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  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Paperblog : Les meilleurs actualités issues des blogs

Cherche La Pépite

10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 07:31

 

L-Histoire-mars-2012.jpg

 

Comme tous les mois, nous poursuivons notre recension du magazine l'Histoire afin de compléter notre réflexion sur les principales thématiques mémorielles abordées dans la recherche et l'édition. Au programme de ce numéro, un nouveau musée de la Résistance qui occulte la Déportation, les non-commémorations de la guerre d'Algérie, la repentance au programme des lycées et les mémoires antagonistes de la campagne de Napoléon en Russie. 

 

Un nouveau musée de la résistance à Limoges

La ville de Limoges a inauguré mercredi 25 janvier 2012 son musée de la Résistance.

Situé dans l’ancien couvent des Sœurs de la Providence du XVIIème et XVIIIème siècle, il propose sur 1400m2 un parcours muséographique retraçant les faits historiques de la Seconde Guerre mondiale en Haute-Vienne.

L'orientation scientifique a été élaborée par Olivier Wieviorka, avec l'assistance d'Annie Martin et de Pascal Plas, historiens, qui ont complété le programme par leurs connaissances locales du sujet. Annie Martin a d'ailleurs pris la direction de l'établissement. La scénographie est l'oeuvre de Frédéric Casanova.

 

Musee-de-la-resistance-de-Limoges.jpg

Musée de la Résistance de Limoges

 

Deux éléments ont plus particulièrement attiré notre attention.

   1. D'abord, la dédicace du député-maire PS de Limoges, Alain Rodet, "à tous les anonymes, pour autant authentiques résistants, qui n’auront ni rue ni plaque". Il s'agit là d'une originalité significative au regard de la pratique mémorielle qui s'attache souvent à des individus, qu'ils soient héros ou victimes, pour en faire de véritables "accroche-mémoires". L'ancien musée était d'ailleurs intitulé "Henri Chadourne", du nom du maire de Limoges de 1944 à 1945.

   2. A l'inverse, on s'étonne de la nouvelle dénomination sur  le site Internet de la ville de Limoges qui revendique le nom de "Musée de la Résistance" tandis que le précédent était,  selon le site du ministère de la Défense, un "musée de la Résistance et de la Déportation".  Un rapide regard sur les collections permanentes permet en effet de remarquer que la déportation n'est désormais évoquée qu'à la fin de l'exposition, et uniquement sous le prisme mémoriel. Curieuse et révélatrice évolution pour laquelle nous n'avons trouvé aucune explication...

 

Crispations autour de la guerre d'Algérie

A l'approche du 19 mars, la question des commémorations de la fin de la guerre d'Algérie est évoquée à plusieurs reprises dans la rubrique "Actualités" mais aussi "médias" du magazine. Toutes les dates et évènements ont cependant déjà fait l'objet d'une réflexion dans le cadre de notre rubrique consacrée aux " Mémoires 2012 de la guerre d'Algérie".

 

La mémoire nationale remplace l'histoire dans les lycées

L'excellent article d'Annette Wieviorka sur les nouveaux programmes d'histoire au lycée a été abondamment cité et commenté dans différents médias et réseaux enseignants. A ceux qui ne l'auraient pas encore lu, il faut absolument le faire !

Dans un développement clair, concis et rigoureux, l'historienne met en parallèle les éléments qui permettent de dresser une "orientation historiographique" de notre actuel président de la République avec l'écriture des nouveaux programmes d'histoire de première élaborés au sein du ministère de l'Education Nationale et enseignés en classe depuis la rentrée 2011. Le constat est sans appel : "C'est la défaite de la volonté de comprendre (...). La conception qui émane des nouveaux programmes est au contraire une conception compassionnelle d'une histoire tendant à faire communier les adolescents dans la douleur du passé".

On est loin, très loin, du refus de repentance prôné en 2007, et réitéré dans le cadre de la campagne de 2012 à propos de la guerre d'Algérie. Dans  un entretien accordé à Nice Matin lors d'un déplacement auprès de pieds-noirs et de harkis, Nicolas Sarkozy a en effet répété que la France ne pouvait pas "se repentir d'avoir conduit la guerre d'Algérie".

Y aurait-il deux façons de faire l'histoire ? L'histoire enseignée dans la repentance et l'histoire politique sans repentance ? Ou bien doit-on comprendre que certains évènements méritent plus de repentance que d'autres ? Il serait bon que le candidat soit amené à s'expliquer sur ces choix.

 

La mémoire de Napoléon, ici et ailleurs

Le dossier de ce numéro de l'Histoire est consacré à la chute de Napoléon devant les Russes en 1812 (autre anniversaire bien moins commémoré que la fin de la guerre d'Algérie). Nombreuses sont les réflexions mémorielles qui viennent ponctuer différents articles consacrés aux dernières batailles de l'empereur.

Marie-Pierre Rey, spécialiste de la question, rappelle notamment que si la campagne de Russie reste intimement associé à la Bérézina dans la mémoire  occidentale ( sujet auquel j'avais jadis consacré un article dans la revue Regard sur l'Est), elle a favorisé l'émergence d'un sentiment patriotique fort et inédit en Russie qui va s'exprimer d'autant plus fièrement lors du bicentenaire que la Russie actuelle entretient toujours des rapports compliqués avec son voisin européen. Un conseil a d'ailleurs été constitué pour préparer les célébrations du jubilé de 1812 dans tout le pays. L'article de Pierre Gonneau nous apprend que ce conseil travaille notamment sur l'inauguration d'un musée de la bataille de 1812, la reconstruction du "Palais d'étape" où se tenait le conseil de guerre dirigé par Koutouzov et la restauration de différents monuments liées à cet évènement dans la capitale mais aussi à Smolensk et Maloïaroslavets.

Staline n'avait d'ailleurs pas hésité lui-même en 1941 a utiliser le souvenir héroïque de la guerre de 1812 pour mobiliser son pays contre l'attaque d'Hitler, comme nous pouvons le constater sur cette affiche explicite :

 

Napoleon-Hitler.jpg

"Napoléon a été vaincu. Hitler le sera aussi !"

 

Vladimir Poutine, fraîchement et triomphalement réélu ne manquera probablement pas d'instrumentaliser cette mémoire dans ces prochains discours politiques.

 

Nathalie Petiteau nous propose enfin un article remarquable sur la mémoire collective des grognards de la campagne de Russie, expliquant comment cet évènement a été l'un des plus racontés par les survivants (largement dépassé depuis par les récits de la Seconde Guerre mondiale) et comment cette mémoire a longtemps "submergé l'histoire".

 

Tout comme pour la guerre d'Algérie, une étude comparative des constructions mémorielles progressives et respectives des anciens protagonistes serait passionnante.

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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 14:08

L-Histoire-janvier-2012.jpeg

 

Comme tous les mois, le dernier numéro de l'Histoire nous permet de compléter notre activité de recension des principales thématiques mémorielles qui traversent la recherche et l'édition.

 

Une mémoire familiale bien lourde

Les télégrammes nous apprennent tout d'abord la disparition de Svetlana Alliluyeva, née Djougachvili, le 22 novembre 2011. Cette jeune femme d'origine russe n'est autre que la fille de Staline, réfugiée aux Etats-Unis 1967.

 

 

Dans la vidéo ci-dessus, elle explique les souvenirs affectueux de son père avec lequel elle a entretenu, dans un premier temps, de meilleurs rapports que ses frères. Elle évoque également les raisons qui l'ont poussé à demander l'exil aux Etats-Unis, adoptant une position idéologique plus volontier anti-stalinienne après la disparition de son père.

Cet évènement est finalement passé relativement inaperçu alors qu'il aurait pu susciter un point de cristallisation au sein de la guerre froide. L'accueil de la descendance de Staline sur le sol américain aurait pu être davantage instrumentalisé dans chaque bloc.

 

Staline ayant eu lui-même plusieurs femmes, sa descendance est multiple, voire complexe. Confirmant les hypothèses de l'écrivain dissident Alexandre Soljenitsyne, la chaîne russe NTV a découvert en 2001 l'existence d'un petit-fils inconnu, Iouri Davydov, issu d'une liaison illégitme du dictateur entre 1914 et 1918 durant son exil en Sibérie du Nord.

Iouri-davydov.jpg

Iouri Davydov

 

Ce dernier préfère visiblement la discrétion sibérienne contrairement à un autre petit-fils, Evgueni Djougachvili, qui s'est lancé en politique (avec peu de succès) à partir de 1999 au sein de la coalition appelée le «Bloc stalinien», en coopération avec deux organisations extrémistes : la Russie du travail et l'Union des officiers.

Ex-colonel de l'armée soviétique, il souhaite reconstruire l'URSS, renationaliser les entreprises et surtout protéger la mémoire de son grand-père. A défaut d'avoir convaincu d'éventuels électeurs, il s'est d'ailleurs plus récemment illustré en attaquant le journal russe Novaïa Gazeta pour atteinte à l'honneur et à la dignité de son aïeul. Il n’a visiblement pas apprécié un article consacré au massacre de Katyn dans lequel le dictateur est présenté comme ayant les mains tâchées de sang.  Il exige la publication d’un démenti et dix millions de roubles (227 000 euros) de dommages et intérêts.

Depuis, la justice a débouté sa demande mais a relancé le débat en Russie sur les responsabilités dans ce massacre. Si la part des autorités soviétiques a été reconnue tardivement par Mikhaïl Gorbatchev, il n'en demeure pas moins que les documents n'ont pas été déclassifiés et que les historiens n'ont pas encore pu exercer un véritable travail d'histoire sur Katyn. Or, la question semble encore douloureuse au sein de la société russe.

Fils-de-Staline.jpg

Evgueni Djougachvili

 

On parle beaucoup des dictateurs déchus ces dernières semaines (voire de leurs femmes supposées puissantes et manipulatrices). Il serait intéressant de se pencher davantage sur cette descendance dont la première génération semble particulièrement silencieuse alors que la seconde relève progressivement la tête... comme pour les victimes de leurs aïeuls finalement. Le clash des mémoires ne fait peut-être que commencer !

 

L'histoire approximative des candidats à la présidentielle

Notre collaborateur  Mémorice de France s'en arrache encore les cheveux, mais dans la préparation studieuse de sa candidature, il a laissé échapper une belle  "perle" d'un de ces concurrents. Cette fois-ci, il s'agit de François Hollande qui a écrit dans Le Point du 10 novembre 2011 un petit texte où il relate l'ancdote de  la dépêche d'Ems dans lequel il confond Bernadotte et Vincent Benedetti.

L'erreur est humaine et pointue. Rares sont ceux à l'avoir remarquée... ce qui n'a pas été le cas de celle d'Hervé Morin, autre candidat à la présidentielle qui n'a pas hésité à affirmer qu'il avait assisté au débarquement de Normandie :

 

 

Pour rappel, l'intéressé est né en 1961 alors que le débarquement a eu lieu le 6 juin 1944.

Cette déclaration a suscité de nombreuses boutades (parfois hilarantes) sur Internet. Dommage que l'intéressé n'ait pas eu suffisament d'humour pour revenir sur ses propos !

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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 17:27

 

L-Histoire-decembre-2011.jpg

 

Comme chaque mois, le dernier numéro de l'Histoire est l'occasion de compléter notre recensement de l'actualité mémorielle.

 

Hilaire MULTON devient conseiller aux commémorations nationales

Hilaire-MULTON.jpgUne brève annonce la nomination d'Hilaire MULTON, historien de l'Italie au XIXe siècle, comme conseiller pour le patrimoine, les musées, les archives, l'histoire de l'art et les commémorations nationales auprès du ministre de la Culture. Une telle casquette est impressionnante mais elle est révélatrice du parcours d'un homme qui multiplie les travaux et les responsabilités. On notera plus particulièrement parmi ses travaux de recherches des notes réalisées pour le ministère des Affaires Etrangères concernant "les enjeux de mémoire autour du génocide arménien de 1915 (mai 2006)" et "Le diplomate face à la mémoire et l’histoire en miettes (juillet 2006)".

Nous attendons donc ses prochaines notes avec impatience en espérant qu'elles pourront avoir une influence bénéfique sur  les prises de positions récentes du gouvernement concernant le génocide arménien.

 

Nantes n'a pas inauguré son Mémorial de l'abolition de l'esclavage

Memorial-de-l-abolition-de-l-esclavage.jpgLe 1er décembre 2011, le député-maire Jean-Marc AYRAULT était censé inaugurer un Mémorial de l'abolition de l'esclavage sur les bords de la Loire d'où des miliers de navires partaient à l'aventure du commerce triangulaire. La rédaction de l'Histoire n'a visiblement pas vérifié si l'évènement annoncé par dossier de presse avait vraiment eu lieu. Le site de la ville de Nantes a pourtant annoncé depuis le 9 novembre 2011 que l'inauguration a été reportée en raison de défauts techniques importants sur les plaques de verre portant les textes commémoratifs.

Dans l'attente de cette date, il est cependant possible de découvrir  le site Internet dédié au Mémorial qui constitue une initiative intéressante mêlant les aspects mémoriels, politiques, scientifiques et pédagogiques.

 

L'inde n'est pas née en 1947 : pour une réécriture mémorielle et postcoloniale de l'histoire indienne

Inde-des-Gupta.jpg

Cédric FERRIER propose un article passionnant sur l'Inde des Gupta, cette dynastie dont nous savons finalement peu de chose à l'exception de ce que l'historiographie nationale transmet et entretient depuis l'accession à l'indépendance en 1947.

Cet article et les travaux de l'historien qui paraîtront prochainement aux Belles Lettres n'adoptent pas une lecture résolument mémorielle. Néanmoins, ils montrent qu'au lendemain de l'accession à l'indépendance après des décennies de colonisation britannique, les autorités indiennes ont encouragé la promotion de ce passé voulu prestigieux qui a conduit à parler d'un "âge d'or" (voir l'ouvrage ci-dessus). Ce n'est que plusieurs décennies plus tard, après l'affirmation économique et diplomatique de l'Inde sur la scène internationale et sous l'impulsion de chercheurs occidentaux que cet héritage flamboyant peut enfin être nuancé. 

L'exercice est intéressant car il permet d'approfondir cette question essentielle des choix historiographiques (implicites ou assumés) d'une nation durant les moments importants de son histoire. Ainsi, l'écriture de l'histoire est elle aussi révélatrice d'une époque donnée et doit être étudiée en tant que telle.

 

Le temps des banquets : entre histoire et mémoire

Le-temps-des-banquets.jpgLe compte-rendu du dernier ouvrage de Vincent ROBERT par Jean-François CHANET illustre bien la valeur ajoutée que les études mémorielles peuvent apporter à l'historiographie. Il montre en effet que c'est par la redécouverte du lien mémoriel existant entre la campagne des banquets de février 1848 "et celle qu'avait suscité dix ans plus tôt la politique de Charles X, jusqu'à la sanction révolutionnaire de 1830" qui permet d'apporter un nouveau regard sur ces évènements essentiels du XIXe siècle. Encore une fois, on s'aperçoit que le rapport des peuples à l'histoire est souvent un moteur qui génère lui-même des évènements historiques.

 

Mein Kampf : abolition ou règlementation ?

mein-kampf.jpgLa chronique de Pierre Assouline aborde enfin un sujet qui risque d'enflammer les libraires, les éditeurs et les politiques d'ici quelques années. C'est en effet en 2015 que les droits du livre d'Adolf Hitler tombent dans le domaine public. Il convient donc dès à présent de réfléchir à l'organisation de cette situation inédite et aux conditions de diffusion d'un ouvrage potentiellement dangereux.

Pierre Assouline adopte une position qui me semble censée : "rééditer Mein Kampf dans un but pédagogique" et dans le cadre d'une édition critique. Il serait en effet naïf de penser que les négationnismes et néo-fascistes n'ont pas déjà accès à l'ouvrage qui circule facilement sur la toile et qui est largement diffusé dans de nombreuses régions du monde,  plus particulièrement en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient.

Comme souvent pour ces questions historiennes et mémorielles, plutôt qu'une loi ou un décret, la science et la réflexion sont des armes beaucoup plus efficaces.

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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 12:02

Les-historiens-francais-a-l-oeuvre.jpg

Jean-François SIRINELLI, Pascal CAUCHY, Claude GAUVARD, Les historiens français à l'oeuvre, 1995-2010, Paris, PUF, 2010

 

Régulièrement, les historiens français se réunissent pour faire le point et répondre à cette question simple : qu'avons-nous apporté à la science historique depuis quelques années ? En 2010, le Comité français des sciences historiques a décidé d'actualiser ce bilan historiographique en éditant un très bel ouvrage collectif qui dresse les principales orientations suivies par les chercheurs en histoire depuis 1995.

 

A notre plus grande déception, l'entrée thématique "mémoire" n'a pas trouvé sa place aux côtés de la "politique", de la "violence", du "genre", du "religieux" et du "sacré"... Néanmoins, à lire les communications de nombreux contributeurs, on comprend que le sujet ne laisse personne indifférent et que les études mémorielles, bien que non-reconnues comme telles par l'institution, s'imposent progressivement dans de nombreux travaux.

Nous avons sélectionné dans cet article quelques contributions particulièrement marquantes.

 

Les études mémorielles : un champ disciplinaire transhistorique

Claude GAUVARD et Régine LE JAN par exemple, dans leur chapitre consacré au Moyen Âge, expliquent que les travaux de nombreux collègues sont influencés par la prise de conscience qu' "ils n'appréhendaient les faits et les réalités médiévales qu'à travers des prismes déformants : celui de la mémoire et de l'oubli, celui des constructions mentales, des représentations que les médiévaux ont imposées". Bref, nous nous aperçevons progressivement que les réflexions que nous menons essentiellement à l'échelle contemporaine pourraient être élargies à d'autres périodes. Ainsi, le sacre de Charlemagne et le baptême de Clovis que nous considérons aujourd'hui comme des dates essentielles de l'histoire de France ont-elles été perçues comme telle à d'autres époques ? Quels sont les ressorts à différentes temporalités de la construction mémorielle de chaque évènement ?

 

Histoire versus mémoire ?

Roger CHARTIER, qui est chargé du bilan en histoire moderne, dresse un portrait moins flatteur de la mémoire. Selon lui, son développement entre en opposition avec "le monopole de la représentation du passé" censé être détenu par les historiens. Il classe donc "les insurrection de la mémoire" (une expression qui suscite encore de nombreuses interrogations...) aux côtés des "séductions de la littérature" comme des formes de concurrence pour l'histoire.

Si son constat est un peu sévère, il n'en demeure pas moins nécessaire et pertinent. Il est vrai que la littérature et les mémoires donnent "une présence au passé souvent plus puissante que celle proposée par les livres des historiens". Mais n'est-ce pas finalement par ce biais que l'histoire peut encore revendiquer quelques rayonnages dans les librairies et quelques chaires dans les universités ? Cet intérêt qui passe par la littérature, la mémoire (et j'ajouterais aussi la politique) ne constitue-t-il pas notre dernier rempart face à une science expérimentale qui prétend être la seule légitime dans nos sociétés en recherche d'efficacité, de productivité et de rentabilité ?

 

"La machinerie commémorative"

Philippe POIRRIER (qui a assuré une très grande partie de ma formation contemporaine en histoire) évoque une véritable "machinerie commémorative" qui organise davantage encore l'agenda des contemporanéistes que des autres historiens. Il explique cet état de fait en rappelant que ces commémorations sont sélectionnées par le  Haut comité des célébrations nationales et que ce dernier ne compte pas moins de 4 contemporanéistes parmi les 12 personnalités qui le composent. J'ajouterais à cet argument le fait que cet instance n'est que consultative. Elle ne représente donc pas seulement la voix des historiens, mais celle de l'Etat qui décide en dernier ressort des évènements qu'il juge bon de célébrer au nom de tous les citoyens. Sur ce point aussi,  bien moins médiatique que la Maison d'Histoire de France, il serait bon de mener une réflexion approfondie sur la capacité du pouvoir politique à influencer les travaux historiques et la lecture de l'histoire nationale. 

 

L'histoire mémorielle, une histoire politique

Pascal CAUCHY confirme d'ailleurs cette impression dans son chapitre consacré à l'histoire politique contemporaine. Dès l'introduction, il rappelle que le "devoir de mémoire" s'est imposé dans le débat public et qu'il n'est désormais plus possible pour l'histoire universitaire de nier cette réalité. Encore faut-il parvenir à la comprendre, la maîtriser et la problématiser pour qu'elle devienne non plus seulement un repoussoir mais un véritable sujet de réflexion.

Olivier LEVY-DUMOULIN rappelle à juste titre la réponse d'Ernest Renan à la question de la définition d'une nation : "Le lot de souvenirs communs" qui équilibre le "plébiscite de tous les jours". Dans cette perspective, la recherche et l'enseignement de l'histoire, tout comme les manifestations populaires de la mémoire, doivent être considérés comme la pierre angulaire de la nation. Or, depuis Les Lieux de mémoire dirigés par Pierre Nora, rares ont été les occasions de rappeler, vérifier et protéger cette vérité existencielle pour chaque pays.

 

C'est pour toutes ces raisons que les études mémorielles auraient mérité un véritable chapitre au sein de cet ouvrage.

A la lecture des différents intervenants dans ce débat, on se rend compte que la mémoire n'est pas seulement un phénomène sociétal venu concurrencer la recherche historique. Il s'agit d'un nouveau paradigme qui vient judicieusement compléter notre lecture du monde.

 

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21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 22:00

Anagrammes-renversantes.jpg

Etiennes KLEIN et Jacques PERRY-SALKOW, Anagrammes renversantes, Paris, Flammarion, 2011

 

Il n'aura pas échappé aux lecteurs les plus fidèles que le rythme d'édition sur ce blog s'est accéléré depuis quelques semaines. Plusieurs raisons sont à l'origine d'une telle productivité : 

   1. Les visiteurs sont toujours plus nombreux et, souvent, ils me font l'amabilité de m'envoyer quelques messages et propositions d'articles trop intéressants pour ne pas être abordés sur ces pages.

   2. De nouveaux projets viennent compléter progressivement les articles traditionnels qui ont fait le succès de ce blog. Ainsi, l'ami Mémorice de France chronique désormais avec nous l'actualité historico-politique française très chargée en cette période pré-électorale.

   3. Enfin, avec une audience grandissante, les maisons d'édition et de production sont de plus en plus nombreuses à nous faire parvenir leurs nouveautés sous la forme de livres, de DVD ou encore d'invitations à des inaugurations d'exposition. Qu'ils en soient ici remerciés.

 

C'est dans ce contexte qu'il arrive parfois dans ma boîte aux lettres des objets pour le moins surprenants et pour lesquels le lien avec les problématiques de ce blog peut paraître impossible ou illusoire. C'est un peu l'impression que j'ai ressentie à l'ouverture du colis de chez Flammarion. Curieux de nature et modeste amateur des belles-lettres, je n'allais pas me faire prier pour m'isoler quelques heures et me plonger dans l'écume des mots. En revanche, écrire un article sur un blog traitant de questions historico-mémorielles à propos d'un essai écrit par un physicien et un pianiste sur les anagrammes relevait a priori d'un exercice de style aussi risqué que de demander à Mickael Vendetta d'écrire la suite des Cent Vingt Journées de Sodome du marquis de Sade. 

Et pourtant, il m'a été impossible de reposer ce livre avant d'en avoir goûté la dernière page et je vais désormais m'essayer à rassembler les miettes de cette bombance.

 

Il faut tout d'abord expliquer le principe de l'ouvrage.

Chaque page commence par une expression, un nom ou un proverbe qui enclenche un très court récit de quelques lignes... se concluant par un anagramme des premiers mots.

Ainsi, au bout de quelques pages seulement, on se prend au jeu et on voudrait lire toujours plus vite pour arriver au dénuement. Certains se surprendront à tricher pour aller directement jusqu'à la prouesse lexicale. D'autres, comme moi, se munieront d'un buvard encore marqué de leurs hésitations orthographiques d'enfance pour ménager le plaisir.

Parmi les sujets traités par les auteurs, la science (et Albert Einstein) revient régulièrement, probablement par déformation professionnelle d'Etienne Klein. Néanmoins, les sujets historiques sont légion et ils feront le plus grand bonheur des lecteurs de ce blog.

Léonard de Vinci est par exemple décrit par le mystère du génie et de la prolifération de son oeuvre : le don divin créa.

L'Origine du monde (de) Gustave Courbet n'a jamais été aussi bien analysée que par l'image de ce vagin où goutte l'ombre d'un désir.

A l'inverse, le marquis de Sade que nous évoquions ci-dessus ne se résume pas d'une critique trop souvent constituée d'aléas merdiques.

Marie-Antoinette d'Autriche quant à elle, peut difficilement mieux être peinte que comme cette amie (qui) hérita du Trianon.

 

Je ne multiplie pas trop les exemples, de peur de déflorer cet objet qui, plus qu'un livre, saura susciter l'amusement, l'envie, voire l'écriture.

On ne peut cependant ressortir de cette lecture sans une réflexion quasiment métaphysique sur ce que les auteurs appellent "le sens caché du monde". Que penser en effet de certains anagrammes qui semblent avoir été écrits pour que l'histoire un jour les décode ? Pourquoi la madeleine de Proust suscite-t-elle cet orgasme mémoriel si ce n'est pour éclairer la ronde ailée du temps ? Pourquoi le premier dirigeant noir à la tête des Etats-Unis devait-il s'appeler le président Barack Hussein Obama si ce n'est pour rendre hommage à Rosa Parks, à ce bien humble destin ?

 

Chaque année, j'offre à mes proches pour noël un petit livre que je souhaite partager. L'année dernière, comme de nombreux français, j'avais modestement contribué au succès de Stéphane Hessel dont je suivais le parcours sur ce blog bien avant qu'il n'invite ses concitoyens à s'indigner. Dimanche, ce sera au tour des Anagrammes renversantes de trouver leur place sous le sapin.

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17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 10:44

 

Dans ma boîte aux lettres récemment...

 

Quelques-jours-avec-Hitler-et-Mussolini.jpg

Ranuccio Bianchi Bandinelli, Quelques jours avec Hitler et Mussolini, Paris, Carnets Nord, 2011

 

L'overdose est proche. Les années passent mais jamais l'engouement pour ces dictateurs ne semble vouloir s'affaiblir. 

 

Le phénomène est tel qu'on a commencé à le théoriser. Ainsi,  l'avocat américain Mike Godwin est-il à l'origine d'une loi éponyme visant à montrer que plus un débat dure, plus les probabilités qu'un interlocuteur ait recours à une comparaison impliquant Adolf Hitler ou le régime nazi augmente (ayant régulièrement à modérer les propos d'internautes sur ce blog, je ne peux que souscrire à cette thèse dans ma pratique quotidienne). 

Si cette loi a d'aileurs été initialement pensée pour décrire les discussions sur Internet, son application se vérifie régulièrement dans le champ du débat politique. Ainsi, Mémorice de France a-t-il récemment rappelé les propos de  Chistian Estrosi en 2009 tentant de défendre le débat sur l'identité nationale. En 2009 toujours, c'est la ministre  Christine Albanel qui sombrait dans la même dérive à l'Assemblée nationale dans le cadre d'un débat sur l'Hadopi.

 

Si le phénomène est vérifié, sa matrice n'est pas encore totalement expliquée. Peut-être faut-il y voir pourtant la conséquence d'une prédisposition culturelle et mémorielle.

Il devient en effet difficile dans notre société contemporaine de réfléchir autrement que par un système binaire et manichéen où le bien s'oppose systématiquement au mal. Certes, ce modèle de pensée existe depuis l'époque médiévale et il serait réducteur de ne pas évoquer le caractère éminemment religieux de son origine. Néanmoins, il me semble que le "désenchantement du monde" étudié par Max Weber au début du XXe siècle a conduit à une forte redéfinition des valeurs au cours des dernières décennies. Désormais, l'enfer n'est plus l'unique pendant du paradis. Progressivement, l'antagonisme suprême a été substitué à des considérations beaucoup plus terrestres qui associent le bien à la démocratie libérale face aux régimes autoritaires et dictatoriaux dont le summum aurait été atteint par Hitler.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, tout conduit à adhérer à un tel paradigme : l'enseignement, le cinéma, la littérature... les moyens traditionnels sont mis au service de cette propagande (au sens strict du terme, c'est-à-dire la diffusion d'une idée).

La dynamique étant enclenchée, elle se nourrit et s'entretient désormais elle-même. Au cinéma par exemple, lorsqu'il s'agit d'illustrer l'extrême violence, c'est toujours la figure d'Hitler et du régime nazi qui revient au premier plan. Ainsi, Stanley Kubrick fait-il regarder des images de la Seconde Guerre mondiale au personnage principal d'Orange mécanique pour le "guérir" de ses pulsions violentes. De même, quand Luc Besson fait découvrir la violence et la guerre de notre monde à Lilou du Cinquième élément, il fait défiler inlassablement les mêmes images.

 

Toute construction idéologique, pour être efficace, doit être simple, voire caricaturale. C'est une clef indispensable à son succès et à sa diffusion universelle. Force est de constater que l'exemple d'Hitler est particulièrement efficace dans ce domaine. Sa moustache et la croix gammée sont devenus des outils indispensable aux caricaturistes cherchant à illustrer un usage abusive de l'autorité ou une atteinte aux libertés fondamentales :

Anglea-Merkel-croix-gammee.jpg

Affiche observée en Grèce au mois d'octobre 2011

 

C'est en ce sens que la réédition de l'ouvrage de Ranuccio Bianchi Bandinelli est importante.

En mai 1938, cet éminent professeur d'archéologie et d'art antique est réquisitionné par le gouvernement de Mussolini pour accompagner la visite d'Hitler dans les musées de Rome et de Florence. Ne partageant pas les idées de ses deux visiteurs particuliers, l'intéressé tente en vain de décliner la proposition, avant qu'on ne lui face comprendre qu'il n'a guère le choix s'il souhaite conserver la liberté.

Ainsi, pendant plusieurs jours, cet homme qui se définit lui-même comme "médiocre" accompagne ces deux dictateurs en puissance dans un parcours surréaliste où l'inculture des responsables politiques qui aspirent à diriger le continent s'étale devant les plus belles oeuvres de la production européenne.

 

Chaque lecteur pourra trouver lui-même dans cet ouvrage des éléments qui répondront à sa représentation personnelle du mal en fonction de son cheminement intellectuel. Pour ma part, j'ai été particulièrement intéressé par les multiples mentions à la sexualité d'Hitler. Alors que cette facette est aujourd'hui peu étudiée, il est passionnant de lire sous la plume d'un contemporain qu'Hitler "avait une terminaison féminine, en phase avec l'incertitude sexuelle du personnage" (p. 9). Le Führer ne semble d'ailleurs pas très à l'aise avec cette ambiguïté autour de sa personnalité puisqu'il n'hésite pas à suspendre une conversation pour faire remarquer à ces interlocuteurs la proximité de "belles femmes" (p. 35) ou pour s'extasier un peu trop bruyamment devant des tableaux de nus féminins (p. 64). A chaque fois, Ranuccio Bianchi Bandinelli précise que cet enthousiasme est un peu trop forcé pour être naturel : "Il a beau faire claquer sa langue contre son palais comme s'il les savourait, son ton est détaché".

 

Sur ce point comme sur bien d'autres évoqués dans cet ouvrage passionnant, on comprend qu'Hitler n'était qu'un homme... dictatorial sans conteste, détestable par ses actes et ses idées impardonnables, mais certainement pas démoniaque !

Ce modeste livre n'est pas qu'un simple témoignage historique, c'est aussi une source de réflexion sur la matrice de notre régime mémoriel.

 

PS : Une autre descritpion de l'ouvrage sur le site de l'éditeur : http://www.carnetsnord.fr

Pour aider l'édition, les commerces de proximité et la production intellectuelle et artisitique, n'oubliez pas de l'acheter chez votre libraire plutôt que sur Internet.

 

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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 14:08

Les dernières semaines avant la trêve de Noël sont toujours intenses. Du coup, la revue de presse a pris du retard.

Voici, avec quelques semaines de retard, les sujets mémoriels évoqués dans le numéro de novembre 2011 de la revue L'Histoire.

 

L-Histoire-novembre-2011.jpg

 

 

Joseph ZIMET : chef d'orchestre de la "symphonie mémorielle" pour le centenaire de la Grande Guerre

C'est un CDD d'au moins 8 ans que l'adjoint au directeur de la DMPA (direction de la mémoire, du patrimoine et des archives) vient de signer en remettant au président de la République un  rapport sur la commémoration de la Grande Guerre. Trois ans avant le début des commémorations, L'Histoire consacre déjà quelques pages à ce jeune organisateur dont le visage deviendra prochainement familier des cérémonies.

Notre collègue  Mémorice de France avait évoqué ce rapport dans un de ses précédents billets hébergés sur ce blog. Nous l'avions également nous-mêmes rencontré à l'occasion d'une conférence sur la mémoire des fusillés aux Rendez-vous de l'Histoire de Blois en 2010.

L'homme est incontestablement brillant. Il lui faudra d'ailleurs mobiliser toutes ses qualités dans cette mission qui pourrait s'avérer périlleuse. Au-delà du calendrier électoral, il devra satisfaire les élus locaux et les citoyens, les historiens et les politiques, sans jamais froisser les susceptibilités de nos voisins européens.

Son rôle ne se limite pas en effet à celui de simple ordonnateur de défilés et commandeur des gerbes de fleurs. L'introduction de son rapport ne laisse aucune ambiguïté à ce sujet : "Durant quatre ans, de 2014 à 2018, la France sera l’hôte du monde entier". Les enjeux sont donc aussi hautement touristiques et, de fait, économiques. De plus, à l'image du bicentenaire de 1789, le centenaire de la Grande Guerre est incontestablement pensé et organisé comme un véritable moment de rassemblement visant à renforcer la cohésion nationale.

 

Pour l'heure, l'intéressé propose de retenir quelques grandes dates qui devraient rythmer une commémoration appelée à se prolonger durant huit années :

    - Une ouverture européenne, à Sarajevo, le 28 juin 2014, avec un grand rassemblement culturel européen et la réunion exceptionnelle des chefs d'Etat et de gouvernement européens pour une commémoration de l’événement déclencheur de la Première Guerre mondiale.

   - Une fête nationale, le 14 juillet 2014, mettant à l’honneur toutes les nations engagées dans la Grande Guerre, avec l’invitation des chefs d'Etat et de gouvernement pour le défilé du 14 juillet, où seraient invités à défiler les soldats de tous les pays belligérants de la Grande Guerre.

   - La commémoration du centième anniversaire de l’assassinat de Jean Jaurès, le 31 juillet 2014. 

   - Une commémoration décentralisée de la mobilisation générale et de l’entrée en guerre, le 2 août 2014, partout en France, avec le concours des communes

   - La commémoration de la première bataille de la Marne, au mois de septembre 2014.

   - L’entrée au Panthéon de Maurice Genevoix, porte-parole de la génération des combattants de la Grande Guerre, le 11 novembre 2014.

 

La force du projet zimetien repose également sur des initiatives culturelles et mémorielles visant à approfondir et prolonger le travail de commémoration. Ainsi, les historiens sont-ils réquisitionnés, mobilisés et ainsi impliqués dans une entreprise qui va susciter une forte inflation éditoriale. Le directeur adjoint de la DMPA propose trois chantiers forts intéressants :

   - La numérisation massive d’archives individuelles de la Grande Guerre et la mise en ligne, durant le Centenaire, de l’ensemble des registres matriculaires des huit millions de combattants de la Première Guerre mondiale.

   - Le soutien national (voire international) au projet d’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO des « paysages et sites de mémoire de la Grande Guerre » proposé par treize conseils généraux, avec l’appui de l’Assemblée des départements de France (qui viendrait du même coup concurrencer la candidature des plages de Normandie). 

   - Enfin, la mise en place d’une commission de réflexion sur la question des fusillés de la Première Guerre mondiale, chargée de formuler des propositions au Président de la République.

 

On peut regretter néanmoins que Joseph ZIMET n'ait pour l'instant intégré aucune initiative liée véritablement à l'enseignement de l'histoire et aux réseaux sociaux.

A une période où la discipline historique est attaquée de toutes parts au sein de l'Education Nationale, les projets pédagogiques liés à la Première Guerre mondiale qui passionne généralement les élèves seraient un formidable tremplin pour consolider sa place dans l'enseignement. 

Pourquoi ne pas proposer également de revivre la Première Guerre mondiale en temps réel via Twitter comme l'a entrepris depuis quelques jours un ex-étudiant en histoire pour la Seconde Guerre mondiale ?

 

Le projet a bien le temps d'être encore quelque peu peaufiné. Ces prochaines années seront de toute façon l'occasion d'étudier une véritable bulle mémorielle à laquelle nous accorderons une attention particulière sur ce blog. Le chef d'orchestre est certes talentueux, mais il ne peut hélas pas tout contrôler : ces commémorations seront un moment essentiel pour comprendre les relations que la société française entretient encore avec son histoire et ses mémoires.

 

 

La "voie balte" est inscrite au registre de la Mémoire du monde de l'Unesco

 

voie balte

 

la "voie balte" est le nom donné à une immense chaîne humaine longue de 560 km reliant L'Estonie, la Lituanie et la Lettonie le 23 août 1989. Composée de deux millions de citoyens baltes, elle visait à commémorer le cinquantenaire du pacte germano-soviétique à l'origine de l'annexion des trois États au sein de l'URSS.

Le dossier de l'Histoire consacré aux derniers jours de l'URSS nous rappelle que cette réalisation éphémère a été inscrite en 2009 au registre de  la Mémoire du monde l'Unesco qui a pour objectifs la préservation et la valorisation du patrimoine documentaire.
Quel rapport me direz-vous ? Aucun a priori puisque le "patrimoine documentaire" consiste ici en une sélection de "documents importants et soigneusement sélectionnés".

Quoiqu'il en soit, l'évènement est intéressant car il montre comment, quelques semaines seulement avant le vote de l'indépendance par le parlement lituanien (le 11 mars 1990), les peuples baltes pouvaient encore se réunir (par incitation politique mais aussi dans une certaine forme de ferveur populaire) pour une manifestation mémorielle complètement en contradiction avec le sens de l'histoire qui allait s'écrire quelques jours plus tard sur les mêmes territoires et avec les mêmes acteurs.

 

 

De Gaulle et la réhabilitation du général Pétain

Dans un article absolument passionnant, l'historien Sudhir Hazareesingh dépouille les centaines de milliers de lettres qui ont été envoyées au général De Gaulle par les Français entre 1958 et 1969. Dans la masse des demandes, remerciements et autres déclarations enflammées, l'auteur signale qu'il a retrouvé de nombreuses missives lui demandant de réhabiliter le maréchal Pétain par le transfert de son corps à Verdun ou à Douaumont. Ces demandes sont tellement nombreuses que Sudhir Hazareesingh pense qu'elles s'inscrivent dans le cadre d'une "campagne" organisée.

Un tel sujet mériterait d'être approfondi tant il remet en question nos connaissances autour de cette question : ainsi, une mémoire du général Pétain aurait perduré au-delà des périodes mémorielles résistancialistes puis victimaires. De tels travaux nous permettraient peut-être de mieux comprendre la résurgence actuelle de revendications similaires.

 

General-Mawime-Weygand.jpg

Le Général Maxime Weigand a été président d'honneur d'une association

pour défendre la mémoire du Général Pétain jusqu'à sa disparition en 1965

 

 

Les mémoires d'Hiroshima

Devant le spectre fumant de Fukushima, Laurent Nespoulous tente de comprendre la place de la mémoire d'Hiroshima dans la gestion japonaise du drame nucléaire.

De façon sommaire, mais efficace, il trace les principales lignes d'une mémoire qui n'est décidément jamais anodine : la censure américaine s'est d'abord exercée dès les premières semaines après l'explosion afin d'éviter une trop forte condamnation d'un acte suffisamment brutal dont personne ne connaissait vraiment les conséquences. Ensuite, ce sont les autorités japonaises qui ont pris le relais. Selon l'auteur, elles avaient alors intérêt à ne pas trop évoquer les horreurs du bombardement afin d'éviter que la population ne se retourne contre une classe politique jugée responsable de cette fuite en avant vers la guerre.

Néanmoins, les mémoires personnelles ont perduré et semblent se réveiller depuis le début des années 2000. Les mémoires associatives ont également permis l'émergence de lieux commémoratifs et de centre de documentation qui permettent aujourd'hui d'inscrire Hiroshima parmi les lieux mémoriels les plus touristiques du Japon. Bien que l'argument ne soit pas politiquement correct, nous devons également admettre que  c'est cette mémoire qui porte la candidature d'Hiroshima-Nagasaki pour organiser les Jeux Olympiques en 2020.

 

Memorial-Hiroshima.jpg

Mémorial de la Paix d'Hiroshima, aussi appelé Dôme de Genbaku

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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 17:26

 

On pensait avoir tout dit sur la Seconde Guerre mondiale. Mon libraire me répète assez souvent qu'il en a marre de voir ces livres écrits et réécrits venir alourdir ses étagères. Sous prétexte de changer l'angle d'approche, d'apporter un nouveau témoignage exclusif ou bien d'apposer simplement la mention "raconté à mon fils", l'historigiographie de cette période historique n'en finit plus de faire couler des océans d'encre délavée par les larmes de l'émotion. Chaque maquis peut désormais s'enorgueillir d'avoir son historien officiel ; rares sont les témoignages qui sommeillent encore dans les greniers et les caves. Les éditeurs se sont emparés de chaque souvenir et de chaque récit.

Je ne vais pas le nier, je contribue moi-même à cette inflation par l'intermédiaire de mes travaux de recherche mais aussi avec ce blog dont de nombreux articles portent sur la Seconde Guerre mondiale. Cela ne doit néanmoins pas nous empêcher de prendre un peu de recul sur cette période historique et de nous interroger sur les lectures mémorielles et historiennes qui se sont succédées depuis plusieurs décennies.

De récents ouvrages relayés sur ces pages permettent de relativiser les logiques jusqu'alors unanimement acceptées. Après les écrits de  Pierre Laborie et d'Hasia R. Diner, il n'est par exemple plus possible de croire qu'une mémoire s'est réellement imposée sans concession face à d'autres durant de longues périodes. On pense plutôt aujourd'hui que certaines mémoires ont été parfois plus ou moins médiatisées et relayées, ou plus ou moins efficaces selon les périodes observées.

Il n'en reste pas moins que certains aspects demeurent inconnus des livres d'histoire et de la plupart des récits. Lorsque j'ai commencé mes travaux en 2005, je me souviens notamment qu'Annette Wieviorka m'avait assuré au cours d'une conférence qu'il était impossible de travailler sur la sexualité au sein de l'univers concentrationnaire. Les sources étaient selon elles inexistantes et les témoignages silencieux sur cette question. Force est de constater depuis six que sa position a évolué et que les travaux se sont multipliés (y compris sous sa direction).

Ces minces mais solides avancées nous permettent désormais d'ouvrir de nouvelles problématiques jusqu'alors complètement occultées. Parmi elles, celle des enfants nés d'amours interdits entre Français et Allemands de 1940 à 1945.

 

Différents éléments permettent d'expliquer partiellement un tel silence :

   1. Dans l'immédiat après-guerre, il était préférable de dissimuler ce qu'il était alors convenu de désigner sous l'expression de "collaboration horizontale". Des travaux passionnants ont été entrepris sur la répression appliquée durant les quelques semaines qui ont suivi la libération du territoire national : c'est le cas notamment de l'ouvrage de Fabrice Virgili sur les femmes tondues.

   2. Ensuite, ces secrets de familles ont été perpétués, souvent dans l'intérêt de l'enfant. Des rumeurs ont bien circulé dans les villages, des moqueries pouvaient s'exprimer dans les cours de récréation, mais la plupart du temps des arrangements ont permis de maquiller les amours interdits : invention d'une permission discrète qui aurait coïncidé avec la période de conception de l'enfant, recueillement d'un cousin dont les parents auraient disparu dans la tourmente des évènements, etc.

   3. Enfin, le temps passant, la mémoire s'est apaisée et les questions se sont dispersées. Alexandre Jardin a très bien montré dans son dernier roman comment certaines familles ont progressivement recouvert leurs souvenirs d'un voile pudique, d'autant plus lorsqu'il s'agissait de dissimuler des écarts de conduite que la morale chrétienne réprouve.

 

Et pourtant, de nombreuses questions restent en suspens dans cette chronologie à la minuterie trop bien huilée.

Pourquoi cette "troisième génération" que l'on décrit souvent comme avide d'histoire et de mémoire familiale a-t-elle finalement si peu communiqué sur ces histoires qui auraient séduit n'importe quel éditeur ? Faut-il croire que le cheminement mémoriel est encore trop difficile, entre collaboration et sexualité ?

Pourquoi les travaux historiques qui ont timidement commencé à aborder cette question se contentent-ils d'une étude des femmes françaises ayant fauté avec des soldats allemands. Doit-on vraiment croire que les hommes français restés à l'arrière ont été chastes et exemplaires avec les femmes au moins aussi esseulées qu'eux ?

Et que s'est-il passé outre-Rhin ? Les requis du STO (service du travail obligatoire), les prisonniers de guerre et les volontaires partis tenter leur chance au sein du grand Reich ont-ils été aussi asexués que l'historiographie veut bien le laisser croire ?

 

Un ouvrage publié récemment esquisse quelques-unes de ces problématiques. Dans Des Étoiles sombres dans le ciel, Nadia Salmi tente de trouver des réponses à ces questions qu'elle a dû personnellement affronter depuis le décès de sa grand-mère en 2007.

 

Des-etoiles-sombres-dans-le-ciel.jpg

Nadia Salmi, Des Etoiles sombres dans le ciel, Paris, Oh Editions, 2011

 

Son récit est original car il lève certains tabous. Néanmoins, les chiffres avancés (de 200 000 à 400 000 "enfants de la honte") manquent d'une rigueur méthodologique qu'on ne saurait reprocher à l'auteur qui fait déjà preuve d'un grand courage en évoquant publiquement son histoire personnelle.

Espérons que cette étape permettra de dépasser les deux obstacles qui se sont dressés jusqu'à présent face à ces questions inédites dans l'historiographie de la Seconde Guerre mondiale :

   1. Une problématique mémorielle encore trop douloureuse,

   2. Une problématique historienne encore trop frileuse devant les questions de sexualité et de genre.

 

 

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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 20:15

Present--Nation--Memoire.jpg

 

On ne présente plus Pierre Nora ; on le cite.

Sur ce blog, comme dans bien d'autres ouvrages, les travaux de cet illustre historien-éditeur-intellectuel-académicien sont une référence dont on aime se délecter. Rares sont les moments où ses livres quittent la proximité du bureau pour rejoindre la poussière d'autres auteurs entassés sur des étagères encombrées. N'ayant aucune pitié pour ma tasse à café qui peine à se trouver une modeste place dans ce chantier, l'homme vient d'ajouter un nouveau titre à sa réflexion sur les rapports entre l'histoire, la mémoire et l'identité nationale.

 

Le Point.fr a publié le mois dernier de savoureux extraits sur son site Internet (à lire ici) dont les citations suivantes pourraient constituer de magnifiques sujets d'interrogation au CAPES ou à l'agrégation d'histoire :

   - "Comme toujours, l'histoire fait l'historien plus que l'historien ne fait l'histoire".

   - "L'arrivée de François Mitterrand à la présidence de la République et le retour tambour battant de la gauche au pouvoir après plus d'un quart de siècle ont paru marquer sur le moment les retrouvailles de la France avec l'histoire. Rétrospectivement, elles se révèlent avoir été les épousailles de la France avec sa mémoire".

 

L'ouvrage n'apporte pas vraiment d'idées originales. Il s'agit en fait d'un recueil de 32 articles signés par Pierre Nora des années 1970 à nos jours. Et pourtant, la réunion de ces différentes réflexions constituent en elles-mêmes un apport incroyable au travail de l'historien. Elle montre comment la mémoire s'est progressivement imposée face à la science historique, parfois jusqu'à la surenchère et au conflit, jusqu'à ce que les historiens tentent de la dompter en l'abordant comme un objet d'étude. La défiance n'est cependant pas totalement dépassée puisque les études mémorielles peinent encore à s'imposer comme un réel champ disciplinaire autonome.

 

Mémoire individuelle, mémoire collective, mémoire historique, mémoire du temps présent, décolonisation de l'histoire et affirmation de mémoires communautaires sont autant de thématiques abordées dans cet ouvrage qu'il convient de feuilleter et de consulter régulièrement pour fixer les grandes lignes théoriques des sujets discutés quotidiennement sur ce blog.

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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 08:44

La France avait déjà connu sa "révolution paxtonienne" (de l'historien américain Robert Paxton) en 1973 lors de la parution en français de La France de Vichy. A travers cet ouvrage, la France commence une longue introspection historiographique visant à faire passer "ce passé qui ne passe pas" : celui de la collaboration avec l'Allemagne nazie et de la responsabilité française dans la déportation de miliers de Juifs. Ce moment-clef dans la construction mémorielle nationale a ensuite été magistralement étudiée par Eric Conan et Henri Rousso dans leur livre :  Vichy, un passé qui ne passe pas

C'est également cette période qui a été identifiée par Peter Novick dans son étude magistrale sur l'Holocauste dans la vie américaine comme un tournant majeur dans la construction mémorielle des Etats-Unis face au génocide des juifs d'Europe.

 

Les travaux récents de deux historiens, l'un français et l'autre américain, viennent complètement chambouler cette chronologie.

 

le-chagrin-et-le-venin-pierre-laborie

 

Le premier est l'oeuvre de Pierre Laborie que nous avions déjà évoquée sur ce site : le chagrin et le venin : La France sous l'occupation, mémoire et idées reçues (Bayard, 2011). Dans ce magnifique ouvrage, l'historien tente de démystifier la mémoire héroïque qui se serait imposée en France de la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 1970. Il montre que c'est finalement davantage par opposition à un nouvel ordre mémoriel mis en place durant cette période charnière que les premières décennies post-conflit ont été lues.

 

C'est une logique similaire qui est à l'oeuvre dans l'ouvrage d'Hasia R. Diner intitulé We Remember with Reverence and Love. American Jews and the Myth of Silence after the Holocaust, 1945-1962 (New York-Londres, New York University Press, 2009). On y retrouve la même ironie que dans le titre du livre de Pierre Laborie et la même perspective critique vis-à-vis de précédents travaux ayant longtemps affirmé avec force une dichotomie mémorielle.

 

We-remember-with-reference-and-love.jpg

 

La thèse d'Hasia R. Diner est simple : les Juifs américains n'auraient pas attendu les années 1970 pour commémorer l'Holocauste. Ce mythe du silence ne serait qu'un biais de lecture historiographique, voire politique.

Le développement des études mémorielles dans plusieurs université à travers le monde permet désormais d'approfondir notre réflexion sur les concepts, les stratégies et les pratiques de la mémoire en différents lieux, par différentes communautés et au service de différents intérêts. L'un des apports essentiels de l'étude d'Hasia R. Dinner repose en effet sur l'identification précise et renseignée de diverses formes commémoratives que nous n'avions pas envisagées jusqu'à présent. Ainsi, cet ouvrage ne se contente pas de briser le mythe (bien au contraire, il renforce, en le corrigeant sur certains points, les travaux de Peter Novick). Il propose également un formidable regard historien sur l'évolution des pratiques mémorielles au regard de nos obsessions et souvenirs contemporains.

 

C'est notamment sur ce point précis qu'une petite révolution est en marche au sein des études mémorielles.

   1. Longtemps, la construction mémorielle autour du génocide des Juifs d'Europe a été considérée comme un modèle, voire comme un étalon qui aurait inspiré d'autres revendications mémorielles (celles des homosexuels, des tsiganes, des handicapés, etc.) dans plusieurs pays du monde. Ces études montrent qu'il n'en est rien. S'il est incontestable que la mémoire de l'Holocauste s'est imposée dans la sphère publique, rien n'indique vraiment qu'elle soit à l'origine d'une nouvelle forme de commémoration. Il conviendrait donc, durant les prochaines années, de travailler sur une chronologie encore plus fine afin d'identifier les influences mutuelles.

   2. Ces études enrichissent également notre vision des pratiques commémoratives. Aujourd'hui encore, un groupe qui porte une revendication mémorielle tente de l'imposer dans la pierre (monuments), dans le papier (livres, recherches, mais aussi films) et dans la loi (lois mémorielles). Cette stratégie considérée comme le Graal absolu par de nombreuses associations et groupes identitaires constitue cependant une option largement datée et historiquement délimitée. "Se souvenir", "faire mémoire" et "commémorer" ont pu arborer bien d'autres formes  dans d'autres lieux et à d'autres époques, y compris très récentes. 

   3. L'une des caractéristiques les plus marquantes des dernières décennies repose en fait sur une vision résolument victimaire de la mémoire. Au-delà des inflexions nationales, des choix identitaires et des chronologies plus ou moins fines, la véritable césure des années 1970 repose sur cet aspect esentiel et encore d'actualité : condamner encore plus vivement les bourreaux (quitte à caricaturer parfois leur responsabilité) et réhabiliter les victimes (même si elles n'ont parfois jamais été oubliées).

 

Des étapes importantes viennent d'être franchies avec ces deux ouvrages (en espérant que celui d'Hasia R Diner soit bientôt traduit en français). Il reste cependant quelques pas à faire pour comprendre pourquoi et comment nous sommes entrés dans cette nouvelle ère mémorielle, et surtout s'il est envisageable d'en sortir à courte ou moyenne échéance.

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