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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

2 mai 2012 3 02 /05 /mai /2012 08:37

 

Créer un lieu de mémoire peut-il contribuer à la prévention des risques ?

Telle est la question que posent implicitement  les Grands Ateliers de l'Isle d'Abeau qui organisent du 1er au 16 juillet 2012 un "atelier inondation" à Sommières dans le Gard. 

 

Le projet est relativement simple :  élaborer un lieu de mémoire autour du Vidourle (fleuve côtier des Cévennes) et de l'inondation.

L'atelier sera décomposé en deux temps :

   - une semaine de formation sur les risques d'inondation,

   - une semaine de création des projets sous la forme d'une compétition "amicale".

 

L'un des principaux intérêts du projet repose sur le caractère pluridisciplinaire recherché par les organisateurs. Ainsi, les équipes seront idéalement composées d'étudiants et professionnels en architecture, urbanisme, paysage, géologie, géographie, histoire, métiers du tourisme et du développement local ainsi qu'en arts plastiques.

Ensemble, les participants de cet atelier devront présenter un projet complet constitué d'un programme, d'esquisses architecturales et paysagères, de propositions muséographiques et de quelques éléments de budget.

 

Les Grands Ateliers de l'Isle d'Abeau n'en sont pas à leur coup d'essai en la matière. Un atelier similaire a déjà été organisé autour du risque sismique. Il a abouti à la création d' un site Internet qui mêle astucieusement des éléments de commémoration du séisme de 1909 en région PACA et des informations de prévention des risques sismiques.

L'approche est éminemment pédagogique puisqu'il est évident que pour sensibiliser efficacement la population, il est nécessaire de convaincre les destinataires de la prévention d'une potentialité suffisamment crédible d'un risque.

L'ami et fidèle lecteur de ce blog qui m'a signalé l'existence de cette initiative est un spécialiste de la question. Il me rappelait encore récemment que les avancées en termes de prévention sont soumises à une temporalité étroite et saccadée. Les autorités politiques investissent souvent massivement dans ces domaines en réaction à une catastrophe récente. Ainsi, l'accident de Fukushima en 2011 a-t-il entraîné une série de mesures d'urgence à l'échelle internationale visant à améliorer la prévention des risques nucléaires. Quelques mois plus tard, l'actualité portant l'attention des décideurs publiques vers d'autres sujets, les budgets sont progressivement réduits, voire disparaissent, jusqu'à la prochaine catastrophe !

 

Feyzin-memoire-d-une-catastrophe.jpg

Thierry GIRAUD, Feyzin, Mémoires d'une catastrophe, Lieux Dits, 2005.

La mémoire des catastrophes est un objet d'étude encore peu exploré

 

C'est pourquoi le projet mis en oeuvre cet été dans le Sud de la France nous apparaît intéressant. En introduisant une dimension mémorielle à la prévention des risques, les aménageurs du territoire réfléchissent en amont à l'efficacité et la durabilité de leur travail.

Nul doute que la création récente d'un portail consacré à  la mémoire des catastrophes s'inscrit dans la même logique qui consiste à créer et organiser une mémoire non spontanée. Les manifestations mémorielles actuelles sont en effet le plus souvent issues de revendications communautaires qui ne nécessitent pas a priori d'impulsion externe : le membre du groupe justifie son appartenance par le partage d'une mémoire commune et, inversement, la mémoire commune permet d'entretenir le sentiment d'appartenance au groupe.

Il est révélateur dans cette perspective de constater que l'expérience commune d'une catastrophe naturelle ou technologique n'a jamais suffit pour l'instant à l'émergence d'une mémoire collective. Est-ce en raison de l'absence d'un responsable moral susceptible de cristalliser la mémoire ? Est-ce parce que l'expérience d'une telle catastrophe est finalement trop différenciée par des facteurs sociaux, économiques, culturels... ? Ou bien parce que les autorités publiques n'ont pour l'instant pas souhaité encourager l'émergence d'une telle mémoire qui risque de soulever la question des responsabilités ?

Toutes ces problématiques mériteraient d'être approfondies et permettraient probablement d'améliorer non seulement la prévention des risques, mais aussi notre compréhension des phénomènes mémoriels.

 

Nous attendons donc avec impatience de pouvoir découvrir et présenter les différents travaux qui seront réalisés au mois de juillet dans le cadre de cet atelier et qui pourraient apporter quelques éléments nouveaux à cette réflexion.

 

 

Actualisation du 2 mail 2012 :

Plusieurs lecteurs me rappellent judicieusement la présence de marqueurs le long des fleuves et rivières qui témoignent d'une forme de mémoire des précédentes crues et inondations.

Memoire-crue-Russan.jpg

Plaque commémorative rappelant le niveau de l'eau atteint lors d'une crue exceptionnelle

sur l'église de Russan

 

Il existe également des plaques commémoratives rappelant le souvenir de précédentes catastrophes technologique comme par exemple à proximité de l'usine BASF du site d'Oppau en Allemagne

 

Actualisation du 3 mai 2012 :

J'apprends par l'intermédiaire des organisateurs que cet évènement n'aura finalement pas lieu "pour raisons de conjoncture politique". Ceci est vraiment regrettable.

 

Actualisation du 22 juillet 2012:

La mémoire est décidément un élément essentiel des recherches actuelles sur la prévention des risques et la résilience.

Un site récemment mis en ligne  sur la prévention des risques et la résilience des organisations humaines aux catastrophes naturelles et technologiques  propose notamment d'inclure une catégorie "mémoire" aux réflexions développées sur la thématique. Pour l'instant, il propose deux articles très intéressants sur les repères de crue (que nous avions évoqué sur ce blog) et sur l'accident entre un train et un camion d'essence à Port-Sainte-Foy en 1997.  

En espérant que d'autres articles viendront prochainement l'enrichir...

 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Lieux de mémoire
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commentaires

Cédric Moro 10/08/2012 11:33


Effectivement, la mémoire collective des catastrophes est très utile en matière de prévention, dans une société où l'actualité et l'urgence fagocitent le recul sur les événements.


Favoriser cette mémoire, c'est notamment la possibilité de mieux évaluer les dynamiques locales de crise et les  dispositions de prévention prises au regard d'une déficience passée et ainsi
permettre d'en savoir plus sur la résilience actuelle d'un territoire (c'est elle améliorée ou détériorée avec le temps ?).


Cette analyse fertile trouve cependant ses limites dans le caractère unique de chaque crise. Aucune crise ne se répète vraiment à l'identique dans le temps (évolutions des sociétés, de leurs
techniques, de l'espace dans lequel ces crises se produisent).


Au sujet du site i-resilience.fr pour lequel vous attendez d'autres publications dans le domaine de
la mémoire des catastrophes, je compte bien y publier d'autres articles, soit pour des territoires peu résilients pourtant marqués par des catastrophes significatives mais oubliées, soit pour des
aléas mal compris ou peu pris en compte (c'était le cas pour les TMD assez mal connus et cernés).


Il conviendrait également de se pencher sur les paysages, marqueurs collectifs et visuels d'une mémoire du risque. Comment comprendre ces paysages, y repérer des témoins de catastrophes passées,
y analyser des stratégies de mitigation ou y détecter des signes de déficiences organisationnelles en matière de résilience.


Enfin, si relayer une information sur la mémoire du risque est bien, qu'écrire un article de fond sur ce sujet est encore plus intéressant, mettre en oeuvre des actions autour d'une mémoire
collective des risques est ce que nous pouvons souhaiter de mieux. A ce sujet, je vous invite à visiter l'opération du concours national Mémo'Risks : http://www.mavilleseprepare.fr/ qui mérite d'être soutenue.


Bonne continuation et au plaisir de vous lire.

Mickaël BERTRAND 19/08/2012 10:41



Merci pour ces informations complémentaires.


Au plaisir de vous lire prochainement.