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  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
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  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 08:52

Mémorice Président

 

Nous avons longuement hésité avec Mémorice de France afin de savoir qui devait réagir sur ce blog aux avancées récentes et précipitées à propos du génocide arménien. Nous avons finalement décidé de nous associer une fois de plus pour écrire un article commun, tant le sujet allie une dimension électoraliste et dédaigneuse de l'Histoire.

 

Inutile de feindre un faux suspens, nous sommes tous les deux contre cette loi ridicule et significative du quinquennat qui se termine. Avant d'avancer nos arguments respectifs, il nous semble nécessaire de renvoyer ici nos lecteurs au texte qui, bien que discuté partout et par tous, a visiblement rarement été lu.

 

 

Un argumentaire aberrant

Nous sommes particulièrement surpris de constater que les députés qui présentent cette loi justifient strictement leur initiative par la transposition inéluctable de la législation européenne. Cela manque un peu de panache !

Il faut reconnaître que les députés ont du mal à justifier leur initiative autrement que par une demande électoraliste (malgré les contestations faussement offusquées de la majorité et du ministre des Affaires Européennes Jean-Philippe Leonetti). En France, en Europe et jusqu'en Turquie, personne n'est dupe de cette stratégie et pourtant, les dirigeants politiques français continuent à pratiquer la langue de de bois dans un mépris total de leurs électeurs.

Les socialistes aussi sont tombés dans le piège tendu par Nicolas Sarkozy. A l'approche des présidentielles, ils ne peuvent guère se détourner d'un potentiel électoral estimé à plus de 400 000 personnes. La stratégie initiale de François Hollande consistait justement à dénoncer les promesses non-tenues de son principal concurrent. Avec l'accélération du calendrier imposé par Nicolas Sarkozy, il n'a d'autre choix que de le soutenir en espérant ainsi neutraliser l'effet d'aubaine pour le président sortant.

 

Soyons honnêtes, à qui peut bien s'adresser une telle loi si ce n'est à la communauté arménienne française ? Malgré une recherche acharnée, aucun journaliste n'est parvenu à trouver en France le témoignage d'une personne qui revendique son négationnisme. Il est donc peu probable que des condamnations soient prononcées tant le phénomène négationniste est minoritaire autour de cette question. Au contraire,  les interviews menées jusqu'en Turquie montrent que la plupart des habitants sont conscients qu'il s'agit d'un problème purement politique et ils n'hésitent pas à reconnaître que leur pays devrait réfléchir à une reconnaissance.

Dans ces conditions, la loi n°2001-70 du 29 janvier 2001 relative à la reconnaissance du génocide arménien de 1915 n'était-elle pas suffisante ? Avions-nous vraiment besoin d'ajouter un volet répressif à une reconnaissance officielle de la République française

 

Autre problème posé par cette argument : il va falloir se tourner désormais auprès de nos 26 partenaires européens pour leur demander d'adopter une loi similaire. S'il s'agit vraiment d'un impératif communautaire, comment expliquer que la France soit l'un des rares pays à adopter une disposition aussi répressive ?

 

Une loi précipitée et irrationnelle

Sur la forme, nous nous étonnons de la précipitation avec laquelle cette loi a été votée à l'Assemblée nationale. Alors que la  loi Gayssot a suscité (et suscite encore) d'innombrables débats, oppositions et polémiques, les députés qui proposent cette nouvelle disposition législative ont préféré précipiter le dossier plutôt que d'amorcer une véritable réflexion réclamée par tous.

 

Il est d'ailleurs surprenant de constater que parmi les défenseurs actuels de cette nouvelle loi liberticide, on retrouve les pourfendeurs d'hier de la version Gayssot. En 1990, le projet était en effet présenté par une majorité de gauche. Les députés de droite n'avaient alors pas de mots assez durs pour condamner cette initiative. Parmi eux, le Premier ministre-adjoint François Fillon qui aujourd'hui se contente d'un docile silence face aux caprices de son Premier ministre - Président Nicolas Sarkozy.

 

Qu'advient-il également dans ce contexte des conclusions de  la mission parlementaire présidée par Bernard Accoyer qui recommande depuis 2008 que le Parlement n'adopte plus de telles lois dans un souci d’apaisement et de réconciliation autour du passé ? Les travaux de réflexion et de consultation n'ont-ils donc aucune valeur face à la volonté solitaire d'un Président en campagne ?

 

Dans cette précipitation, qui s'est soucié de la constitutionnalité d'un tel texte législatif ? Depuis quelques jours, les sénateurs Robert Badinter (PS) et Jean-Jacques Hyest (UMP) tentent de rappeler le risque d'"irrecevabilité constitutionnelle de ce type de proposition ou projet de loi". En vain. Si tel était le cas, ce serait un véritable fiasco pour la Présidence. Les initiateurs de cette nouvelle proposition ont en effet un peu trop vite oublié qu'une loi similaire a été très récemment bloquée au Sénat par un processus d'exception irrecevabilité. Qu'est-ce qui permet aujourd'hui au législateur de croire qu'il n'en sera pas de même ? N'est-ce d'ailleurs pas justement l'une des facettes de la stratégie électoraliste visant à rendre encore plus éblouissant l'engagement présidentiel ?

 

Des conséquences économiques et politiques bien réelles

En attendant le dénuement des débats, les conséquences annoncées par la Turquie sont déjà nombreuses et inquiétantes. Recep Tayyip Erdogan a annoncé la suspension immédiate des visites politiques bilatérales et de la coopération militaire avec la France. Les navires de guerre français sont désormais interdits d'entrer dans les ports turcs et les avions de l'armée devront demander une autorisation avant de pénétrer dans son espace aérien. L’ambassadeur turc à Paris a été rappelé et, par mesure de réciprocité, l’ambassadeur français devrait faire de même.

Pour l'heure, la Turquie en reste à ce stade en termes de sanctions diplomatiques mais Ankara a déjà prévenu qu'elles seraient suivies de sanctions économiques si le texte était adoptée au Sénat. Les précédents dans ce domaine nous invitent à prendre très au sérieux de telles menaces.

En 2001, au moment de l'adoption du texte sur la reconnaissance du génocide arménien, la Turquie avait interrompu les négociations avec les entreprises françaises sur le marché du gazoduc Nabucco et avait bloqué l'entrée de Gaz de France dans le projet en 2008.

En 2006, lors de l'adoption de la proposition de loi sanctionnant la négation du génocide, Ankara avait gelé sa coopération militaire avec Paris. L'espace aérien turc avait été fermé aux avions militaires français qui allaient en Afghanistan.

Alain Juppé n'a d'ailleurs pas manqué de rappeler que la Turquie venait de commander 100 Airbus et qu'il y a 1.000 entreprises françaises en Turquie dont Axa et Renault qui y possède l'un de ses plus grand site de production.

Sarkozy espère-t-il rattraper le coup après sa réélection comme il l'avait fait en 2007 avec la Libye ? Devrons-nous accepter qu'Erdogan vienne nous ridiculiser sur notre propre territoire comme l'avait fait Kadhafi ? Doit-on imaginer qu'il puisse se faire photographier devant des tableaux de Robespierre, Carnot ou Barère, rappelant que les trois chefs révolutionnaires ont commis des documents qui permettraient à certains historiens d'affirmer que la France aurait commis un génocide vendéen

 

De telles conséquences sont absolument dramatiques pour la France et montrent l'inconsistance de Nicolas Sarkozy à l'approche des élections présidentielles. Ces promesses qu'il reconduit à la fin de son mandat ne sont pas neuves. En 2007, il avait proféré les mêmes menaces à l'encontre de la Turquie et s'était engagé  personnellement auprès du Conseil des organisations Arméniennes de France. Une fois élu, il était parvenu à enterrer plus ou moins discrètement ce dossier. Or, le candidat d'hier ne semble pas parvenir à gérer parfaitement la confusion des genres qu'il entretient lui-même entre son mandat actuel et et ses prétentions futures. A trop vouloir jouer au candidat, il en oublie parfois qu'il est encore président et que ses paroles et décisions ont beaucoup plus de poids que celles lancées sur le ton de la promesse au cours d'un meeting. S'il s'avisait à reconduire toutes ces remarques sur la démocratie en Russie, en Lybie ou au Venezuela, nous risquerions de nous retrouver rapidement très isolés.

 

Quoi qu'il en soit, la tension monte et elle ne sera pas sans conséquence. Nous avons été beaucoup amusés par la réponse du Premier ministre turc Erdogan qui accuse depuis vendredi 23 décembre la France d'avoir commis un génocide en Algérie. A la veille du cinquantenaire des Accords d'Evian qui va impulser une inflation éditoriale tout au long de l'année 2012, la question ne manque pas de piquant. Elle est bien entendue provocatrice mais elle a finalement le mérite de replacer la polémique sur le terrain de l'histoire. Elle montre que n'importe quel homme politique, au gré des tensions diplomatiques, peut s'amuser à semer la pagaille en pointant le passé national peu glorieux de son interlocuteur. A ce jeu, tout le monde peut gagner... mais seul les historiens peuvent se prévaloir du titre d'arbitre.

 

Il aurait peut-être été bon de les interroger dans ce domaine. Ils n'auraient probablement pas démenti la déclaration de Robert Bandinter : "Ce n'est pas aux parlementaires de dire l'histoire. Moins encore aux parlementaires français quand il s'agit de faits qui ont été commis en Asie mineure […] il y a un siècle, où il n'y a eu ni victime ni complicité française. Ça ne concerne en rien la France".
Encore une fois donc : laissons les historiens faire leur travail !

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et politique
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commentaires

Arakel 28/01/2012


Moins encore aux parlementaires français quand il s'agit de faits qui ont été commis en Asie mineure […] il y a un siècle, où il n'y a eu ni victime ni complicité française. Ça ne
concerne en rien la France".
Encore une fois donc : laissons les historiens faire leur travail !


Puisque vous êtes historien, dites nous en quoi cela ne concerne en rien la France.


Le traité de Sèvres par exemple, cela ne vous dit rien ?
La guerre d'indépendance turque ? La campagne de Cilicie ?


La France n'était pas concernée ?