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  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs.
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.

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Samedi 26 mai 2012 6 26 /05 /Mai /2012 10:07

 

La polémique s'est progressivement diffusée cette semaine à partir du  Lab d'Europe 1 qui a permis de soulever plusieurs informations importantes au cours des derniers mois.

L'objet du délit est un photomontage réalisé par Robin King, directeur artistique de l'équipe de campagne de François Hollande :

 

Sarkozy-Hitler.jpg

 

A moins d'être un geek particulièrement habitué des réseaux sociaux, vous n'avez probablement jamais vu cette affiche car l'équipe du candidat socialiste a décidé de ne pas la diffuser officiellement. Néanmoins, son créateur l'a publié pendant quelques temps sur son compte facebook personnel et elle a été donc pu se diffuser en "off".

 

D'aucuns ont pu qualifier cette initiative de point Godwin, ce qui n'est pas tout à fait exact.

Le point Godwin est en effet censé être le résultat d'un débat dans lequel l'un des interlocuteurs ne trouve plus aucune issue sinon celle d'associer son contradicteur à une idéologie extrémiste en invoquant Hitler, Staline ou les camps de concentration.

Dans cette affaire, la figure hitlérienne est bien utilisée mais nous ne pouvons pas vraiment considérer qu'elle intervient dans le cadre d'un débat ou d'une discussion argumentée. Il s'agit ici simplement d'une campagne de propagande au message plutôt flou (est-ce la politique menée par Nicolas Sarkozy depuis 2007 qui doit être rapprochée au nazisme ou bien doit-on comprendre que Nicolas Sarkozy envisagerait un avenir de dictateur ?).

 

Cette affiche est donc plutôt révélatrice de l'omniprésence de la mémoire du nazisme dans notre échelle de valeurs occidentale. Lorsqu'il s'agit de dénoncer une personne, un acte ou une politique considérée comme relevant du mal absolu, la personne d'Hitler semble encore aujourd'hui signifier le message le plus clair devant Ben Laden, kadhafi ou Gengis Khan.

 

Aussi évidente soit-elle, cette référence commune est en fait révélatrice d'une construction mémorielle dont il convient de comprendre les rouages et les enjeux.

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Chroniques du point Godwin - Communauté : VOTRE ACTUALITE A LA UNE !
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Dimanche 20 mai 2012 7 20 /05 /Mai /2012 08:38

 

Christiane Taubira est devenue le 16 mai 2012 la nouvelle Garde des Sceaux. Cette nomination pose question en raison des engagements de l'ancienne députée de Guyane sur l'histoire et la mémoire des traites négrières et de l'esclavage.

 

Christiane Taubira a en effet donné son nom à une loi française votée le 10 mai 2001 qui reconnaît comme crimes contre l'humanité la traite négrière transatlantique et l'esclavage. Cette loi est composée de cinq articles, dont trois principaux :

   - L'article 1 entérine une reconnaissance officielle d'un fait historique par la République et choisit de le caractériser dans une terminologie juridique : "la République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l'océan Indien d'une part, et l'esclavage d'autre part (...) constituent un crime contre l'humanité".

   - L'article 2 est une mesure incitative pour que "les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorde(nt) à la traite négrière et à l'esclavage la place conséquente qu'ils méritent".

   - L'article 3 envisage d'élargir cette nouvelle législation auprès des instances européennes et internationales et de créer une journée internationale de la mémoire de la traite négrière et de l'esclavage.

 

Chacun de ces trois articles peut faire l'objet d'une critique.

 

Première critique : une vision très limitée de l'histoire

Dès le départ, cette loi a suscité quelques contestations. Ce n'est cependant qu'en 2005 que les tensions se sont cristallisées autour de ce texte polémique.

Pour la première fois en effet, cette loi est utilisée contre un historien (Olivier Pétré-Grenouilleau) accusé de nier la dénomination de "crime contre l'humanité" pour la traite négrière et l'esclavage.

L'affaire est en fait beaucoup plus complexe. Il s'agit tout d'abord d'un procès d'intention à l'encontre d'un historien ayant réalisé un travail remarquable et remarqué sur Les traites négrières (Gallimard, 2004). Dans son livre, l'historien soulève l'une des premières limites de la loi Taubira qui focalise sont attention sur les traites occidentales. Or, l'analyse dépassionnée de ce phénomène permet de constater que, aussi tragique soit-elle, cette traite négrière n'est pas la seule, n'est pas la plus ancienne, et n'est probablement pas la plus meurtrière.

 

Traites-negrieres.jpg

Carte des traites négrières et occidentales du VIIe au XIXe siècle

(source : atelier de cartographie de Sciences-Po)

 

Il ne s'agit pas bien entendu de dresser une échelle de l'horreur visant à rejeter la faute sur d'autres afin de mieux passer sous silence les actes condamnables des marchands européens. On peut néanmoins s'interroger sur la vision partielle et partiale de cette loi qui se propose de ne condamner que les traites occidentales.

Mis sous le feu des projecteurs, le travail d'Olivier Pétré-Grenouilleau a fait l'objet d'une lecture très controversée. Accusé d'intentions douteuses, chaque prise de parole de l'historien a été minutieusement étudiée afin de déceler le moindre petit écart.  La faille a été trouvée dans une interview au Journal du Dimanche du 12 juin 2005 et le procès a pu commencer. Les plaintes ont cependant été retirées en 2006 et le procès n'a pas eu lieu.

 

Deuxième critique : une histoire scolaire et universitaire dictée par le pouvoir législatif

Malgré l'abandon des plaintes, la polémique ne s'est pas éteinte. En février 2005, une autre loi mémorielle "portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés" était adoptée par le Parlement.

Un soulèvement assez inédit s'organise autour de plusieurs articles controversés, et notamment autour de l'article 4 qui précise : "Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit".

Cette fois-ci, l'alinéa en question a été abrogé après l'intervention de Jacques Chirac visant à calmer les esprits... mais cette suppression n'a pas entraîné avec elle l'article similaire de la loi Taubira !

 

Il faut reconnaître que le pouvoir politique marchait alors sur des oeufs. La mobilisation des historiens a été importante, mais pas unitaire. Depuis cette affaire, un grand débat s'est en effet ouvert autour des lois mémorielles. Schématiquement, on distingue deux positions majoritaires (mais non exclusives et intangibles).

D'un côté, l'association Liberté pour l'Histoire présidée par Pierre Nora est crée en 2005 pour "défendre la liberté d'expression des historiens contre les interventions politiques et les pressions idéologiques de toute nature et de toute origine". Par conséquent, cette association s'oppose globalement à toute idée de "loi mémorielle" (avec quelques nuances).

De l'autre côté, le Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire a été crée à la même période. Il a pour but d'exercer une "vigilance et porter un regard critique sur les usages et mésusages publics de l'histoire". En somme, il n'est pas immédiatement question de condamner et d'abroger toutes les lois mémorielles mais de réfléchir à la place et l'usage de l'histoire dans nos sociétés contemporaines. De fait, ce groupe s'illustre par une activité intellectuelle et éditoriale intense et intéressante (notamment par l'intermédiaire d'une collection intitulée "Passé & Présent" chez Agone).

 

Troisième critique : une législation mémorielle

Bien que le terme de "loi mémorielle" soit utilisé pour désigner des textes parfois très différents, la loi Taubira entre dans ce champ en raison de son troisième article qui préconise d'élargir la reconnaissance de la traite négrière transatlantique ainsi que de la traite dans l'océan Indien et de l'esclavage comme crime contre l'humanité auprès du Conseil de l'Europe, des organisations internationales et de l'Organisation des Nations unies. L'idée est également avancée d'une date commune au plan international pour commémorer l'abolition de la traite négrière et de l'esclavage.

Par l'intermédiaire de cet article, on perçoit assez clairement la dimension mémorielle du projet. Il ne s'agit plus seulement d'une reconnaissance nationale, ni d'une valorisation des recherches en histoire, mais de favoriser l'émergence d'une mémoire par l'intermédiaire d'une activité de lobbying élargi aux instances intergouvernementales.

L'idée est d'autant plus surprenante qu'il existe déjà une journée internationale pour l'abolition de l'esclavage célébrée le 2 décembre en mémoire de l'adoption par l'Assemblée générale des Nations Unies de la Convention pour la répression et l'abolition de la traite des êtres humains et de l'exploitation de la prostitution d'autrui du 2 décembre 1949.

 

Christiane Taubira arrive donc au ministère de la Justice avec un lourd bagage derrière elle. Nul doute que les historiens portent pour l'instant un regard méfiant sur une femme politique qui pense que c'est au pouvoir politique de dire l'histoire, d'écrire les programmes scolaires, et d'imposer une lecture mémorielle, y compris lorsque la majorité des professionnels du domaine tentent de lui expliquer l'inverse.

Certains penseront que le poids des années et des responsabilités ministérielles l'auront assagie.  La tribune publiée le 14 mai 2010 sur son site à propos de l'hommage rendu à Jules Ferry par François Hollande laisse pourtant présager le contraire. A seulement quelques heures de sa désignation, elle se permettait encore de critiquer (au même titre que les membres de l'opposition) le choix présidentiel. (Je vous conseille d'aller lire ce texte assez rapidement et d'en faire une copie. Ses conseillers risquent de s'en apercevoir assez rapidement et la tribune va probablement disparaître).

Quelques jours auparavant, à l'occasion des commémorations du 10 mai,  elle renouvelait également sa fierté d'avoir porté la loi de 2001, s'emportant également sur le "génocide des Amérindiens" (qui n'a jamais été officiellement reconnu) et concluant son texte par cette référence obscure : "No women, no cry !".

 

Il ne reste plus qu'à espérer que Christiane Taubira ne fasse pas d'histoire(s) au gouvernement !

 

PS : Quelques jours après la publication de cet article, sa conclusion peut paraître quelque peu ironique au regard de la tempête politique et médiatique qui se déchaîne autour de la nouvelle ministre de la justice. Je tiens à rappeler à tous les lecteurs et journalistes qui ont utilisé ou rapportés mes propos dans différents blogs et articles que ce texte n'entend pas porter un message politique et idéologique. Comme toujours sur ce blog, nous nous limitons au commentaire et à l'analyse de l'actualité au regard des études mémorielles. Il ne nous appartient pas de juger du travail de Mme Taubira qui n'a encore guère eu le temps de faire ses preuves.

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Au fil de l'actu - Communauté : Histoire du monde.
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Jeudi 17 mai 2012 4 17 /05 /Mai /2012 09:57

 

Toute polémique sur un thème historique apporte souvent sa dérive "godwinique". Ce fut donc le cas autour de l'hommage rendu à Jules Ferry dans le discours de François Hollande au jardin des Tuileries le jour de son investiture.

 

Luc Ferry, ancien ministre de l'Education Nationale, s'est illustré en pourfendeur de symboles corrompus au début de la semaine. Il a rappelé à qui voulait bien l'entendre sur son compte Twitter que l'homme des lois scolaires de 1881 et 1882 était aussi un "colonialiste" doublé d'un "raciste".

Certains followers n'ont pas manqué de l'interpeller sur le sujet pour lui rappeler que sa critique était peut-être un peu facile et anachronique. D'autres, encore plus taquins, sont allés consulter ses discours d'ancien ministre de l'Education Nationale pour rappeler que la référence à Jules Ferry ne semblait pas si nauséabonde au philosophe durant son mandat puisqu'il a lui-même rendu hommage au père de l'école laïque, gratuite et obligatoire à l'Assemblée nationale en 2004. A l'époque, il ne semblait pas choquant pour le ministre de distinguer les positions de Jules Ferry sur la laïcité (qu'il entendait reprendre à son compte) et les positions par ailleurs colonialistes. Aujourd'hui, une telle distinction ne serait plus possible... mais les Tweet ne disent pas pourquoi !!

 

Par contre, comme souvent pour esquiver une impasse dans l'échange polémique, l'un des interlocuteurs décide de dériver vers une comparaison avec le nazisme : c'est exactement le principe du Point Godwin dont nous suivons les manifestations depuis quelques semaines sur ce blog ( voir la catégorie dédiée). Ainsi, Luc Ferry a-t-il fini par répondre à ses contradicteurs :

"On a le droit d'inventaire. Hitler a construit des autoroutes, ça ne justifie pas son bilan"

 

Bref, il faudrait taire les actions positives des personnages les plus controversés de l'Histoire car cela risquerait d'adoucir leur bilan, mais il faudrait par ailleurs dénoncer fermement les positions contestables d'autres quitte à occulter la majorité de leur travail irréprochable : curieuse conception de l'Histoire et de la mémoire pour un philosophe !

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Chroniques du point Godwin - Communauté : VOTRE ACTUALITE A LA UNE !
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Mercredi 16 mai 2012 3 16 /05 /Mai /2012 18:00

C’est un peu un marronnier présidentiel. A chaque élection, le nouveau locataire de l’Elysée inaugure son mandat par une commémoration censée donner la tonalité et le style de sa présidence. Quels sont les enseignements de la leçon inaugurale de François Hollande ?

 

Article publié par votre serviteur sur Le PLus du Nouvel Obs  ( cliquez ici)

 

PS : Depuis quelques jours, les statistiques du blog m'indiquent que de nombreux internautes font la recherche suivante : "François Hollande + Histoire pour les Nuls" ou "François Hollande + Histoire". Deux éléments d'interprétation : soit les militants de l'UMP prépare la riposte à l'antisarkozysme sur le Web (comme semble l'indiquer cet article du Monde), soit l'histoire continue à être "une passion française" intimement liée à la politique.

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoires présidentielles
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Mercredi 9 mai 2012 3 09 /05 /Mai /2012 09:19

 

À l’occasion de la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions le 10 mai 2012, la Délégation sénatoriale à l’outre-mer, présidée par M. Serge Larcher, organise le mercredi 9 mai à 14h30, avec le Comité Pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage, une rencontre intitulée « Mémoires croisées ».

 

La rencontre s’inscrit dans cet esprit : en réunissant des sénateurs, des historiens, des anthropologues, des artistes et des acteurs culturels et associatifs, elle a pour objectif de mettre en conversation des mémoires issues de la longue histoire de la colonisation française. Sans effacer les différences entre les situations, il s’agit d’entamer le processus de mise en commun des récits et des mémoires jusqu’ici fragmentés.

 

L’histoire de la société française intègre les récits et les mémoires de l’hexagone et des terres des outre-mers, où des peuples autochtones, des descendants d’esclaves, de travailleurs engagés, de migrants, de bagnards et de colons, sans oublier les nouveaux migrants, ont forgé des cultures nouvelles.

 

Cette France plurielle accorde une place égale à chacune de ces mémoires. Pour s’extraire des représentations qui stigmatisent, il faut faire mieux connaître l’histoire de tous, sans aucune discrimination et avec le respect dû à chacun. En transmettant et en enseignant ces histoires, la société avance sans oublier, en se rassemblant autour d’une histoire commune qui accorde une juste place aux récits jusque-là marginalisés.

 

=> Programmes et intervenants (cliquez ici)

 

 

Cette manifestation s'inscrit également dans la continuité de l'année des outre-mers et des débats qui l'ont entourée sur la diversité culturelle des territoires ultramarins et leur relation avec la République "Une et indivisible".

Dans une volonté de rassemblement, cette rencontre n'hésite pas cependant à reconnaître la diversité mémorielle des terres des outre-mers (et leurs conséquences sur les sociétés).

 

 

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Au fil de l'actu - Communauté : VOTRE ACTUALITE A LA UNE !
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