Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
On ne présente plus Pierre Nora ; on le cite.
Sur ce blog, comme dans bien d'autres ouvrages, les travaux de cet illustre historien-éditeur-intellectuel-académicien sont une référence dont on aime se délecter. Rares sont les moments où ses livres quittent la proximité du bureau pour rejoindre la poussière d'autres auteurs entassés sur des étagères encombrées. N'ayant aucune pitié pour ma tasse à café qui peine à se trouver une modeste place dans ce chantier, l'homme vient d'ajouter un nouveau titre à sa réflexion sur les rapports entre l'histoire, la mémoire et l'identité nationale.
Le Point.fr a publié le mois dernier de savoureux extraits sur son site Internet (à lire ici) dont les citations suivantes pourraient constituer de magnifiques sujets d'interrogation au CAPES ou à l'agrégation d'histoire :
- "Comme toujours, l'histoire fait l'historien plus que l'historien ne fait l'histoire".
- "L'arrivée de François Mitterrand à la présidence de la République et le retour tambour battant de la gauche au pouvoir après plus d'un quart de siècle ont paru marquer sur le moment les retrouvailles de la France avec l'histoire. Rétrospectivement, elles se révèlent avoir été les épousailles de la France avec sa mémoire".
L'ouvrage n'apporte pas vraiment d'idées originales. Il s'agit en fait d'un recueil de 32 articles signés par Pierre Nora des années 1970 à nos jours. Et pourtant, la réunion de ces différentes réflexions constituent en elles-mêmes un apport incroyable au travail de l'historien. Elle montre comment la mémoire s'est progressivement imposée face à la science historique, parfois jusqu'à la surenchère et au conflit, jusqu'à ce que les historiens tentent de la dompter en l'abordant comme un objet d'étude. La défiance n'est cependant pas totalement dépassée puisque les études mémorielles peinent encore à s'imposer comme un réel champ disciplinaire autonome.
Mémoire individuelle, mémoire collective, mémoire historique, mémoire du temps présent, décolonisation de l'histoire et affirmation de mémoires communautaires sont autant de thématiques abordées dans cet ouvrage qu'il convient de feuilleter et de consulter régulièrement pour fixer les grandes lignes théoriques des sujets discutés quotidiennement sur ce blog.