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  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 09:16

Article actualisé le 1er septembre 2012

 

Comme à chaque rentrée, l'enseignement de l'histoire est remis en question dans le Figaro Magazine qui prétend qu'un cette fois-ci vaste complot s'organise pour liquider notre passé.

La charge ne pouvait pas rester sans réponse (à lire sur Le plus du Nouvel Obs ).

 

Lire également sur le même sujet la réaction du collectif Aggiornamento.

 

 

Actualisation du 1er septembre 2012 :

Le Figaro Magazine du 24 août 2012 contient un article signé de la plume de Jean Sévillia intitulé « Qui veut casser l’histoire de France ? ». Dans ce texte, le journaliste reprend toute une série de poncifs sur un prétendu « désastre » de l’enseignement de l’histoire de France qui aurait sacrifié la chronologie et abandonné les héros du roman national pour ne parler que « mondialisation, ouverture des frontières et droit à la différence ».

 

En tant qu’historien(nes) et/ou enseignant(es) d’histoire-géographie, nous avons décidé de réagir sous différentes formes à ce qui nous apparaît comme une attaque récurrente et illégitime contre notre discipline et nos métiers. Ainsi ont été échangés par médias interposés différents arguments constituant une première forme de débat.

 

A la suite de nos réponses respectives, nous avons été successivement contactés par un journaliste du Figaro Magazine nous invitant à un débat d’idées avec Jean Sévillia. Sans concertation, nous avons tous respectivement refusé cette éventualité pour les mêmes raisons :

            1. Le débat devait être animé puis transcrit par un journaliste du Figaro Magazine, c’est-à-dire quelqu’un sous l’autorité hiérarchique d’un des discutants puisque Jean Sévillia est rédacteur en chef adjoint du magazine.

            2. Le débat devait être organisé en urgence (sollicitation la veille pour le lendemain), dans les locaux du Figaro à Paris et sous la forme d’une confrontation orale.

 

Or, nous considérons qu’un tel sujet peut difficilement être limité à un échange d’idées hâtives alors que nous avons tous consacré plusieurs pages à défendre nos positions respectives.

Malgré les tentatives désespérées de notre interlocuteur essayant de nous convaincre qu’il ne s’agissait pas d’une « arnaque », ces conditions ne nous ont pas semblé satisfaisantes.

Soucieux néanmoins de ne pas refuser le débat d’idées, nous avons proposé l’organisation d’un dialogue écrit qui a systématiquement été repoussé par le journaliste.

 

Depuis, nous constatons que nos refus respectifs ont "fuité" de la rédaction du Figaro Magazine et sont utilisés dans une perspective calomnieuse sur plusieurs blogs catholiques et d’extrême-droite.

Tous ces éléments ne font que confirmer notre refus assumé et argumenté de participer à ce que nous considérons comme faux-débat indigne du journalisme et de la controverse démocratique.

 

Mickaël BERTRAND,

Laurence DE COCK,

Eric FOURNIER,

Guillaume MAZEAU,

Christophe NAUDIN. 

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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 07:47

 

Certaines idéologies et courants de pensée devraient rester confinés dans les livres d'histoire.

L'affaire Dreyfus, le 6 février 1934 et la déportation de milliers de juifs durant la Seconde Guerre mondiale font partie de ces évènements de notre histoire nationale contemporaine que l'on relate parfois un peu trop rapidement en se félicitant que notre République soit désormais protégée de tels excès.

 

Hélas, force est de constater que l'histoire rattrape parfois le présent.

Depuis plusieurs mois, Laurent Wirth, doyen de l’Inspection générale d’histoire et de géographie est l’objet d’attaques antisémites répétées sous forme de courriels, de coups de téléphone et de lettres anonymes.

Ces attaques ont été relayées sur un site depuis fermé mais dont le nom suffit à résumer la violence du contenu : « lavalise-ou-le-cercueil.over-blog.com ».

 

Que reproche-t-on à Laurent Wirth ?

Rien de moins que d'avoir bradé l'histoire de France dans les programmes de collège et de lycée, d'être un ennemi de l'intérieur travaillant sournoisement à l'extermination du sentiment national.

Plus précisément, on lui reproche de faire disparaître des programmes scolaires les "grands personnages" de l'histoire de France tels que Louis XIV et Napoléon au profit d'un regard sur l'histoire de l'Afrique et de l'Asie en classes de cinquième et de quatrième.

 

Non seulement cette accusation est complètement fausse mais j'avais déjà signalé à la rentrée 2011 que de tels propos étaient de nature à nourrir les pires dérives.

 A la suite d'un article dans Le Plus du Nouvel Observateur où je donnais mon opinion mesurée sur les nouveaux programmes, j'avais été sollicité par la radio Europe 1 pour débattre avec Pierre Baron, directeur de la rédaction du magazine Historia ( l'émission peut encore être écoutée ici). A la fin de notre entretien, j'avais été accusé par mon interlocuteur de confondre l'histoire et la politique en signalant que l'enseignement de quelques aspects de la riche histoire africaine était en mesure de contribuer à lutter contre le racisme. Les évènements récents ne font pourtant que confirmer ce qui n'était alors qu'une hypothèse.

 

Depuis, la polémique s'est éteinte dans les médias mais elle s'est poursuivie sur les réseaux sociaux et sur la toile en général. Les accusation essentiellement portées par Dimitri Casali à l'occasion de l'édition de son Altermanuel de l’histoire de France ont reçu un écho on ne peut plus favorable sur  le site de Bruno Gollnisch mais aussi sur le site " Fdesouche.com". 

Dimitri Casali entretient d'ailleurs lui-même  une page Facebook sur laquelle on peut lire des commentaires particulièrement scandaleux : "Ras le bol des traitres qui vendent le pays aux lobbys étrangers... Faut tous les virer aux prochaines élections !!!", "Je veux voir tomber des têtes, et les traîtres pendus !" ou encore "La France était devenue ce grand pays, phare parmi les autres royaumes, par ses Rois et sa foi chrétienne. Par la république (maçonnique) et laïque, elle n'est devenue que l'ombre d'elle même et perdra complètement sa souveraineté par la trahison permanente de nos politiciens pour ce futur gouvernement mondial". 

 

A ce stade de la polémique, et parce que la sécurité, l'intégrité et l'honneur d'un homme est en jeu, je pense qu'il est temps que la République réagisse. Nous ne pouvons pas laisser de telles dérives continuer à se propager en faisant mine de ne pas savoir, de ne pas en connaître les risques.

A défaut des réseaux sociaux, c'était dans une certaine presse et sur les tracts que l'antisémitisme s'était propagé en France à partir des années 1930 :

 

"Pour la première fois, la France subit la honte d’être gouvernée par un ministère dont le chef est un juif –et quel juif ! Plein de haine pour tout ce qui est français et national, Léon Blum considère la race juive comme une race élue et supérieure, et il n’agit et n’agira que pour assurer le triomphe de la race maudite depuis le calvaire du Christ. HUMILIATION SANS PRECEDENT pour la France. Mais les Français auront leur revanche, et déjà l’antisémitisme, qui était en sommeil depuis quelques années, tend à se réveiller en France comme en Allemagne".

 D’après L’action française, juin 1936.

 

 

Affiche-antisemite.jpg

Affiche antisémite, avril 1937

 

Nous devons nous en souvenir et nous devons réagir. 

 

 

A lire sur Internet :

   - le communiqué de l'Association des Professeurs d'Histoire et de Géographie (APHG) qui a été la première à dénoncer ces accusations.

   - la réaction  du collectif  aggiornamento

En espérant que cette liste s'allonge prochainement...


Bibliographie :

Serge BERSTEIN, La France des années 30, Paris, Armand Colin, 1988 (2e éd.).

Gérard NOIRIEL, Immigration, racisme et antisémitisme en France : discours publics, humiliations privées, Paris, Fayard, 2007.

Michel WINOCK, Nationalisme, antisémitisme et fascisme en France, Paris, Le Seuil, 1982 (rééd. 2004).

 

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 10:39

 

Au début du mois de février 2012, la SNCF a annoncé avoir déposé une copie de l'intégralité de ses archives numérisées de la Seconde Guerre mondiale dans trois centres spécialisés dans la mémoire de la Shoah : le Mémorial de la Shoah de Paris, le Centre Yad Vashem à Jérusalem et l’Holocaust Museum à Washington.

 

Cet acte n'est absolument pas gratuit : il fait suite à  deux affaires que nous avions déjà chroniquées en 2010 sur ce blog :

   - La nécessité pour l'entreprise de se défendre dans les tribunaux contre les accusations de responsabilité dans la déportation portées notamment par l'ancien député européen Alain Lipietz

   - La nécessité également de se justifier sur une collaboration active avec l'occupant allemand ayant permis à l'entreprise de s'enrichir en acheminant plus de 76000 Juifs français vers les camps d'extermination.

 

Train-a-Drancy-en-1942.jpg

Train à Drancy en 1942

 

Alors que le président de la SNCF, Guillaume Pepy, avait jusqu'à présent balayé d'un revers de main méprisant ces allégations, il a adopté une position beaucoup plus compréhensive lorsque ce sont les Américains qui ont pris le relais dans le cadre d'une négociation visant à ouvrir le marché national à l'entreprise française qui en a bien besoin. Pour ne pas être écarté du marché, il s'était déplacé lui-même aux Etats-Unis pour exprimer son "regret" et sa "peine" autour du sombre passé de son entreprise. L'exercice de contrition n'a visiblement pas suffit et le dirigeant a du ajouter quelques actes symboliques à ses paroles. Le dépôt des archives de l'entreprise s'inscrit dans cette perspective.

 

La décision a été accueillie favorablement par les médias français. Pour beaucoup, les archives restent encore liées à une image de trésor jalousement protégé et dans lequel il serait possible de trouver de véritables trésors. C'est en partie vrai mais probablement pas au sens où beaucoup se l'imaginent. L'historien n'est pas un Indiana Jones à la recherche du document perdu, devant déjouer l'attention des conservateurs pour trouver miraculeusement LA fiche qui permettra de révolutionner notre connaissance du passé. C'est plutôt par la lecture de milliers de documents éparpillés dans différents centres et éclairés par une vaste bibliographie que les mots conservés aux archives prennent tout leur sens.

 

Pour comprendre la véritable portée de cette livraison d'archives par la SNCF, il faut donc essayer de comprendre de quoi il s'agit.

Les archives de la SNCF sont gérées par le centre des archives historiques de la SNCF crée au Mans en 1995. Cette institution a pour but de recueillir et d'organiser des archives provenant de plusieurs administrations disséminées sur l'ensemble du territoire (on parle de "directions régionales" pour la SNCF).

Ce centre d'archives ne centralise cependant pas tous les documents. Les dos­siers indi­vi­duels des agents de l’entre­prise et les ser­vice d’archi­ves inter­mé­diai­res pour les régions de Montpellier, de Toulouse ainsi que pour la Caisse de pré­voyance et de retraite à Marseille (CPR) sont recueillis à Béziers.

 

 Un article publié en avril 2003 tentait de faire le point sur les fonds détenus par ces centres. Ces conclusions sont éclairantes pour notre réflexion :

   1. "Aucune opé­ra­tion de tri d’enver­gure n’a encore été menée" : par conséquent, le traitement de ces archives par les chercheurs s'avère difficile, voire impossible à défaut d'un classement permettant une consultation organisée.

   2. "Compte tenu de la richesse des col­lec­tions publi­ques (Archives natio­na­les, minis­té­riel­les, dépar­te­men­ta­les et com­mu­na­les), l’inté­rêt des archi­ves col­lec­tées en entre­prise, pour volu­mi­neu­ses quel­les soient, [...] est fai­ble. En effet, ces docu­ments ne contien­nent le plus sou­vent que l’abou­tis­se­ment de déci­sions déjà pri­ses ailleurs (poli­ti­que sala­riale par exem­ple) ou sont trop géné­raux ou peu signi­fi­ca­tifs etc. " (Martine Constans).

 

Selon le centre des archives du Mans, le don annoncé au début du mois de février 2012 est constitué d' un guide détaillé des archives de la SNCF de 1939 à 1945 et d'une copie des archives qui aurait été numérisées et déposées dans les institutions précédemment citées. 

J'utilise ici volontairement le conditionnel car, au regard du constat dressé en 2003, je ne comprends pas vraiment comment (et avec quels moyens) la SNCF a pu numériser un stock aussi énorme d'archives (plus de 3 kilomètres linéaires). 

 

D'autres questions restent également en suspens et je m'étonne qu'aucun journaliste n'ait tenté d'en savoir davantage :

   - Qui a réalisé ce guide et quelle autorité a été chargée de contrôler la numérisation ? Comment savoir si des documents, voire des dossiers complets, n'ont pas été retranchés des fonds ?

   - Pourquoi avoir choisi de déposer ces archives dans des centres spécialisés dans la mémoire de la Shoah ? L'histoire d'une entreprise publique telle que la SNCF ne peut elle pas être accueillie par les centres d'archives nationaux ?

 

Bref, l'opération médiatique est réussie pour Guillaume Pepy et nous ne pouvons que lui souhaiter de décrocher ces fameux marchés américains.

D'un point de vue moral et déontologique, nous regrettons cependant les motivations strictement financières de cette opération qui demeure floue sur sa méthode et ses effets.

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 15:48

 

Mercredi 15 février 2012, en seulement quelques heures, les propos du député Christian Vanneste sur la déportation homosexuelle se sont transformés en une véritable polémique politique, historique et médiatique. Retour sur les faits, leurs conséquences et les perspectives qui devraient émerger d'un tel débat. 

 

 

Les propos de Vanneste, Klarsfeld et les autres

 

Christian Vanneste pour le au site LibertePolitique.com

La polémique a commencé autour des propos prononcés sur la vidéo ci-dessus et transcris ci-dessous :
"Il y a la fameuse légende de la déportation des homosexuels. Il faut être clair là-dessus. Manifestement, Himmler avait un compte personnel à régler avec les homosexuels. En Allemagne, il y a eu une répression des homosexuels et la déportation qui a conduit à peu près à 30 000 déportés. Il n'y en pas eu ailleurs. Et notamment en dehors des trois départements annexés, il n'y a pas eu de déportation homosexuelle en France".

Quelques heures plus tard, l'historien Serge Klarsfeld était interrogé par plusieurs médias. Voici la réponse qu'il apporte à  Nouvelles de France :

"De France, il n’y a pas eu de déportation d’homosexuels. Un déporté homosexuel a bien témoigné, mais il est parti d’Alsace, territoire qui se trouvait régit par les lois allemandes (...).Il n’a jamais été question de déporter des homosexuels français. Je n’ai jamais entendu dire que l’on arrêtait des gens parce qu’ils étaient homosexuels. Les personnes homosexuelles qui ont pu être arrêtées en France ne l’ont pas été en raison de leur homosexualité. Il y a certainement eu des homosexuels déportés mais pour d’autres raisons. Cela pouvait être pour non-respect du couvre-feu ou pour fait de résistance ou tout simplement des condamnés de droit commun (...).

On ne peut absolument pas comparer ce type de déportation avec la déportation des Juifs. La question qui est intéressante, c’est de savoir comment et pourquoi en Allemagne, alors que des nazis étaient homosexuels, on arrêtait des homosexuels (...).

Ceux qui soutiennent qu’il y a eu une déportation diront qu’il y en a eu 2 ou 3 mais en Alsace ! Or, l’Alsace était considérée comme allemande à l’époque !".


Depuis, d'autres soutiens ont été exprimés comme celui d'Eric Zemmour, Robert Ménard ou encore Yvan Rioufol. En somme, tous les éditorialistes ont peu ou prou réagit à cette polémique. 


Retour sur mon positionnement autour de cette polémique
A partir de mercredi matin 9h et ceci jusqu'à 22h, mon téléphone portable s'est transformé en véritable standard téléphonique avant que les dizaines de journalistes ayant essayé de me contacter ne parviennent à saturer et bloquer ma messagerie. Entre deux interviews, j'ai malgré tout essayé d'aller assurer mes cours devant des élèves dont quelques uns, par je ne sais quelle ramification obscure,  avaient également été contactés par des journalistes qui souhaitaient obtenir mes coordonnées. Bref, le contexte immédiat n'a guère été favorable à l'analyse réflexive et c'est pourquoi j'ai souhaité revenir plus longuement et calmement sur cette affaire dans le cadre de ce blog.

Ma position a été claire et constante tout au long de la journée : les propos de monsieur Vanneste sont une énième provocation que je condamne fermement.
Hélas, les impératifs des montages d'interviews radios et télévisuelles ou les obligations de synthétiser les propos dans un article n'ont pas toujours permis de rendre suffisamment lisible une argumentation qui nécessite nuance, prudence et précision. D'où cette mise au point dont les principales idées ont été développées dans cet ouvrage publié l'année dernière : 
Couverture
Mickaël BERTRAND (dir.), La déportation pour motif d'homosexualité, débats d'histoire et enjeux de mémoire, Lyon, Mémoire Active, janvier 2011 (en vente sur la librairie en ligne du Bal des Ardents)


Que savons-nous sur la déportation pour motif d'homosexualité ?

J'ai lu et entendu de nombreuses approximations depuis mercredi dernier et je souhaiterais donc commencer par rappeler quelques chiffres   :
   - Durant le IIIème Reich (et donc pas seulement pendant la Seconde Guerre mondiale), plusieurs dizaines de milliers d'homosexuels sont inquiétés par les forces de l'ordre nazies. Le Mémorial de l'Holocauste de Washington propose l'estimation de 100 000. 
   - Ces différentes interpellations ont conduit à environ 60 000 condamnations au titre du paragraphe 175 du code pénal allemand réprimant l'homosexualité. Les peines pouvaient s'exercer sous forme d'emprisonnement dans un lieu pénitentiaire "traditionnel" ou sous forme d'internement dans un hôpital psychiatrique avec pour obligation de subir des expériences médicales qui consistaient parfois en une castration pure et simple.Cela ne signifie pas cependant que 60 000 homosexuels ont été condamnés. Certains ont en effet faire l'objet de plusieurs condamnations durant la période 1933-1945.
   - Dans certains cas, des homosexuels ont été condamnés à des peines plus lourdes qui les ont conduit dans des camps de concentration. On estime aujourd'hui entre 5000 et 15 000 le nombre de ces victimes de la barbarie nazie qui ont été contraintes à porter le triangle rose. Encore une fois, aucune règle ne peut cependant être établie. Certains homosexuels ont été condamnés directement à rejoindre un camp de concentration tandis que d'autres, pour des actes similaires, étaient envoyés en prison ou en hôpital psychiatrique.
tablo triangles
Tableau des triangles en usage dans le camp de Dachau

Ces données préalables permettent d'ores et déjà de constater que les propos de monsieur Vanneste sont plutôt aléatoires puisqu'il avance le chiffre de "30 000 déportés" dans le cadre de la répression des homosexuels en Allemagne.


Quelle est la situation en France ?
L'enjeu de cette polémique repose cependant essentiellement sur la question de la déportation d'homosexuels français. Dans l'ouvrage que j'ai dirigé et édité en janvier 2011, nous avons proposé avec Arnaud Boulligny, Marc Boninchi et Florence Tamagne les données suivantes :
   - 22 déportés français à partir des territoires annexés au Reich,
   - 32 déportés français à partir des territoires du Reich,
   - 7 déportés français à partir des territoires occupés,
   - 1 déporté français dont nous ne connaissons pas le lieu d'arrestation.
Au total, nous pouvons donc considérer que 62 Français ont été déportés pour motif d'homosexualité.

Ces chiffres ne peuvent cependant être compris que s'ils sont accompagnés des explications et précautions suivantes :
   - Dans certains cas, le motif d'homosexualité est évoqué dans les dossiers sans qu'il soit toujours possible de savoir si c'est pour cette unique raison ou pour d'autres activités de résistance, politiques... que l'individu a été envoyé en camp de concentration. On a en effet trop souvent théorisé et catégorisé un processus concentrationnaire fort complexe dans lequel le motif d'arrestation est parfois perdu, échangé ou modifié sans raison lors de transferts. Les déportés pour motif d'homosexualité n'ont donc pas tous porté le triangle rose.
   - Contrairement aux propos tenus par monsieur Vanneste, il est complètement faux de considérer que seuls les homosexuels alsaciens et mosellans ont été déportés car ils habitaient sur un territoire annexé. Différents témoignages tendent en effet à montrer que les nazis ont adopté une stratégie bien plus vicieuse et, encore une fois, aléatoire. Considérant que l'homosexualité est une perversion qui affaiblie le corps social, ils ont parfois évacué les homosexuels de cette région vers la France dite "libre" avec le secret espoir d'attenter à la puissance morale et démographique de ce pays qu'ils entendaient ainsi contrôler plus facilement à la fin de la guerre.
   - Il n'est pas non plus anodin de constater que le chiffre le plus élevé est désormais constitué par les Français résidant en Allemagne durant leur arrestation. Cette réalité a été révélée par l'intuition d'Arnaud Boulligny qui rappelle que de nombreux citoyens français ont été envoyés au sein du Reich dans le cadre du Service du travail Obligatoire (STO) ou bien ont rejoint volontairement ce territoire.
   - Enfin, il est nécessaire de préciser que ces chiffres sont le reflet d'une recherche actée en janvier 2011. Lors de leur parution, j'avais indiqué en introduction qu'ils étaient amenés à augmenter. Depuis, de nouveaux dossiers ont été ouverts, de nouvelles archives ont été découvertes et nous pouvons d'ores et déjà affirmer que les données précédemment publiées seront largement revues à la hausse dans les mois à venir.


Christian Vanneste avait-il raison ?
Monsieur Vanneste est un homme intelligent et prudent. Il a été condamné en 2006 par le tribunal correctionnel de Lille puis par la cour d'appel de Douai en 2007 pour « injures en raison de l'orientation sexuelle ». Bien que la cour de Cassassion ait considéré en 2008 que ses propos ne dépassaient finalement pas les limites de la liberté d'expression, la 17e chambre correctionnelle du Tribunal de Grande Instance de Paris a considéré le 10 février 2012 (le jour même où la vidéo de son interview a été mise en ligne) que l'accusation d'homophobie proférée à son encontre bénéficie d'une « base factuelle suffisante ».
Il faut également souligner que monsieur Vanneste a déposé le 6 juillet 2006 une proposition visant à supprimer dans la loi sur la liberté de la presse la condamnation pour diffamation envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur orientation sexuelle.

C'est donc aussi, me semble-t-il, dans ce contexte qu'il faut interpréter les propos du député et faire une mise au point sémantique.
Dans son interview, Christian Vanneste affirme : "En dehors des trois départements annexés, il n'y a pas eu de déportation homosexuelle en France".
Qu'entend-il par "déportation homosexuelle en France" ? Si cet ancien professeur de philosophie et homme politique rompu aux stratégies de communication médiatiques emploie cette expression plutôt qu'une autre, on peut supposer qu'il a largement pesé le poids de ses mots et leur sens supposé. Il a donc vraisemblablement conscience que parler de déportation des homosexuels, de déportation homosexuelle ou de déportation pour motif d'homosexualité n'a pas le même sens.
Dans l'introduction de l'ouvrage cité ci-dessus, je consacre un long paragraphe à cette question sémantique en soulignant justement qu'elle a suscité depuis des années de nombreuses approximations intolérables. Lorsqu'on parle de "déportation pour motif d'homosexualité en France", on évoque exclusivement les homosexuels ayant été déportés pour ce motif tandis que lorsqu'on parle de "déportation des homosexuels", on inclue nécessairement les milliers d'homosexuels déportés pour faits de résistance, parce qu'ils étaient aussi juifs, etc.
Entre les deux, il existe cette expression ambiguë de "déportation homosexuelle" qu'emploie justement Christian Vanneste. Peut-on vraiment considérer qu'il s'agisse d'un hasard dans la bouche d'un homme qui a consacré tant de temps et d'énergie à lutter contre les droits et les revendications des homosexuels ? Je ne le crois pas.


Et si cette polémique pouvait devenir utile ?
L'inflation médiatique est retombée aussi vite qu'elle s'est enflammée.
Le soir même, Nicolas Sarkozy condamnait les propos du député sans trop s'attarder. Pas question que le lancement de sa campagne soit entaché d'une telle polémique. Dans la continuité, on peut supposer que l'UMP va prochainement acter son exclusion du parti majoritaire. De plus, j'ai déjà été contacté par des avocats qui travaillent dans l'optique d'un dépôt de plainte contre ses propos afin que l'affaire se poursuive en justice.
A titre personnel, je regrette que l'histoire de la déportation pour motif d'homosexualité soit entachée d'une telle dérive mais je dois reconnaître qu'elle a permis de porter à la connaissance publique un évènement de l'histoire nationale et européenne encore mal et peu connu. Nombreux sont les journalistes qui m'ont recontacté en cette fin de semaine afin de prendre le temps de comprendre et non plus seulement de réagir à l'actualité. C'est aussi à eux que s'adresse cet article.
Mon souhait le plus cher serait que cette polémique ne soit pas vaine et qu'elle permette désormais de relancer des recherches qui s'avèrent encore longues et difficiles. Les archives sont nombreuses et éparpillées. Leur traitement nécessite du temps et des moyens rarement disponibles pour ce type de sujets dans le cadre de l'université française. Peut-être pourrions-nous retenir de cette polémique qu'il devient urgent de se donner les moyens matériels de travailler sur cette facette de notre histoire ?
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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 12:11

 

L’information du jour est une petite bulle, une bulle lancée discrètement par Guillaume Pepy, président de la SNCF, alors qu’il est en déplacement en Floride pour vendre aux Américains notre TGV. Cette bulle est minuscule, elle ne contient que ces quelques mots : « regret » et « peine » qui viennent qualifier les conséquences des actes de la SNCF «effectués sous la contrainte de la réquisition». Cette petite bulle innocente lancée outre-Atlantique n’aurait jamais du réussir à traverser l’océan ; ou alors, elle aurait du se perdre dans l’écume de l’océan. Mais voilà, cette petite bulle est courageuse. Elle a fait un long voyage et elle est venue se poser délicatement sur les rivages médiatiques français.

 

Je parle bien entendu ici des récentes déclarations de ce dirigeant d’une grande entreprise publique qui, pour ne pas être évincé au premier tour d’un appel d’offre juteux auprès de potentiels clients américains, s’est laissé convaincre qu’une séance d’auto-flagellation au fouet de la repentance pouvait attendrir ses juges. Il a donc accepté de lancer cette petite bulle légère en mots, mais lourde de sens et pesante sur la mémoire nationale.

trains, sncf et déportation En 2010, les familles des victimes s’interrogent encore sur les responsabilités de la SNCF et de l’Etat français dans l’acheminement de centaines de convois vers les camps de la mort

 

Le rôle de la SNCF dans la déportation

Cette histoire hante les archives de la SNCF depuis la Libération. Passés le choc de la Seconde Guerre mondiale, la découverte des camps de concentration, et le retour des survivants, quelques âmes bien attentionnées se sont penchées sur la recherche de responsables. Le procès de Nuremberg ne semblait pas suffire à la catharsis générale et partout en Europe, des juges autoproclamés sont devenus de véritables chasseurs de tête, traquant le moindre collaborateur. Ainsi, dans certains villages, la ferveur populaire s’est parfois tournée vers des femmes qu’on soupçonnait de « collaboration horizontale » avec l’ennemi. Elles ont été immédiatement dénoncées, stigmatisées, puis tondues par un mouvement censé représenter une forme de justice populaire brillamment étudiée par Fabrice Virgili.  

 

les femmes tondues de Fabrice Virgili

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la recherche de responsables et de collaborateurs a parfois conduit à des dérives regrettables

 

Après ces quelques débordements, la recherche des responsables s’est décantée. L’urgence devait être désormais la reconstruction nationale, quitte à forcer un peu la dose d’oubli pour limiter les antagonismes et un trop fort sentiment de culpabilité. Ce n’est que bien plus tard que des voix se sont élevées pour demander des explications quant au rôle de la SNCF dans la déportation de milliers de français vers les camps de concentration nazis. L’image des trains s’acheminant directement vers ces nouvelles usines de la mort étaient devenues tellement évidente et récurrente que personne ne se posait plus la question administrative de ces wagons transportant des hommes comme on charrie du bétail.

 

Batailles judiciaires

En 2006, la famille Lipietz  (dont Hélène, conseillère régionale d'Île-de-France, et Alain, député européen des Verts) a décidé de porter l’affaire devant le tribunal administratif de Toulouse afin que soit reconnue la responsabilité de l’Etat français et de la SNCF en tant qu’entreprise publique dans la déportation. Quelques mois plus tard, le commissaire de la République rend sa décision : les deux accusés peuvent être condamnés ! La SNCF (alors solidaire de l’Etat) a immédiatement fait appel de cette décision et la cour administrative d'appel de Bordeaux a finalement décide que ce "litige relève de la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire", déclarant ainsi le tribunal administratif incompétent pour juger du transport de juifs. Les deux parties étaient alors renvoyés dos à dos.

Immédiatement, Me Yves Baudelot, avocat de la SNCF, s'est félicité de cette décision, affirmant que durant la Seconde Guerre mondiale, la société publique "n'avait pas de marge de manœuvre, elle était sous une double contrainte, celle des autorités allemandes et celle de l'Etat français". On comprend bien son soulagement. Depuis la première décision de justice, la SNCF avait reçu plus de 1800 dossiers de demandes d’indemnisations. C’est cependant sans compter sur la détermination de la famille Lipietz qui a décidé de porter l’affaire devant le Conseil d’Etat.

 

Ce qui m’étonne dans ce dossier, ce sont les dissensions tranchées qui apparaissent dans les différentes opinions qui ne semblent pas en mesure de trouver un point d’entente raisonnable. D’un côté, on trouve les familles des victimes qui agissent comme de véritables chasseurs de têtes, traquant avec obstination la moindre trace de collaboration, comme s’il fallait toujours chercher des responsables. De l’autre, on s’étonne du maintien tout aussi obstiné de la SNCF qui refuse la moindre concession, voire la moindre déclaration symbolique, de crainte qu’elle ne vienne appuyer les positions de ses contradicteurs sur le champ de bataille judiciaire.

Ce que Guillaume Pepy a sans doute oublié, c’est que sa déclaration outre-atlantique, aussi prudente soit-elle, ne peut plus désormais rester sans conséquence. Outre les actions judicaires françaises, l’entreprise doit en effet affronter des plaintes venues des Etats-Unis où 300 personnes se sont rassemblées afin de faire reconnaître devant la justice que la SNCF a bien fait des bénéfices en déportant des Juifs. Cette position s’oppose cependant encore une fois avec celle des institutions juives françaises qui se disent quant à elles satisfaites de l’arrêt des poursuites contre l’Etat et la SNCF par la cour administrative d’appel de Bordeaux. Me Michel Zaoui par exemple, membre du bureau exécutif du Crif, a estimé qu’il « faut mettre un terme à cette procédure. A partir du moment où le président de la République a retenu, en 1995, la responsabilité de la France ». Joseph Haim Stiruk, Grand rabbin de France, à quant à lui considéré que « ce n'est pas un bon procès, il aurait mieux fallu s'abstenir en l'occurrence plutôt que de tenir la SNCF responsable vu le contexte politique de l'époque ». André Cohen, un des responsables du Consistoire, considère également que « notre pays a déjà fait amende honorable en reconnaissant la responsabilité de la France dans le gouvernement de Vichy » et que « c'est une démarche qui se suffit à elle-même ». Anne-Marie Revcolevschi, secrétaire générale de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, considère enfin que « la SNCF était aux ordres de l'Etat, celui-ci étant lui-même aux ordres de l'Etat nazi ».

Toutes ces déclarations ne sont pas dénuées de sens. Je suis toujours un peu gêné par cette volonté obsessionnelle de vouloir rechercher des responsables dans l’Histoire. A priori, la justice n’a pas à revenir sans cesse sur des décisions antérieures. Sinon, ce serait justement laisser la porte des tribunaux ouverte à toutes les mémoires qui viendraient successivement s’affronter dans le prétoire jusqu’à obtenir des cas jurisprudentiels et donc, de nouvelles lois mémorielles. Je m’étonne donc que dans ce dossier, comme dans bien d’autres, on ne convoque pas l’expertise de l’historien comme cela se pratique dans de nombreux pays du monde. Cette affaire qui éclate au grand jour ne peut-elle pas devenir l’occasion de débloquer des subsides à l’intention de quelques unités mixtes de recherche (UMR) et d’essayer de trouver des réponses dans la réflexion intellectuelle plutôt que dans l’affrontement judiciaire, politique, voire économique et commercial, car c’est bien de cela qu’il s’agit ici.  

 

La mémoire comme argument commercial

Si l’avis de la SNCF a évolué, ce n’est pas par pure philanthropie mais parce qu’elle y trouve un intérêt. Il faut dire que les Américains n’ont pas la même force de persuasion que les familles des victimes françaises (même quand elles comptent parmi elles un député européen et une conseillère régionale). Ils ont immédiatement mis dans la balance de la justice la signature potentielle d’un contrat de plusieurs milliards de dollars pour exporter le TGV français en Floride. Ron Klein, élu démocrate, a d’ailleurs présenté un projet de loi empêchant de concourir à l’appel d’offre les entreprises qui n'auraient pas fait toute la lumière sur leur responsabilité dans la déportation (en somme, une loi directement destinée à la SNCF sans la citer).

C’est dans ce contexte que Guillaume Pepy a finalement considéré qu’il devait prendre ce dossier « très au sérieux », proposant même d’ouvrir les archives de l’entreprise publique aux Américains, avant de se repentir publiquement sur les responsabilités de la SNCF dans cette période trouble de l’histoire.

 

Autant dire tout de suite que ces deux positions extrêmes du président de la SNCF ne sont pas plus satisfaisantes l’une comme l’autre. Il n’existe pas de mots assez durs pour qualifier la position de l’entreprise qui, au mépris total des victimes et de leurs familles, entretient une forme de négation silencieuse quand une reconnaissance risque de lui coûter de l’argent, mais s’avère prête à faire des concessions quand cette position peut lui faire gagner encore plus d’argent.

Si la formule rhétorique de « moralisation du capitalisme » avait un minimum de signification dans la bouche du Président de la République qui en a fait un argument médiatique sur la scène internationale, on devrait logiquement s’attendre à ce que Guillaume Pepy soit immédiatement renvoyé à son retour en France. Pour l’heure, un silence assourdissant entoure cette affaire depuis son apparition la semaine dernière. Les médias auraient-ils reçu pour consigne de ne pas enfler la polémique pour ne pas nuire à nos chances (mais sont-elles réelles ?) de remporter ce contrat auprès des Etats-Unis ? Guillaume Pepy aura-t-il le courage de renouveler ses propos sur le territoire national ? Et si cette bulle lui explosait à la figure ?

 

Nota bene du 23/11/10 : Je ne résiste pas à l'envie de faire partager aux lecteurs quelques remarques toujours bien senties d'internautes attentifs qui ont réagi à cet article. Il est vrai que le peuple américain entretient un rapport particulière avec la mémoire de l'Holocauste (voir à ce sujet l'excellent ouvrage de Peter Novick). Il n'est cependant pas anodin de remarquer que ces hommes politiques américains qui mettent en accusation la SNCF sur son rôle supposé dans la déportation seraient parfois bien inspirés en se retournant sur leur histoire personnelle. J'ai alors appris avec intérêt que le père du gouverneur (et ancien acteur) Arnold Schwarzenegger avait eu des rapports plutôt étroits avec les forces armées du nazisme... Je ne conseille cependant pas à Guillaume Pepy d'entrer dans ce genre de provocation intellectuelle s'il entend avoir une chance de vendre ses trains !

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Billets d'humeur
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15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 11:47

 

Certains textes ne peuvent être écrits que sous le coup de la colère et celle qui m’anime aujourd’hui est trop grande pour ne pas s’épandre sur une toile qu’on aurait déjà trop souillée d’une encre bien trop sombre.

Fidèle aux engagements qui ont été les miens à la création de ce blog, j’ai souvent affuté ma plume dans une perspective résolument citoyenne, tout en essayant au mieux de conserver une approche historienne afin d’analyser les enjeux mémoriels de l’actualité politique, sociale et culturelle, française et internationale.

Certains évènements cependant ne peuvent pas laisser indifférent. Comme Stéphane Hessel dans le film-documentaire Walter, retour en résistance, je considère que « l’indignation » est une valeur essentielle de l’Homme, une qualité intrinsèque de la Résistance qui devrait être précieusement entretenue contre toute dérive potentiellement totalitaire.

Les fidèles lecteurs de ce blog voudront donc bien m’excuser par avance de cette liberté de ton inhabituelle mais elle est le témoin d’un élan d’humeur que je canaliserai désormais dans de tels billets, en complément d’analyses qui resteront majoritairement apaisées et un peu plus objectives.

 

Dans la nuit du 1er au 2 mai 2010, un homme de 64 ans se faisait agresser dans un lieu de rencontre homosexuel sur les bords de l’Orne dans la ville de Caen. A en croire le rapport annuel de l’association SOS Homophobie, un tel évènement n’est pas si exceptionnel en France. Cette agression se distingue néanmoins par sa violence : la victime compte en effet 23 fractures et elle est toujours hospitalisée au service de réanimation du CHU de Caen.

Or, nous apprenons aujourd’hui que ces sévices auraient peut-être pu être évités. Une semaine avant l’agression en question, une inscription avait en effet été découverte à proximité du lieu : « Triangle rose, souviens-toi des années 40 ». Cette courte phrase qui sonne comme un avertissement n’avait semble-t-il guère été prise au sérieux. Il convient pourtant de s’y arrêter quelques instants tant il me semble qu’elle est le témoin emblématique d’une évolution récente.

 

Il convient tout d’abord d’exercer une comparaison qui, toute proportion gardée, peut soulever quelques éléments révélateurs. Comment se fait-il qu’en France, en 2010, une telle inscription n’ait suscité aucune réaction tant au niveau local que national. La mémoire des homosexuels déportés et persécutés durant la Seconde Guerre mondiale n’aurait-elle pas la même valeur que celle des Résistants, des Juifs ou des Tziganes ?

La référence à la Seconde Guerre mondiale est pourtant flagrante et je me demande encore comment elle a pu rester sans conséquence. Elle n’a pas pu être considérée comme une manifestation "banale" de l’homophobie latente puisque ses auteurs se sont efforcés à donner une dimension historique et idéologique à leur geste. Il est impossible que personne n’ait compris le sens profond de leur acte et des présupposés détestables qu’il véhicule.  

Il n’est bien entendu pas question de réveiller ici les spectres d’une concurrence mémorielle que nous nous appliquons par ailleurs à contenir. Néanmoins, il me semble nécessaire que ce tragique évènement puisse servir de leçon pour que, s’il venait à se reproduire, les hommes politiques, les associations et les médias s’en emparent et dénoncent publiquement de tels propos, dans un objectif pédagogique de prévention, comme c’est le cas à chaque fois qu’une croix gammée apparaît sur les murs d’une mosquée ou dans un cimetière juif.

 

Non seulement aucune condamnation publique n’a été entendue dans cette affaire mais au contraire, depuis quelques jours, les agresseurs n’ont pu être que confortés dans leurs agissements.

En visite au Portugal, le Pape Benoit XVI affirmait jeudi 13 mai 2010 que le mariage homosexuel représentait un « des défis les plus insidieux et les plus dangereux qui, aujourd’hui, s’opposent au bien commun ». Cette information était reprise dans tous les plus grands médias nationaux.

Le 30 avril 2010, le député Christian Vanneste écrivait dans un billet intitulé Quelques réflexions sur l’Eglise et la pédophilie que « le lien et même la confusion qui règnent entre l’homosexualité et l’éphébophilie est patent ». L’affirmation n’est pas moins grave que celle du cardinal Bertone que le député français entend justement défendre. Pourtant, cette fois-ci, elle n’a donné lieu à aucune condamnation officielle alors que la France s’était fendue, par l'intermédiaire du porte-parole du ministère des Affaires Etrangères, d’un communiqué qualifiant les propos du cardinal d’ « amalgame inacceptable ». La raison de ce revirement de situation concernant l'élu est simple : malgré les promesses de Nicolas Sarkozy à une époque où il entendait encore flirter  avec un électorat gay, l’UMP a officieusement soutenu la candidature de Christian Vanneste en ne présentant aucun candidat en face de lui dans sa circonscription. Condamner ses propos reviendrait donc à condamner un élu de droite soutenu par l’UMP.

Enfin, dernier exemple parmi de nombreux autres, le « Kiss-in contre l’homophobie » prévu le 15 mai 2010 place Saint-Jean à Lyon vient d’être reporté sur ordre du préfet du Rhône et sous les menaces insistantes d’intégristes catholiques qui organisent dans la plus grande liberté une action similaire à celle de Paris au cours de laquelle plusieurs individus ont été agressés et blessés.

 

Le 14 février 2010, des centaines de personnes s'étaient rassemblées sur le parvis de la cathédrâle Notre-Dame pour chasser des homosexuels qui voulaient s'embrasser dans ce lieu public (et non pas à l'intérieur de l'édifice).

Defense-Eglise.jpg 

Paris-bis.jpg

Le message des catholiques extrémistes lyonnais est clair : ils veulent reproduire la violence de la première manifestation .  

 

Dans ces conditions, quand les plus grandes éminences religieuses, les élus de la République et les garants de l’autorité prônent ou soutiennent une telle intolérance, comment imaginer que des individus aux idées dangereuses pour la République ne soient pas confortés.

De façon plus générale, comment lutter aujourd’hui efficacement contre les discriminations quand un ministre affirme que : « Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes » (que cette personne soit Auvergnate, arabe ou rattachée à n’importe qu’elle autre communauté) ?

 

 

Comment enseignez le respect d’autrui quand un ministre adresse des doigts d’honneurs aux journalistes ?

 

 

Et enfin, comment véhiculer un message de tolérance quand même le Président de la République lance un « Casse-toi pov’ con » à l’un des citoyens qu’il est censé représenté ?

 

 

A mon sens, une agression n’est jamais gratuite. Elle n’est jamais anodine. Et elle devrait toujours donner lieu à une réflexion plus vaste sur le contexte de son déroulement.

Les travaux de Michael Pollak sur la Shoah par exemple nous ont appris que cet évènement tragique n’aurait peut-être pas pu survenir dans un autre pays et un autre moment, que des signes avant-coureurs (qu’il est toujours un peu facile d’avancer a posteriori) auraient pu anticiper ce génocide. N’est-ce pas le moment, à l’image de Bertrand Delanoé en hommage à Jean Le Bitoux, de se demander si notre société n’est pas à un tournant de son histoire dans son intégration des minorités ?

 

« Triangle rose, souviens-toi des années 40 » : Ce message raisonne lourdement depuis déjà quelques années, sans qu’il ne soit jusqu'alors jamais aussi clairement exprimé. Je n’ai jamais oublié le sort des homosexuels durant la Seconde Guerre mondiale mais je n’ai pas oublié non plus le sort des homosexuels dans l’entre-deux guerre, leur relative liberté de parole et d’action, les bars qui se sont multipliés, et surtout, les appels du pied du grand Magnus Hirschfeld qui, à la veille de l’arrivée au pouvoir des nazis en Allemagne, ne voulait pas croire à la menace que pouvait constituer ce parti contre les valeurs qu’il avait toujours défendu.

Triangles roses, rouges, verts, mauves… étoiles jaunes, souvenez-vous ! Il est peut-être encore temps de résister.

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