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  • : Histoire, Mémoire et Société
  • Histoire, Mémoire et Société
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs.
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.

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Paperblog : Les meilleurs actualités issues des blogs

Lundi 22 avril 2013 1 22 /04 /Avr /2013 11:47

 

L'actualité mémorielle est foisonnante. Revue de presse de quelques références qui pourraient intéresser les lecteurs de ce blog.

 

Un projet transdisciplinaire autour de la mémoire

Questions de sciences, Enjeux citoyens (QSEC) est un collectif qui a pour ambition d'encourager les rencontres entre des habitants de la région Ile-de-France et des chercheurs autour d'un projet annuel de réflexion commune. Après la bioéthique, l'alimentation et l'argent, c'est au tour de la mémoire d'être au centre de leur attention pour la saison 2012-2013.

Vous pouvez retrouver sur leur site Internet une description du projet et suivre l'avancée des travaux.

L'intérêt d'une telle initiative repose non seulement sur la démarche citoyenne de co-réflexion, transmission, vulgarisation... mais aussi sur l'aspect transdisciplinaire du projet dont le conseil scientifique rassemble une historienne, un neuropsychologue et un psychiatre.

L'avancée des travaux peut être suivie par l'intermédiaire du blog.

 

QSEC-memoire.jpg

 

 

Le centenaire de la Grande Guerre en ordre de marche

 En préparation depuis plusieurs années déjà, les commémorations de la Première Guerre mondiale s'annoncent grandioses et promettent de passionnants échanges sur le rôle essentiel de cet évènement dans les processus de transmission mémorielle.

En attendant les premières manifestations, colloques et autres ouvrages en cours d'écriture, vous pouvez consulter le site de  la Mission du Centaine qui rassemble des archives, des dossiers documentaires et un panorama des manifestations à venir.

 

mission_centenaire.jpg

 

 

Colloque : Histoire et mémoires du génocide arménien

Je reproduis ci-dessous le programme d'une journée d'étude organisée conjointement par plusieurs acteurs importants autour des questions mémorielles et dont l'objectif est de revenir sur  les débats et polémiques autour d'une initiative législative française sur la reconnaissance du génocide arménien.

Le projet devrait d'ailleurs bientôt revenir devant les médias puisque  François Hollande s'était engagé à répondre aux revendications mémorielles de la communauté arménienne française et que  la Turquie utilise toujours ce dossier comme un point de chantage systématique dans les négociations diplomatiques et économiques avec le France. (cliquer sur l'image pour l'agrandir).

 

Colloque-genocide-armenien.png

 

Yerushalmi, passeur d'histoire et de mémoire

Nonfiction.fr consacre  un dossier à l’historien Yosef Hayim Yerushalmi, disparu en 2009.

Spécialiste de l'histoire des Marranes (juifs de la péninsule ibériques contraints de se convertir au catholicisme au XVe siècle, mais qui continuaient à pratiquer en secret le judaïsme), il a également beaucoup écrit sur la place du passé (sous la forme historienne ou mémorielle) dans la culture juive, notamment par l'intermédiaire de l'ouvrage Zakhor, Histoire juive et mémoire juive (Gallimard, 1984).

 

Yerushalmi.jpg

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Actualités et annonces - Communauté : VOTRE ACTUALITE A LA UNE !
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Samedi 20 avril 2013 6 20 /04 /Avr /2013 09:43

 

Jamais un livre n'a été autant dans l'actualité. En mars 2013, Eric Fournier publiait un ouvrage sur les usages politiques de la Commune (La Commune n'est pas morte, Libertalia).

Le lundi 8 avril 2013, la présidence de l'Assemblée nationale a enregistré  une proposition de résolution visant à rendre justice aux victimes de la répression de la Commune de Paris de 1871.

 

La Commune n'est pas morte

 

Pourquoi une "résolution" et pas une "loi" ?

Cette possibilité a été introduite par l’article 34-1 de la  loi constitutionnelle n° 2008-724 du 23 juillet 2008 qui définit la résolution comme un acte par lequel l’Assemblée émet un avis sur une question déterminée. Il s'agit en quelque sorte d'un moyen d'expression alternatif laissé à l'Assemblée nationale lorsque le recours à une loi n'est pas jugé nécessaire. Le texte est cependant examiné, débattu et voté en séance par les députés.

L'utilisation de cette voie juridique s'explique par une histoire éminemment liée aux questions mémorielles qui est résumée dans le  rapport d'information sur les questions mémorielles remis en 2008.

Il est en effet précisé dans ce document que c'est sous la Cinquième République que les assemblées parlementaires ont perdu une grande partie de leurs pouvoirs mémoriels, comme l’organisation des obsèques et funérailles nationales ou les transferts au Panthéon. Elles perdent aussi "le pouvoir de voter des résolutions, pouvoir dont elles avaient précédemment usé en matière d’hommage et de commémoration". Or, toujours selon ce rapport, l'émergence des lois mémorielles s'expliquerait par cette limitation des pouvoirs du Parlement dans le domaine mémoriel que les députés auraient décidé de contourner par l'usage de textes plus prescriptifs. Pierre Nora ne s'y était d'ailleurs pas trompé en 2008 lorsqu'on lui avait demandé son avis sur la  loi du 29 janvier 2001 relative à la reconnaissance du génocide arménien : "C’est une résolution, pas une loi" ! La forme purement déclarative de ce texte ne laisse en effet guère de doute.

C'est donc en partie pour des motifs mémoriels que la voie juridique des résolutions a été rétablie en 2008. Dans l'esprit du législateur, cette méthode permet de "préserver l'expression du Parlement sur le passé" sans recourir au langage pénal, et donc sans entraver la liberté d'opinion et d'expression des citoyens, et plus précisément sans menacer le travail des historiens.

 

Des mémoires politiques à défaut d'une politique des mémoires

S'il n'est donc théoriquement plus possible aujourd'hui de dénoncer l'immixtion du pouvoir législatif dans la science historique, on peut néanmoins s'interroger sur cette farouche volonté du pouvoir politique à se prononcer solennellement sur les questions historiques et mémorielles. A l'exception de quelques sujets idéologiquement sensibles, on s'aperçoit d'ailleurs que dans ce domaine, les différents partis politiques se rejoignent.

Cette tendance irrépressible du Parlement à se prononcer ponctuellement sur des sujets historiques est l'une des conséquences les plus évidentes de l'inflation mémorielle qui touche nos sociétés occidentales. En votant régulièrement de tels textes, le pouvoir législatif n'entraîne aucune action concrète (soutien à la recherche historique, éventuel dédommagement des victimes, lutte contre le négationnisme...). Il se contente seulement de répondre à une revendication mémorielle suffisamment cohérente pour faire entendre sa voix dans l'hémicycle. Du point de vue des groupes mémoriels qui portent ces demandes, le vote d'une résolution est d'ailleurs vu comme une étape importante d'une construction mémorielle parmi d'autres (constitution en association, organisation de commémorations locales, puis nationales, relais dans des discours politiques locaux et nationaux, construction d'un lieu de mémoire, etc.).

Le vote d'une résolution mémorielle à l'Assemblée nationale dépend donc énormément du contexte politique (majorité plus ou moins favorable ou proximité des élections législatives), voire géopolitique (volonté de faire passer un message à la Turquie concernant le génocide des Arméniens) et mémoriel (cheminement suffisamment abouti d'une revendication pour la présenter aux députés).

Rares sont cependant les députés qui essaient de prendre du recul sur cet acte législatif mémoriel. On pourrait pourtant s'interroger sur l'utilité d'un tel vote au-delà de la simple réponse (souvent électoraliste) à une revendication. A quoi cela va-t-il servir ? Suis-je dans mon rôle de législateur pour m'exprimer ainsi sur l'histoire ? Suis-je bien certain de répondre à une problématique nationale et de ne pas être l'objet de pressions communautaires ? Telles sont les questions que nous aimerions être débattues à l'occasion de l'étude prochaine de ce texte à l'Assemblée nationale et qui permettraient peut-être de fixer les premières bases de ce qui pourraient devenir une politique des mémoires cohérente.

 

Pourquoi rendre justice aux victimes de la répression de la Commune de Paris de 1871 ?

L'exposé des motifs avancés par les députés pour défendre cette résolution relève de la rhétorique émotionnelle présente dès la première phrase : "L’histoire peut faire son œuvre sans que justice soit rendue à ses victimes".

Si l'on retire le vernis d'émotion, il reste des faits assez simples : l'Assemblée nationale souhaite réhabiliter des hommes, des femmes et des enfants qui ont été tués lors de la répression de la Commune ou condamnés par la justice militaire à la suite de cette insurrection. 

Or, cette décision pose plusieurs questions :

   1. L'Assemblée nationale (pouvoir législatif) peut-elle remettre en cause, même plusieurs dizaines d'années plus tard, la décision d'un tribunal (pouvoir judiciaire), et en l'occurrence ici de conseils de guerre sans faire une entorse à l'indispensable séparation des pouvoirs de notre démocratie ? 

   2. Quelles est l'utilité d'une telle décision en 2013 alors que l'Assemblée nationale a déjà voté en mars 1879 une loi d'amnistie partielle, puis le 11 juillet 1880 une loi d'amnistie générale concernant ces condamnations ?

 

Les rédacteurs de cette proposition semblent être conscients de ces contradictions et c'est pourquoi ils ont choisi la voie de la résolution plutôt que la réhabilitation judiciaire ou bien la révision qui nécessitent que la justice se saisisse du dossier.

Les possibilités d'une grâce ou d'une nouvelle amnistie ont également été envisagées par les législateurs qui les ont repoussées car elles ne répondent pas totalement aux objectifs mémoriels des porteurs de cette revendication. il ne s'agit pas seulement en effet d'annuler l'effet de condamnations individuelles (ce qui a déjà été accordée en 1879 et 1880), mais plutôt de rendre collectivement hommage à un groupe persécuté pour ses idées et son engagement en 1871, mais que la lecture contemporaine de l'histoire place désormais au rang de martyr.

On comprend donc assez clairement que cette proposition de loi répond à des objectifs purement idéologiques et politiques. C'est ce qui explique peut-être aussi qu'une telle résolution soit possible alors que  la demande d'une réhabilitation des fusillés pour l'exemple (pourtant soutenue par plusieurs associations) patine depuis plusieurs années dans les couloirs de l'Assemblée nationale.

Eric Fournier peut donc dès à présent se pencher sur l'écriture d'un nouveau chapitre en prévision d'une réédition de son ouvrage.

 

PS : L'une des conséquences du vote de cette résolution sera peut-être la multiplication d'actes similaires à ceux que nous mentionnions  en septembre 2009 dans les rues de Dijon où un "boulevard Thiers" avait été rebaptisé "boulevard Duval" (fin de l'article).

 

Actualisation du 21 avril 2013

Eric Fournier nous signale cette tribune parue le 18 mars 2013 dans Libération qui présente les motivations des auteurs de cette résolution.

 

Actualisation du 26 avril 2013

Une résolution mémorielle  Pour la réhabilitation de la Commune et des Communards vient d'être déposée par le groupe Communiste, Républicain, Citoyen (CRC) au Sénat. Bien que son objet soit globalement similaire, l'exposé des motifs et le texte de résolution présente des différences.

 Une pétition circule également sur Internet,  une manifestation a déjà été organisée à Paris le 18 mars 2013 et une autre est prévue le 25 mai 2013 à l'instigation des Amis de la Commune de Paris 1871.

 

Actualisation du 18 mai 2013

Eric Fournier propose une analyse de ces propositions mémorielles sur le site Aggiornamento. Il replace notamment cette initiative dans une chronologie plus large de l'histoire mémorielle de la Commune.  

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoires et Assemblée nationale - Communauté : Histoire, mémoire et société
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Mercredi 17 avril 2013 3 17 /04 /Avr /2013 11:16

 

6.2 millions : c'est le nombre de visiteurs de sites mémoriels  selon Le Figaro qui ne précise pas cependant ses sources, ni même l'année considérée, et qui se contente de présenter un diaporama des sites les plus visités en France. Nous avons donc cherché à en savoir davantage...

 

logo-ATM.jpg

 

A l'occasion des premières Assises du tourisme de mémoire qui se sont tenues au Sénat en 2011, l'Etat a en effet pris la mesure du potentiel économique de ce secteur d'activité qui ne semble pas connaître la crise.

 Une enquête réalisée en 2010 auprès de 85 sites mémoriels a permis d'évaluer à 6,2 millions le nombre de visiteurs, dont 4 millions pour les 16 sites les plus fréquentés !

45% de ces "touristes" sont étrangers et 24% sont des groupes scolaires.

Le chiffre d'affaires global direct (billet d'entrée et boutiques) de ce secteur d'activité est estimé à 45 millions d'euros.  Certaines études plus précises menées à l'échelle départementale permettent cependant d'élargir l'impact économique de ce secteur d'activité en termes d'hébérgement, de restauration, mais aussi d'excursion globale d'un territoire (les touristes ne s'arrêtant pas seulement dans un site mémoriel).

 

Cependant, l'enthousiasme porté par ces Assises du tourisme de mémoire est vite retombé. L'article (pourtant récent) du Figaro semble en effet s'appuyer sur les chiffres de l'année 2010 bien qu' une étude ait été publiée en novembre 2012 par Atout France

En y regardant de plus près, on s'aperçoit d'ailleurs que ces Assises ont été organisées autour d'un évènement : l'inauguration du musée de la Grande Guerre de Meaux (Seine-et-Marne) quelques mois plus tard et dont il fallait alors justifier l'investissement.

Depuis, ces rencontres n'ont pas été renouvelées et le ministère de la Défense réédite chaque année  la même brochure en oubliant parfois d'en réactualiser les dates sur toutes les pages (mars 2013 en page 2 et novembre 2012 en page 3...).

 

Bref, le tourisme mémoriel se porte bien mais il n'est pas suffisament pris au sérieux par l'Etat et les autres acteurs économiques. L'approche des commémorations du centenaire de la Grande Guerre pourrait pourtant être l'occasion de poursuivre les réflexions et d'impulser des projets innovants dans ce secteur dont nous étudierons les évolutions dans cette nouvelles catégorie dédiée à l'économie des mémoires.

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoires et économies - Communauté : VOTRE ACTUALITE A LA UNE !
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Mardi 16 avril 2013 2 16 /04 /Avr /2013 10:30

 

Abstract: In 2014, the Winter Olympic Games will take place in Sochi (Russia). Since few months, the community of Circassians tries to make known the fact that they were exterminated and evicted from this territory in 1864. After the Five-Day war between Russia and Georgia in 2008, the Georgian government uses this geopolitical weapon of memory against its enemy.

 

Les Jeux Olympiques ont une dimension mémorielle omniprésente.

 Les travaux de Sylvain Bouchet ont notamment montré comment les cérémonies d'ouverture pouvaient être interprétées comme une pratique commémorative largement modernisée depuis 1896.

 Dans un article sur ce blog en 2009, nous avions également analysé la dimension mémorielle de la candidature commune "Hiroshima-Nagasaki" pour l'organisation des Jeux Olympiques de 2020. Depuis, cette candidature a été abandonnée faute de moyens.

 

Dans un délai plus proche, il semblerait que l'organisation des Jeux Olympiques d'Hiver à Sotchi en 2014 ne déroge pas à la règle et que les manifestations soient marquées par l'émergence d'une véritable guerre des mémoires entre le pays organisateur et ses pays voisins.

 

sochi2014.jpg

 

L'organisation de ces XXIIème JO d'Hiver a été attribuée à la Russie en juillet 2007. La proximité des montagnes du Caucase, mais aussi des rives de la Mer Noire, ainsi que l'engagement d'investissements massifs de la part des autorités russes ont été des arguments de poids dans le choix de cette ville.

Cependant, l'explosion de la guerre entre la Russie et la Géorgie quelques mois plus tard a constitué  une forte source d'inquiétude pour le Comité International Olympique. Les installations sportives seront en effet installées à proximité d'une frontière devenue hautement conflictuelle et susceptible de faire l'objet d'attentats et autres attaques terroristes.

Depuis, les tensions se sont apaisées et la Russie travaille à la sécurisation du site. La guerre des armes s'est éteinte mais les braises sont savamment entretenues par la Géorgie qui, sans vouloir passer pour un belligérant belliqueux, entend bien raviver le conflit le moment venu pour décrédibiliser son ennemi sur la scène internationale.

 

C'est dans cette perspective que l'arme mémorielle a été mobilisée.

Les dirigeants géorgiens ont en effet décidé d'accorder toute leur attention à une revendication mémorielle régionale concernant la reconnaissance d'un éventuel «génocide des Tcherkesses».

 Le peuple tcherkesse (parfois appelé circassien) est originaire de la région du Caucase d'où il a été chassé par le pouvoir impérial russe en 1864. Depuis, les communautés exilées les plus importantes se situent en Turquie, en Syrie et au Liban. Elles entretiennent leur identité communautaire (pour ne pas dire nationale) autour du souvenir de cet épisode douloureux de leur histoire ayant conduit à un exil forcé toujours en vigueur aujourd'hui.

L'organisation des Jeux Olympiques de Sotchi se déroulant partiellement sur leur ancien territoire, les Tcherkesses y ont vu un bon moyen pour médiatiser leur revendication mémorielle. Ils ont ainsi écrit au Comité International Olympique qui n'a pas apporté "de réponse concrète".

Depuis, ils se sont tournés vers les autorités géorgiennes qui leur ont accordé une oreille attentive et intéressée. Ainsi, le parlement géorgien a-t-il voté en mai 2011 un texte reconnaissant le "génocide tcherkesse" et se propose même de recueillir les revendications d'autres peuples du Caucase chassés par l'expansion russe au XIXème siècle.

Plus récemment, des commémorations ont même été organisées dans la ville géorgienne d'Anaklia et un Mémorial a été inauguré à cette occasion comme nous pouvons le constater sur ce reportage : 

 

 

Personne n'est dupe de la dimension purement géopolitique de cette reconnaissance par l'Etat géorgien qui refuse toujours par ailleurs de reconnaître le génocide arménien. Néanmoins, les revendications tcherkessiennes reçoivent une attention de plus en plus attentive de la part de la communauté internationale.  La fondation américaine Jamestown y consacre notamment de nombreux articles et les activités de lobbying s'intensifient auprès des Etats pour qu'ils brandissent la menace d'un boycott.

On ne devrait donc pas tarder à voir apparaître à l'Assemblée nationale française une proposition de loi pour la reconnaissance de ce "génocide" sur le modèle de celle avancée par Lionel Lucca et Marion Maréchal-Le Pen pour le "génocide vendéen"...

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoire et géopolitique - Communauté : Histoire du monde.
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Lundi 15 avril 2013 1 15 /04 /Avr /2013 11:36

 

A la lecture d'une  proposition de loi déposée récemment à l'Assemblée nationale, nous avons découvert une nouvelle facette surprenante de la politique mémorielle nationale :

"la vocation de la réserve citoyenne est de contribuer, au titre d’un engagement volontaire et bénévole, au renforcement du lien entre la société civile et les forces armées, au développement de l’esprit de défense au sein de la communauté nationale, ainsi qu’au devoir de mémoire, et, le cas échéant, de fournir les renforts nécessaires à la réserve opérationnelle".

Selon le site du ministère de la Défense, la réserve citoyenne est constituée "de volontaires agréés auprès d'autorités militaires en raison de leurs compétences, de leur expérience, mais aussi de leur intérêt pour les questions relevant de la défense nationale". Elle "a pour mission principale de contribuer à la diffusion de l'esprit de défense et au renforcement du lien armées-Nation".

 

Memoire-militaire.jpg

Visite du camp militaire de Suippes par un réserviste (source : ministère de la Défense)

Crédits : Christophe Fiard/DICoD - Christophe Fiard/DICoD

 

Vers une véritable politique mémorielle nationale

Cette information laisse songeur quant à la logique de la politique mémorielle nationale. 

D'abord, est-il raisonnable de parler encore aujourd'hui de "devoir de mémoire" dans le corpus législatif français ?  Les innombrables travaux d'histoire sur cette question ont bien montré les limites d'une telle expression qui, si elle se justifie dans un contexte associatif, devrait faire l'objet d'une utilisation parcimonieuse par les autorités publiques, et a fortiori, par le législateur.

Nous avons trop souvent relevé  sur ce blog une utilisation regrettable de termes confus dans le domaine mémoriel qui relève d'une absence de réelle réflexion sur la question. Il serait peut-être temps pour l'Etat français de s'interroger sur les enjeux et les objectifs de sa politique mémorielle : s'agit-il uniquement d'apporter une réponse progressive aux différentes revendications mémorielles ? Ou bien est-il possible d'envisager l'élaboration d'un véritable projet national ?

 

Pour une mémoire nationale libérée de son passé militaire

L'évocation plus particulièrement du devoir de mémoire censé être entretenu par les volontaires de la réserve citoyenne est ensuite révélatrice d'une absence d'actualisation politique, scientifique et sociale dans ce domaine.

Depuis son apparition, la politique mémorielle a été traditionnellement rattachée au ministère de la Défense par l'intermédiaire des Anciens Combattants. Il s'agissait alors d'entretenir le souvenir des soldats Morts pour la France. Or, depuis quelques années, on observe un progressif détachement des questions mémorielles et militaires. Certes, les militaires tombés au combat continuent d'être honorés, mais de nombreuses autres mémoires, majoritairement civiles désormais, sont apparues et ont obtenu une reconnaissance officielle.

N'est-il donc pas possible d'envisager lors du prochain remaniement ministériel l'apparition d'un secrétariat d'Etat aux Mémoires nationales rattaché au ministère de la Culture plutôt qu'à celui de la Défense ?

Cette distinction a d'ores et déjà été mise en oeuvre par des grandes villes françaises qui se sont dotées d'adjoints ou de chargés de mission dédiés aux questions mémorielles. Elle permet d'élaborer  une politique mémorielle plus cohérente et capable de coaliser plus facilement une multiplicité d'acteurs concernés par la question mémorielle (administrations, associations, mais aussi enseignants, scientifiques, élus...).

 

Quoiqu'il en soit, il devient urgent pour l'Etat de réfléchir à la gestion rationnelle de cette inflation mémorielle qui s'exprime désormais dans tous les domaines et pour laquelle les autorités nationales n'ont pas encore adopté de stratégie cohérente.

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoires et politique - Communauté : Histoire, mémoire et société
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