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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 15:13

 

Vous connaissiez peut-être la femme à barbe, l’homme calamar, mais aviez-vous déjà croisé l’HOMME-MEMOIRE ?

 

J’ai eu la chance d’en rencontrer un spécimen d’une espèce très rare dans mon cursus et je n’ai donc pas été surpris (quoique flatté) de recevoir l’un de ses derniers ouvrages dans ma boîte aux lettres à la veille de Noël.

 

Il s’agit de Michel Chomarat, chargé de mission "Mémoire" à la Ville de Lyon depuis 2001, dont le travail consiste en quelque sorte à réguler les mémoires au sein de la communauté urbaine. A ma connaissance, Michel n’a actuellement aucun homologue sur le territoire français. Il serait donc fort intéressant de consulter l’ordre de mission précis qui lui a été transmis en début de mandat et d’interroger Gérard Collomb afin de mieux comprendre les cadres institutionnels dans lesquels son travail s’exerce.

 

Quoiqu’il en soit, la mission semble réussie ! Pour preuve, après la réélection éclatante de Gérard Collomb en 2008, Michel a été immédiatement reconduit dans ses responsabilités.

Et pourtant, ce choix n’allait pas de soi. Dans les méandres des multiples accusations de communautarisme qui parcourent les chemins de la mémoire, Gérard Collomb a décidé de jouer la carte de la transparence en choisissant un homme dont les diverses appartenances communautaires sont affichées et assumées. Dès lors, Michel a explosé les tabous, pacifiant ainsi les tensions qui règnent souvent autour des questions d’histoire et de mémoire. Il est en quelque sorte un médiateur du passé.

 

Il résume d’ailleurs lui-même très bien la nature de ses responsabilités en précisant qu’il a en charge « les morts sans sépulture » afin de les réintégrer dans la mémoire collective.

A partir de cette ligne directrice, plusieurs actions intéressantes ont été menées. Elles mériteraient à mon sens une attention particulière, voire une application adaptée à l’échelle nationale.

Il s’agit entre autres :

            - de réconcilier les passés respectifs de la France et de l’Algérie qui se tournent inexorablement le dos depuis que l’histoire en a fait deux nations distinctes.

            - d’intégrer les mémoires dites « communautaires » au sein de la collectivité : ce fût le cas jusqu’à présent des mémoires de la Franc-maçonnerie mais aussi de l’homosexualité.

            - de perpétuer la mémoire d’individus morts sous « X » au sein du collectif « Morts sans toi(t) » qui permet d’offrir une digne inhumation à des êtres humains échoués dans l’anonymat.

 

Bien entendu, certaines actions prêtent à réflexions et à critiques. Militant associatif et politique (mais pas élu), les responsabilités de Michel Chomarat doivent néanmoins parfois répondre à des exigences électoralistes qu’impose son statut. C’est probablement pourquoi il présente par exemple la loi dite Taubira comme « un premier signe fort de la République face à son histoire ». Sur ce point précis, la lecture de l’historien s’oppose à celle du politique. Il existe à mon sens bien d’autres moyens pour rendre hommage aux victimes de l’esclavage qu’une loi qui fige l’histoire dans une écriture officiellement datée.

 

Il n’en reste pas moins que Michel Chomarat représente l’archétype de l’engagement historico-citoyen. Son travail nous prouve que cet engagement se situe inexorablement dans le domaine mémoriel.

Lorsqu’il organise en 2002 les premières Assises de la Mémoire Gay et Lesbienne, suivies en 2005 par l’inauguration du premier centre de ressources documentaires gays et lesbiennes en France à la bibliothèque municipale de Lyon, son action ne répond pas simplement à une revendication identitaire. Elle s’inscrit non seulement dans une démarche scientifique qui permet de collecter les sources indispensables à de futures réflexions (sociologiques, historiques, philosophiques…) ; mais elle permet également de préserver la mémoire d’une collectivité dont le patrimoine culturel ne bénéficie pas d’une transmission héréditaire familiale. Plutôt que d’abandonner cette mémoire à des concurrences privées qui conduisent souvent à des pertes irréparables, Michel Chomarat considère que l’autorité publique doit préserver cette richesse dans le cadre de ses institutions républicaines muséographiques, archivistique et patrimoniales.

 

A titre privé, cet inconditionnel de la mémoire a créé une très belle collection d’édition qui accompagne son engagement et lui permet de diffuser plus largement les résultats de son travail : « Mémoire active ». Plus qu’un nom, c’est déjà tout un programme !

Le dernier ouvrage paru en novembre 2008 s’intitule Bonne Conduite. Il s’agit en fait d’un essai photographique au cours duquel Michel Chomarat retrace avec beaucoup d’humour et d’humilité son parcours personnel. C’est une sorte de "pied-de-nez" aux liquidateurs actuels de mai 68 par lequel Michel veut montrer qu’on peut avoir eu 20 ans en mai 68, assumer pleinement cet héritage, et n’en être pas moins devenu un acteur à part entière de la République française.

 

A la suite de cet essai très réussi, nous ne pouvons qu’attendre avec impatience une véritable autobiographie de Michel Chomarat, coécrite par un historien, acte mémoriel par excellence qui traduirait toute la puissance heuristique de cet homme-mémoire. 

 


Michel CHOMARAT, Bonne conduite, Mémoire Active, 2008


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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Recensions
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