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  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 16:31

 

Les parutions de ce début d’année 2011 confirment l’intérêt grandissant du fait mémoriel en histoire… et confirment surtout l’intérêt intellectuel d’une telle approche dans le renouvellement de notre lecture du passé.

 

Le récit national pour nos enfants : une histoire en miettes

Depuis les années 1980 et l’édition des Lieux de Mémoire dirigée par Pierre Nora, il était généralement admis qu’une sorte de « mythe national » avait été inculqué à nos enfants. Les contributeurs le rappellent à plusieurs reprises dans l’immense somme que constitue cette œuvre magistrale, mais c’est Pierre Nora lui-même qui se charge d’un chapitre sur « Lavisse, instituteur national » dans lequel il qualifie son célèbre manuel d’ « Evangile républicain ». En 1884 déjà, Ferdinand Buisson, directeur de l’enseignement primaire, encensait l’ouvrage dans une lettre à son auteur : « Le voilà, le petit livre d’histoire vraiment national et vraiment libéral que nous demandions pour être un instrument d’éducation, voire même d’éducation morale ! ». 

 Ernest Lavisse Portrait d'Ernest Lavisse

Le Petit LavisseCouverture du manuel Lavisse. Cliquez sur l'image pour lire l'ouvrage sur Gallica.

 

 Depuis cette époque, nous pensons parfois avec fierté et orgueil être protégés de la tentation d’une participation à l’écriture du « roman national » (au sens d’une lecture idéalisée et nationalisée de l’histoire de France). Ayant décelés les dérives de la IIIe République, nous en serions vaccinés. Pour ma part, je préfère laisser à nos successeurs le soin de relire avec le recul nécessaire l’histoire que nous apprenons à nos enfants dans l’école de la République au XXIe siècle. Leurs critiques seront peut-être encore plus virulentes que les nôtres pour le XIXe siècle…

D’autant plus qu’une étude récente menée par Annie BRUTER (à écouter sur ce site) démonte en partie nos certitudes un peu schématiques sur l’apparition de ce « roman national ». A l’occasion d’un séminaire international sur l’enseignement de l’histoire de France avant la IIIe République à l’Institut national de recherche pédagogique, elle montre notamment que ni la Révolution française, ni la IIIe République n’a inscrit l’histoire de France au programme de l’école primaire mais que cet enseignement est une réalisation… du Second Empire ! (plus exactement, une loi est adoptée en ce sens le 10 avril 1867). Il convient donc de relativiser notre lecture téléologique d’un enseignement du « roman national » dont la généalogie reposerait d’abord sur la Révolution, puis sur la IIIe République par l’intermédiaire de ces célèbres hussards noirs de la République. L’usage d’une chronologie plus fine nous permet de remettre partiellement en question la construction du mythe mémoriel.

L’étude d’Olivier Loubes dans l’Histoire (coll n° 44, juillet-sept 2009) avait d’ailleurs déjà partiellement esquissé cette hypothèse en faisant remarquer que le « Petit Lavisse », s’il demeure un best-seller sur le temps long, n’en a pas moins connu des évolutions non-négligeables dans son contenu durant les décennies de son succès.

Le mythe du « roman national » se fissure donc de plus en plus.

 

Mémoire et idées reçues sur la résistance

On retrouve Olivier Loubes dans l’Histoire du mois de mars 2011 pour nous proposer cette fois-ci un compte-rendu du dernier ouvrage de Pierre Laborie : Le chagrin et le Venin ; La France sous l’occupation, mémoire et idées reçues (Bayard, 2011, 360 p.).

 

Le chagrin et le veninPierre LABORIE, Le chagrin et le venin 

 

Je ne m’écarterai guère de son propos lorsqu’il nous explique que Pierre Laborie livre « une magistrale leçon d’histoire sur la mémoire de la France sous Vichy, sur la résistance et les comportements en temps de guerre et sur les conséquences politiques de l’identification actuelle des français à la veulerie supposée de leurs pères ».

On pensait avoir fait le tour de la question avec Henri Rousso ; on s’aperçoit qu’il n’en est rien, que l’on n’a pas encore débusqué tous les usages idéologiques de la mémoire, que le chagrin distille encore efficacement le venin.

La plume de Pierre Laborie est efficace. Elle assène quelques coups ciblés. Elle ajoute surtout un nouveau bataillon dans la guerre des mémoires de la Seconde Guerre mondiale dont personne ne semble vouloir signer l’armistice.

Cette étude doit donc être lue comme un manifeste : celui d’une histoire parmi les mémoires.

 

La fabrique de l’histoire au prisme de la mémoire

La préhistoire n’est pas en reste dans cette relecture des constructions mémorielles. L’ouvrage dirigé par Sophie Archambault de Beaune, Ecrire le passé : la fabrique de la Préhistoire et de l’Histoire à travers les siècles (CNRS éditions, 2010, 425 pages, 29 euros) apporte une solide contribution à ces réflexions restées jusqu’alors très minoritaires dans ce champ historiographique.

 

Ecrire le passé

Sophie A. de Beaune, Ecrire le passé

 

Réunis à l’occasion d’un colloque organisé en 2008 à l’Université Jean Moulin – Lyon III, les différents contributeurs de cet ouvrage montrent comment la préhistoire, et notamment les découvertes archéologiques, ont pu aussi faire l’objet d’une lecture mémorielle non pas seulement à l’époque contemporaine, mais sur le temps long.

Une trentaine d’articles se succèdent et sont autant d’exemples d’utilisations politiques, idéologiques et identitaires de la préhistoire et de ses sources.

Véronique Grandpierre nous en fournit un bon compte-rendu sur le site des Clionautes. Elle cite par exemple ces historiens soviétiques qui présentaient les actions des pirates (latrones) de l’Afrique romaine des IIe et IIIe siècles après Jésus-Christ à la lumière de la lutte de classe, et en faisait du brigandage social. Elle évoque également cette cérémonie organisée en août 1942 et en présence de Philippe Pétain au cours de laquelle des mottes de terres prélevées aux quatre coins de la France dans des lieux chargés de symboles (le bûcher présumé de Jeanne d’Arc, l’île de Sainte-Hélène…) ont été placés sous le monument de Vercingétorix à Gergovie.

Dépassant les frontières chronologiques et territoriales, les contributions rassemblées dans cet ouvrage permettent également d’appréhender quelques grandes lignes d’une histoire mémorielle qui reste à écrire : ainsi, dès le XIIe siècle, le moine Sigebert réussit à présenter l’antique ville de Metz comme l’égale des grandes cités romaines. Plus tard, certains archéologues et historiens de l’art se sont mis au service du nazisme pendant la Seconde Guerre Mondiale afin de justifier l’annexion de la Moselle en cherchant à prouver l’ancienneté du peuplement germanique et le caractère intrinsèquement allemand du patrimoine mosellan.

Enfin, il faut noter la qualité du propos introductif de Sophie Archambault de Beaune qui, en toute modestie, replace ce projet éditorial dans son contexte historique sans toutefois être dupe des pesanteurs de son époque : « À l’heure où il est question des projets de réforme qui voudraient faire de l’histoire une discipline facultative pour l’enseignement du secondaire, il est urgent de rappeler qu’elle ne se caractérise pas seulement par une accumulation de savoirs que d’aucuns jugent plus ou moins inutiles, mais qu’elle peut aussi être un instrument de pouvoir »… à méditer !

 

Le vol de l’histoire par la mémoire européenne

Il faut en revanche être très âgé et avoir un sacré tempérament pour se permettre un livre comme celui que vient de commettre Jack Goody : Le vol de l’histoire, Comment l’Europe a imposé le récit de son passé au reste du monde (traduction française de Fabienne Durand-Bogaert, NRF Essais, Gallimard, 2010).

 

Le vol de l'histoireJack GOODY, Le vol de l'histoire

L’anthropologue âgé de 91 ans et professeur à l’université de Cambridge s’offre le luxe de relire les grands penseurs du XIXe et du XXe tels que Fernand Braudel, Norbert Elias ou encore Mosses Finley pour leur reprocher une lecture du monde trop européo-centrée.

Ainsi, selon lui, l’historiographie française et européenne aurait imposé sa lecture de l’histoire et sa périodisation en omettant plus ou moins volontairement le reste de la planète. Le lecteur outragé apprendra donc qu’Athènes n’aurait pas été seule à inventer la démocratie et la liberté, ou encore que l’essor du féodalisme serait bien postérieur à l’essor de la « guerre équestre », apportée de longue date par les migrations asiatiques à travers les steppes.

Il faut avoir le cœur bien accroché pour se plonger dans ce livre qui déracine autant l’horizon que les certitudes. Dommage cependant qu’il faille attendre 91 ans pour oser se permettre la provocation…

 

A la lecture de ces ouvrages, et de dizaines d’autres à paraître en 2011, on s’aperçoit donc que la perspective mémorielle évolue progressivement. Elle n’est plus celle d’un Jacques Le Goff s’interrogeant sur les images successives d’un Saint Louis chevauchant les siècles de son aura biographique. De plus en plus, la mémoire permet de revenir sur l’histoire, de la relire, voire de la corriger. Nouveau paradigme ou simple mode ? Seule l’histoire justement nous permettra de savoir si la mémoire réussira à ramasser ses miettes.

 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Recensions
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laurence De Cock 01/05/2011 09:17



Bonjour,


je m'étonne de l'absence de la mention du CVUH sur votre site.


Nous avons pourtant travaillé sur ces questions depuis 5 ans : 


Voir notre collection chez Agone : http://cvuh.free.fr/spip.php?article192


où il est question des usages de l'histoire par Nicolas Sarkozy, du musée d'histoire de France, et surtout de l'école que nous poursuivons également ici
: http://aggiornamento.hypotheses.org/


C'est volontaire ou simplement un oubli ?


J'imagine que vous ne pouviez pas ne pas connaître : Guillaume Mazeau et Noiriel (que vous citez) en sont membres.


Pas une question malicieuse, simple curiosité.


Merci


 



Mickaël BERTRAND 01/05/2011 12:30



Bonjour chère collègue, 


Je vous rassure immédiatement : l'absence de mention du Comité de Vigilance face aux usages publics de l'histoire sur mon blog n'est ni volontaire, ni un oubli. Je connais cette association et je
respecte ses activités. En tant qu'enseignant, je suis d'ailleurs de près le projet "aggiornamento" (mais je vous avoue que la consultation du site ne m'avait jamais permis jusqu'à présent de
faire le lien avec le CVUH).


La rédaction des articles répond souvent à une logique de réaction à l'actualité et, face aux succès grandissants de ce blog, aux différents envois d'ouvrages, d'articles, et de références que
les lecteurs, éditeurs et autres journalistes veulent bien me faire parvenir. Or, l'occasion ne s'était jusqu'à présent jamais présentée (j'ai d'ailleurs regretté de ne pouvoir assister récemment
à une conférence de Gérard Noiriel à Dijon).


Je m'efforce d'être le plus complet et le plus réactif possible, mais les demandes sont aussi nombreuses que passionnantes et le temps manque parfois pour développer avec suffisamment de sérieux
tous les sujets.


Je vous promets donc de réparer cette lacune le plus rapidement possible et je me tiens à votre disposition si vous souhaitez à l'occasion que ce blog relaie une information particulière.


Cet outil appartient avant tout à ses lecteurs et je suis persuadé qu'ils seront fort intéressés, comme moi, de suivre la continuité de vos travaux passionnants autour de l'écriture de l'histoire
et des influences de la mémoire à l'école.


Bien cordialement,