du moment. Ce fut le cas notamment lors des affaires de pédophilie d’Outreau ou encore lors de meurtres particulièrement odieux (Robert Ménard ne s’est donc pas permis cette petite pointe de provocation totalement gratuitement).

 

Néanmoins, malgré ces fluctuations volatiles, la peine de mort semble désormais entachée d’une réputation peu recommandable alors qu’elle était défendue majoritairement et sans aucun complexe jusqu’à une date encore très récente. Aujourd'hui, les sondeurs auraient de grandes difficultés à recueillir un taux plus élevé d'individus en faveur de la peine de mort car il devient presque incorrect d'assumer publiquement cette éventualité judiciaire désormais frappée d'infamie.

Bien plus parlant que les sondages, je n’ai donc pu m’empêcher d’aller relire avec intérêt les débats qui se sont tenus à l’Assemblée nationale au moment de l’examen du texte de loi visant à abolir la peine de mort afin d'y trouver des éléments d'information plus précis et révélateurs des termes du débat. Alors qu’on cite souvent, comme je l’ai fait ci-dessus, le célèbre discours de Robert Badinter, on devrait toujours à mon avis l’accompagner de son contexte, à savoir de ces petites phrases tout aussi révélatrices que les grands discours devenus historiques. J’ai choisi arbitrairement ci-dessous un panel de citations qui m’ont paru les plus révélatrices dans les montagnes d’interventions qui ont émaillé le débat :

    - Le jeudi 17 septembre 1981, alors que le président de la commission et rapporteur de la loi Raymond Forni introduit les discussions par une première envolée emphatique (« mesdames, messieurs, c'est un moment historique que nous vivons. C'est une page que nous allons tourner. Avec nous, la France va sortir de cette période qui l'avait mise au ban des grandes nations civilisées »), il est immédiatement arrêté par M. Pierre-Charles Krieg : « Il ne faut pas exagérer, tout de même ! ». Le ton était donné.

    - Quelques minutes plus tard, alors que Robert Badinter tente de défendre son projet de loi, les députés de l’opposition n’ont de cesse de l’interrompre en évoquant toutes ces affaires sanglantes et sordides qui visent à porter sur le débat sur le terrain de l’émotionnel. « Et Mesrine ? » lance le député Jean Brocard ; « Et Buffet ? Et Bouleras ? » poursuit Hyacinthe Santoni. On constate donc, comme je l’ai fait observer précédemment, que la stratégie des argumentaires n’a guère évolué et que les partisans de la peine de mort tentent inlassablement de porter les termes du débat sur le terrain du pathos.

Les députés de l’opposition n’hésitent pas également à recourir à un argument qui montre à quel point l’abolition de la peine de mort explosait alors les clivages politiques et relevait d’une chronologie très fine. Pascal Clément demande ainsi au Garde des Sceaux s’il est bien certain que ses électeurs (ceux de la majorité présidentielle, donc de gauche) sont bien majoritairement opposés à la peine de mort, s’appuyant sur des sondages qui affirment le contraire. Il poursuit ensuite de façon plus précise sa démonstration en citant les membres du gouvernement, tel que le ministre de l’Intérieur Gaston Deferre qui avait été à l’initiative en 1973 d’une proposition de loi réclament d’élargir « la peine de mort pour les trafiquants de drogue ». Bien que ces interventions s’inscrivent dans le cadre d’une opposition politique, on s’aperçoit ici que les positions ne se résument donc pas vraiment et seulement à un conflit idéologique. Le "moment historique" évoqué précédemment tient vraissemblablement à peu de choses.

 

La peine de mort : Une question historique à défaut d’être mémorielle

Dans la somme gigantesque des discussions, quelques positions se distinguent par leur qualité ou par leur originalité. C’est le cas notamment de Philippe Séguin qui n’hésite pas à prendre position contre son camp pour défendre l’abolition de la peine de mort au-delà des oppositions et conflits politiques. Sa posture singulière l’oblige à construire un argumentaire particulièrement efficace et développé sur de nombreuses prises de paroles. Il mobilise entre autres l’histoire et l’évolution des mentalités pour justifier sa position : « Les chiffres sont criants, et vous les avez rappelé.  Alors que  l’on comptait trente et une exécutions en 1947, vingt et une en 1943, vingt-cinq en 1949, de 1968 à 1977, donc en dix ans, sur 12 514 condamnations pour crime, il n'y a eu que trente-huit condamnations à mort et sept exécutions. Sept en dix ans. Aucune depuis quatre ans. Et je veous épargne toute comparaison avec des références encore plus anciennes […]. Peut-on ainsi prétendre que depuis quinze ans la peine capitale ait pu raisonnablement avoir le moindre effet dissuasif ou même ait satisfait l'esprit de vengeance et la soif d'expiation que recèlerait notre inconscient collectif ? […]. Qui pourrait le prétendre, en vérité, lorsque précisément, à entendre certains, on a l'impression qu'ils veulent non point empêcher que l’on supprime la peine de mort, mais qu'on la rétablisse alors qu'elle existe encore? ».  

 

On retrouve ensuite une série de noms qui sonnent encore familièrement à nos oreilles et qui, en 1981, étaient déjà sur les bancs de l’Assemblée nationale pour faire entendre leur voix :

    - Marcel Bigeard tout d’abord a cette intervention qui laisse perplexe quand on la lit aujourd’hui : « J'ai vécu en côtoyant la mort, monsieur Badinter, vous le savez, mais ce n'est pas la peine de raconter ma vie, d'évoquer tous mes camarades disparus et tout ce qui a pu se passer. Le problème que nous traitons ce soir est grave et j'ai l'impression que l'on oublie quand même un peu les victimes. […] Imaginez par exemple ce qui a dû passer dans le regard de ce petit garçon d'Auriol quand il a vu ses assassins le poignarder. Imaginez les regards de terreur qu'ont lancé au dernier moment ces deux anciens pieds-noirs de quatre-vingt ans assassinés, étouffés près de chez moi clans un petit village de 200 habitants. Il faut penser aussi aux victimes. Qui ne respecte pas le premier commandement : « Tu ne tueras point » ? L'Etat le respecte presque, monsieur le garde des sceaux ».

On s’étonne tout d’abord que le général ne soit pas rappelé à l’ordre malgré ses évocations religieuses explicites au sein de l’hémicycle. On ne peut également s’empêcher de s’étonner d’une telle ferveur à défendre les victimes dans la bouche d’un militaire qui, sans forcément réveiller les vaines polémiques qui entourent le personnage, est censé avoir pris conscience qu’il n’est pas toujours possible d’éviter les victimes.

    - Gisèle Halimi s’exprime aussi presque en réponse à Marcel Bigeard : « Car ne vous y trompez pas : la peine de mort est le crime culturel par excellence. Un crime qui méprise les citoyens en les entretenant dans la peur, qui réduit les victimes à une revendication de sang appelée par le sang, qui ignore l'autodestruction qui anime chaque homme qui tue, et qui va dans cette ignorance, jusqu'à le tuer lui-même. Reste que nous qui donnons la vie nous ne pouvons accepter la tuerie organisée ». Face au droit des victimes, Gisèle Halimi apporte une contribution originale au débat dans une perspective féministe qui lui est propre. Elle revendique ainsi son rôle de femme qui donne la vie pour mieux s’opposer aux arguments des hommes qui voudraient donner la mort.

On notera au passage une liberté de ton qui étonne là où le formalisme et le "politiquement correct" d’aujourd’hui auraient suscités scandales et offuscations. Ainsi, alors que Mme Halimi poursuit son discours, elle est interrompue par le président de l’Assemblée nationale qui lui demande de conclure. Celle-ci n’hésite pas alors à lui répondre : « Monsieur le bourreau, encore une minute ! ». Ce à quoi l’intéressé répond quelques instants plus tard en laissant sa place au vice-président : « Je vous informe, mes chers collègues, que l'assemblée va maintenant changer de bourreau ».

 

     - J’ai personnellement beaucoup apprécié également la participation de Françoise Gaspard qui mobilise sa formation historienne au service de l’abolitionnisme : « Auriez-vous, mes chers collègues, été au XVIIIe siècle — après tout, ce n'est pas si loin de nous -- de ceux qui défendirent avec la même passion les supplices. La roue, les gibets, la potence, les scènes de marquage à l’épaule ou au front ? Auriez-vous été de ceux qui lors du supplice de Damiens en 1735, attelèrent deux chevaux supplémentaires pour l'écarteler, puisque quatre n'y suffisaient point ? Je ne peux pas le penser. Pourtant, vous voulez sauver la guillotine qui n'est après tout que la forme moderne et raffinée du supplice […] L’humanisation de notre droit pénal a en fait consisté, au cours des deux derniers siècles, à cacher le supplice parce que notre sensibilité occidentale ne supportait plus l'image du corps mutilé, tranché par le droit, et cherchait à le dissimuler jusqu'à interdire sous peine d'amende -- cela est encore inscrit pour un temps dans notre code pénal — sa relation dans la presse ».

Sa phrase de conclusion est particulièrement brillante : « Je terminerai en évoquant le titre et le contenu d'un livre, de celui qui est sans doute en France le plus grand philosophe vivant, Michel Foucault : Surveiller et punir. Je souhaite, pourquoi pas, qu'au XXIe siècle un philosophe de cette grandeur et de ce talent puisse résumer le droit du XXe siècle et l'œuvre que nous sommes en train de commencer dans ce titre : Responsabiliser et prévenir ». Cet ouvrage n'est hélas pas encore arrivé...

En revanche, je tiens aussi à signaler les absents, ceux qui n'ont pas pris la parole alors qu'ils ont voté ensuite contre la peine mort (et donc contre leur camp). 369 députés ont en effet voté l'abolition (contre 113 contre) dont 16 députés RPR parmi lesquels on retrouve Jacques Chirac, François Fillon et Philippe Séguin.

 

Histoire, Mémoire et société : un trio heuristique

Le recueil de ces interventions n’a pas pour seule ambition de sélectionner arbitrairement les extraits qui m’ont paru les plus remarquables dans ce débat. Ils sont à mon sens révélateurs de tensions lancinantes dans le débat politique. Il me semble, à travers ces prises de paroles, que les députés savaient qu’ils allaient changer durablement le cours de l’histoire de France, du moins dans sa dimension sociale. Il apparait en effet à la lueur de cet exemple que certaines évolutions des mentalités sont essentiellement infléchies par la prise de décision législative.

La question de la peine de mort est tellement sensible et s’inscrit dans des enjeux tellement importants et antagonistes que, sans la volonté politique de quelques hommes, la situation n’aurait probablement pas pu changer. En revanche, une fois ce stade symbolique dépassé, il est possible d’envisager une acculturation très rapide des masses.

Nous ne devrions à mon sens jamais oublier cette potentialité. A tous ceux qui croient encore que l’humanité est protégée des dérives les plus graves après avoir traversé le terrible vingtième siècle, nous voudrions rappeler qu’il ne faut jamais mésestimer la capacité de nos sociétés contemporaines à oublier. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître aujourd'hui tant les mémoires nous semblent omniprésentes, ce blog veut aussi rappeler que la multiplication des causes mémorielles servent parfois à dissimuler d’autres mémoires que l’on prive d’espace pour se développer. On a ainsi oublié peut-être un peu vite qu’à la fin des années 1970, la justice française conduisait des hommes à la mort, alors qu’elle fermait les yeux sur de nombreuses publications à connotation pédophile. Sur certains points particulièrement sensibles, les mémoires ne sont pas seulement une grille de lecture parmi d'autres : elles constituent une entrée parmi les plus révélatrices et efficaces pour mieux comprendre les non-dits d’une société.

 

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 15:50

 

Le 12 novembre 2010, en marge du sommet du G20 à Séoul auquel il a effectué un passage-éclair, le Président de la République française a fait une annonce pour le moins surprenante : La France va « restituer » à la Corée des manuscrits pillés par la marine française en 1866 et conservés depuis à la Bibliothèque Nationale de France (BNF). Cette annonce a suscité une grande émotion auprès des conservateurs et des historiens. Il convient de comprendre pourquoi.

Sarkozy et Lee Myung-Bak.jpg Nicolas Sarkozy et Lee Myung-Bak en marge du G20

 

Le parcours atypique d’une archive

Tout d’abord, de quels documents parle-t-on ? Le corpus considéré constitue un ensemble de 297 manuscrits royaux datant du XVIIe et XVIIIe siècle. Ils ont été rapportés en France lors d’une expédition punitive organisée en 1866 contre l’île de Kanghwa située actuellement au sud-ouest de la Corée du Sud. Cet évènement s’inscrit dans un contexte de défiance grandissant entre les pays d’Extrême-Orient et les puissances européennes (notamment la France et le Royaume-Uni) qui entendent exercer une autorité sur ces nouveaux marchés potentiels. Dans ce cas très précis, l’expédition punitive est menée par le contre-amiral Pierre-Gustave Roze pour des motifs religieux. Le royaume de Corée est alors dirigé par le régent Taewon'gun qui tente d’éliminer le catholicisme depuis son arrivée au pouvoir. La marine française intervient donc pour protéger ses ressortissants, notamment des missionnaires.

Les pays occidentaux étaient alors fascinés par la culture exotique et la richesse artistique de ces sociétés asiatiques. Les produits importés d’Inde et de Chine rencontraient un succès assuré sur le marché européen. Les militaires n’étaient pas dupes de cette réalité économique. Les diplomates avaient également une conscience visiblement plus développée qu’aujourd’hui quant à la valeur intrinsèque des archives d’une société. C’est pourquoi, lors des expéditions militaires à travers l’histoire, les envahisseurs se sont toujours emparés des documents rencontrés dans les divers palais, châteaux et bureaux, ce qui a parfois pour conséquence de rendre aujourd'hui le travail des historiens particulièrement difficile. C’est le cas par exemple des archives de Smolensk, nom donné aux archives du comité du Parti communiste de l'oblast de Smolensk, qui furent saisies dans un premier temps par l'armée allemande lors de sa conquête de la ville en 1941. Ces archives furent ensuite transférées en Allemagne. Lors de la Libération de l’ouest de l’Europe par les forces Alliées, ce fut au tour des américains de s’approprier ces documents et de les emporter avec eux à Washington. Ce n’est finalement qu’en 2002 que la plupart des documents ont été rendus à la Russie. La prise de possession de ces manuscrits coréens par l’armée française n’a donc rien d’exceptionnelle. Elle s’inscrit dans des pratiques qui ne s’encombrent certes pas de morale, mais qui sont établies et internationalement partagées depuis plusieurs siècles.

Il est donc particulièrement hypocrite d’accuser aujourd’hui la France de pillage pour justifier la thèse d’un retour immédiat des manuscrits. Si nous devions aujourd’hui poser la question de la provenance de chaque document dans les centres d’archives, des centaines de tankers seraient nécessaires pour transporter les documents d’un pays à l’autre.

manuscrits-coreens.jpg

  Ces manuscrits coréens sont consultables sur le site de Gallica en cliquant sur l'image ci-dessus

 

Des documents au cœur de l’histoire et de la politique

N’importe quel français est en mesure de comprendre l’émoi des coréens autour de ces documents. Imaginons un instant par exemple que des édits royaux signés de la main de Louis XIV aient été en possession des coréens à la suite d’une invasion de Versailles. Notre souhait aurait probablement été de les récupérer par tous les moyens existants.

Il existe pourtant des règles dans ce domaine, et notamment le principe de l’inaliénabilité qui veut que chaque œuvre répertoriée dans les collections publiques ne peut pas en sortir. Or, et c’est cet aspect précis qui suscite l’indignation et la protestation des conservateurs, Nicolas Sarkozy vient encore de passer outre au mépris des coutumes et des lois du pays qu’il préside. Afin de tenter de rester dans la légalité, un stratagème juridique a été trouvé par ses conseillers : les manuscrits coréens ne sont pas strictement rendus à la Corée mais ils lui sont restitués pour une durée de cinq ans, renouvelable sans limite. En somme, Nicolas Sarkozy s’est engagé à les rendre définitivement dans les faits, mais pas en droit.

Encore une fois, ce sont des enjeux géopolitiques qui ont dicté cette conduite. Derrière cette décision symbolique qui amenuise la richesse culturelle de la France, on invoque ces fameux « contrats » que la France signerait par dizaines à chacun des déplacements de Nicolas Sarkozy et qui rapporteraient des milliards à l’économie nationale. Hélas, d’un point de vue rationnel, aucune comptabilité n’a jamais été tenue suite à ces tractations pourtant largement médiatisées ; d’un point de vue philosophique, est-il encore possible de penser dans ce monde capitaliste que certaines œuvres, valeurs, et autres héritages n’ont pas de prix ?.... 

 Les conservateurs de la BNF ont lancé une pétition contre cette décision à l'adresse suivante : http://www.jesigne.fr/declaration-personnels-bnf-sur-manuscrits-coreens

 

Une mémoire du monde est-elle possible ?  

Au-delà de la polémique politicienne, cette affaire des manuscrits coréens soulève des problématiques intéressantes.

Parmi les arguments avancés par Nicolas Sarkozy pour justifier sa décision, on retrouve une thématique qui lui tient à cœur : l’identité nationale. Ce dernier affirme en effet que ces documents appartiennent à l'identité coréenne et non au patrimoine universel.

Précisons d’emblée que cette considération lui est tout à fait personnelle et qu’elle entre d’ailleurs en parfaite contradiction avec l’avis de l’UNESCO et de son programme « Mémoire du monde » ayant pour objectif la conservation et la diffusion des collections d'archives et de bibliothèque partout dans le monde. Ce dernier recense en effet les journaux du secrétariat royal de Corée comme une forme de patrimoine universel. La décision concernant les manuscrits coréens conservés à la BNF est donc loin d’être aussi tranchée qu’on voudrait nous le faire croire.

Ensuite, si l’on veut bien porter la réflexion de monsieur Sarkozy jusqu’à son aboutissement, on devrait s’interroger sur le destinataire national légitime de ces manuscrits. La Corée ayant été divisée en deux depuis 1953, le régime de Kim Jong Il n’est-il pas aussi en mesure de revendiquer la possession de ces documents puisqu'ils relèvent d'une histoire antérieure à la séparation ?

Enfin, les notions mêmes de « patrimoine universel » et de « mémoire du monde »  posent des problèmes insolubles. Un patrimoine peut-il être strictement considéré comme national ? N’est-il pas toujours le fruit d’une histoire internationale ? Prenons l’exemple célèbre de la Joconde, joyaux national exposé au Louvre et considéré comme une fierté française… réalisée par un artiste italien, établi Florence et représentant une florentine ! Il n’entre dans le patrimoine français que bien plus tard lorsque François Ier attire Léonard de Vinci dans son royaume. Ne doit-on pas dès lors considérer que cette œuvre appartient au patrimoine universel et non pas français ?

 

Cette réflexion volontairement provocante pourrait être élargie sans grande difficulté à une multitude d’objets et documents conservés dans les bibliothèques, musées et archives françaises. Le cas des manuscrits coréens ne fait pas exception : si ils se retrouvent aujourd’hui conservés dans notre pays, ne doit-on pas considérer que c'est justement parce qu'un jour, les histoires de la France et de la Corée se sont croisées ? Bien entendu, il est tout à fait possible d’envisager de rendre ces documents à leur pays d’origine. L’acte est charitable et il suscitera toujours un accueil bienveillant. Il faudrait cependant prendre le temps de réfléchir aux conséquences d’un tel acte (ce qui ne semble plus être dans l’ère du temps à une époque où l’action est privilégiée sur la réflexion). Que devrons-nous répondre quand d’ici quelques mois, tous les pays du monde avec lesquels nous avons eu des relations (militaires, de colonisation, d’excursion…) viendront nous réclamer successivement les morceaux constitutifs de leur culture. Devra-t-on fermer les salles égyptiennes du Louvre ? Le musée du Quai Branly devra-t-il mettre la clef sous la porte seulement quatre ans après son ouverture ?

Les arguments avancés aujourd’hui par monsieur Sarkozy risqueraient donc de se retourner bien vite contre lui. Si chacun devait reprendre ce qu'il croit lui appartenir, on risquerait de provoquer des tensions diplomatiques assez graves (et symptomatiques à mon sens de la montée d'idéologies nationalistes extrêmes) et des situations pour le moins ridicules (devra-t-on rendre à l'Allemagne les casques et fusils des soldats allemands tombés sur le territoire français et que l'on expose actuellement dans nos musées ?). Chaque pays serait alors contraint à exposer dans ses musées une collection strictement nationale (voire nationaliste) de son histoire. 

Aussi innocente qu’elle puisse paraître, cette décision de rendre les manuscrits à la Corée peut donc s’avérer lourde de conséquences.

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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 14:50

 

Certains lecteurs vont finir par croire que mon intégrité mentale a été écornée par des mouvances d’extrême-droite. Qu’ils soient rassurés par ce préambule, ne faisant moi-même pas partie du groupe défini ce matin par l’IFOP comme « sympathisants de l’UMP », je ne compte par parmi les 32% (sic) qui se disent favorables à des accords électoraux entre l’UMP et le FN aux élections locales.

 

 

En revanche, je fais partie de ceux (un groupe probablement plus restreint) qui commencent à s’interroger sérieusement sur la signification des références récurrentes à Pétain, voire à d’autres hommes politiques attachés au régime de Vichy.

 

Benjamin Lancar et la « fachosphère »

Evacuons d’emblée le buzz politique (puisqu’il semble en être un spécialiste) du président des Jeunes UMP qui s’est fendu mardi 26 octobre 2010 d’un communiqué maladroit pour saluer le « redressement économique de la France par Pierre Laval en 1932 ». On peut certes discuter pendant des heures de l’intérêt d’une telle affirmation d’un point de vue historique mais, quand on prétend être un homme politique prometteur et intelligent, on s’interroge plutôt deux fois qu’une avant d’écrire de tels propos dans un communiqué.

Certains avanceront encore la jeunesse et l’inexpérience pour excuser sa maladresse. Pour ma part, je serai plus sévère. Benjamin Lancar n’est plus un novice et ses sorties régulières et remarquées dans la sphère médiatique montrent qu’il sait généralement très bien ce qu’il fait. Il est d’autant moins excusable qu’en tant que responsable politique, il a été témoin d’une polémique proche quand, en décembre 2009, le député socialiste Jean-Christophe Cambadélis avait osé une comparaison audacieuse en rapprochant Eric Besson à Pierre Laval. Le ministre n’avait alors pas du tout apprécié et il avait immédiatement déposé une plainte (nous avions déjà  traité cette affaire dans le cadre de ce blog).

Comment donc peut-on prétendre au sein de l’UMP vanter un jour les mérites de la politique de Pierre Laval tout en s’indignant un autre jour d’être comparé à lui ? Il y a à mon sens une ambiguïté constante dans ces pratiques qui me mettent mal à l’aise. On peut certes jouer, comme je le fais régulièrement et intentionnellement sur ce blog, avec les différentes facettes de la mémoire nationale pour mettre de côté les ficelles idéologiques un peu trop grosses et aller titiller les filaments qui dépassent. L’exercice devient plus difficile quand on intervient régulièrement dans les médias et que l’on sait pertinemment que ses propos seront ensuite malicieusement sélectionnés par des journalistes en recherche de scoop. On ne peut d’ailleurs pas s’attendre à autre chose des journalistes quand on s’appelle Benjamin Lancar et qu’on réduit (cette fois-ci de façon tout à fait caricaturale) les médias en ligne à une sorte de « gauchosphère ». Il est clair que si l’objectif à terme est de faire régulièrement référence à Pierre Laval, on risque plutôt de sombrer rapidement dans une la « fachosphère ». A choisir, je vous laisse deviner laquelle a ma préférence…

 

Pétain doit disparaître

L’autre référence au régime de Vichy dans l’actualité fait suite à une polémique qui avait éclatée au mois de janvier 2010 lorsque le maire de Gonneville-sur-Mer dans le Calvados avait refusé de décrocher un portrait de Pétain affiché dans la salle du Conseil municipal.

La première question qui m’avait alors traversé l’esprit, mais à laquelle je n’ai jamais pu trouver de réponse, est la suivante : qu’est-ce qu’un portrait de Philippe Pétain faisait encore accroché dans ce lieu en 2010 et comment se fait-il que personne ne l’ait jamais remarqué ? Pourquoi, soudain, la question surgit dans les médias ?

Encore une fois, en lien avec les propos ci-dessus, ne peut-on pas considérer que c’est notre mémoire du régime de Vichy qui entre en ce moment en ébullition et dont nous apercevons les premières bulles de frémissement qui éclatent dans la sphère médiatique ? Si Henri Rousso pouvait encore récemment affirmer que la période de Vichy constituait « un passé qui ne passe pas », pourrait-on vraiment en dire autant aujourd’hui ?

 

La décision de justice qui vient d’être rendue par le tribunal administratif de Caen me semble également surprenante. Il a été en effet ordonné de décrocher le fameux portrait, car ce dernier serait contraire à la « neutralité du service public ». J’ai longuement essayé de comprendre le sens de cette expression qui ne parvient finalement pas à me convaincre. Si l’on doit s’interroger sur le sens de la « neutralité du service public », comment comprendre que le portrait de François Mitterrand soit accroché aux côtés de celui de Jacques Chirac. Sans entrer dans les détails des conflits d’interprétation qui tentent après coup de caractériser l’opportunisme d’une politique et sa marge de manœuvre face à son référent idéologique, ne peut-on pas considérer sans écorner la « neutralité du service public » que ces deux présidents successifs n’avaient pas les mêmes orientations ?

Si l’on revient à Philippe Pétain, considérant son mode d’accession au pouvoir en 1940, doit-on légitimement considérer qu’il constitue une parenthèse dans l’histoire de notre pays ? Si le régime a peu à peu pris une tournure autoritaire, il est de l’ordre du marronnier chez les historiens que de rappeler que Philippe Pétain a obtenu ce pouvoir tout à fait légalement par l’intermédiaire d’une loi dite « constitutionnelle » du 10 juillet 1940 et votée à une très large majorité à l’Assemblée Nationale.

Cette décision de justice, dans cette formulation, risque enfin de poser quelques difficultés très concrètes si des juristes un peu taquins s’y attardent. En effet, ne devra-t-on pas envisager d’éliminer par exemple tous les bustes de Marianne présent dans les mairies qui ont choisi le modèle des années 1960… aux traits de Brigitte Bardot !!! Connaissant ses orientations politiques actuelles assumées et médiatisées, ne peut-on pas considérer que cela constitue une atteinte flagrante à la « neutralité du service public » ?

 Buste-Brigitte-Bardot-en-Marianne.jpg

 

Il semble donc acquis depuis quelques semaines, et notamment depuis la découverte d’une mystérieux document faisant état d’un durcissement du statut des Juifs par la main de Philippe Pétain, que la mémoire de cet homme est condamnée à sombrer définitivement dans l’oubli. A défaut de pouvoir empêcher les comparaisons provocantes qui fleurissent dans les médias entre politique actuelle et politique passée, on semble donc résolu à faire oublier le passé pour mieux imposer le présent. Je m’attends donc presque à ce qu’Arno Klarsfeld, fraîchement nommé au Conseil d’Etat, propose dans quelques semaines une nouvelle loi mémorielle pour mieux encadrer les travaux historiques sur cette question.

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8 juillet 2010 4 08 /07 /juillet /2010 14:02

 

Dans la presse ce matin... un article du Monde qui nous informe que la Commission européenne contre le racisme et l'intolérance (ECRI), dans son rapport annuel 2009, estime que le racisme se développe de façon générale en Europe.

Fallait-il vraiment attendre ce rapport pour s'en apercevoir ? Si l'histoire ne se répète pas et qu'il n'existe pas de "lois historiques", un simple regard sur le XXème siècle aurait peut-être permis d'appréhender quelque peu ce constat.

Ce petit documentaire intitulé "Xénophobie, racisme : nationalisme pendant la crise économique de 1929" et distribué par l'INA nous permet de dresser un parallèle intéressant :

Video-Ina---Xenophobie--racisme---nationalisme-pendant-la.jpg

L'étape du premier constat étant franchie, ne faudrait-il pas désormais penser au temps de l'action car, faut-il encore le rappeler, la crise de 1929 est considérée comme l'une des étapes importantes de l'accession au pouvoir du nazisme en Allemagne et de l'explosion des manifestations latentes d'antisémitisme en France.

Méfions-nous néanmoins d'une vision anachronique : le racisme du XXIeme siècle ne sera pas celui du XXeme siècle. La commission européenne contre le racisme et l'intolérance signale dans son rapport quatre principaux groupes victimes de cette évolution :

  •    - Les Roms et les Gens du voyage,
  •    - Les Noirs,
  •    - Les Musulmans,  
  •    - les Juifs.

Personnellement, j'aurais également ajouté à cette liste la discrimination homophobe qui, comme j'ai déjà pu l'expliquer sur ce blog, est également en progression en France et dans le monde.

Pour les autres catégories, il suffit de rappeler qu'avant hier le plus ancien campement rom d'île-de-France était évacué dans une totale indifférence populaire ; que des croix gammées ont encore été récemment découvertes dans le cimetière d'Albi ; ou bien qu'Alain Finkielkraut s'est dernièrement illustré par des propos détestables sur l'équipe de France de football décrite comme révélatrice d'une "génération caillera". Et encore, je ne reviens pas sur le fait qu'un ministre de l'Intérieur et des Cultes (c'est important) puisse être condamné pour injure raciale sans être remercié...

Après avoir distribué plusieurs milliards d'euros pour le "sauvetage" des banques (et des banquiers), on attend donc désormais l'équivalent pour lutter contre un mal qui pourrait s'avérer tout aussi tragique.

 

Complément d'info du 22 juillet 2010 : ce gouvernement est tellement prévisible : http://tempsreel.nouvelobs.com//actualite/politique/20100721.OBS7454/sarkozy-scandalise-les-associations-avec-sa-reunion-sur-les-roms.html

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14 novembre 2009 6 14 /11 /novembre /2009 18:13

Puisque les cinémas français semblent avoir reçu pour ordre de boycotter le dernier film de Gilles Perret (à la date du 14/10/09, soit 10 jours après sa sortie nationale, il est référencé dans seulement 15 salles en France), il nous a semblé important d’en faire un compte-rendu afin que chacun sache qu’il est important de voir ce film, quelque soit ses opinions politiques.

Les spectateurs dijonnais ont eu la chance, grâce au cinéma Eldorado de Dijon, de bénéficier d’une séance en avant-première et en présence du réalisateur dans l’attente d’une programmation pour la fin du mois de novembre 2009.

 

 

Un pamphlet

Comme tout film engagé qui s’assume, Walter, retour en résistance est intéressant car il mène ces spectateurs à la réflexion. La critique trop facile (mais qui a au moins le mérite d’exister) reproche à ce film d’être une entreprise « de propagande de gauche » (Lionel TARDY, député UMP de Haute-Savoie) ou bien d’utiliser « des procédés d’idéologues, les mêmes qu’utilisaient les staliniens »  (Bernard ACCOYER, Président de l’Assemblée Nationale). Ce que ces détracteurs oublient cependant trop facilement, c’est que la comparaison ne tient pas quand les propos avancés sont publiquement assumés, voire revendiqués. Cela équivaudrait à condamner n’importe quel opposant politique au seul motif de son opposition (ce qui pour le coup, renverrait l’accusation à son destinateur).

 

Il ne faut en effet pas plus de quelques secondes au spectateur averti pour comprendre qu’il s’agit d’un véritable pamphlet anti-sarkoziste. Walter Bassan ne prétend jamais représenter l’ensemble des déportés. C’est une voix, parmi d’autres, qui s’exprime avec ses convictions de gauche, avec son expérience d’ancien militant CGT, mais aussi avec l’engagement républicain d’un citoyen de 82 ans qui consacre depuis près de vingt ans tout son temps et toute son énergie au service de la transmission de la mémoire.

 

Certaines scènes du film sont particulièrement touchantes lorsque, parcourant plusieurs centaines de kilomètres, Walter sillonne les routes des écoles, des collèges et des lycées où l’on veut bien l’inviter pour parler de la guerre, de la résistance et de la déportation. Les spectateurs dijonnais ont d’ailleurs découvert dans leurs rangs deux jeunes filles, aujourd’hui étudiantes à l’Université de Bourgogne, qui ont été scolarisées en Savoie et qui ont eu l’occasion de croiser Walter au cours de ces innombrables déplacements. C’est avec une émotion à peine dissimulée qu’elles sont venues retrouver à travers cet écran l’homme qu’elles ont apprécié et qui les a initié au souvenir de la déportation. On ose alors imaginer le nombre d’adolescents savoyards qui ont été sensibilisés à cette question grâce à l’action de Walter Bassan…

 

Les propos de monsieur Lionel TARDY, député UMP de Haute-Savoie, sont donc à mon avis intolérables lorsqu’il qualifie de « triste sire (…) un certain Walter BASSAN, 82 ans, résistant communiste et militant CGT de son état ». Cette description à l’emporte-pièce signifierait donc que l’âge avancé et les opinions politiques de l’intéressé rendraient son propos invalide et sans valeur. Dans la même logique, ne pourrait-on pas considérer que les propos d’un député de la majorité présidentielle devraient être passés au détecteur de fidélité partisane et d’ambitions carriéristes ? Bien sûr que non ! Car on imagine qu’avant d’être sarkoziste, monsieur Tardy est un citoyen et un représentant du peuple. On imagine aussi qu’au-delà des divisions partisanes, ce représentant est fier de compter parmi ces concitoyens un homme qui s’implique autant dans la formation des jeunes générations.

 

« Adieu 1945 »

Walter, retour en résistance n’introduit donc pas « des ferments de guerre civile » ; il ne sème pas « la haine » comme le prétend le Général BACHELET, président de l’Association des Glières. C’est le portrait d’un homme porté par des convictions et qui prétend les faire entendre aussi fort qu’un ministre au journal de TF1.

Ce qui semble d’ailleurs déranger ses détracteurs, ce ne sont pas tellement ses idées, mais l’exceptionnelle efficacité rhétorique avec laquelle il les défend. Ces arguments sont simples, concis, et efficaces : depuis deux ans, l’Etat détruit une à une toutes les valeurs et toutes les constructions issues de la Résistance.  

Lorsque que c’est Denis Kessler, ex-président du MEDEF, qui l’affirme dans les colonnes de Challenges le 4 octobre 2007, cela ne pose alors aucun problème. Dans son article intitulé « Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde ! », il explique sans gêne ni remord que : « Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s'y emploie » (allez le lire, l’analyse est déconcertante).

Seulement, quand c’est un ancien résistant et déporté qui en parle, le ton monte. Walter Bassan dresse en effet la même constatation que Denis Kessler mais pour sa part il s’en émeut, il s’en indigne (avec Stéphane Hessel, ancien résistant, ancien déporté, corédacteur de la charte universelle des droits de l’homme, ancien ambassadeur de France) et il entend résister à nouveau contre cette attaque en règle des principes de la Résistance pour laquelle il s’est battu.

Pour ce faire, il pointe là où ça fait mal ; là, dans cet espace mi-obscur de notre lobe crânien, entre la raison et le sentiment ; oui, là, pile sur notre mémoire nationale !

 

A mort les résistants…

Car c’est tout de même un comble selon Walther Bassan d’appliquer une telle politique de destruction, tout en continuant à venir se recueillir régulièrement sur les hauts lieux de la résistance française en rappelant les sacrifices de ces hommes et l’hommage national que nous devons continuer à leur rendre au nom de la Liberté. Le hasard du calendrier fait que monsieur Sarkozy vient d’ailleurs de réaliser le 12 novembre 2009 le grand écart le plus impressionnant dans ce domaine à l’occasion d’un discours sur l’identité nationale à proximité du Mur des Fusillés de la Chapelle en Vercors. Après avoir évoqué dans un style qu’il affectionne tant (voir notre article sur ce point) les « villages bombardés, (…) maisons brûlées au lance-flammes, (…) maquisards massacrés, (…) civils assassinés… », il enchaîne sans transition sur la thématique de l’identité nationale

C’est alors qu’il nous offre un moment d’anthologie qu’il serait difficile de ne pas livrer en entier sans trahir le sens :

« C’est toujours au moment où l’on va les perdre que l’on mesure la signification et l’importance de ces choses indéfinissables avec lesquelles on a tellement l’habitude de vivre que l’on a l’impression qu’elles sont aussi naturelles que l’air que l’on respire. Nous vivons peut-être l’un de ces moments où les repères s’effacent, où l’identité devient incertaine, où nait le sentiment que quelque chose qui nous est essentiel pour vivre est en train de se perdre. Tout semble concourir à l’aplatissement du monde » (voir le texte intégral).

A l’heure où la sécurité sociale française fait l’objet d’une « refonte » (comprenne qui voudra) par l’actuel gouvernement, il faut croire que les conseillers du président de la République n’ont pas encore vu le film de Gilles Perret. Sinon, ils auraient peut-être modifié son discours. Car qu’on se le dise, si la nouvelle droite est dite « décomplexée » dans son rapport à l’argent, au succès et au pouvoir, elle n’assume pas encore publiquement ce rejet des valeurs de la Résistance.

 

Censure ?

Juridiquement, le film de Gilles Perret est condamnable. Sa construction repose sur une interview exclusive de Bernard Accoyer qui s’insurge contre ce qu’il considère comme un « amalgame » entre la Résistance et un débat politicien contemporain (en somme, le souvenir de la Résistance n’aurait droit de cité que dans les lieux de commémoration, pas au palais Bourbon). Or, le président de l’Assemblée Nationale a fait appel à son droit à l’image pour censurer cette interview. Le réalisateur et la production ont décidé de passer outre en assumant les poursuites judiciaires au nom de la liberté d’expression et du message qu’ils défendent.

Nous devons reconnaître qu’il s’agit là d’une indélicatesse un peu osée dans un monde politique impitoyable. Ce n’est d’ailleurs pas la seule limite de ce film parfois trop long, aux montages quelquefois maladroits, et qui présente le défaut de ne montrer qu’un seul résistant là où le monde associatif est plutôt partagé.

Seulement, pour que ces critiques puissent être étayées, il faudrait que les français puissent voir le film, ce qui est actuellement difficile. En effet, les médias ont depuis sa sortie nationale soigneusement évité d’en parler malgré l’importance de son message. D’ailleurs, il est fort probable que Bernard Accoyer ait renoncé à son droit à l’image afin d’éviter justement de faire une publicité non désirée du film dans la presse. Depuis, sans raison rationnelle ou avouable, on constate que les cinémas décommandent la programmation du film, sur un simple coup de fil…

 

C’est pourquoi il me semblait important d’écrire cet article, non pas comme une reproduction d’un pamphlet politique (le film se suffit à lui-même) mais comme un appel à la liberté d’opinion et d’expression. Que l’on soit d’accord avec Walter Bassan ou non, il est important qu’il puisse encore s’exprimer aujourd’hui au nom de la Liberté pour laquelle il s’est battu. Le refus de la repentance ne doit pas, selon nous, s’accompagner d’un refus de l’histoire et de la mémoire. Henry Rousso nous l’a démontré depuis bien longtemps, c’est seulement par la réflexion (certes douloureuse) que le passé passera…

 

En lien :

-          Le site de la production du film pour organiser des projections et/ou se procurer le futur DVD.

-          Un compte-rendu de l’activité de l’association « Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui » qui se réunit désormais chaque année sur le plateau des Glières.

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15 octobre 2008 3 15 /10 /octobre /2008 21:03

Au début de ce mois d’octobre 2008, le Présidium de la Cour Suprême (la plus haute instance juridique en Russie) vient de reconnaître comme injustifiées les répressions bolchéviques contre le dernier tsar Nicolas II et sa famille. Elle a ainsi décidé de les réhabiliter.

En 2000, l’Eglise orthodoxe les avait déjà canonisés comme martyrs.

 

En termes juridiques, la réhabilitation consiste en une restitution de ses droits et de sa dignité à quelqu'un qui en a été privé par la justice. D’un point de vue plus général, elle permet le rétablissement dans l'estime générale de quelqu'un qui avait subi une mise à l'index.

 

Or, dans ce cas précis, nous observons une confusion des genres bien étrange. Nicolas II est certes réhabilité par la justice, mais pour une répression exercée à une époque révolue et par un groupe politique désormais disparu de l’échiquier. L’institution judiciaire ne répare donc pas une erreur commise par ses propres services, mais entérine une lecture politique de l’histoire.

 

Fondamentalement, une telle décision ne surprend guère. Influencée par les courants occidentaux, la mémoire russe subit aussi les vicissitudes d’une représentation victimaire omniprésente. D’un point de vue strictement pragmatique, nous pouvons en effet considérer que Nicolas II et sa famille ont été victimes d’une répression politique puisqu’ils ont été faits prisonniers, puis exécutés, le 17 juillet 1918 par la Tcheka, police politique de Lénine. C’est en tout cas l’interprétation que vient d’acter officiellement la justice russe.

 

Cependant, ne peut-on pas considérer que le tsar Nicolas II a lui-même été l’initiateur d’une immense répression ? Les victimes du fameux Dimanche rouge (22 janvier 1905) au cours duquel l’armée impériale a liquidé avec violence une manifestation populaire à Saint-Pétersbourg vont-elles aussi faire l’objet d’une réhabilitation ? D’ailleurs, n’est-ce pas à la suite de cet évènement que le tsar fût surnommé « Nicolas le sanguinaire » par les bolchéviques ?

 

La mémoire de Nicolas II est en fait l’objet d’une vive concurrence mémorielle. D’un côté, une mémoire dite "soviétique" a longtemps souhaité présenter Nicolas II comme le dernier représentant d’un système impérial oppresseur et autoritaire. De l’autre, des groupes de pressions politiques et religieux ont travaillé à la revalorisation de son image, qui aboutit aujourd’hui à une réhabilitation judiciaire. Le jugement final jouant ici un rôle de caution, une sorte de verrou institutionnel contre de nouvelles révisions historiques.

 

Dans ces deux cas, nul n’est question d’histoire. Ce sont deux interprétations politiques qui s’affrontent sur le terrain de passé. Cet acte nous renseigne donc moins sur la nature du règne de Nicolas II, que sur celui de Dimitri Medvedev et de son Premier Ministre Vladimir Poutine. Ces deux dirigeants et la société qu’ils gouvernent semblent tracer un trait de plus en plus noir, voire indélébile, sur le caractère populaire de leur passé soviétique. Ce qui compte désormais, c’est une image d’ordre et d’autorité considérée comme le fondement de la puissance russe. Tout autre élément est alors interprété comme un facteur de trouble.

 

Si de telles pratiques venaient à se pérenniser, il serait intéressant d’observer ce que la justice française pourrait bien penser de notre Nicolas Ier dans un siècle…

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27 août 2008 3 27 /08 /août /2008 13:53

A l’instar de ses prédécesseurs, notre actuel Président de la République, monsieur Nicolas Sarkozy, semble apprécier surfer sur la vague de l’histoire. Pour preuve, le site officiel de l’Elysée diffuse une chaîne « Histoire » où il est possible de visionner des reportages sur l’Historial Charles de Gaulle, ou encore des interviews de Jean-François Sirinelli.

Ce qui nous intéresse aujourd’hui n’est pas tant cet énième outil de communication, mais plutôt le regard que porte notre Président sur l’Histoire de France, et sur l’Histoire en général. Alors que le président Chirac inaugurait son premier mandat avec le célèbre (et célébré) discours de commémoration de la rafle du Vel’ d’Hiv au cours duquel il reconnaissait la responsabilité de l’Etat français dans la déportation, Nicolas Sarkozy inaugurait le sien par cette volonté présidentielle (et donc non-soumise à discussion) de rendre obligatoire la lecture officielle de la lettre de Guy Mocquet à nos chères têtes blondes.

Il y aurait encore tant à dire sur cet acte tant symbolique que politique, sur son idée de « confier la mémoire » d’un enfant juif déporté à nos jeunes élèves, ou encore sur ses conseillers hautement qualifiés qui, lorsqu’ils écrivent ses discours, mentionnent le triste nom de Pierre « LAVALLE » sans en corriger les fautes à l’occasion de son édition…

Mais notre volonté ici est de réagir à l’actualité, et nous nous concentrerons donc sur le discours prononcé le 25 août 2008 à Maillé afin de rendre hommage à ses martyrs de la Seconde Guerre Mondiale.

 

Poser la problématique

Sans s’embarrasser du contexte, Nicolas Sarkozy pose très directement l’objet de son intervention en y laissant une pointe de suspens à l’intention de son auditoire : « En ce jour anniversaire de la libération de Paris, j’ai voulu réparer une injustice ».

 

Exposé des faits

Il entame alors un long récit au passé simple (que tout bon historien aurait proscrit) pour décrire avec pesanteur « les 124 morts » de Maillé, « assassinés de sang froid avec méthode », décrivant cet acte comme « un crime (…) décidé, organisé, planifié, dans le cadre d’une politique de terreur ». Pendant de longues minutes, il accable les « bourreaux », décrivant avec force de détails l’ennemi qui s’en prend « aux femmes, aux enfants, aux vieillards ».

En présence de l’ambassadeur d’Allemagne, Nicolas Sarkozy ne s’encombre pas de retenue. Après tout, puisque la repentance n’est plus de rigueur en France, pourquoi n’en serait-il pas de même outre-Rhin ?...

Comme si cette histoire était destinée à des enfants, il dresse clairement le camp des "gentils

 

Conclusion

Ce n’est qu’au terme de ce long et douloureux récit que le chef de l’Etat déclare enfin la conclusion de son récit : « La Nation n’a pas su dire les mots qui auraient touché leur cœur [des survivants], en leur faisant sentir que le pays tout entier partageait leur douleur ». Et de laisser tomber sa sentence implacable : « La France a commis une faute morale ! C’est cette faute qu’au nom de la Nation toute entière, je suis venu reconnaître et réparer ». Par cette déclamation, Nicolas Sarkozy met assez logiquement en application ce qu’il exige désormais des professeurs de la République : être tout à la fois des professeurs d’histoire, des professeurs d’éducation civique, et des professeurs de morale (bien que nous savons désormais depuis son discours de Latran qu’il considère que « l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé »… OUF ! J’ai bien cru un instant que nous allions devoir subir des formations de catéchisme !!!).

En rappelant ensuite que « les morts de Maillé ont leur place dans la mémoire nationale », le Président de la République semble alors se poser comme le grand ordonnateur d’un phénomène que tous les spécialistes considérait pourtant avant lui comme un processus sociologique complexe. Au diable Pierre Nora, Philippe Joutard et autres Jacques Le Goff ! Les lignes du grand livre de la mémoire nationale, c’est désormais lui qui les écrit (puisque l’Assemblée Nationale n’y est pas parvenu sur la colonisation).

Dès lors, j’aurais une requête Monsieur le Président : ne serait-il pas possible dans ce grand livre de la mémoire de consacrer un chapitre à la persécution des homosexuels ? Oh je sais bien, selon les dernières recherches, ils n’auraient été que 63 (sic) à être déportés durant la Seconde Guerre mondiale. Et puis, bien entendu, ils n’ont guère eu de descendance susceptible de voter aux prochaines élections présidentielles…mais tout de même…quelques pages… ? Non ? Bon…

Bref, Nicolas Sarkozy décide enfin de terminer son discours par de petites digressions significatives pour rappeler que ce passé illustre le combat de l’humanité et de la civilisation face à la barbarie : « Je pense notamment au sacrifice de nos dix jeunes soldats face à ces barbares moyenâgeux, terroristes, que nous combattons en Afghanistan ».  Et d’en arriver à une leçon générale de morale : « C’est en se souvenant d’évènements comme ceux qui se sont produits ici, que nos enfants sauront qu’il ne faut jamais transiger avec le totalitarisme, qu’il ne faut jamais transiger avec le fanatisme, qu’il ne faut jamais transiger avec les idéologies de mort qui transforment les hommes en tueurs, en tortionnaires, en bourreaux aveugles ». Le ton y est, la répétition est une méthode pédagogique éprouvée pour faire passer le message, les élèves sont subjugués par les qualités oratoires de leur professeur… mais à la sortie de la salle de classe, des commentaires se font entendre tout bas : « Dis, aux dernières vacances, j’ai croisé le prof avec son ami Kadhafi, mon papa m’a dit que c’était pas un rigolo »…

 

Post scriptum : j’anticipe dès à présent les commentaires enflammés qui pourraient suivre cet article. Il ne s’agit pas d’une tribune politique, il ne s’agit pas non plus d’une critique engagée (je ne suis moi-même pas encarté), mais d’une analyse qui se veut historienne et mémorielle, en total respect pour la fonction présidentielle.

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