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  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

7 juillet 2014 1 07 /07 /juillet /2014 05:58

Cet article est un compte rendu de l'article de Quentin DELUERMOZ paru dans Les Collections de l'Histoire n°60 consacré à "La Révolution française" (2013- pp. 84-88). 

Notre époque est-elle malade de son histoire ? On pourrait le croire à observer depuis la deuxième moitié du XXe siècle tous ces passés qui ne passent plus que par des manifestations publiques et politiques de l'histoire. L'article de Quentin DELUERMOZ montre cependant que notre époque n'a pas le monopole de cette lecture mémorielle et que le XIXe siècle a régulièrement été traversé par le souvenir omniprésent de 1789. 

Dans l'écriture même de la charte de 1814 mettant en place le régime de la Restauration, la place de la Révolution dans l'histoire française est évoquée puisqu'il est indiqué que le nouveau régime a pour mission de « renouer la chaîne des temps, que de funestes écarts avaient interrompu ». Ainsi, le nouveau pouvoir royal a pour ambition de s'inscrire dans la continuité de l'Ancien Régime tout en essayant néanmoins d'y intégrer quelques acquis révolutionnaires.

Or, c'est justement lorsque ce délicat équilibre est rompu que la mémoire de la Révolution française refait surface par l'intermédiaire de ses symboles : la garde nationale ou encore les arbres de la liberté. L'historien Alain Corbin parle alors de « réitération » de la Grande Révolution avec néanmoins quelques particularités, dont les barricades, lors des "Trois Glorieuses" du 27, 28 et 29 juillet 1830. 

Quelques années plus tard, en février 1848, la mémoire révolutionnaire s'invite à nouveau dans les esprits : « on s'appelle "citoyen" dans les rues, on signe "salut et fraternité", on ouvre des "clubs" suivant l'expression retrouvée de 89, la parole se libère ». Alphonse de Lamartine déclare ainsi que : « le sang de 1793 déteignait sur la République de 1848. Il fallait dès le premier jour, laver ces tâches, répudier toute parenté entre les deux époques » (Histoire de la révolution de 48). De même, le Journal des travailleurs renforce les liens entre les deux événements en précisant que « 93 et 48 » sont « deux sœurs qui, bien qu'étroitement liée, ne se ressemblent pas ». Il s'agit donc encore une fois d'une réminiscence naturelle de la Grande Révolution avec laquelle on souhaite néanmoins prendre des distances.

Enfin, « le spectre révolutionnaire » réapparaît en 1870. Dès l'annonce de la République à Alger, on forme des comités révolutionnaires. À Paris, le terme de « Commune » fait notamment référence à l'insurrection parisienne d'août 1792. Mais on retrouve aussi dans les archives l'utilisation d'un vocabulaire qui ne laisse aucun doute sur l'usage mémoriel de 1789 : « citoyen », « club », « garde nationale ». La mise en scène du pouvoir ne laisse également aucun doute puisque le 5 avril 1871, l'église Sainte Geneviève redevient le Panthéon des Grands Hommes, comme cela avait été le cas le 4 avril 1791.

Une de l'hebdomadaire Le Point du 18 avril 2013

Une de l'hebdomadaire Le Point du 18 avril 2013

La France du XIXe siècle n'a cependant pas le monopole de l'utilisation mémorielle de la révolution française. La révolution russe de 1917 y faisait explicitement référence et on n'en retrouve également des traces lors du Front populaire en 1936 et des événements de mai 1968. A chaque fois, c'est l'usage d'un vocabulaire spécifique qui permet de faire resurgir cette référence historique dans un contexte contemporain. 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et historiens Mémoires et identités nationales
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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 07:54

 

Le 28 février 2012, le Conseil constitutionnel a décidé que  la loi visant à réprimer la contestation de l'existence des génocides reconnus par la loi est contraire à la Constitution au motif que " le législateur a porté une atteinte inconstitutionnelle à l'exercice de la liberté d'expression et de communication".

 

Immédiatement, le président de la République s'est fendu d' un communiqué relativement court mais significatif dans lequel il partage sa déception et rappelle que le négationnisme représente "non seulement une insulte à la mémoire des victimes et à la dignité de leurs descendants, mais aussi une menace contre notre communauté nationale".

Le ton est grandiloquent mais le fond laisse un peu perplexe : en quoi les propos isolés et inaudibles d'un négationniste pourraient-ils menacer la communauté nationale ? Quelle est donc la nature exacte de cette menace ?

 

Quoi qu'il en soit, la décision rapide du Conseil constitutionnel a probablement pris Nicolas Sarkozy de vitesse. A seulement quelques semaines des élections présidentielles, le candidat à sa propre succession ne peut plus se contenter d'invoquer un blocage institutionnel face à  ses promesses maintes fois répétées. Il affirme donc avoir "chargé le gouvernement de préparer un nouveau texte, prenant en compte la décision du Conseil constitutionnel". Depuis, un mois s'est écoulé sans qu'aucune nouvelle proposition ne soit rendue publique, rendant ainsi impossible l'adoption d'une nouvelle loi avant la prochaine législature.Pourtant, Nicolas Sarkozy avait indiqué dès le 1er février qu'il s'inquiétait d'une censure des "sages" et qu' il déposerait immédiatement un nouveau texte. Comme le veut l'adage, les promesses n'engagent vraiment que ceux qui y croient...

 

La communauté arménienne française qui attendait visiblement beaucoup d'une telle décision symbolique se trouve ainsi devant un dilemme en vue des prochaines élections présidentielles : soutenir un candidat qui a beaucoup promis depuis 2007 et qui s'est ainsi forgé l'image du principal défenseur de la cause arménienne sans vraiment traduire ses paroles par des actes ? Ou bien soutenir  un autre candidat favorable à leur demande mais qui n'a pas encore eu l'occasion de mettre en application ses promesses ? Il est fort probable que ce nouveau contretemps ait finalement neutralisé l'argument mémoriel dans la course aux présidentielles.

 

Dans cette course qui ne dissimule même plus ses arrières-pensées électoralistes, quelques individus n'ont pas encore classé le dossier. De nombreux historiens s'inquiètent toujours en effet qu'une telle loi puisse être adoptée au mépris de leur travail, de la liberté d'opinion, de la Constitution française et de la séparation des pouvoirs.

Robert Badinter a écrit sur cette question  un article très intéressant dans lequel il rappelle les principes qui, selon sa lecture des textes législatifs, rendent impossible l'adoption d'une telle loi.

Plus récemment, plusieurs académies se sont également exprimées sur ce sujet. C'est le cas notamment de l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Dijon qui a diffusé un texte à destination des parlementaires locaux et de la presse :

 

"L’Académie de Dijon, fondée en 1725, se joint aux autres Compagnie académiques qui ont toujours pensé qu’il était de leur devoir de maintenir les valeurs qui fondent notre société et la République.

Elle a pris connaissance, avec satisfaction, de la Décision du Conseil constitutionnel qui a déclaré contraire à la Constitution la loi visant à réprimer la contestation de l’existence des génocides reconnus par la loi. Cependant, comme une nouvelle loi portant le même objet final est susceptible d’être débattue, l’Académie estime utile de préciser sa position.

Elle connaît naturellement l’horreur des massacres perpétrés en divers lieux, époques et circonstances, et s’incline devant la mémoire des victimes.

Cependant, elle constate qu’un texte qui tendrait à réprimer une opinion romprait avec l’idée de la Loi, constante depuis deux siècles qui, si elle lui permet d’encadrer les actes des citoyens, s’interdit de dicter, même indirectement, leurs pensées et l’expression de leurs opinions.

Elle rappelle que si, dans une société, la liberté connaît nécessairement des limites, elle ne se divise pas et que, par-dessus tout, la pensée doit rester libre.

Elle souligne que la vérité historique est une notion complexe et relative. À partir de la réalité d’un événement, l’historien en fait la description, en analyse les causes et les conséquences avec les idées de son temps. L’Histoire est une continuelle remise en question.

Elle sait, depuis les anciens Grecs, qu’il n’existe pas de critère de la vérité et s’étonne que des parlementaires aient voulu la définir.

L’Académie de Dijon souhaite vivement que le Parlement reste fidèle à sa mission première et préserve, pour les historiens la liberté de recherche et, pour les citoyens, la liberté de l’esprit".

 

De telles initiatives ont généralement reçu un écho moindre que les déclarations de tel homme politique, de tel parlementaire, voire d'un représentant de la communauté arménienne ou turque. Nous avons cependant considéré qu'il était important de relayer sur ce blog un texte de cette nature qui n'est pas seulement le fruit d'une réaction émotionnelle face à l'actualité, mais plutôt le résultat d'une réflexion approfondie et collective sur le sens de la Loi, de l'Histoire, de la Mémoire et de la Vérité... en espérant qu'elle puisse inspirer le prochain président de la République !

 

 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et historiens
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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 07:38

 

Le 16 octobre 2011, le président des Etats-Unis Barack Obama a inauguré à Washington un monument à la mémoire de Martin Luther King.

 

Martin-Luther-King.jpg

 

La cérémonie transportait une symbolique particulièrement forte, rendant hommage à un acteur essentiel de la lutte contre la ségrégation. Lui-même n'aurait probablement pas pu imaginer que quelques décennies plus tard, c'est un président noir qui viendrait inaugurer un tel monument. 

 

Au-delà de cet aspect évident souligné par les principaux commentateurs, c'est le discours de Barack Obama qui m'a principalement intéressé.

Les historiens savent que leurs confrères américains ont toujours joui d'une écoute particulière à Washington, rejoignant parfois le cercle restreint des conseillers de l'exécutif.

Ce fut le cas du médiéviste Charles Homer Haskins  auprès de Woodrow Wilson au début du XXe siècle. Quelques années plus tard,  Arthur Meier Schlesinger Jr. reprend cette mission auprès de John F. Kennedy. Plus récemment, on peut citer l'exemple de Francis Fukuyama qui n'était pas historien mais qui a fortement marqué l'historiographie mondiale par son essai sur La fin de l'histoire en 1992 et qui a eu des rôles importants dans les administrations Bush.

De manière générale, je crois que nous aurions beaucoup à apprendre des relations que nos confrères entretiennent avec le pouvoir, la justice et les médias aux Etats-Unis. Grâce à une collaboration étroite (qui n'en est pas pour autant naïve), ils parviennent à mieux faire entendre leur voix et contribuent à la promotion des valeurs et de l'utilité de notre discipline dans la compréhension du monde dans lequel nous vivons.

 

Quoiqu'il en soit, difficile de ne pas percevoir les coups de plume d'un historien dans le discours prononcé devant le monument dédié à Martin Luther King. Si l'on essaie de l'identifier plus précisément, il faudra vraisemblablement chercher du côté des laboratoires d'études postcoloniales, voire des subaltern studies. Cet extrait n'y trompe pas et les meilleurs connaisseurs des historiens américains pourront tenter d'y reconnaître un collègue :

"Et enfin, il y a la multitude d'hommes et de femmes dont le nom ne figure jamais dans les livres d'histoire -- ceux qui manifestaient et ceux qui chantaient, ceux qui participaient à des sit-in et ceux qui résistaient debout, ceux qui savaient organiser et ceux qui savaient mobiliser -- tous ces hommes et toutes ces femmes qui, au travers de leurs actes innombrables d'héroïsme tranquille, contribuèrent à faire naître les changements que peu de gens croyaient possibles. « Par milliers, dit le pasteur King, des jeunes gens sans visage, anonymes, tenaces, des Noirs et des Blancs, ont ramené les quatre coins de notre pays vers ces grands puits de démocratie qu'avaient creusés les pères fondateurs en vue de formuler la Constitution et la Déclaration d'indépendance. » À ces hommes et à ces femmes, à ces fantassins de la justice, je dis : sachez que ce moment est aussi le vôtre".

 

Et l'on comprend qu'un tel courant historiographique ait séduit le président Barack Obama en campagne pour sa réélection en 2012. Derrière ces mots réservés jusqu'alors à une poignée d'historiens, c'est la sensibilité de l'électorat traditionnel de Barack Obama qui est touchée. Il est donc fort probable que ce discours efficace soit reproduit dans d'autres circonstances durant la campagne féroce à venir.

 

Les candidats français auront-ils la même stratégie ? Verra-t-on des historiens rejoindre les équipes de campagne dans la course aux présidentielles ? Face à Nicolas Sarkozy qui risque visiblement de continuer à entretenir la plume d'Henri Guaino, la situation devient urgente.

 

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18 août 2011 4 18 /08 /août /2011 08:55

 

L'esprit encore quelque peu embrouillé par l'ambiance estivale, c'est avec de nouveaux projets pour ce blog que j'aborde cette rentrée universitaire. Au programme :

   - des articles beaucoup plus courts et réguliers viendront compléter les articles de fond. L'objectif est d'être beaucoup plus réactif à l'actualité mémorielle et de répondre à une volonté de recensement plus précis.

   - des interventions ponctuelles d'historiens et autres spécialistes de la mémoire, afin que ce blog devienne un véritable lieu d'échanges, de débats et de réflexion commune.

   - Et toujours des articles plus fouillés sur les réminiscences de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs.

 

 

Aujourd'hui, je vous fais partager cette réflexion très intéressante de Patrice GUENIFFEY dans l'introduction de son dernier ouvrage sur la Révolution française (Histoires de la Révolution et de l'Empire, Tempus/Pellerin, 2011, 744 pages, 12 euros).

 

Patrice-Gueniffey.jpg

 

 Patrice Gueniffey est un historien français et directeur d'études à l'EHESS.

 

Dans l'introduction de cet ouvrage, l’auteur exprime l’idée que la Révolution française est entrée dans la «mémoire morte» de l’Histoire. Avant la chute du mur de Berlin, «la division du monde en deux blocs, et la menace que l’existence d’un bloc communiste puissant faisait peser sur le reste du monde, avaient assuré la subordination durable des intérêts économiques à la volonté politique». Or, et nous ne pouvons que suivre l'analyse de l'historien à la lumière des évènements actuels, le politique a tendance a être subordonné de plus en plus par l'économique.

 

Différentes nuances doivent être apportées à cette affirmation :

   1. Elle exprime l'avis d'un spécialiste de la Révolution française qui ne se contentera jamais assez de l'aura de son sujet de prédilection.

   2. Elle est exprimé par un historien plutôt critique dans son approche de la Révolution.

 

Néanmoins, son propos est intéressant car il envisage d'identifier "à chaud" (à l'échelle de l'histoire et non de l'actualité) la fin d'un cycle. Au-delà des gesticulations politiques de dirigeants ne sachant plus s'ils doivent rentrer de vacances de peur d'affoler les marchés financiers, Patrice Gueniffey  se propose d'expliquer l'essouflement de l'historiographie de la Révolution française non pas seulement par un désintérêt intellectuel, mais par des difficultés d'identification de la part de sociétés contemporaines qui sont tellement dépolitisées qu'elles ne parviennent plus à comprendre les passions et engagements de leurs aïeux.

 

A ma connaissance, les historiens du politique ne se sont pas encore saisis d'une telle problématique et c'est regrettable. Je me prends parfois à rêver qu'un nouveau Fernand Braudel puisse avoir l'ambition d'une telle réflexion dans la continuité de son oeuvre.

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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 09:40

 

L’actualité des évènements scientifiques est chargée en cette fin d’année universitaire. L’étude des mémoires y occupe encore une fois une place non-négligeable. Je m'excuse donc par avance pour la longueur déraisonnable de cet article que vous pouvez lire en diagonal selon les évènements à venir qui vous intéressent.

 

I. En attente de compte-rendu

Plusieurs évènements ont déjà eu lieu et nous attendons avec impatience un compte-rendu, voire l’édition des actes.

 

1. Les chemins de fer français et la déportation des juifs sous l'Occupation

Cette journée d’étude a eu lieu le 30 mars 2011. Elle s’inscrit dans le cycle « histoire et mémoire des déportations », MSH de l’Université d’Angers, CERHIO UMR 6258, Université d’Angers.

 

Le programme :

13h 30 : Introduction par Marie-Bénédicte Vincent, maître de conférences à l’Université d’Angers

13 h 45 : « De l’histoire au prétoire : attaques et défenses de la SNCF, faits objectifs et plaidoyers intéressés » par Georges Ribeill, Directeur de recherche de l’Equipement, membre du laboratoire LATTS (Ecole Nationale des Ponts et Chaussée/Université de Marne la Vallée), spécialiste de l’histoire des chemins de fer en France, auteur notamment du dossier « la SNCF et la déportation » dans Historail, n°4, janvier 2008).

14 h 15 : « L’histoire du convoi n° 8 parti le 20 juillet 1942 d’Angers pour Auschwitz » par Alain Jacobzone, ancien professeur d’histoire au lycée Bergson d’Angers, auteur de L’éradication tranquille. Les destins des Juifs en Anjou (1940-1944) (2002).

14 h 45 : Témoignage d’Henri Borlant survivant du convoi n° 8, rescapé d’Auschwitz.

15 h 30 : Projection du film documentaire du cinéaste Raphaël Delpard "Les convois de la honte" (2009).

17 h : Table ronde avec Raphaël Delpard, Guilhelm Zumbaum Tomasi, historien conseiller scientifique du film (OFAJ-Berlin), G. Ribeill animée par Aurélien Lignereux, maître de conférences à l’Université d’Angers.

18 h : Conclusion de Marc BERGERE, maître de conférences à l’Université de Rennes-II, spécialiste de l’histoire de l’épuration.

 

=> Le sujet est évidemment brûlant mais je m’interroge sur son intitulé. Pourquoi le réduire à la déportation des Juifs ? La SNCF ayant participé à la déportation de l’ensemble des déportés, il me semble compliqué de vouloir étudier des logiques qui ne vaudraient que pour la déportation d’une seule catégorie… mais cette journée d’étude apporte peut-être des réponses à mes interrogations !

http://calenda.revues.org/nouvelle18601.html

 

2. Le patrimoine dans les États post-soviétiques : un culte post-moderne des monuments ?

Cette journée d’étude a eu lieu le 17 février 2011.

Le programme :

Patrimoine arhéologique, restauration, reconstruction : l’héritage des pratiques soviétiques

9h30-11h

L’archéologie française en Asie centrale : une histoire dans le contexte russo-soviétique.
Svetlana Gorshenina, historienne, Réseau Asie, IMASIE, Paris.

Les dernières découvertes archéologiques de la vallée du Zerafchan : révision des concepts et questions de valorisation.
Claude Rapin, archéologue, CNRS.

Architecture et urbanisme d’Asie centrale : récupérations successives d’un patrimoine grandiose et fragile, de Samarcande à Khiva par Boukhara.
Pierre Chuvin, historien et philologue, Paris Ouest Nanterre La Défense.

11h30-13h

Influence des méthodes russo-soviétiques dans la restauration des peintures murales en Asie centrale : le cas de l’Ouzbékistan.
Géraldine Fray, restauratrice,  Paris.

La restauration de l’église Sainte Hripsimé à Etchmiadzine.
Agopik Manoukian, directeur de la collection Documenti di Architettura  Armena, Milan.

La restauration soviétique du temple antique de Garni (Arménie) : un paradigme patrimonial ?
Taline Ter Minassian, co-directrice de l'Observatoire des Etats post-soviétiques, INALCO, Paris.

 

De la conception soviétique du patrimoine à la formation d’un patrimoine soviétique

14h30-16h30

Redevenir Viaziomy : une destinée patrimoniale, de l'exil à l'actuel. 
Alexandra Loumpet-Galitzine, anthropologue, Réseau Asie, IMASIE,   Paris.

Les sculptures du Pavillon soviétique de 1937. Moscou-Paris-Baillet-Moscou : de la redécouverte d'un patrimoine enfoui à sa reconstruction.
François Gentili, archéologue, INRAP, Paris

La politique patrimoniale de Loujkov à Moscou : de la reconstruction du patrimoine pré-soviétique à la valorisation du patrimoine soviétique. 
Jean Robert Raviot,  Université Paris Ouest Nanterre La Défense.

Kourapaty (Biélorussie) : archéologie politique d’un massacre.
Virginie Symaniec, Maison de l’Europe et de l’Orient, Paris.

16h30-18h

Monuments nouveaux, piédestaux anciens : le refoulement et le retour du patrimoine refoulé d'Asie centrale soviétique.
Boris Chukovich, historien de l’art, UQAM, Montréal.

Du sapin patrimonial au sapin stratégique ou comment « lire le végétal » dans la ville centre-asiatique contemporaine.
Catherine Poujol, co-directrice de l'Observatoire des Etats post-soviétiques, INALCO, Paris.

Le patrimoine urbain à Karaganda (Kazakhstan) : créer une nouvelle perspective.
Anne Chabaud, Doctorante en ethnologie. Université de Paris Ouest Nanterre la Défense – INALCO

 

=> A travers de multiples exemples, cette journée d’étude permet d’étudier comment les Etats post-soviétiques gèrent leur mémoire soviétique. Certains tentent d’effacer les traces d’un passé jugé encombrant, d’autres s’en accommodent. Quoiqu’il en soit, on espère que cette journée d’étude aura permis de dresser les grandes lignes des orientations mémorielles parfois divergentes qui se construisent actuellement en Europe centrale et en Asie.

http://calenda.revues.org/nouvelle18725.html

 

3. Mémoires et mobilités urbaines

Séminaire d’études urbaines qui s’inscrit dans le cadre du cycle 2010-2011 des séminaires de l’Institut français d’études anatoliennes à Istanbul.

Présentation :

Ce séminaire croisera deux approches, deux lectures complémentaires de la ville afin de comprendre dans quelle mesure les questions mémorielles dévoilent les mobilités qui tissent l’espace stambouliote et inversement comment la lecture des mobilités nous conduisent à réinterroger les stratégies mémorielles. D’une part, nous interrogerons la place grandissante des questions mémorielles dans l’espace public turc. La multiplication des travaux scientifiques et des œuvres littéraires contemporaines qui mettent en lumière les mémoires collectives semble en effet constituer un nouveau champ à travers lequel l’espace urbain est réinterprété depuis un point de vue micro, élaboré à l’échelle des quartiers, accordant dès lors une place plus importante aux subjectivités. Seront, alors, privilégiées les études locales qui montrent comment les habitants intériorisent et projettent les dynamiques globales auxquelles ils participent et sont confrontés dans leur espace quotidien. Les sujets qui touchent à l’identité, qui font appel à l’histoire orale, à la mémoire et aux mémoires tiendront donc une place importante dans le sens où ils remettent aussi en question la construction nationale de l’identité et de l’espace en insistant, notamment, sur des quartiers minoritaires qui véhiculent un imaginaire puissant. Cette mise en visibilité d’un imaginaire minoritaire, relayée par des logiques de promotion culturelle et de mise en scène du cosmopolitisme ne détournera, toutefois, pas notre attention sur des sujets occultés tels que les mémoires des travailleurs migrants. D’autre part, les analyses des mobilités urbaines en rendant compte des flux de population (entrées et sorties, internes et externes, volontaires ou forcées), de leur installation et de leur mode d’habiter, des trajectoires résidentielles, des itinéraires journaliers (trajets résidence-lieu de travail), des formes de réappropriation de l’espace (patrimonialisation, gentrification), réinterrogent aussi les pratiques mémorielles. Les mobilités nourrissent, alors, de nouveaux processus de territorialisation à l’échelle non plus du quartier mais de la rue, de l’îlot ou de l’immeuble qui morcellent l’espace préexistant et fondent de nouvelles centralités.

 

=> L’approche est originale sur plusieurs points. D’abord, d’un point de vue disciplinaire, elle démontre que l’approche mémorielle n’est pas l’apanage de l’histoire ou de la sociologie, mais que la géographie a aussi des clefs de compréhension à apporter. Ensuite, et conséquemment, ce séminaire propose d’étudier les mémoires non plus dans le temps ou dans un groupe, mais dans l’espace. Cette approche permet d’affiner l’angle d’analyse et de dépasser les lectures communautaires et souvent conflictuelles qui ont été privilégiées jusqu’à présent.  

http://calenda.revues.org/nouvelle18718.html

 

4. Mémoire, culture matérielle, migrations. Approches comparées France / USA

Cette journée d’étude a eu lieu le 22 mars 2011. Elle s’inscrit dans le programme de recherche et de partenariat entre la MAE / Université Paris Ouest Nanterre la Défense et The University of Chicago. Il s’agit d’un Partner University Fund (PUF) qui a débuté à l’automne 2010 par une série de workshops et se poursuit en mars 2011 par un séminaire de deux semaines à Paris.

Programme :

10h00-10h15 : Ouverture, Pierre Rouillard (Maison René-Ginouvès) & Gilles Tarabout (LESC)

10h15 : Table ronde : "Migrations, culture matérielle, mémoire. Approches comparées France/USA"

  • Présidents de séance : Michèle Baussant (LESC) & Marie-Claire Lavabre (ISP)

Migration :

  • Henri-Paul Francfort (ARSCAN/MAE), "Migrations et Archéologie" (France) ;
  • Audrey Célestine (ISP Paris), "L'étude des migrations aux Etats-Unis" (USA).

Culture matérielle :

  • Valentine Roux (PRETEC), "Objets, techniques et cultures" (France) ;
  • Michael Dietler (University of Chicago), "Material Culture" (USA)

Mémoire :

  • Maria Couroucli (LESC/Ecole d’Athènes), "Histoire et mémoire des réfugiés
    grecs d'Anatolie : entre identité spécifique et inclusion nationale" (France) ;
  • Leora Auslander (University of Chicago), "The Politics of Memory, Memory Scholarship, and Commemoration" (USA)

11h30 : Débat/discussion animé par les membres du programme, français et américains.

14h00 : Etudes de cas : Les ateliers du séminaire

Présidents de séance : Fabienne Wateau (LESC) & Arnaud Coulombel (Chicago Center Paris)

Présentation rapide des différents ateliers thématiques réalisés dans le cadre de ce séminaire.
Intentions et objectifs :

  • Le quartier de La Petite Espagne à Saint-Denis, par Evelyne Ribert (EHESS)
  • Le quartier de la Goutte d’or, par Stefan le Courant (LESC)
  • Le cimetière du Père Lachaise et le quartier de Belleville, par Anouk Cohen (LESC),
    Katerina Kerestetzi (LESC) et Azita Bathaïe (LESC)
  • Le Memorial de la Shoah, par Sarah Gensburger (ISP)
  • Le musée de Saint-Germain, par Rémi Hadad (PRETEC) et Solène Marion de Procé (ARSCAN)
  • La Cité nationale de l’Immigration, par Irène dos Santos (FCT Lisbonne)
  • Le Musée du Quai Branly, par Nicoletta Beltrame (LESC)
  • Quelques extras, par Hana Jaber

14h45 : Etude de cas : La mémoire de Nanterre. Archives, terrain, images

  • par les archives : Rosa Olmos (BDIC Nanterre),
  • par le travail sur le terrain : Martine Segalen (Univ. Nanterre), Comment enquêter “la” ville : le cas de Nanterre ?
  • par les images : Victor Collet (ISP) et Halima M'birik (Sophiapol), Présentation et
    introduction à l'histoire de l'immigration à Nanterre, à partir d’extraits de films.

16 h : Débat/discussion

16h30 : Sortie dans la ville autour de l'axe Seine-Arche, de l'Université à La Défense. Visite
guidée par Victor Collet (ISP), Halima M'birik (Sophiapol) et Rémi Hadad (PRETEC)

Rédacteurs pour l’ensemble du programme : Irène dos Santos (France) et Thomas Dodman (USA)

 

=> Je reste un peu perplexe devant un tel programme dont la logique est un peu difficile à comprendre. Néanmoins, quelques interventions ponctuelles peuvent être intéressantes, notamment autour des lieux de mémoire. L’approche comparative est bien entendu toujours bienvenue.

http://calenda.revues.org/nouvelle19177.html

 

5. L’utilisation contemporaine de la mémoire collective

Cette journée d’étude a eu lieu le 24 mars 2011.

Programme :

10h-10h30 : Alain Sinou (IEE) : « Les processus de mise en mémoire des lieux »

10h30-11h : Hero Suarez (IEE) : « L’institutionnalisation des mémoires alternatives »

11h-11h30 : Hripsimé Chadrian (IEE) : « Représentations collectives dans le Sud Caucase »

11h30-12 : Ernesto Fuentes (EHESS): « Espagne-Mexique: identité et mémoire en exil. Une histoire de fantômes pour grandes personne »

12h-12h30 : Yeray Bazo (NTF): « L’hier encore une fois : Nouvelles stratégies de récupération de la mémoire de la répression franquiste »

 

=> Je suis un peu déçu par le programme au regard de l’intitulé général fort ambitieux. Je suis néanmoins impatient et curieux de lire le contenu des communications théoriques dans un domaine où l’histoire et l’étude du politique ont tout intérêt à travailler ensemble.

http://calenda.revues.org/nouvelle19341.html

 

II. Les appels à communication

1. Le temps à l’époque romane.

Cet appel à contribution vise à préparer le 21ème colloque  d'art roman d'Issoire. L’entrée mémorielle n’est pas explicitement indiquée mais les organisateurs invitent les requérants à traiter le thème « au sens large et à partir d'angles les plus divers possibles ».

Il me semble indispensable qu’un intervenant aborde la question mémorielle. J’ai souvent rappelé sur ce blog l’intérêt que nous aurions à mieux comprendre les rapports que d’autres sociétés à d’autres époques entretenaient avec le temps, l’histoire et leurs mémoires. Une telle approche déclinée sur plusieurs périodes permettrait de prendre davantage de recul sur notre propre lecture mémorielle du passée.

Le colloque aura lieu à Issoire (Auvergne, Puy-de-Dôme) les vendredi 21 et samedi 22 octobre 2011 mais les propositions de communication sont à envoyer avant le 15 mai 2011.

http://calenda.revues.org/nouvelle18499.html

 

2. L’histoire des migrations dans les musées : entre mémoire et politique

Les communications doivent être envoyées avant le 2 mai 2011.

Présentation :

Si l’histoire des migrations est au cœur de musées établis dans les pays du ‘Nouveau Monde’, refaçonnés par la colonisation et l’impérialisme, elle est un enjeu majeur dans les pays Européens, la controverse entourant l’ouverture de la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration à Paris en étant un exemple éclatant. Il s’agira d’étudier les musées s’attachant, tout ou en partie, à l’histoire des migrations : internes à un pays, émigrations et immigrations. Les musées sont des ‘lieux de mémoire’ par excellence mais aussi des lieux d’échange, de contact, en un mot de médiation entre divers groupes sociaux, mais aussi des lieux de contestation ou de riposte

 

=> J’attends beaucoup d’une telle réflexion car elle peut permettre de déminer certaines polémiques nauséabondes qui se développent depuis quelques années. Un regard objectif sur nos musées permettrait de voir très simplement que ces lieux ont toujours été le reflet d’une histoire mondiale. Ainsi, un musée archéologique ne sera-t-il jamais strictement national car il serait suicidaire de se contenter de découvertes issues d’un territoire qui n’avait aucune signification durant l’Antiquité par exemple. Il en est de même pour tous les musées qui sont toujours le fruit d’apports internationaux, d’historiens parcourant le monde, de prêts interétatiques d’œuvre, etc…  

http://calenda.revues.org/nouvelle19400.html

 

III. Les évènements à venir

1. Cimetières et identités

Cette journée d'étude s'inscrit dans le cadre du programme de recherche de la Maison des Sciences de l'Homme d'Aquitaine Identité(s) et Mémoire(s) des Populations du Passé. Bio-Archéologie et Histoire, co-dirigé par Isabelle Cartron (Institut Ausonius, Bordeaux 3) et Dominique Castex (PACEA, Bordeaux 1).

Elle aura lieu le 19 mai 2011.

Programme

9h Introduction – Problématique

Patrice Courtaud (PACEA), Sacha Kacki, Thomas Romon (PACEA, Inrap)

9h15 La communauté protestante à l'époque moderne: le cimetière du Temple de Saint-Maurice (XVIIe siècle) et le cimetière de l'hôpital protestant de La Rochelle (XVIIIe siècle)
Cécile Buquet-Marcon (PACEA, Inrap Centre-Île-de-France), Isabelle Souquet-Leroy (PACEA, Inrap Grand Sud-Ouest)

9h50 Pratiques funéraires juives: perspective historique
Gérard Nahon (Directeur d'études honoraires, EPHE, Section des Sciences religieuses, Sorbonne, Paris)

10h25 Diagnostiquer un cimetière juif: l'exemple de Châteauroux
Philippe Blanchard (LAT-CITERES, Inrap Centre), Patrice Georges (PACEA, Inrap Grand Sud-Ouest)

11h15 Le cimetière intérieur de Port-au-Prince (Haïti)
Jacques de Cauna (Université de Pau et des Pays de l'Adour, CIRESC)

11h50 Les sites funéraires de Guadeloupe: un champ d'investigation privilégié
Thomas Romon (PACEA, Inrap Grand Sud-Ouest)

14h15 Le cimetière d'époque coloniale de Baillif (Guadeloupe)
Sacha Kacki (PACEA, Inrap Nord-Picardie), Thomas Romon (PACEA, Inrap Grand Sud-Ouest)

14h50 Le cimetière miroir de l'esclavage?
Patrice Courtaud (PACEA-A3P-CIRESC)

15h25 Pratiques funéraires et identités en al-Andalus: l'exemple du cimetière de Mértola (Portugal)
Dominique Le Bars (EPHE, Paris)

16h15 Ensembles liés à des faits de guerre
Olivier Dutour (Directeur d'études, Laboratoire de Paléoanthropologie, EPHE)

16h50 Conclusions
Isabelle Cartron (Institut Ausonius, Bordeaux 3) et Dominique Castex (PACEA, Bordeaux 1)

 

=> Il fallait oser et ils l’ont fait ! On étudie trop peu les cimetières car nos sociétés s’y rendent peu depuis quelques décennies (en lien avec une évolution de nos rapports avec la mort). Le cimetière est pourtant un lieu de mémoire par excellence, le lieu où l’on conserve une trace matérielle du défunt. Je regrette l’absence d’une communication sur le cimetière du Père-Lachaise ou encore sur les cimetières commémoratives des guerres mondiales.

http://calenda.revues.org/nouvelle19451.html

 

2. Lieux de mémoire en Orient grec à l'époque impériale

Ce colloque international a eu lieu du 6 au 8 avril 2011. Il a pour but d’explorer la notion de « lieux de mémoire » au sens concret, géographique du terme, dans le cadre de l'Orient grec sous l'Empire. Un intérêt particulier est porté à la construction et à l'évolution de ces lieux identitaires, ainsi qu'à la confrontation des mémoires grecques et romaines.

Programme :

Mercredi 6 avril

9h15-9h45 : introduction : Anne Gangloff (Université de Lausanne)

9h45-10h15 : conférence sur les « lieux de mémoire » de François Jequier, professeur honoraire en histoire contemporaine (Université de Lausanne)

Géographie imaginaire de la mémoire hellène

Président de séance : Alain Billault (Université Paris-Sorbonne, Paris 4)

10h30-11h : Ewen L. Bowie (Université d'Oxford, Corpus Christi College), Mapping Greece : Apollonius’ authorised version

11h-11h30 : Francesca Mestre (Université de Barcelone), L'Héroïkos de Philostrate : lieux de mémoire et identité hellénique dans l’Empire Romain

11h30-12h : Anca Dan (Institut des recherches néohelléniques, Athènes), La mémoire des Argonautes : notes philologiques et historiques sur les stations argonautiques comme lieux de mémoire dans la Propontide, le Bosphore et la mer Noire

Construction des lieux de mémoire dans le discours rhétorique et iconographique

Président de séance : Michel Fuchs (Université de Lausanne)

14h30-15h : Pilar Gómez-Cardó (Université de Barcelone), Marathon et l’identité grecque au IIe siècle après J.C. : du mythe au lieu commun

15h-15h30 : Alain Billault (Université Paris-Sorbonne, Paris 4), Un lieu de mémoire de l’hellénisme : Borysthène dans le Discours XXXVI de Dion Chrysostome

16h15-16h45 : Marie-Henriette Quet (CNRS), Nature et fonctions des lieux de mémoire dans l'œuvre d'Aelius Aristide

16h45-17h15 : Talila Michaeli (Université de Tel Aviv), Allusions to the Nile and Nilotic Landscape in Art in Israel

Jeudii 7 avril

Lieux de mémoire et identité civique

Président de séance : Onno van Nijf (Université de Groningue)

9h30-10h : Claude Bérard (Université de Lausanne), « Mémoire éternelle » : Diogène d'Oenoanda et Opramoas de Rhodiapolis

10h-10h30 : Pierre-Louis Gatier (CNRS), Traditions localisées et revendications de Tyr à l’époque romaine

11h15-11h45 : Olivier Gengler (Université de Vienne), Identité civique et représentations du passé : les « Lieux de mémoire » du Péloponnèse

Lieux de culte, lieux de mémoire

Présidente de séance : Valérie Huet (Université de Bretagne occidentale)

14h-14h30 : Marietta Horster (Johannes Gutenberg-Université de Mayence), Athenian sanctuaries : Layers of corporate memory

14h30-15h : Anne Jacquemin (Université de Strasbourg), Des lieux sans mémoire ou les blancs de la carte de la mémoire delphique

15h45-16h15 : Christian R. Raschle (Université de Montréal), L'oracle d'Apollon à Daphné — un lieu de mémoire au milieu du conflit entre chrétiens et païens

16h15-16h45 : Jean-Sylvain Caillou (Université de Poitiers), Le tombeau de Jésus : origine et construction d’un lieu de mémoire entre 30 et 330 apr. J.-C.

Vendredi 8 avril

Empereurs et lieux de mémoire gréco-romains

Présidente de séance : Mireille Corbier (CNRS)

9h-9h45 : Le souvenir de la bataille d'Actium:

-Eric Guerber (Université de Bretagne-Sud), La fondation de Nicopolis par Octave : affirmation de l'idéologie impériale et philhellénisme

-Christine Hoët-van Cauwenberghe (Université Charles de Gaulle-Lille 3) et Maria Kantiréa (Université de Chypre), Lieu grec de mémoire romaine : perpétuation de la victoire d'Actium des Julio-claudiens aux Sévères

10h30-11h15 : Les portes de Cilicie

-Stéphane Lebreton (Université d'Artois), Le processus d'élaboration d'une frontière mentale vers un Orient éloigné

-Caroline Blonce (Université de Caen), Issos, Alexandre le Grand et Septime Sévère

11h15-11h45 : Agnès Bérenger (Université de Metz), Caracalla et les lieux de mémoire en Orient

12h15 : conclusions : Anne Bielman (Université de Lausanne)

 

=> Un colloque qui promet d’être passionnant. Il se positionne clairement dans des problématiques très actuelles entre mémoire et politique tout en déplaçant le regard sur la période antique. Ces procédés qui flirtent parfois avec l’anachronisme ont au moins le mérite de contribuer efficacement aux débats contemporains tout en valorisant la pratique de l’histoire.

http://calenda.revues.org/nouvelle19259.html

 

3. Traces, mémoires et communication

Ce colloque bilatéral franco-bulgare aura lieu les 30 juin et 1er juillet 2011 à Bucarest.

Ce colloque (dont le programme est en cours d’élaboration) invite les communicants à s’associer aux travaux de recherche sur les facettes de la trace en considérant les usages qu’ils en font dans leurs travaux de recherche. La diversité de ces usages nous conduit à proposer de réduire le domaine exploratoire en le focalisant sur l’interaction trace, mémoire et communication. Le lien entre l’attention portée à la trace et la mémoire pourra s’établir au titre de l’individu comme du social tout en ayant à l’esprit que toute coupure entre individu et société relève de l’artefact. Cette relation sera examinée sous diverses formes, traditionnelle ou moderne, matérielle ou immatérielle, visible ou voilée, instrumentalisée ou non, posant ou non l’anticipation de son interprétation future. En vue de soutenir une indispensable réflexion épistémologique, seront particulièrement appréciées les communications explicitant les raisons du choix des référents et les méthodes d’analyse. 

 

=> L’approche épistémologique est nécessaire dans ce domaine de la recherche encore balbutiant. Ce colloque peut donc être une étape importante en proposant aux historiens de prendre du recul sur leurs sources et en s’interrogeant sur la problématique mémorielle à l’origine des matériaux sur lesquels nous travaillons quotidiennement.

http://calenda.revues.org/nouvelle19268.html

 

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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 17:52

 

Ils apportent régulièrement des axes de lecture sur l’actualité. Ils sont des espaces de liberté dans lesquels les auteurs acceptent de prendre quelques libertés avec les normes et règles de la plume universitaire. Ils sont réactifs, actualisés et commentés : ce sont les blogs des historiens !

 

Voici un panel de quelques historiens qui acceptent de se livrer régulièrement à cet exercice périlleux, chronophage, mais tellement enrichissant. Ils seront désormais disponibles dans les liens des blogs « amis ».  

 

Gérard NOIRIEL : Performances

L’auteur : Un des pionniers de l'histoire de l'immigration en France. Il s'est également intéressé à l'histoire de la classe ouvrière, et aux questions interdisciplinaires et épistémologiques en histoire. Il est aujourd'hui directeur d’études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS). 

Objectif du blog : Réfléchir aux rapports entre l’art, la science (sociale) et l’action politique, rendre compte des expériences (spectacles, enquêtes, débats publics) qui s'inscrivent dans cette démarche, notamment au sein de l’association DAJA (http://www.daja.fr), avec l’espoir d’apporter des réponses neuves à la crise que traverse aujourd’hui la culture publique. Telles sont les ambitions de ce blog, que je compte alimenter tous les dimanches.

 

Vincent DUCLERT : Entre histoire et politique

L’auteur : Professeur agrégé à l'EHESS, Directeur adjoint de la Mention Histoire. Chargé de mission auprès du président de l’EHESS pour l’information scientifique. Membre des conseils scientifiques de l’Institut Mémoire de l’édition contemporaine et du Centre de recherche de l’Historial de la Grande Guerre. Membre du comité de rédaction de la revue Cahier Jean Jaurès. Professeur associé à Columbia University (Programs in Paris). Vincent Duclert est l'un des meilleurs spécialistes français de l'affaire Dreyfus. Il a notamment publié la biographie la plus complète sur le capitaine Dreyfus. Pour cet ouvrage, il a obtenu le prix Jean-Michel Gaillard en 2006.

Objectif du blog : Réagir à l’actualité autour des thématiques historiennes et politique en France.   

 

Guillaume MAZEAU : Lumières du Siècle

L’auteur : Maître de conférences à l'Institut d'Histoire de la Révolution française (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne) après avoir enseigné au lycée Auguste Béhal de Lens, membre du CVUH (Comité de Vigilance sur les Usages Publics de l'Histoire),

Objectif du blog : Il s'intéresse à la Révolution française et plus généralement aux Lumières, à travers lesquelles il tente de mieux décrypter notre contemporain...

 

Benjamin STORA : Voix du Sud

L’auteur : Benjamin Stora est Professeur des universités. Il enseigne l’histoire du Maghreb contemporain (XIXe et XXe siècles), les guerres de décolonisations, et l’histoire de l’immigration maghrébine en Europe, à l’Université Paris 13 et à l’INALCO (Langues Orientales, Paris). Il a publié une trentaine d’ouvrages, dont les plus connus sont une biographie de Messali Hadj (réédition Hachette Littérature-poche, 2004) ; La gangrène et l’oubli, la mémoire de la guerre d’Algérie (La Découverte, 1991) ; Appelés en guerre d’Algérie (Gallimard, 1997) ; Algérie, la guerre invisible, Ed Presses de Sciences Po (2000).  Il a dirigé avec Mohammed Harbi l’ouvrage collectif, La guerre d’Algérie, aux édition Robert Laffont (en poche, Hachette Littérature, 2006).

Benjamin Stora a également son site personnel

Objectif du blog : Réagir à l’actualité autour des thématiques historiennes, et notamment autour des questions d’immigration. 

 

Esther BENBASSA : Passage Benbassa

L’auteur : Universitaire et intellectuelle française, spécialiste de l'histoire du peuple juif.

Objectif du blog : Réagir à l’actualité.

 

Paul DIETSCHY : Histoire(s) du sport

L’auteur : Ancien élève de l’École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud, agrégé et docteur en histoire. Je suis maître de conférences à l’Université de Franche-Comté et co-anime un séminaire sur l’histoire du sport au Centre d’Histoire de Sciences Po. Je travaille depuis presque vingt ans sur l’histoire du sport et du football. J’ai notamment publié en 2006 avec Patrick Clastres, Sport, société et culture en France du XIXe siècle à nos jours, (Paris, Hachette, coll. Carré histoire), et en 2008 avec David-Claude Kémo-Keimbou, Le football et L’Afrique, (Paris, EPA). Mon Histoire du football, (Paris, Perrin) est paru quelques semaines avant le mondial sud-africain.

Objectif du blog : Longtemps délaissé par la recherche, le sport est devenu un object d'études à part entière. Lancé à l'occassion du mondial en Afrique du Sud, Histoire(s) de Sport analyse l'actualité sportive avec un regard d'historien. Le mien.

 

Mathieu BOUCHARD : La question de Palestine, une passion française

L’auteur : Mathieu Bouchard est doctorant en histoire contemporaine à l'Université Paris 1. Sa thèse s'intitule "Les Français et le Moyen-Orient (1947-1958). Une histoire culturelle des relations internationales."

Objectif du blog : Dans les médias comme au café du commerce du coin, chacun a son opinion sur le conflit israélo-palestinien. Et cela ne date pas d'hier. Depuis la fin des années 1940, la question de Palestine est une passion française, c'est-à-dire une affaire suscitant des prises de position parfois très tranchées, brisant les clivages politiques traditionnels et permettant à la société française, en parlant de la question de Palestine, de parler aussi d'elle-même, de son histoire, de ses divisions et de ses contradictions. Mise en perspective historique de ce qu'on appelle aujourd'hui "l'importation du conflit israélo-palestinien".

 

Les lecteurs de cet article peuvent également proposer d’autres blogs d’historiens qui auront retenu leur attention (et notamment de nos consoeurs qui, visiblement, sont largement sous-représentées sur la toile).

 

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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 08:11

 

L'une des ambitions de ce blog depuis sa création est d'apporter une vision historienne, notamment par le prisme de l'analyse mémorielle, à l'actualité nationale et internationale. C'est pourquoi nous continuons aussi, en plus des articles de fond, à relayer leurs propos en espérant qu'ils puissent encourager les citoyens à prendre conscience que les historiens ont eux aussi, aux côtés des sociologues, des économistes, des politologues, etc..., des analyses pertinentes à partager pour mieux comprendre ensemble les logiques de fonctionnement de notre monde contemporain.

 

C’est un historien américain qui répond aujourd’hui aux questions des journalistes de La Tribune pour proposer aux lecteurs sa grille d’analyse du monde contemporain.

Historien d’origine britannique et désormais professeur de la prestigieuse université américaine de Harvard, Niall Fergusson est un chercheur quelque peu atypique et provocateur. Pierre Grosser, dans un article d’Alternatives Economiques, explique qu’il a été happé par le star-system académique américain. Sylvie Laurent le décrit comme une « Rock Star » dans La Vie des Idées.

Il faut avouer que ce dernier ne se fait pas prier pour apparaître dans les médias et qu’il maîtrise avec brio l’art de la communication comme le prouvent son site Internet personnel ou la nature des films documentaires auxquels il participe.

Niall-Fergusson.jpg

Jeune, beau, riche et célèbre : Niall Fergusson assume son image d'historien médiatique

 

Certes, ses thèses d’histoire globale sont parfois contestées… mais aussi parce qu’elles ont le mérite d’être connues et reconnues dans le monde entier. L'historien n'a d'ailleurs pas que des ennemis au regard de la brillante carrière qu'il mène depuis plus d'une décennie.

L’interview qu’il donne au Journal La Tribune mérite donc à mon avis d’être lu car elle nous interroge sur la place de l’historien dans notre société :

 

http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20110215trib000601439/pourquoi-la-survie-a-long-terme-de-l-euro-est-improbable.html

 

Il résume notamment dans ses propos ses axes de travail principaux sur l’évolution des empires en l’appliquant à l’exemple très actuel des Etats-Unis face à l’émergence de la Chine. Il met en perspective cette transition de la suprématie sur le monde en relativisant notamment son exceptionnalité, mais en apportant aussi une lecture relativement pessimiste. Il s’intéresse ensuite à la crise européenne avec une même inquiétude quant à la possibilité d’évoluer vers une intégration complète et à enrayer des tendances populistes émergent progressivement mais sûrement.

 

Parmi ces ouvrages les plus connus :

Colossus. The Rise and Fall of the American Empire, Allen Lane, 2004.

Empire. The Rise and Demise of the British World Order, 2003.

Virtual History. Alternatives and Counterfactuals, Basic Books, 1999.

 

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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 11:52

 

L'une des ambitions de ce blog depuis sa création est d'apporter une vision historienne, notamment par le prisme de l'analyse mémorielle, à l'actualité nationale et internationale. C'est pourquoi nous continuons aussi, en plus des articles de fond, à relayer leurs propos en espérant qu'ils puissent encourager les citoyens à prendre conscience que les historiens ont eux aussi, aux côtés des sociologues, des économistes, des politologues, etc..., des analyses pertinentes à partager pour mieux comprendre ensemble les logiques de fonctionnement de notre monde contemporain.

 

Aujourd'hui, Benjamin Stora, spécialiste d'histoire contemporaine des pays du Maghreb, intervient sur la crise tunisienne dans le Nouvel Observateur.

Son analyse historique nous permet de mieux comprendre pourquoi cette crise s'est développée aussi vite, mais également pourquoi son extension a l'ensemble des pays du Maghreb demeure incertaine.

Benjamin-Stora TunisieCliquez sur l'image pour accéder à l'article

 

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29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 16:59

 

L'une des ambitions de ce blog depuis le départ est d'apporter une vision historienne, notamment par le prisme de l'analyse mémorielle, à l'actualité nationale et internationale. Nous avons ainsi pu constater depuis plusieurs mois que l'histoire est omniprésente dans les médias et qu'elle est sans cesse mobilisée à des fins diverses par les acteurs politiques, économiques et sociaux.

Nous n'oublions pas cependant que ce blog n'est qu'une modeste contribution devant les prises de position de quelques historiens qui osent parfois s'exprimer dans les médias lorsqu'on les interroge sur l'actualité.

C'est pourquoi nous voudrions ici relayer leurs propos en espérant qu'ils puissent encourager les citoyens à prendre conscience que les historiens ont eux aussi, aux côtés des sociologues, des économistes, des politologues, etc..., des analyses pertinentes à partager pour mieux comprendre ensemble les logiques de fonctionnement de notre monde contemporain.

 

Ce matin, Pascal Riché et David Servenay interrogeaient longuement l'historien démographe Emmanuel Todd sur les mouvements sociaux qui traversent la France depuis la rentrée 2010. Son analyse ne manque pas d'intérêt et de franchise :

emmanuel-todd.jpg

Cliquez sur l'image pour accéder à l'article

 

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24 septembre 2010 5 24 /09 /septembre /2010 15:01

 

En parcourant la presse de cette semaine, j’ai découvert la disparition d’un homme dont je ne connaissais pas jusqu’à présent l’existence: Mohammed Arkoun.

 

mohammed-arkoun.jpg 

Intellectuel franco-algérien, philosophe et historien de l’islam, il est décédé à Paris le 14 septembre 2010 à l’âge de 82 ans. Ses principaux travaux portent sur l’ « islamologie appliquée » : une notion qu’il a fabriqué afin de réfléchir sur l’évolution de la religion musulmane dans le temps et dans l’espace. Bien qu’il soit difficile de résumer la complexité et la richesse de sa pensée au croisement de l’histoire, de l’anthropologie, de la sociologie et de la géopolitique, on peut considérer que sa principale conclusion invite à adopter une position critique envers toute forme d’opposition radicale entre l’islam et les autres religions, entre l’Orient et l’Occident. En somme, il remarque que le « choc des civilisations » identifié par Samuel Huntington en 1996 est en contradiction avec l’histoire de l’islam sur le temps long.

Cette réflexion menée à l’échelle d’une vie riche l’a conduit à s’engager sous diverses formes pour le dialogue entre le monde musulman et l’occident. Nous pourrions multiplier à volonté ses différentes actions dans ce sens mais nous nous concentrerons d’abord dans ce blog sur son engagement dans un projet que nous voulions évoquer depuis longtemps : le projet Aladin.

 

Le projet Aladin

Ce projet a été lancé l’année dernière avec le soutien médiatique remarqué de Jacques Chirac qui inaugurait alors l’une de ses premières actions de reconversion après douze années passées à la tête de l’Etat. L’objectif consiste à soutenir une reconnaissance véritablement internationale de la Shoah. On oublie en effet un peu trop souvent que si nos sociétés occidentales sont largement sensibilisées à ce drame qui marque l’histoire de l’humanité, d’autres sociétés, notamment musulmanes, ignorent totalement cet évènement historique ou bien sont invitées à en contester l’existence. Il suffit pour s’en rendre compte de citer l’exemple de l’Iran où le président Mahmoud Ahmadinejad a encore récemment qualifié la Shoah de « mythe ». Or, dans la bouche de cet homme, ces mots n’ont aucune valeur historique. Ils s’inscrivent dans un contexte éminemment politique de soutien aux Palestiniens à l’encontre des Israéliens.

 

Partant de constat, le projet Aladin propose différents outils pour remédier à cette méconnaissance, voire à une forme de négationnisme :

            - une bibliothèque en ligne qui permet de télécharger gratuitement des livres sur la Shoah traduits en arabe, persan et turc (c’est le cas par exemple du Journal d’Anne Frank ou encore de Si c’est un homme de Primo Levi)

            - un site internet disponible en 5 langues qui fournit des informations essentielles sur la Shoah.

 

Faut-il intégrer la mémoire de la Shoah dans le patrimoine mondial de l’humanité ?

A ce stade de la réflexion, tout le monde conviendra que ce projet est non seulement utile, mais également très intéressant. Néanmoins, certains points méritent réflexion.

J’ai en effet pu lire sous la plume de Jean Daniel,  éditorialiste au Nouvel Obs, que par l’intermédiaire de ce projet, Mohammed Arkoun « entendait intégrer la mémoire de la Shoah dans le patrimoine de l'humanité ». Or, sur le site du projet Aladin, on lit plutôt que « la Shoah cessera alors d'être une histoire "d'eux et pas de nous" pour devenir une histoire commune appartenant à toute l'humanité : une histoire que musulmans et non musulmans doivent étudier et dont nous devons tous tirer les leçons ».  

A mon sens, ces deux affirmations doivent être pesées avec attention afin d’éviter toute forme d’amalgame.

            - dans le premier cas, la formulation de Jean Daniel peut prêter à confusion. A une époque où la France tente de faire reconnaître par l’UNESCO sa gastronomie comme un patrimoine culturel immatériel (au même titre que des danses traditionnelles japonaises ou encore des chants baltes), on pourrait croire que l’un des objectifs du projet Aladin serait de faire reconnaître officiellement la mémoire d’un évènement comme relevant du patrimoine mondial de l’Humanité.

            - dans le second cas, on comprend qu’il n’en est rien. L’objectif est de mieux faire connaître l’histoire de la Shoah, notamment par des populations musulmanes, dans une ambition de tolérance et de respect, et non pas pour l’immortaliser dans une perspective patrimoniale.

 

La nuance peut paraître infirme et pourtant ses implications sont immenses. Inscrire la Shoah dans le patrimoine mondial de l’humanité consisterait à vouloir sacraliser une forme de construction mémorielle. En somme, ce serait une tentative inédite d’une époque arrogante qui voudrait inscrire sa lecture du passé dans un socle immuable, refusant ainsi la nature même de la mémoire censée s’adapter à un contexte particulier.

Ce serait donc aller à l’encontre même de l’enseignement de Mohammed Arkoun qui a consacré sa vie à démontrer que les religions ne sont pas invariables mais qu’au contraire, leurs adaptations peuvent permettre de prôner une tolérance mutuelle  plutôt qu’un affrontement acharné.

 

Bibliographie indicative :

   - Histoire de l’islam et des musulmans en France du Moyen Âge à nos jours, Le Livre de poche, 2010.

   - L'Islam hier, demain, Paris, Buchet-Chastel , 1982.

   - Humanisme et Islam : Combats et propositions, Librairie Philosophique Vrin, 2005.

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